Alexandre II (1061 - 1073)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Alexandre II
Comme Anselme de Lucca, il avait été reconnu depuis de nombreuses années comme l'un des chefs du parti réformateur, particulièrement dans la région de Milan, où il naquit à Baggio, d'un noble lignage. De même qu'à Hildebrand, Cluny lui avait inspiré le zèle de la réforme. Le premier théâtre de son activité fut Milan, où il fut l'un des fondateurs de la Pataria et versa, dans cette grande agitation contre la simonie et l'incontinence des clercs, tout le poids de son éloquence et de sa noble naissance. Le dessein de le faire taire, nourri par l'évêque Guido et d'autres ennemis de la réforme en Lombardie, en l'envoyant à la cour de l'empereur Henry III, eut au contraire pour effet de lui permettre d'étendre sa propagande à l'Allemagne. En 1057, l'empereur le nomma évêque de Lucca. Avec un prestige accru, il reparut deux fois à Milan comme légat du Saint-Siège en 1057 en compagnie d'Hildebrand et en 1059 avec saint Pierre Damien. Sous l'habile direction de ce saint triumvirat, les forces de la réforme étaient en bonnes mains, prêtes pour l'inévitable conflit. Le décret de Nicolas II (1059) par lequel le droit des élections papales était virtuellement confié au collège des cardinaux, constituait une position à combattre et à régler à la prochaine vacance du trône apostolique. La mort du pape Nicolas deux ans plus tard trouva les deux partis en bataille rangée. Le candidat des Hildebrandistes était appuyé par les cardinaux, et l'évêque de Lucca. L'autre côté mit en avant le nom de Cadalus, évêque de Parme, un protecteur et un exemple des vices de son temps. Les cardinaux se réunirent dans la forme légale et élirent Anselme, qui prit le nom d'Alexandre II. Avant de procéder à son intronisation, le Sacré Collège fit part à la cour allemande de ses décisions. On considérait généralement que les Allemands avaient perdu le privilège de confirmer l'élection, réservé à leur roi par le décret de Nicolas II avec une certaine imprécision, quand ils renvoyèrent dédaigneusement l'émissaire des cardinaux sans même daigner l'écouter. Prévoyant une guerre civile, les cardinaux complétèrent l'élection par une cérémonie d'intronisation qui eut lieu le 30 septembre. Pendant ce temps, une députation de la noblesse romaine, qui enrageait d'avoir été éliminée en tant que facteur dominant de l'élection des papes, à laquelle se joignit une délégation de l'épiscopat non réformé de Lombardie, se rendit à la cour allemande avec une demande de sanction contre la nouvelle élection. L'impératrice Agnès, régente de son jeune fils de dix ans, Henry IV, convoqua une assemblée de laïcs et de hiérarques du clergé qu'elle réunit à Basle; et là, sans aucun droit légal, et sans la présence d'un seul cardinal, l'évêque de Parme fut déclaré pape, et prit le nom d'Honoré II (le 28 octobre). Dans la controverse qui s'ensuivit, le pape Alexandre était soutenu par la conscience de la sainteté de sa cause, par l'opinion publique qui réclamait des réformes, par l'aide des alliés Normands du Sud de l'Italie, et par la bienveillance de Béatrice et Mathilde de Toscane.Même en Allemagne les choses prirent un tour favorable au pontife, quand Anno de Cologne se saisit de la régence et l'impératrice repentante se retira dans un couvent. Dans une nouvelle diète, à Augsburg (en octobre 1062), il fut décidé que Burchard, évêque de Halberstadt, se rendrait à Rome et, après avoir enquêté immédiatement sur l'élection d'Alexandre, ferait ensuite un rapport à une assemblée d'évêques d'Allemagne et d'Italie. Le rapport de Burchard fut entièrement favorable à Alexandre. Ce dernier défendit sa cause avec éloquence et beaucoup d'esprit, au cours d'un concile qui se tint à Mantoue lors de la Pentecôte 1064 (C. Wile, Benzos Panegyricus, Marburg, 1856) et il fut formellement reconnu comme pape légitime. Son rival fut excommunié, mais poursuivit son combat jusqu'à sa mort en 1072. Durant les plus sombres heures du schisme, Alexandre et son chancelier, le Cardinal Hildebrand, n'abandonnèrent pas un instant les rênes du gouvernement, dans un contraste frappant entre son attitude impuissante à l'égard des factions romaines et son attitude dédaigneuse envers les potentats, laïcs ou cléricaux, du reste de l'Europe. Sous des bannières bénies par lui, Roger poursuivit la conquête de la Sicile, et Guillaume celle de l'Angleterre. Sa Regesta remplit onze pages de Jaffé (Regesta Rom. Pontif., 2d ed., 4, nos. 445, 4770). Il fut omniprésent à travers ses légats, punissant les évêques simoniaques et les clercs incontinents. Il n'épargna même pas son protecteur, Anno de Cologne, qu'il convoqua deux fois à Rome, une fois en 1068 pour faire pénitence, les pieds nus, pour avoir conservé des relations avec l'antipape, et de nouveau en 1070 pour se laver lui-même de l'accusation de simonie; Une discipline semblable fut administrée à Sigfried de Mayence, Hermann de Bamberg, et Werner de Strasbourg.. En son nom, son légat, Saint Pierre Damien, à la diète de Francfort en 1069, sous la menace d'excommunication et d'exclusion du trône impérial, détourna Henry IV du projet de divorcer de sa reine, Berthe de Turin, bien qu'il y fût encouragé par plusieurs évêques allemands. Son triomphe le plus complet fut de contraindre l'évêque Charles de Constance et l'Abbé Robert de Reichenau de restituer au roi les croix et les anneaux qu'ils avaient obtenu par simonie. Une grave querelle avec Henry fut laissée à son successeur. En 1069, le pape avait rejeté comme simoniaque le sous-diacre Godefroi, qu'Henry avait nommé Archevêque de Milan. Henry refusant d'accepter, le pape confirma Atton, le choix du parti réformiste. Lorsque le roi donna l'ordre de consacrer son protégé, Alexandre fulmina un anathème contre les conseillers du roi; La mort du pape le 21 avril 1073 laissa Hildebrand, son fidèle chancelier, hériter de son triomphe et de ses difficultés. Alexandre mérita bien de l'Eglise d'Angleterre en élevant son ancien maître, Lanfranc du Bec, au siège de Canterbury et en le nommant primat d'Angleterre.

JAMES F. LOUGHLIN
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Décembre 2003.