Adrien IV (1154 - 1159)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Adrien IV

Né en 1100(?); décédé le 1er septembre 1159. On ne sait que peu de chose sur le lieu de naissance, la parenté ou l'enfance d'Adrien. Cependant, comme souvent en pareil cas, des récits très variés et parfois très circonstanciés nous sont parvenus à son sujet. Toute l'information digne de foi que nous avons provient de deux auteurs, le cardinal Boso et saint Jean de Salisbury. Le premier écrivit une vie d'Adrien, qui est insérée dans la collection de Nicolas Roselli, fait cardinal d'Aragon en 1356 durant le pontificat d'Innocent VI. La biographie de Boso, publiée par Muratori (SS. Rer. Ital. III, 441-446) et réimprimée par Migne (P.L., CLXXXVIII, 135-160), également éditée par Watterich (Vitae Pontificum II, 323-374), et figurant maintenant dans l'édition de Duchesne du Liber Pontificalis (II, 388-397; cf. proleg XXXVII-XLV), affirme que Boso, son auteur, fut fait cardinal-diacre de St-Côme et St-Damien, qu'il fut chambellan d'Adrien et fit partie de son proche entourage durant tout le temps de son apostolat. Ciacconius dit que Boso était le neveu d'Adrien, mais Watterich observe (op.cit. Prolegomena) qu'il n'en trouve aucune preuve. Boso nous dit qu'Adrien naquit en Angleterre près du bourg de Saint Alban, et qu'il quitta son pays et sa famille dès son enfance pour se rendre à Arles en France afin de terminer ses études. Durant son séjour il visita le monastère Saint-Rufus près d'Avignon, où il prit l'habit et prononça ses voeux de moine augustinien. Après quelque temps il fut élu abbé et, s'étant rendu à Rome pour une importante affaire concernant son monastère, il y fut retenu par le pape Eugène III, qui le fit cardinal et évêque d'Albano (1146). Matthieu Paris s'accorde en partie avec ce récit, car il nous dit que lorsqu'Adrien demanda à l'abbé de Saint Alban de le recevoir comme moine, l'abbé, après l'avoir examiné, le trouva déficient et lui dit gentiment: « Prenez patience, mon fils, et restez à l'école encore un moment, jusqu'à ce que vous soyez mieux préparé pour la position que vous désirez embrasser. » Il indique ensuite qu'il était « natif de quelque hameau sous l'abbaye, peut-être Langley » et je peux ajouter qu'il est aujourd'hui pratiquement certain qu'il naquit à l'abbaye de Langley dans le Hertfordshire, vers l'an 1100; que son père était Robert Brekespear, un homme d'humble condition, quoique d'origine décente, et qu'Adrien partit à l'étranger comme un pauvre étudiant errant, comme Jean de Salisbury et bien d'autres jeunes hommes de son temps. Toutefois, Guillaume de Newburgh, dans le North Riding of Yorkshire, chanoine et historien de grande réputation (1136-1198?) donne un récit fort différent, qu'il eut probablement des maisons cisterciennes voisines, de Rievaulx et Byland. « Eugène III », nous dit-il,

« eut pour successeur Nicolas, évêque d'Albano qui, changeant de nom avec sa fortune, prit le nom d'Adrien. De cet homme, il peut être intéressant de raconter comment il fut élevé depuis la poussière où il naquit jusqu'à s'asseoir au milieu des princes et occuper le trône de la gloire apostolique. Il naquit en Angleterre, et son père était un employé de condition modeste qui, abandonnant son jeune fils, devint moine à Saint Alban. Comme le garçon grandit, voyant qu'en raison de la famine il ne pouvait se permettre d'aller à l'école, il mendiait quotidiennement sa subsistance au monastère. Son, père, qui en avait honte, le railla amèrement pour sa paresse et, hautement indigné, le chassa sans ménagement. Le garçon, livré à lui-même, et contraint par une dure nécessité à faire quelque chose, naïvement honteux de mendier, traversa la mer pour se rendre en France »
.

Il raconte ensuite que, après qu'Adrien fut élu abbé de Saint-Rufus, les chanoines se repentirent de leur choix et se mirent à le haïr, et en appelèrent au pape en deux occasions, portant diverses accusations contre lui.(II,vi). Ce récit est non seulement contraire à celui de Boso, mais aussi contraire à ce qu'Adrien lui-même dit à Jean de Salisbury: « La charge de pape, m'assurait-il, était une charge épineuse, dotée d'aiguilles pointues de tous les côtés. » Il souhaitait vraiment ne jamais avoir quitté l'Angleterre, son pays natal, ou tout au moins aurait souhaité vivre sa vie de moine tranquillement dans le cloître de St Rufus, plutôt que d'avoir emprunté des chemins si difficiles, mais il n'osa pas refuser, puisque telle était la volonté du Seigneur (Polycraticus, Bk. IV, xxviii). Comment aurait-il pu ressentir, en regardant derrière lui, la nostalgie de jours heureux et paisibles s'il avait rencontré la cruauté parentale à Saint Alban et l'insubordination monastique à Saint Rufus? En 1152, Adrien fut envoyé en Scandinavie pour une importante et délicate mission, comme légat papal, mission dont il s'acquitta à la satisfaction générale. Il établit un siège archiépiscopal indépendant pour la Norvège à Tronghjem qu'il choisit principalement en l'honneur de saint Olaf, dont les reliques reposaient dans son église. Il réforma les abus qui s'étaient transformés en usage courant dans le clergé, et aida même à améliorer les institutions civiles du pays. Snorro rapporte que nul étranger venu en Norvège n'y obtint tant d'honneur public et de déférence de la part du peuple que Nicolas Brekespear. Il fut empêché, à cette époque, d'établir un siège archiépiscopal en Suède à cause de la rivalité entre la Suède et le Gothland, un parti revendiquant l'honneur pour Upsala, l'autre pour Skara. Mais là aussi il réforma les abus, et institua une contribution connue sous le nom de Sou de Pierre. A son retour à Rome, on l'appelait l'apôtre du Nord et, à la mort d'Anastase IV qui survint à ce moment (2 décembre 1154), il fut dès le lendemain élu à l'unanimité comme successeur de saint Pierre, mais la charge n'était pas un lit de roses. Le roi Guillaume de Sicile était en hostilité ouverte, et l'amitié professée par Frédéric Barberousse elle-même était plus dangereuse encore. Les barons de Campanie se battaient entre eux et contre le pape et, sortant de leurs châteaux, pillaient le pays dans toutes les directions, allant même jusqu'à détrousser les pèlerins en chemin sur le tombeau des apôtres. La turbulente et capricieuse population de Rome était en conflit ouvert avec le pouvoir d'Arnold de Brescia. Le cardinal Gerardus fut mortellement blessé en plein jour, alors qu'il marchait le long de la Via Sacra. Adrien, en homme déterminé, mit aussitôt la cité sous interdit et se retira à Viterbe. Il interdit l'exercice de tout office sacré jusqu'au mercredi saint. Alors les sénateurs se virent enjoindre par la voix du clergé mais aussi celle des laïcs, de se prosterner devant Sa Sainteté. La soumission eut lieu, et le ban fut levé. Le pape rentra à Rome et Arnold s'échappa et fut pris sous la protection de quelque baron hors-la-loi du nord de la Campanie. Il fut par la suite livré et exécuté. Tandis que Barberousse avançait à travers la Lombardie, et après avoir reçu la couronne de fer, s'était approché des confins du territoire papal dans l'intention de recevoir, à Rome, la couronne impériale, des mains du pape. Après quelques négociations, une célèbre rencontre eut lieu à Sutri, à environ 50 kilomètres au nord de Rome, le 9 juin 1155, entre Frédéric von Hohenstauffen, alors le plus puissant chef d'Etat européen, et l'humble chanoine de St-Rufus, qui était maintenant le plus puissant souverain spirituel du monde. Comme le pape approchait, l'empereur vint à sa rencontre, mais ne tint pas les étriers du pape, ce qui était une marque coutumière d'hommage protocolaire. Le pape ne dit rien sur le moment, mais descendit de cheval, et l'Empereur le conduisit à un siège et embrassa sa pantoufle. La coutume voulait qu'alors le pape lui donnât le baiser de paix. Il refusa de le donner disant à Frédéric que tant que l'hommage complet n'aurait pas été rendu, il refuserait de le donner. Cela signifiat qu'il refusait de le couronner. Frédéric dut se soumettre et, le 11 juin une autre entrevue fut arrangée à Nepi, où Frédéric s'avança et tint les étriers du pape, et l'incident fut clos. Frédéric fut ensuite dûment couronné à Saint-Pierre, et fit les serments solennels prescrits par l'ancienne coutume. Durant les cérémonies, une garde des troupes impériales avait été placé sur le pont de Saint-Ange pour protéger ce faubourg, connu alors sous le nom de Cité Léontine. Le pont fut envahi par les troupes républicaines de la cité, et une bataille féroce s'ensuivit entre l'armée impériale et les Romains. Les combats durèrent toute la chaude journée d'été et se poursuivirent tard dans la soirée. Finalement les romains furent mis en déroute. Plus de 200 d'entre eux furent faits prisonniers entre les mains de Frédéric, parmi lesquels la plupart des meneurs, et plus de 1000 furent tués ou noyés dans le Tibre. Les citoyens, toutefois, tenaient la ville et refusèrent d'approvisionner l'empereur; ce dernier, maintenant qu'il était couronné, ne fit pas de réel effort, ni pour protéger le pape contre les Normands, ni pour réduire la ville à sa sujétion. La malaria apparut au milieu de ses troupes. « Il fut obligé de s'en retourner » dit Gregorovius dans son Histoire de la ville de Rome et, non sans se le reprocher amèrement, d'abandonner le pape à son sort. Il prit congé de lui à Tivoli et, marchant vers le nord en direction de Farfa, réduisit en cendres sur sa route l'ancienne et célèbre cité de Spolète.

Guillaume Ier succéda à son père sur le trône de Sicile en février 1154. Adrien refusa de le reconnaître comme roi, et lui adressa simplement un Dominus (Seigneur). Des hostilités s'ensuivirent. Les Siciliens firent le siège de Bénévent sans résultat, puis ravagèrent le Sud de la Campanie et se retirèrent. Adrien excommunia Guillaume. Après le départ de Frédéric, Adrien rassembla ses vassaux et ses mercenaires et marcha vers le Sud pour rejoindre Bénévent, possession papale où il s'installa jusqu'en juin 1156. C'est à cette époque que Jean de Salisbury passa trois mois en sa compagnie et obtint de lui la fameuse Donation d'Irlande. La fortune de la guerre sourit à Guillaume. Il prit Brindisi, avec un immense stock de provisions et de munitions de guerre, et cinq mille livres d'or que l'empereur grec, Manuel Ier, destinait à son allié, le pape. Il captura aussi de nombreux soldats grecs, qu'il envoya à Palerme, les uns pour être remis contre rançon, mais le plus grand nombre furent destinés à être vendus comme esclaves. Cela décida pratiquement de l'issue de la guerre. La paix fut signé en juin 1156 et un traité fut conclu. Le pape acceptait de conférer à Guillaume les couronnes de Sicile et d'Apulie, les territoires et Etats de Naples, Salerne et Amalfi, les Marches d'Ancône et toutes les autres villes que le roi possédait. Guillaume de son côté prêta le serment féodal et devint homme-lige du pape, et promit de payer un tribut annuel et de défendre les possessions papales (Watterich, op. cit., II, 352). Après cela, le pape se rendit à Viterbe, où il parvint à un accord avec les Romains et, au début de 1157, il regagna la Cité. L'empereur éprouva un grave ressentiment contre les actions du pape, qui avait investi Guillaume de territoires qu'il réclamait comme siens, et pour cette raison et d'autres causes, un conflit éclata entre eux . Adrien mourut à Anagni, en lutte ouverte contre l'empereur, et ligué contre lui avec les Lombards. Alexandre III poursuivit la politique d'Adrien, et peu après excommunia l'empereur.


LA DONATION D'IRLANDE

C'est durant le séjour du pape à Bénévent en 1156, comme nous l'avons dit, que Jean de Salisbury lui rendit visite. « Je me souviens », écrit-il, « d'un voyage que je fis un jour en Apulie en vue de rencontrer Sa Sainteté le pape Adrien IV. Je demeurai avec lui à Bénévent pendant près de trois mois ». (Polycraticus, VI, 24; P.L. CXCIX, 623). Dans un autre ouvrage, le Metalogicus, l'auteur écrit:

« Sur ma demande, [ad preces meas] il donna et octroya Hibernia à Henry II, l'illustre roi d'Angleterre, comme dépendance héréditaire, ainsi que sa lettre [qui est jointe en annexe] l'atteste jusqu'à ce jour. Car toutes les îles d'ancien droit, selon la Donation de Constantin, sont réputées appartenir à l'Eglise Romaine, qu'il a fondée. Il envoya aussi par mon entremise un anneau d'or serti des plus belles émeraudes, avec lequel l'investiture de son gouvernement sur l'Irlande devait lui être donnée, et une bague identique fut commandée afin d'être consignée dans le trésor public du roi, où elle se trouve encore ».

On remarquera qu'il écrit « sur ma demande », et non à la demande d'Henry, et qu'il fit ce voyage « dans le but de rendre visite » et non en voyage officiel. La suggestion que, parce qu'il était né en Angleterre, Adrien donna l'Irlande au monarque angevin, qui n'était pas de sa parenté, ne mérite pas d'attention sérieuse. Le Metalogicus fut écrit à l'automne 1159 ou au début de 1160, et le passage cité apparaît dans le dernier chapitre (IV, xlii; P.L., vol. cit., col. 945). On le trouve dans tous les manuscrits de l'ouvrage, dont l'un d'entre eux peut avoir été écrit en 1175, et certainement avant 1200. Nul ne met en doute la sincérité de Jean de Salisbury, et la seule objection élevée contre son affirmation est qu'elle peut être une interpolation. Si ce n'est pas une interpolation, elle constitue une preuve formelle de la Donation, l'investiture par l'anneau étant légalement suffisante, et constitue d'ailleurs le mode qui fut utilisé pour l'île de Man, comme le montre Boichorst. La lettre d'Adrien, toutefois, engendre une difficulté. Sa Bulle, généralement appelée Laudabiliter, ne déclare pas conférer Hibernia « par droit héréditaire », mais la lettre à laquelle se réfère Jean n'est pas Laudabiliter, mais une lettre formelle d'investiture, telle que celle utilisée pour Robert Guiscard en Italie, disant: « Moi, Grégoire, je t'établis, Duc Robert, sur le pays de...» (Ego Gregorius Papa investio te, Roberte Dux, de terra, etc.; Mansi, Coll. Conc., XX, 313). La question de l'authenticité du passage du Metalogicus, soulevée par le cardinal Moran, W.B Morris et d'autres, doit être traitée séparément de la question de l'authenticité de Laudabiliter, et c'est principalement en mélangeant les deux que le passage du Metalogicus est soupçonné de contrefaçon. Boichorst (Mittheilungen des Instituts für österreichische Geschichtsforschung IV, vol. supplémentaire, 1893, p. 101) considère la Donation comme indiscutable, tandis qu'il rejette Laudabiliter comme un faux. Liebermann (Deutsche Zeitschrift für Geschichtswissenschaft 1892, I, 58) défend le même point de vue. Thatcher, dans Studies Concerning Adrian IV; I. The Offer of Ireland to Henry II, imprimé dans le quatrième volume des Decennial Publications for the University of Chicago (Series I, Chicago, 1903), reproduit les arguments de Boichorst. L'évêque Creighton tenait Jean de Salisbury pour irréfutable (Tarleton, p.180). Le poids décisif de son autorité fait alors pencher en faveur de l'authenticité du passage du Metalogicus. La bulle Laudabiliter se tient sur un autre plan. Les opinions ont été jusqu'à présent nettement divisées quant à son authenticité, comme on le verra par les références en fin d'article; mais ces opinions ont été formées sans la connaissance du texte du Laudabiliter figurant au livre de Leinster, sauf en ce qui concerne Boichorst, qui s'y réfère nommément dans une note qui a récemment été publiée pour la première fois par l'auteur (New Ireland Review March, 1906; cf. History of Ireland, xxvi, Dublin, 1906). Le texte de la bulle est précédé des titres suivants: « [en gaélique] Ah! Hommes du bout du monde, quelle beauté quand, par-dessus la mer froide, Zephyr apporte d'heureuses nouvelles » [En latin]. Une bulle a octroyé au roi des Anglais le gouvernement de l'Irlande, par laquelle rien n'est retranché au droit des Irlandais, comme le montrent les mots du texte ». Cela fut presque certainement écrit, et probablement par son vieux tuteur Aedh McCrimthainn, durant la vie de Diarmaid MacMurchada, qui fut banni en 1157, et mourut en 1171. C'est pourquoi le texte de la bulle ne fut pas un exercice de scolastique médiévale. Si l'on considère comme vraies les affirmations du Metalogicus, on peut conjecturer que les textes se rapportant à la Donation d'Adrien peuvent être ordonnés comme suit: (1) La lettre d'investiture mentionnée par Jean de Salisbury en 1156; (2) Laudabiliter, préparée probablement en 1156, et publiée en 1159; (3) Une confirmation de la Lettre d'Investiture par Alexandre III en 1159; (4) Trois lettres d'Alexandre III, du 20 septembre 1172, qui contiennent en substance une confirmation de Laudabiliter. La bulle ne fut pas mise en avant en 1156, parce que l'offre d'Adrien n'était alors pas encore passée dans les actes, bien que l'investiture fût déjà acceptée. Robert de Torigny (décédé en 1186 ou 1184) nous dit que lors d'un concile tenu à Winchester le 29 septembre 1156, la question de soumettre l'Irlande et de la donner à Guillaume, frère d'Henry, fut considérée: « Mais parce que cela ne plaisait pas à l'impératrice », la mère d'Henry, «l'expédition fut reportée à d'autres temps» [intermissa est ad tempus illa expedite]. Cela indique clairement l'acceptation de l'investiture et soutient l'authenticité du passage du Metalogicus. Henry, alors âgé de vingt-deux ans, était en proie aux troubles domestiques face aux barons réfractaires d'Angleterre, aux Gallois, et aux éléments réfractaires de ses possessions françaises, et ne pouvait donc pas s'engager dans une vaste entreprise militaire comme l'invasion de l'Irlande. Et, ne l'ayant pas fait du vivant d'Adrien, il attendrait certainement une confirmation de la donation par Alexandre avant d'emmener une armée conquérir un territoire dont la suzeraineté appartenait à ce dernier. La lettre de confirmation ne se trouve que dans Giraldus Cambrensis, d'abord dans le De Expugnatione Hiberniae (II, v, in Rolls Series V, 31t5), puis de nouveau dans De Instructione Principis (II, c. xix, in Rolls Series VIII, 197), où le texte indique que l'authenticité de la confirmation a été contestée par certains. Cela, toutefois, peut être une interpolation tardive, comme d'aucuns le soutiennent. Les trois lettres du 20 septembre 1172 ne contiennent pas de confirmation directe de la Donation d'Adrien. Elles sont adressées respectivement à Henry II, aux évêques, et aux rois et chefs de clans irlandais. La lettre adressée à Henry le félicite de ses succès, et l'exhorte à protéger et étendre les droits de l'Eglise, et à offrir à Dieu les prémices de ses victoires. Quelques auteurs font remarquer qu'il n'y a aucune mention de l'Irlande dans la lettre, ni confirmation d'un octroi antérieur, mais comment pourrions-nous attendre une seconde confirmation si l'octroi d'Adrien avait en fait déjà été confirmé selon le texte de Giraldus? Il n'y a pas de question quant à l'authenticité des lettres du 20 septembre. On les trouve dans le Liber Scaccarii, et imprimées par Migne (P.L CC, col.882).

La Donation d'Adrien fut par la suite reconnue dans nombre d'écrits officiels et les papes, pendant plus de quatre cents ans, confirmèrent la suzeraineté sur l'Irlande. En 1318 (1317?) Domhnall O'Neill et d'autres rois et chefs de clans, et tous les laïcs d'Irlande, firent parvenir au pape Jean XXII une lettre d'appel et de protestation. Ils indiquaient dans leur lettre que le pape Adrien, influencé par de fausses représentations, avait octroyé l'Irlande à Henry II, et incluaient une copie de la bulle que le contexte montre comme étant Laudabiliter. Le 30 mai 1318, le pape écrivit d'Avignon une lettre de conseil paternel à Edouard II, le pressant de rendre raison aux griefs des Irlandais, et y joignait les lettres d'O'Neill et une copie de l'octroi que le pape Adrien était censé avoir fait à Henry II. Edouard II ne nia pas tenir à cet octroi. Par un Acte du Parlement Irlandais (Parliament Roll, 7th Edward IV, Ann. 1467), après avoir fait mention que « comme notre Saint Père Adrien, pape de Rome, étant détenteur de toute souveraineté sur l'Irlande comme seigneur temporel, et d'un droit y percevoir un impôt comme chef de l'Eglise de Rome, et dans l'intention d'y pourchasser le vice, aliéna ladite terre au Roi d'Angleterre... octroi par lequel lesdits sujets d'Irlande doivent allégeance au roi d'Angleterre comme leur souverain Seigneur ». Il fut établi que tous les archevêques et évêques excommunieraient tout sujet Irlandais désobéissant, et que s'ils négligeaient de le faire, ils devraient payer une amende de 100£. En 1555, par un décret constitutionnel suivi d'une bulle, Paul IV, sur l'humble supplication de Philippe et Marie, érigea en royaume l'île d'Hibernia, dont les rois d'Angleterre, depuis qu'ils en avaient obtenu la suzeraineté par octroi du siège apostolique, s'étaient simplement parés du titre de seigneurs, sans préjudice des droits de l'Eglise de Rome ni d'aucune autre personne y réclamant des droits. [Bull. Rom (ed. Turin.) VI, 489, 490.] En 1570, les irlandais offrirent ou furent sur le point d'offrir la royauté d'Irlande au roi Philippe d'Espagne. L'archevêque de Cashel agit comme leur envoyé. Le projet fut communiqué au pape par le cardinal Alciato, qui écrivit à l'archevêque de Cashel le 9 juin 1570:

« Sa Sainteté s'est étonnée qu'une telle chose ait pu se faire sans son autorité puisqu'il était facile de se rappeler que le royaume d'Irlande appartenait au domaine de l'Eglise, était tenu comme un fief sous son autorité, et ne pouvait par conséquent, sinon par le pape, être assujetti à aucun nouveau dirigeant. Et le pape, afin que le droit de l'Eglise puisse être préservé comme il devrait l'être, dit qu'il ne vous donnera pas les lettres que vous lui demandez pour le roi d'Espagne. Mais si le roi d'Espagne lui-même venait à demander le fief ce royaume, je pense que le pape ne le lui refuserait pas » (Spicil. Ossor., ed. Card. Moran, I, 69)

En conclusion, il n'y a, à mon avis, dans l'Histoire, nulle matière à controverse où les preuves abondent en faveur d'une opinion de façon aussi décisive que dans la question de la Donation d'Adrien.


Les principales sources sur la vie d'Adrien sont rassemblées dans WATTERICH S Vitae Pontificum Romanorum (saec. IX-XIII) adjectis suis cuique et annalibus et documentis gravioribus (Leipzig, 1862), II. Il donne La vie d'Adrien par BOSO, et des extraits des annales de WILLIAM OF NEWBURGH, GUILLAUME DE TYRE, ROMUALD DE SALERNE, OTTON DE FREISING, RADEWIN, et GODEFROY DE COLOGNE, ainsi que plusieurs lettres (II, 323). Il y a aussi un intéressant chapitre (v) de Prolegomena (I,LXXI). A Watterich on peut ajouter JEAN de SALISBURY et GIRALDUS CAMBRENSIS, déjà mentionés, RABY, Le Pape Adrien IV, une ébauche historique, 1849; ALFRED TARLETON, Nicolas Breakspear (Adrien IV), Anglais et Pape (Londres, 1906). Sur l'authenticité du Laudabiliter, la littérature est très volumineuse. Les noms suivants peuvent être mentionnés: contre: JOHN LYNCH, Cambrensis Eversus (1662), STEPHEN WHITE (décédé avant 1650), CARDINAL MORAN, DOM GASQUET, W. B. MORRIS, l'auteur d' Analecta Juris Pontificii (1882), A. BELLESHEIM PFLUGK- HARTUNG, GINNELL, HERGENR THER, DAMBERGER, SCHEFFER-BOICHORST, F. LIEBERMANN, et O. THATCHER . En faveur de l'authneticité: LINGARD, LANIGAN, J. DIMOCK (éditeur de GIRALDUS in Rolls Series, V, 316 il dit qu'lle est indiscutablement authentique) , J. C. O CALLAGHAN S. MALONE, O. P.L., KATE NORGATE, A. TARLETON, L. CASARTELLI. Aucun de ces écrivains, excepté Scheffer-Boichorst, ne se réfère au texte de Laudabiliter du livre de Leinster, qui est de loin la preuve la plus importante portant sur cette question. Une biographie extensive du sujet est donnée par CHEVALIER, Rep. des sources hist. du moyen âge (Bio.-bibl., 2d ed., Paris 905), 56, 57. Cf. aussi O. J. THATCHER op. cit., 154.

ARTHUR UA CLERIGH
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Février 2004.