Adrien VI (1522 - 1523)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Adrien VI

Le dernier Pontefice barbaro (Guicciardini, XIV,v) et le seul pape des temps modernes, excepté Marcel II, qui conservât son nom de baptême. Il succéda au pape Léon X du 9 janvier 1522 au 14 septembre 1523. Il naquit d'une humble famille à Utrecht, le 2 mars 1459. Il perdit son père, Florentius Dedel, un homme pieux, dans son jeune âge, et fut maintenu à l'école par la détermination de sa mère devenue veuve, d'abord à la maison, plus à Zwolle avec les Frères de la Vie Communautaire, et finalement à l'Université de Louvain. Après des études consciencieuses de philosophie, théologie et jusriprudence, il fut nommé Docteur en théologie en 1491. Marguerite de Bourgogne payait les dépenses du pauvre étudiant. Sa popularité comme professeur de théologie à Louvain semble due à ses deux ouvrages majeurs, Quaestiones quod libeticae (1521), et son Commentarius in Lib.IV Sententiarum Petri Lombardi (1512), qui fut publié à son insu à partir de notes de ses étudiants, et connut de nombreuses éditions. En tant que diacre du collège Saint-Pierre de Louvain, et vice-chancelier de l'université, il travailla au progrès des arts et des sciences, sacrées et profanes, et offrit une édification universelle par une vie d'une singulière piété et d'un sévère ascétisme. En 1506, il fut, heureusement pour l'Eglise, choisi par l'empereur Maximilien comme tuteur de son petit-fils, le futur Charles-Quint, alors dans sa sixième année. Quelque talent que Charles pût jamais posséder, hormis l'art de la guerre, c'est à Adrien qu'il le dut; et plus précieux que tout, son inaltérable attachement à la Foi de ses pères. Transféré des ombres académiques à la vie publique, l'humble professeur s'éleva vers l'éminence avec une merveilleuse célérité. En dix ans, il fut l'associé de Ximenes, Evêque de Tortosa, Grand Inquisiteur de la péninsule Ibérique, Cardinal de l'Eglise Romaine, et finalement régent d'Espagne. Il ne fut pas moins surpris que le reste du genre humain quand il apprit que le Sacré Collège l'avait, à l'unanimité, élevé à la plus haute dignité qui soit sur terre. Un travail épouvantable se dressait devant lui dans ces heures des plus sombres pour la papauté. Extirper les abus invétérés; réformer une cour qui vivait de la corruption et détestait jusqu'au nom de réforme; tenir en laisse les princes jeunes et belliqueux, prêts à se sauter mutuellement à la gorge; contenir le torrent de révolte qui se levait en Allemagne; sauver la Chrétienté de la menace des Turcs qui, depuis Belgrade, menaçaient maintenant la Hongrie, et, si Rhodes tombait, seraient bientôt maîtres de la Méditerranée. Toutes ces tâches étaient des travaux d'Hercule pour un homme qui était dans sa soixante-troisième année, n'avait jamais vu l'Italie, et qui était sûr d'être, comme « barbare », méprisé par les Romains.

 

Adrien accepta les responsabilités de sa charge avec une pleine conscience de leur immensité. Charles fut transporté de joie en apprenant l'élection de son tuteur, mais trouva rapidement que le nouveau pontife, malgré toute l'affection qu'il lui portait, était résolu à régner de manière impartiale. François Ier, au contraire, qui avait d'abord considéré Adrien comme un jouet de l'Empereur, et avait agité des menaces de schisme, se ravisa bientôt, et envoya un ambassadeur pour présenter son hommage au pape. Les appréhensions d'un Avignon Espagnol étaient sans fondement; dès que possible, Adrien s'embarqua pour l'Italie, et fit son entrée solennelle dans Rome le 29 Août. Deux jours plus tard il reçut la triple couronne. L'histoire ne présente nulle figure plus pathétique que celle de ce noble pontife, luttant d'une seule main contre d'insurmontables difficultés. A travers les extravagances insouciantes de son prédecesseur, les finances papales étaient dans un triste état. Les efforts d'Adrien pour retrancher aux dépenses ne lui valurent que d'être traité d'avare par ses avides courtiers. Les droits acquis étaient toujours mis en avant contre ses tentatives de réformer la Curie. Son nonce en Allemagne, Chierigati, ne reçut que peu d'hommages. Sa reconnaissance exagérée que la Cour de Rome avait été la source de toute les corruptions dans l'Eglise fut saisie aigrement par les Réformés comme justification de leur apostasie. Ses appels pressants aux princes de la Chrétienté pour hâter la défense de Rhodes ne rencontrèrent que de sourdes oreilles; le 24 Octobre ce rempart vaillamment défendu de la Foi Chrétienne tomba aux mains des Turcs, un désastre qui hâta la mort du Pontife. Son activité incessante et le climat malsain de Rome se combinèrent pour hâter sa mort. Il mourut à juste titre lors de la fête de l'Exaltation de cette Croix à laquelle il fut cloué pendant plus d'un an (14 septembre 1523). Son monument, érigé par son ami fidèle, Wilhelm Enckenvoert, se trouve toujours à Rome, dans l'Eglise nationale des Allemands, Santa Maria dell'Anima, avec cette inscription pittoresque, si souvent admirée, qui dit que les meilleurs hommes peuvent être nés dans des temps inappropriés à leurs vertus: « Proh Dolor! Quantum refert in quae tempora vel optimi cujusque cirtus incidat » (Gregorovius-Ampère Les tombeaux des papes Romains (Paris, 1859), 200, 201, 294,295). C'était bien en effet la faute de son époque, et non la sienne, si l'amitié du sixième Adrien et du cinquième Charles ne fit pas revivre les jours heureux du premier Adrien et du premier - et le plus grand - des Charles.

 


BURRMANN, Analecta Historica de Hadriano VI (Utrecht, 1727); REUSSENS, Syntagma Theolog. Adriani VI; Anecdota de vitâ et scriptis Adriani VI (Louvain, 1862); GACHARD, Correspondance de Charles Quint et d'Adrien VI (Bruxelles, 1859); ROBINSON, The Month (1877), XXXI, 350; PASTOR, Hist. Jahrb.(1882), III, 121-130. Les études classiques sur la vie de ce pape sont celles de CONSTANTINE VON H FLER, parmi d'autres Der deutsche Kaiser und der letzte deutsche Papst (Vienne, 1876); Leben des Papstes Adrian VI (Vienne, 1880); cf. son article sur Adrien VI in Kirchenlex. , V, 1426-27. ARTAUD DE MONTOR, Lives and Times of the Roman Pontiffs (tr. New-York, 1867), I, 698-707. Pour une bibliographie extensive d'Adrien VI voir CHEVALIER Bio-Bibliogr. (2d éd., Paris, l905), 57, 58.

JAMES F. LOUGHLIN
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, 1999.