Adrien Ier (772 - 795)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Adrien Ier

Pape depuis environ le 1er février 772 jusqu'au 25 décembre 795; date de naissance incertaine; mort le 25 décembre 795. Son pontificat de vingt-trois ans, dix mois et vingt-quatre jours fut inégalé en durée pendant mille ans, jusqu'à ce que Pie VI, qui fut déposé et emprisonné par les mêmes armes Franques qui avaient porté sur le trône le premier pape-roi, surpassât Adrien par un pontificat plus long de six mois que le sien. En une période critique de l'histoire de la papauté, Adrien possédait toutes les qualités essentielles à la fondation d'une nouvelle dynastie. C'était un Romain de noble origine et de stature majestueuse. Par une vie d'une singulière piété, par une oeuvre jugée considérable pour cet âge de fer, et par tous les grands services qu'il rendit sous les pontificats de Paul Ier et Etienne III, il avait tant gagné l'estime de ses infidèles compatriotes, que le puissant chambellan, Paul Afiarta, qui représentait à Rome les intérêts de Desiderius, le roi Lombard, fut impuissant à résister à la voix unanime du clergé et du peuple exigeant pour Adrien la chaire pontificale.

La politique du nouveau pontife fut, dès le début, franchement définie et conduite avec ténacité; son fil conducteur en fut une résistance sans faille à l'agression lombarde. Il libéra de prison ou rappela de leur exil les nombreuses victimes de la violence du chambellan; et en découvrant qu'Afiarta avait fait assassiner Serge, un haut dignitaire de la cour pontificale, dans sa prison, il ordonna son arrestation à Rimini, juste comme Afiarta rentrait d'une mission d'ambassade auprès de Desiderius dans l'intention avouée de conduire le pape à la cour lombarde, « fût-ce dans les chaînes ». Les temps semblaient propices pour une soumisison de l'Italie tout entière à la loi lombarde; et, face à des antagonistes de moindre valeur qu'Adrien et Charles (célèbre dans les âges suivants sous le nom de Charlemagne), l'ambition de Desiderius aurait sans doute été couronnée de succès. Une intervention franque semblait peu probable. Les Lombards tenaient le passage des Alpes, et Charles était empêtré dans les difficultés de sa guerre contre les Saxons; de plus, la présence à Pavie de Geberga et de ses deux fils, la veuve et les orphelins de Carloman dont les territoires furent annexés par Charles à la mort de son frère, semblait être une excellente opportunité de semer la discorde parmi les Francs si seulement le pape pouvait être persuadé, ou contraint, de consacrer les enfants comme héritiers du trône de leur père. Loin de se soumettre, Adrien opposa une résistance farouche. Il renforça les murs de Rome, appela au renfort de la milice les habitants des territoires d'alentour, et, alors que le roi lombard avançait, ravageant et pillant, il somma Charles de se précipiter à la défense de leurs intérêts communs. Une accalmie opportune dans la guerre contre les Saxons laissa au grand stratège la liberté d'agir. Ne pouvant négocier avec les Lombards, indignes de foi, il franchit les Alpes à l'automne 773, prit Vérone, où Geberga et ses fils avaient cherché refuge, et assiégea Desiderius dans sa capitale. Au printemps suivant, laissant son armée poursuivre le siège de Pavie, il se rendit à Rome avec un fort détachement, en vue de célébrer les festivités de Pâques sur la tombe des apôtres. Arrivant le dimanche saint, il fut reçu par Adrien et les Romains avec la plus grande solennité. Les trois jours suivants furent consacrés aux rites religieux; puis le mercredi suivant aux affaires d'Etat. L'issue mémorable de cette rencontre fut la célèbre Donation de Charlemagne, qui fut pendant onze siècles la fameuse Magna Carta des pouvoirs temporels du pape. L'investigation exhaustive et impartiale de Duchesne dans son Liber Pontificalis (I, ccxxxv-ccxliii) semble avoir dissipé tout doute raisonnable à ce sujet. Deux mois plus tard, Pavie tomba aux mains de Charles; le royaume des Lombards fut supprimé et la papauté fut à jamais délivrée de son ennemi héréditaire de longue date. Formellement, Adrien était maintenant roi des deux-tiers de la péninsule italienne; mais son pouvoir n'était pas beaucoup plus que formel. Les revendications papales sur une grande partie des territoires mentionnés dans la Donation ne furent pas exercées. Pour gagner et regagner la paix, Charles fut contraint à des expéditions répétées au-delà des Alpes. On peut aisément supposer que le roi des Francs n'aurait accepté que les difficultés du pape ne viennent ajouter aux siennes, déjà pressantes, s'il n'avait eu une extrême vénération personnelle pour Adrien, qu'il ne cessa jamais d'appeler son père et son plus grand ami, dans la vie comme dans la mort. C'est, dans une large mesure, en raison de la sagacité politique, de la vigilance et de l'activité d'Adrien, que le pouvoir temporel du pape ne resta pas une fiction de l'imagination.

Ses mérites furent grands aussi dans les préoccupations plus spirituelles de l'Eglise. En coopération avec l'impératrice orthodoxe Irène, il travailla à réparer les dommages causés par les orages iconoclastes. En l'an 787 il présida, à travers ses légats, au Septième Concile Général, tenu à Nicée, dans lequel la doctrine catholique concernant l'usage et la vénération des images fut définitivement exprimée. L'importance de l'opposition temporaire aux décrets du concile en Occident, due en grande partie à une mauvaise traduction, aggravée par des arrière-pensées politiques, a été grandement exagérée dans les temps modernes. La controverse fit naître une forte réfutation du soi-disant Libri Carolini par le pape Adrien, et n'entama en rien l'amitié entre lui et Charles. Il s'opposa avec la plus grande fermeté, par des synodes et des écrits, à la naissante hérésie de l'adoptionisme, l'une des rares erreurs christologiques initiées en occident. Le Liber Pontificalis ajoute à ses mérites l'embellissement de la ville de Rome, pour laquelle on dit qu'il dépensa des sommes fabuleuses. A sa mort, il fut universellement regretté, et fut enterré à Saint-Pierre. Son épitaphe, attribuée à l'ami de toute sa vie, Charlemagne, est toujours visible. Rarement la prêtrise et l'empire n'ont collaboré avec autant d'harmonie, et avec de si grands bénéfices pour l'Eglise et l'humanité, que durant la vie de ces deux grands souverains. Les sources principales de notre information concernant Adrien sont le Liber Pontificalis et ses lettres à Charlemagne, conservées par ce dernier dans son Codex Carolinus. L'appréciation du caractère et de l'oeuvre d'Adrien par les historiens modernes varie suivant les différents points de vue sur la souveraineté temporelle des papes, dont Adrien peut être considéré comme le véritable fondateur.


Liber Pontificalis (ed. DUCHESNE), I, 486-523, et préf. CCXXXIV sq.; ID., Les premiers ternps de l'état pontifical (Paris, 1898); JAFF , Regesta RR. PP. (2d ed.), I, 289-306, Il. 701; ID., Bibl. Rer. Germanic. (Codicis Carol. Epistolae), IV, 3-306; CENNI, Monum. dominat. pontif. (1761), II, 289-316, also in P.L. XCVIII; MANN, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages (London, 1902), I, II, 395-496; HEFELE, History of the Councils (tr.), III, passim; NIEHUES, Gesch. d. Verh ltnisses zwischen dem Kaiserthum u. Papsthum im Mittelalter (Munster, 1877), I, 517-546; GOSSELIN, Power of the Pope in the Middle Ages (Baltimore, 1853), I, 230 sq.; SCHN RER, Entstehung des Kirchenstaates (Cologne, 1894). Pour une bibliographie d'Adrien Ier cf CHEVALIER, Bio-Bibliogr. (2d ed., Paris, 1905), 55, 56.

JAMES F. LOUGHLIN
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Janvier 2000.