Alexandre III (1159 - 1181)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Alexandre III

(ORLANDO BANDINELLI)

Pape de 1159 à 1181, né d'une famille de notables de Sienne, décédé le 3 août 1181. Comme professeur à Bologne il acquit une solide réputation de spécialiste du droit canon, qu'il augmenta par la publication de ses commentaires sur le Décret de Gratien, vulgairement connu sous le nom de Summa Magistri Rolandi. Appelé à Rome par Eugène III en l'an 1150, son avancement fut rapide. Il fut fait cardinal-diacre puis cardinal-prêtre de Saint-Marc, et chancelier pontifical. Il fut le conseiller écouté d'Adrien IV et fut considéré comme l'âme du parti de l'indépendance parmi les cardinaux, qui cherchaient à échapper au joug germanique par l'alliance avec les Normands de Naples. Pour avoir ouvertement affirmé devant Barberousse à la diète de Besançon (1157) que la dignité impériale était un bénéfice pontifical (dans le sens général de faveur, non au sens du fief féodal), il encourut la colère des princes germaniques et serait tombé aussitôt sous la hache de guerre de son ennemi de toujours, Othon de Wittelsbach, si Frédéric n'était intervenu. En vue de s'assurer un pontife soumis à la prochaine vacance du siège pontifical, l'empereur dépêcha en Italie deux émissaires habiles qui agirent sur les faiblesses et les craintes des cardinaux et des romains, le fameux Othon déjà mentionné et l'archevêque-électeur de Cologne, Rainald von Dassel, dont l'attitude hostile au pape était largement due au fait que le Saint-Siège refusait de reconnaître sa nomination. Les fruits de leur activité devinrent patents après la mort du pape Adrien IV (1er septembre 1159). Parmi les vingt-deux cardinaux assemblés, le 7 septembre, pour élire un successeur, tous sauf trois votèrent pour Orlando. L'allégation ultérieure soutenant que les cardinaux impériaux furent au nombre de 9 peut s'expliquer comme une conjecture tirée du fait que lors des premiers scrutins, six cardinaux votèrent pour d'autres candidats. En opposition à Orlando, qui prit pour nom immortel Alexandre III, les trois membres impérialistes choisirent l'un d'entre eux, le cardinal Octavien, qui prit le titre de Victor IV. Une foule payée par le comte de Wittelsbach vint interrompre le conclave. Alexandre se retira au sud chez les Normands, et fut consacré et couronné le 20 septembre dans la petite ville de Nympha. La consécration octavienne eut lieu le 4 octobre au monastère de Farfa. L'empereur maintenant s'interposait en fomentant des troubles dont ses agents étaient totalement responsables, et convoqua les deux prétendants à comparaître devant une assemblée réunie à Pavie. Il trahit son parti pris en s'adressant à Octavien comme « Victor IV » et au vrai pape comme « cardinal Orlando ». Le pape Alexandre refusa de soumettre son bon droit à ce tribunal inique qui, comme prévu, se déclara en faveur de l'usurpateur (11 février 1160). Alexandre répondit aussitôt, depuis la malheureuse Anagni, en excommuniant solennellement l'empereur et en relevant ses sujets de leur serment d'allégeance. Le schisme qui s'ensuivit, bien plus désatreux pour l'empire que pour la papauté, dura dix-sept ans et prit fin à la bataille de Legnano (1176) avec la reddition inconditionnelle du hautain Barberousse à Venise en 1177. La légende puérile rapportant que le pape mit son pied sur le cou de l'empereur prostré devant lui a rendu de fiers services à la cause protestante depuis Luther. [Voir la dissertation de George Remus, Nuremberg, 1625; Lyon, 1728; et Gosselin, Le pouvoir des papes au Moyen-Age(tr. Londres, 1853) II, 133.] L'exil forcé d'Alexandre en France (1162-1165) contribua grandement à rehausser le prestige de la papauté, jamais aussi populaire que dans la détresse. Cela le mit aussi au contact du plus puissant monarque d'Occident, Henry II d'Angleterre. La manière prudente dont il défendit les droits de l'Eglise dans la querelle entre les deux Normands impétueux, le roi Henry et St Thomas Becket, bien qu'elle causât souvent du déplaisir aux deux opposants, et qu'elle fût souvent par la suite dénoncée comme versatile, révèle la stratégie d'un dirigeant habile qui, par marches et contremarches parvient à conserver le terrain contre les assauts de l'adversité. Ce n'est pas dénigrer le Martyr de Canterbury que de dire que le pape l'égalait en fermeté et le surpassait dans l'art de la diplomatie. Après le meurtre de Becket, le pape parvint, sans recourir réellement au bannissement ni à l'interdit, à obtenir du monarque pénitent chacun des droits pour lesquels le martyr avait combattu et versé son sang.

Pour couronner et sceller le triomphe de la religion, Alexandre convoqua et présida le Troisième Concile du Latran (Onzième Concile Oecuménique) en 1179. Entouré de trois cents évêques, le pontife maintes fois éprouvé publia de nombreux décrets salutaires, notamment l'ordonnance qui scellait l'élection papale aux deux-tiers des votes des cardinaux. A travers toutes les vicissitudes de sa carrière mouvementée, Alexandre demeurait un canoniste. Un bref coup d'oeil aux décrets montre que, comme législateur ecclésiastique, il le cédait à peine à Innocent III. Usé par les épreuves, il mourut à Civita Castellena. Quand on nous dit que «Les Romains» suivirent son cortège par des jurons et des pierres, le souvenir d'une scène semblable à l'enterrement de Pie IX nous enseigne la valeur à attacher à une telle démonstration. Dans l'estime de Rome, de l'Italie et de la Chrétienté, l'épitaphe d'Alexandre exprime la vérité quand elle l'appelle « Lumière du clergé, ornement de l'Eglise, père de cette ville et du monde ». Il se montra bienveillant envers le nouveau mouvement académique qui conduisit à la fondation des grandes universités médiévales. Sa propre réputation de professeur et de canoniste a été grandement rehaussée par la découverte par le père Denifle dans la bibliothèque publique de Nuremberg, du Sententiae Rolandi Bononiensis édité (à Fribourg en 1891) par le père Ambroise Gietl. La collection de ses lettres (Jaffé, Regesta RR. Pontif., Nos. 10,584-14,424) fut enrichie par la publication par Loewenfeld de beaucoup d'autres, inédites jusqu'alors. (Epistolae Pontif. Rom. ineditae, Leipzig, 1885). Même Voltaire le considère comme l'homme qui, dans les temps médiévaux, fit le plus pour le genre humain, en abolissant l'esclavage, en obtenant la victoire sur la violence de l'empereur Barberousse, en obligeant Henry II d'Angleterre à demander pardon pour le meurtre de Thomas Becket, en restaurant les hommes dans leurs droits, et en donnant la splendeur à bien des villes.


JAMES F. LOUGHLIN
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Février 2004.