Benoît XIV (1740 - 1458)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Benoît XIV

(PROSPERO LORENZO LAMBERTINI)

Fils de Marcello Lambertini et de Lucretia Bulgarini, né à Bologne le 31 mars 1675, mort le 3 mai 1758. Il fut tout d'abord instruit par des tuteurs. A l'âge de 13 ans, il entra au Collegium Clementianum de Rome où il étudia la rhétorique, la philosophie et la théologie. St Thomas d'Aquin était son auteur favori, mais les inclinations de son esprit allaient vers les études historiques et juridiques, dans lesquelles il excellait, aussi bien qu'en droit civil et ecclésiastique. En 1694, bien qu'il n'eût que 19 ans, il reçut le titre de docteur en Théologie et Doctor Utriusque Juris (droit civil et droit canon). A la mort d'Innocent XII, il fut nommé avocat consistorial par Clément XI et, peu après, Consultant du Saint Office. En 1708 il fut nommé Promoteur de la Foi; en 1712, théologien canon du Vatican et assesseur de la Congrégation des Rites; en 1713, il fut nommé prélat domestique; en 1718, secrétaire de la Congrégation du Concile; et en 1725, évêque titulaire de Théodose. Il fut nommé évêque d'Ancône en 1727 et cardinal le 30 avril 1728. Il fut transféré à l'archevêché de Bologne en avril 1731, en succession de Lorenzo Corsini qui était devenu pape sous le nom de Clément XII.

Benoît XIV est surtout connu de l'histoire comme étudiant et comme érudit. Bien qu'il ne fût nullement un génie, sa très grande application, ainsi qu'une intelligence supérieure ont fait de lui l'un des hommes les plus érudits de son temps et lui valent peut-être la distinction d'avoir été le plus érudit des papes. Son caractère comprenait de nombreuses facettes, et ses centres d'intérêt étaient nombreux. Sa dévotion à la science et à l'investigation sérieuse des problèmes historiques n'interférait pas avec ses études purement littéraires. « On m'a reproché », dit-il un jour, « mon goût pour Tasso, Dante ou Aristote, mais ils me sont nécessaires pour donner de l'énergie à ma pensée et de la vie à mon style. » Cette dévotion aux arts et aux sciences conduisit Lambertini à entretenir toute sa vie des contacts proches et amicaux avec les auteurs et les érudits célèbres de son temps. Montfaucon, qu'il connut à Rome, disait de lui: « Jeune comme il est, il a deux âmes: une pour la science, l'autre pour la société ». Ce dernier trait de caractère n'interféra jamais avec son activité incessante ni avec aucune des prises de position importantes qu'il eut à faire, et cela ne diminua en rien sa merveilleuse capacité à entreprendre les travaux les plus ardus.

Le zèle et l'énergie que Lambertini apportait à son bureau infusèrent une vie nouvelle à tous ses sujets. Il expliquait lui-même son assiduité en disant qu'il considérait l'épiscopat non comme un honneur, mais comme une opportunité de faire le bien. Son administration était exemplaire: il visitait toutes les paroisses de son diocèse, tenait des synodes, incitait le peuple à la piété par la parole et par l'exemple, et supervisait si étroitement les affaires du diocèse qu'aucune erreur ne lui échappait. Son humilité et sa grande érudition étaient une source d'inspiration et de force pour son clergé, et sa ferme maîtrise des affaires et des questions publiques lui donnaient une position influente unique parmi les gouvernants et le peuple. Selon lui, la clef du succès dans l'administration épiscopale tenait à une étroite harmonie entre l'évêque et son clergé, et c'est ce qu'il parvint à réaliser. A cause de ses merveilleux dons naturels et de son grand succès comme évêque d'Ancône, le pape Benoît XIII souhaita le transférer à quelque poste de plus haute responsabilité, plus à la mesure de ses capacités, mais il répondit, dans sa veine enjouée coutumière, que nul changement de poste ne pourrait le rendre plus joyeux, heureux et ami du pape que celui qu'il occupait alors. Quand il fut transféré à Bologne en 1731 son énergie et son activité semblèrent redoubler. Il devint tout à chacun et l'on dit qu'il ne laissa jamais quiconque quitter sa présence insatisfait ou maussade, ni sans être affermi ou rafraîchi par sa sagesse, ses conseils ou ses admonestations. Ses efforts se portaient largement vers l'amélioration de l'éducation du clergé de son diocèse. Il réforma le programme d'études de son séminaire et traça un nouveau cursus dans lequel un accent particulier était mis sur l'étude des Ecritures Saintes et de la patrologie.

Qunand Clément XII mourut (le 6 février 1740), le renom de Lambertini était à son zénith. Traversant toutes sortes d'intrigues, le conclave qui débuta le 17 février dura six mois. Il se composait de cinquante-quatre cardinaux dont quarante-six étaient italiens, trois français, quatre espagnols et un allemand. Ils se divisèrent en plusieurs partis. L'un se composait de ceux qui avaient été nommés par Clément XI, Innocent XIII et Benoît XIII, et un autre, de ceux qui avaient été nommés par Clément XII, connus sous le nom de nouveau collège. La longue et fastidieuse session ainsi que l'intense chaleur n'améliorèrent en rien l'humeur des cardinaux; après six mois d'efforts infructueux et de constantes intrigues, l'élection ne semblait pas plus proche qu'au début du conclave. Divers expédients furent suggérés comme le retrait des noms des principaux candidats et leur remplacement par d'autres, mais sans succès. Après avoir essayé plusieurs plans pour sortir de l'impasse, Lambertini, dont le nom avait été proposé en compromis, s'adressa au conclave en disant: « Si vous souhaitez élire un saint, choisissez Gotti; un homme d'Etat, Aldobrandini; un honnête homme, choisissez-moi ». Ces mots, prononcés sans doute autant en plaisantant que sérieusement, aidèrent à mettre fin aux difficultés. Lambertini fut choisi et prit le nom de Benoît XIV en l'honneur de son maître et ami Benoît XIII. Une fois pape, Lambertini ne fut pas moins énergique, brave et modeste qu'avant son élection. Sa grande érudition le plaça en position de traiter avec succès les points ecclésiastiques qui nécessitaient des réformes, et le large esprit chrétien qui animait ses tractations avec les puissances étrangères atténua la pression et l'hostilité même des cours et des autorités Protestantes. Il était sans aucun doute libéral dans ses options politiques, bien qu'il ne perdît jamais de vue les intérêts essentiels de l'Eglise et de la religion.


SA POLITIQUE PUBLIQUE


Aller à l'extrême limite des concessions et de la conciliation semble avoir été le principe directeur de toutes les actions politiques dans ses négociations avec les gouvernements et dirigeants, au point que, de fait, il n'a pas échappé aux critiques, même internes à l'Eglise, qu'il était souvent trop prompt à résoudre les difficultés en faisant des concessions et des compromis. Quel que soit le jugement que l'on puisse émettre sur ses actions, quoi que l'on puisse penser de ses motivations, on ne peut nier qu'il rechercha continuellement la paix, et que peu de causes de friction subsistaient à la fin de son pontificat. De plus, si l'on prend la mesure de la valeur et de l'effet de ses concessions, on voit que dans presque tous les cas il renforça l'influence morale de la papauté même si quelques droits de patronage ou d'autres intérêts matériels furent abandonnés. Son influence ne fut pas moins décisive auprès des dirigeants Protestants que des Catholiques; l'estime universelle dans laquelle il était tenu à travers le monde signifiait beaucoup dans une époque dont l'issue vit le renversement d'institutions de long temps honorées, sociales ou politiques autant que religieuses. Une énumération de ses principales négociations avec les chefs d'Etat montrera que Benoît abandonna sagement, dans la plupart des cas, l'ombre de l'autorité temporelle pour maintenir la substance de la suprématie spirituelle.

Le roi du Portugal reçut le droit de patronage sur tous les sièges épiscopaux et les abbayes de son royaume (1740) et fut ensuite honoré du titre de Rex Fidelissimus (1748). En matière de revenus de l'Eglise et de partage des bénéfices ecclésiastiques, l'Espagne aussi fut traitée très généreusement. En 1741 la permission lui fut accordée de taxer les revenus du clergé et en 1753 le gouvernement reçut le droit de nomination de presque tous les bénéfices espagnols; en 1754, un accord fut ratifié, par lequel les revenus de tous les bénéfices d'Espagne et des colonies américaines seraient versés au trésor gouvernemental pour financer la guerre contre les pirates africains. Le roi de Sardaigne reçut le titre de Vicaire du Saint-Siège, qui comportait le droit de nomination à tous les bénéfices ecclésiastiques sur ses terres ainsi que tous les revenus des fiefs pontificaux en lieu desquels une simple indemnité annuelle de mille ducats serait versée au Saint-Siège. Par la médiation du pape, un tribunal fut établi à Naples, constitué d'un nombre égal de clercs et de laïcs et présidé par un ecclésiastique, qui formait la cour suprême de jugement des affaires ecclésiastiques. En tant que médiateur entre les Chevaliers de Malte et le roi de Naples, le pape mit une heureuse fin à une longue controverse. Par l'encyclique Ex omnibus christiani orbis (16 Octobre 1756), prit fin l'amère controverse concernant la question de l'administration des sacrements aux personnes qui n'auraient pas admis la bulle Unigenitus. Tout en insistant sur l'autorité d' Unigenitus et soulignant qu'il était du devoir de tous les croyants de l'accepter avec vénération, le pape décréta que les seules personnes qui devraient être exclues des sacrements seraient celles dont l'opposition à la bulle pontificale était publique et notoire, et qui devaient ainsi être regardés comme des ennemis publics. Le titre de roi de Prusse, pris en 1701 par l'Electeur de Brandebourg, fut reconnu par Benoît contre la vigoureuse opposition de nombreux membres de la Curie. Il fut considéré comme le sage par excellence par Marie-Thérèse, et reçut de nombreux éloges du sultan auquel il se plaisait à se référer dans ses écrits comme le Bon Turc. A la fin de son pontificat, la seule question d'importance, dans les relations extérieures du Saint Siège, à ne pas avoir été couronnée de succès était celle du Patriarcat d'Aquileia, dont la République de Venise et l'empereur revendiquaient tous deux la possession. Benoît décida que les droits du patriarcat devraient être partagés entre l'Archevêché de Goerz en Autriche, et celui d'Udine en Vénétie. Cette décision fut considérée comme injuste par Venise qui, en représaille, décréta que nulle bulle, brève ni communication du Saint-Siège ne devrait être promulguée dans la juridiction de la République sans la supervision et l'approbation du gouvernement.


DIRIGEANT SPIRITUEL ET TEMPOREL


En tant que souverain temporel, Benoît gouverna les Etats de l'Eglise avec sagesse et modération et introduisit de nombreuses réformes dans le but de diminuer les abus et de promouvoir le bonheur et la prospérité du peuple. Avec pour objectif de remplir le trésor qui avait été vidé par l'extravagance de quelques-uns de ses prédécesseurs, spécialement celle de Benoît XIII sous l'influence du Cardinal Coscia, et à cause des énormes dépenses immobilières sous Clément XII, il ne prononça aucune promotion au Sacré Collège pendant quatre ans. Des mesures furent mises sur pied pour réformer la noblesse, un nouvelle division régionale de la ville fut introduite dans le but d'une meilleure efficacité administrative, l'agriculture fut stimulée et encouragée par l'introduction de nouvelles méthodes, le commerce fut soutenu et le luxe réfréné, tandis que la pratique de l'usure, contre laquelle il publia l'encyclique Vix Pervenit (1745) fut presque entièrement supprimée. Benoît n'abandonna aucune des revendications de ses prédécesseurs, mais l'usage libéral de ses pouvoirs n'avait pas d'autre but que la promotion des vertus de paix et d'industrie. Le meilleur éclairage de la gravité du problème se trouve dans ses propres mots: « Le pape ordonne, les cardinaux n'obéissent pas, et le peuple fait ce qui lui plaît ».

En matière purement spirituelle et religieuse, l'influence de Benoît laissa une marque durable sur toute l'Eglise et son administration. Ses bulles et encycliques, qui ont joué une part si importante dans la définition et la clarification de points obscurs du droit ecclésiastique, étaient de savants traités, pleins de sagesse et de connaissance. La question controversée des mariages mixtes, unions entre Catholiques et Protestants, exigeaient un cadre légal en conséquence de leur fréquence sans cesse croissante. L'amertume de la Réforme était passée, pour l'essentiel, et les Protestants cherchaient à obtenir que leurs mariages avec des Catholiques puissent bénéficier de la même solennité que celle des mariages purement catholiques. Bien que la doctrine prévalant à Rome était que les parties contractantes étaient les vrais ministres du Sacrement de Mariage, ce point ne fit jamais l'unanimité des théologiens. Sans déroger en rien à cette théorie, Benoît, en réponse aux questions des évêques en de nombreux endroits, spécialement en Hollande et en Pologne, décréta par la bulle Magnae nobis admirationis (29 juin 1748) que les mariages mixtes étaient acceptables, mais seulement sous certaines conditions, dont la principale était que les enfants nés de ces mariages devraient être élevés dans la foi catholique, mais que de tels mariages, bien que tolérés, ne devraient jamais être opérés dans des cérémonies qui impliqueraient une approbation ecclésiastique formelle.


RELATIONS AVEC LES EGLISES ORIENTALES


Sous la main habile de Benoît, une union formelle fut consommée avec quelques Eglises orientales. Les tentatives fréquentes des Patriarches grecs Melchites d'Alexandrie, Antioche et Jérusalem d'obtenir la reconnaissance du Saint-Siège ne produisit pendant longtemps aucune adhésion définitive, à cause de l'insatisfaction du côté papal sur la formulation orientale des principes fondamentaux. En 1744, Benoît XIV envoya le pallium à Séraphin Tanas, qu'il reconnut comme Patriarche des Melchites grecs d'Antioche. Les conflits dans l'Eglise Maronite après la dépositon de Jacob II, qui menaça sérieusement son unité, furent réglés par un concile national (1736), dont les décrets furent approuvés par Benoît. Le 18 mars 1751, il renouvela les interdictions de Clément XII contre les Francs-Maçons, et bien que très peu de gouvernements ne regardassent la suppression de cette société comme exigeant une action décisive de leur part, des lois furent passées aussitôt avec l'Espagne et Naples, et en 1757 avec Milan. La controverse concernant les coutumes de la Chine et de Malabar, ou le système d'accomodation au paganisme que certains missionnaires avaient permis à leurs convertis de pratiquer et par lequel on disait que des idées et des pratiques païennes avaient été greffées sur le Christianisme, fut réglée par Benoît qui publia deux bulles sur le sujet et exigea des missionnaires le serment que de tels abus n'auraient plus lieu dans l'avenir. La bulle Ex quo singulari, concernant les abus en Chine, fut publiée le 11 juillet 1742; celle concernant Malabar Omnium sollicitudinum, le 12 septembre 1744. A cause de la manière dont les fêtes ecclésiastiques s'étaient multipliées, Benoît s'efforça de les limiter. Ainsi fit-il en Espagne en 1742, en Sicile et en Toscane en 1748, et plus tard en Sardaigne, en Autriche et dans les Etats Pontificaux. Cette action suscita une vaste opposition de la part de bien des cardinaux. Benoît fit taire leurs reproches en disant que moins de fêtes observées de manière plus chrétienne contribuerait mieux à la gloire de la religion.


LES REFORMES LITURGIQUES


En matière liturgique, Benoît XIV fut extrêmement conservateur. Il considérait avec désapprobation les profonds changements qui avait été introduits dans le calendrier romain au temps de Pie V. L'accroissement du nombre de Fêtes de Saints et la multiplication des offices avec rang de Duplex avaient éclipsé les anciens offices fériés et dominicaux, et durant tout son pontificat il s'éleva personnellement contre l'introduction de tout nouvel office dans le bréviaire, une politique à laquelle il se tint avec une telle fermeté que le seul changement produit sous son administration fut que Léon le Grand reçut le titre de Docteur. Il était si profondément convaincu de la nécessité d'une révision en profondeur du bréviaire, qui éliminerait ces parties dans lesquelles le sens critique du XVIIIe siècle touvait matière à contestation, qu'il commisionna le Jésuite Fabio Danzetto pour rédiger un rapport sur ce sujet. Ce rapport en quatre volumes était d'un caractère si décapant que l'on dit qu'il amena Benoît à renoncer à son projet. Le plan de réforme du Martyrologe Romain fut, cependant, conduit à son terme et une nouvelle édition en fut publiée sous son autorité à Rome en 1748. Il en va de même de la Caeremoniale Episcoporum que Benoît XIII entreprit de réformer et que Benoît XIV publia (1752) dans sa forme actuelle. Le travail classique de Benoît en matière liturgique est son De Servorum Dei Beatificatione et de Beatorum Canonizatione qui régule toujours les procès de béatification et de canonisation. D'autres travaux liturgiques importants de Benoît traitent du sacrifice de la Messe et des fêtes de Notre-Seigneur, de la Vierge Marie, et de quelques saints. En outre il a publié de nombreux travaux sur les rites des Grecs et des Orientaux; des bulles et des brèves de célébration de l'octave des Saints Apôtres, contre l'usage des images superstitieuses, sur la bénédiction du pallium, contre la musique profane dans les églises, sur la rose d'or, etc...

Afin que le clergé ne soit pas déficient dans les sciences ecclésiasiques et historiques, et afin qu'il ne manque pas l'opportunité de profiter des progrès intellectuels de son époque, il fonda à Rome quatre académies pour l'étude des antiquités romaines et chrétiennes, l'histoire de l'Eglise et des conciles, et l'histoire du droit canon et de la liturgie. Il fonda également un musée chrétien et commissionna Joseph Assemani pour préparer un catalogue des manuscrits de la Bibliothèque du Vatican, qu'il enrichit par l'acquisition de la la Bibliothèque Ottobonienne contenant 3 300 volumes de valeur et d'importance uniques. Il fonda des chaires de chimie et de mathématiques à l'université de Rome, connue sous le nom de Sapienza, et bien d'autres pour la peinture, la sculpture etc, dans d'autres écoles. Sur toutes ces fondations il exerça une stricte supervision; il trouva aussi le temps de lancer de nombreux projets architecturaux pour la construction et la restauration d'églises dans Rome. Le fait que Benoît n'éleva jamais un Jésuite au cardinalat est attribué à son hostilité à la Société; d'un autre côté, il convient de noter que c'est à un Jésuite, Emmanuel Azevedo, qu'il avait confié l'édition de ses oeuvres complètes (1747-1751). Il avait longtemps été pressé par ses amis les Cardinaux Passionei et Archinto en vue d'ordonner une profonde réforme de ce corps, mais ce n'est que la dernière année de sa vie qu'il entreprit une action décisive dans ce sens. Le 1er avril 1758, il publia une brève par laquelle le Cardinal Saldanha était commissionné pour inspecter tous les collèges et maisons de la Société au Portugal et entreprendre une réforme de cette Société, mais ce mandat fut retiré par son successeur, Clément XIII.

Benoît XIV recherchait la compagnie des intellectuels et des artistes, parmi lesquels il brillait comme sage et comme érudit. Gai, vivant et prolixe, sa conversation parfois étonnait, si elle ne choquait pas les sensibilités pondérées de quelques-uns des graves courtisans qui se trouvaient en sa compagnie. Léger et gracieux dans ses manières envers tous ceux qui l'approchaient, le pape ne manquait jamais d'énergie, ni d'esprit. Un jour, une scène violente eut lieu, dans laquelle le pape exprima de la façon la plus décidée sa désapprobation des tactiques de la cour française. Choiseul, l'ambassadeur de France, demanda au Vatican de nommer le Cardinal Archinto à la place du Cardinal Valenti comme Secrétaire d'Etat jusqu'à ce que certaines questions qui intéressaient le roi de France fussent réglées. Choiseul lui-même raconte cette scène (Lettres, p.169), sans, toutefois, relater tous les détails. La conversation fut plus animée que ne le rapporta Choiseul, et, d'après les Mémoires du Baron de Besonval (p.106) nous apprenons que le pape, excédé par les importunités de Choiseul, le saisit par le bras, et, le poussant vers son propre siège, lui dit: « Faites le pape! » (Fa el papa!). Choiseul répliqua: « Non, Saint Père, que chacun de nous joue son rôle. Vous restez le pape et je reste ambassadeur ». Cette brusquerie, cependant, n'était pas coutumière chez Benoît. Il pouvait être gai aussi bien que sérieux. L'abbé Galiani lui offrit un jour une collection de minéraux en disant: « Dic ut lapides isti panes fiant »(« Commandez à ces pierres de devenir des pains »), et l'allusion ne fut pas perdue. Le miracle requis fut accompli et l'abbé reçut une pension.

Pour ses sujets, Benoît fut une idole. S'ils se plaignirent parfois qu'il écrivait trop et ne gouvernait pas assez, il s'accordaient tous à trouver qu'il parlait bien et avec esprit, et que ses plaisanteries et bons mots faisaient les délices de Rome. Les soins de l'Etat, après son élévation au pontificat, l'empêchèrent de se consacrer autant qu'il l'aurait souhaité à ses études comme les années précédentes; mais il ne manqua jamais de stimulations intellectuelles. Il s'entoura d'hommes comme Quirini, Garampi, Borgia, Muratori, et entretint une active correspondance avec des intellectuels d'opinions diverses. Sa prééminence intellectuelle n'était pas seulement une source de fierté pour les Catholiques, mais un lien très fort pour beaucoup d'étrangers à la Foi. Voltaire lui dédia son Mahomet avec ces mots: « Au chef de la véritable religion un écrit contre le fondateur d'une religion fausse et barbare ». En une autre occasion il composa, pour un portrait du pape, le distiche suivant:

    Lambertinus hic est, Romæ decus, et pater orbis
    Qui mundum scriptis docuit, virtutibus ornat.

    (Voici Lambertini, fierté de Rome et père du monde,
    qui instruit ce monde par ses écrits et l'honore par ses vertus.)

Ce distiche causa une discussion en raison de sa quantité de "hic", mais le pape défendit la prose de Voltaire qui confima son opinion par une citation de Virgile dont il dit qu'elle devrait constituer l'épitaphe de Benoît.

Benoît fut grand en tant qu'homme, en tant qu'érudit, en tant qu'administrateur, et en tant que prêtre; sa vocation à l'immortalité repose principalement sur ses admirables écrits ecclésiastiques. Les plus importants d'entre eux, outre ceux déjà mentionnés, sont: Institutiones Ecclesiasticæ, écrit en italien, mais traduit en latin par P. Ildephonsus à S. Carolo; c'est une collection de 107 documents, principalement des lettres pastorales, des lettres à des évêques ou à d'autres personnes, des traités indépendants, des instructions, etc., toutes étant d'authentiques dissertations scientifiques sur des sujets en rapport avec la loi de l'Eglise ou le soin des âmes; l'ouvrage classique, De Synodo Dioecesanâ, publié après son élévation à la papauté, une adaptation de l'administration diocésaine de la loi ecclésiastique générale; ce livre est appelé par Schulte, à cause de son influence, l'un des plus importants, sinon le plus important des travaux modernes de droit canon; Casus Conscientiæ de mandato Prosp. Lambertini Archiep. Bonon propositi et resoluti, valable pour le juriste aussi bien que pour le confesseur; Bullarum Benedicti XIV, qui contient la législation de son pontificat, dont de nombreux documents sont des traités scientifiques. Il composa aussi un Thesaurus Resolutionum Sacræ Congregationis Concilii, la première tentative d'une présentation scientifique de la « Praxis » des Congrégations Romaines. Une édition complète de ses travaux parut à Rome (1747-51) en douze volumes in-folio, par Emmanuel Azevedo, S.J, qui traduisit aussi en latin les documents italiens. Une édition meilleure et plus complète est celle de Venise, 1788. La dernière et la plus maniable (Prato, 1844) est en dix-sept volumes. Quelques lettres de Benoît furent publiées par Kraus: Briefe Benedicts XIV an den Canonicus Pier Francesco Peggi in Bologna (1729-1758) nebst Benedicts Diarium des Conclaves von 1740 (2d éd., Fribourg, 1888). Cf. Batiffol, Inventaire des lettres inédites du Pape Benoît XIV (Paris, 1894); R. De Martinis, Acta Benedicti XIV; (Naples, 1884, passim). En 1904, Heiner édita trois traités jusque là inédits de Benoît XIV sur les rites, les fêtes des apôtres et les sacrements.


Les meilleurs comptes-rendus des écrits de Benoît et de ses ressources biographiques se trouvent dans les travaux mentionnés ci-dessus de KRAUX. Voir aussi GUARNACCHI, Vitæ et res gestæ Romanor. Pontif. et Card. a Clem. X usque ad Clem XI (Rome, 1857); NOVAES, Storia de' Sommi Pontefici (Rome, 1822); RANKE, Die röm. Päpste in den letzten vier Jahrh. (Leipzig, ed. 1900); Vie du Pape Benoît XIV (Paris, 1783); GRÖNE, Papst­Geschichte (Ratisbonne, 1875), II. Pour un long rapport sur la Curie et le caractères des cardinaux au temps de Benoît XIV, voir CHOISEUL, Lettres et Mémoires inédites, publiées par Maurice Boutry (Paris, 1895). Sur Benoît en tant que canoniste, voir SCHULTE, Gesch. der Quellen und Litt. des can. Rechts (Stuttgart, 1880), III, 503 sqq.

PATRICK J. HEALY
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, 1998-2000.