Clément II (1046 - 1047)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Clément II
(SUIDGER)

Date de naissance inconnue; intronisé le 25 décembre 1046; décédé le 9 octobre 1047. A l'automne de 1046, le roi d'Allemagne, Henry III, traversa les Alpes à la tête d'une grande armée et accompagné d'une brillante escorte de princes réguliers et séculiers de l'Empire, dans le double but de recevoir la couronne impériale et de rétablir l'ordre dans la péninsule italienne. La situation de Rome, en particulier, était déplorable. A Saint-Pierre, au Latran et à Sainte-Marie-Majeure siégeaient trois rivaux prétendant à la papauté. (voir BENOIT IX). Deux d'entre eux, Benoît IX et Sylvestre III, représentaient des factions rivales de la noblesse romaine. La position du troisième, Grégoire VI, était particulière. Le parti de la réforme, dans le but de libérer la cité du joug intolérable de la Maison de Tusculum, et l'Eglise des stigmates de la vie dissolue de Benoît, avait stipulé que cet adolescent devrait renoncer à la tiare contre une certaine somme d'argent. Que cette mesure héroïque destinée à délivrer le Saint Siège de la destruction fût simoniaque, beaucoup en ont douté; mais qu'elle portât l'apparence extérieure de la simonie, et que l'on eût été ensuite amené à la considérer comme un faille dans le titre de Grégoire, conséquence du titre impérial que recherchait Henry, telle était l'opinion courante à cette époque.

Fort de la conscience de ses bonnes intentions, Grégoire rencontra le roi Henry à Plaisance, et fut reçu avec tous les honneurs possibles. Il fut décidé qu'il devrait convoquer un synode qui se tiendrait à Sutri, près de Rome, au cours duquel toute la question serait examinée. Les minutes du synode de Sutri, le 20 décembre, sont bien résumées par le Cardinal Newman dans ses Essays Critical and Historical (II, 262 sqq.). Des trois prétendants à la papauté, seul Benoît refusa de paraître; il fut à nouveau convoqué puis sa destitution fut proclamée à Rome. Sylvestre fut « révoqué de son rang sacerdotal et enfermé dans un monastère ». Grégoire se révéla être, sinon un idiot, du moins un esprit simple, en expliquant dans un discours sans détour son entente avec Benoît, et n'eut pour toute défense que ses bonnes intentions, puis se déposa lui-même (Watterich, Vitæ Rom. Pont., I, 76); un acte interprété par certains comme une résignation volontaire, par d'autres (Hefele), conformément aux annales de l'époque, comme une déposition par le synode. Le Synode de Sutri fut ajourné pour reprendre à Rome les 23 et 24 décembre. Benoît, qui ne se rendit pas au rendez-vous, fut condamné et déposé par contumace, et la chaire papale fut déclarée vacante. Comme le roi Henry n'était pas encore couronné empereur, il n'avait aucun droit à participer à la nouvelle élection, mais les Romains n'avaient pas de candidat à proposer et prièrent donc le monarque de suggérer un sujet digne de foi.

Le premier choix d'Henry, le puissant Aldabert, Archevêque de Brême, refusa catégoriquement d'accepter la charge et suggéra le choix de son ami Suidger, Evêque de Bamberg. Malgré les protestations de ce dernier, le roi le prit par la main et le présenta au peuple et au clergé qui l'acclamèrent comme leur chef spirituel. Les réticences de Suidger furent finalement vaincues, bien qu'il insistât pour conserver l'évêché de son diocèse bien-aimé. On pourrait lui pardonner sa crainte que les turbulents Romains ne finissent par le renvoyer à Bamberg. De plus, puisque le roi refusait de rendre au Siège de Rome ses possessions usurpées par les nobles et les Normands, le pape fut forcé de se tourner vers son évêché allemand comme soutien financier. Il fut intronisé à Saint-Pierre le jour de Noël et prit le nom de Clément II. Il naquit en Saxe, de noble lignée, étudia d'abord à Halberstadt, puis fut nommé Chapelain à la cour du roi Henry qui, à la mort d'Eberhard, le premier évêque de Bamberg, le nomma à ce siège important. C'était un homme de la plus stricte intégrité et d'une moralité sévère. Son premier acte pontifical fut de placer la couronne impériale sur la tête de son bienfaiteur et celle de la Reine-Consort, Agnès d'Aquitaine. Le nouvel empereur reçut des Romains et du pape le titre et le diadème de Patricius romain, une dignité qui, depuis le dixième siècle, en raison des prétentions illégales de l'aristocratie romaine, était couramment supposée conférer à son détenteur le droit de nommer le pape ou, plus exactement, d'indiquer la personne devant être choisie (Hefele). Si Dieu n'avait donné à son Eglise le droit inaliénable de liberté et d'indépendance et ne lui avait envoyé des champions déterminés à affirmer ce droit, elle aurait alors simplement échangé la tyrannie des factions romaines contre la servitude plus grave encore d'une puissance étrangère. Le fait qu'Henry avait protégé l'Eglise Romaine et l'avait délivrée de ses ennemis ne lui donnait pour autant aucun droit de s'en prétendre le seigneur et maître. Des réformateurs à courte vue, même des hommes comme Saint Pierre Damien (Opusc., VI, 36), qui vit dans cette abdication de la liberté de l'élection papale au profit de la volonté arbitraire de l'empereur le début d'une nouvelle ère, vécurent assez longtemps pour regretter l'erreur commise à ce moment. En reconnaissant ouvertement le rôle prééminent joué par les Allemands dans la réforme du onzième siècle, nous ne pouvons oublier que ni Henry III, ni ses évêques ne comprirent l'importance de l'indépendance absolue de l'élection des officiers de l'Eglise. Cette leçon leur fut enseignée par Hildebrand, le jeune chapelain de Grégoire VI, qui fut emmené en Allemagne avec son maître pour n'en revenir qu'avec Léon IX commencer son immortelle carrière. Henry III, ennemi juré de la simonie, ne prit jamais un sou à ses obligés, mais il revendiqua le droit de nomination qui faisait de lui virtuellement la tête de l'Eglise, et ouvrait la voie aux abus intolérables commis par ses indignes successeurs.

Clément ne perdit pas de temps pour entreprendre son oeuvre de réforme. A l'occasion d'un grand synode tenu à Rome en janvier 1047, l'achat et la vente des choses spirituelles furent punies d'excommunication; quiconque avait accepté sciemment l'ordination d'un évêque coupable de simonie reçut l'ordre de faire pénitence pendant quarante jours. Un conflit de préséance entre les sièges de Ravenne, Milan et Aquileia fut tranchée en faveur de Ravenne, dont l'évêque devait, en l'absence de l'empereur, siéger à la droite du pape. Clément accompagna l'empereur dans une tournée triomphale à travers l'Italie du Sud, mais Bénévent fut frappée d'interdit pour avoir refusé de leur ouvrir ses portes. S'étant rendu en Allemagne avec Henry, il canonisa Wiborada, une nonne de Saint Gall, martyrisée par les Huns en 925. Sur le chemin du retour pour Rome, il mourut près de Pesaro. Qu'il fût empoisonné par les partisans de Benoît IX n'est qu'une supposition dénuée de preuve. Il légua ses cendres à Bamberg, dans la grande cathédrale où l'on peut encore voir son sarcophage de marbre. Il est le seul pape enterré en Allemagne. De nombreux ecclésiastiques zélés, notamment l'évêque de Liège, s'efforcèrent alors de remettre sur le trône papal Grégoire VI qui, ainsi que son chapelain, était retenu en honorable détention par Henry, mais l'empereur, sans cérémonie, nomma Poppo, évêque de Brixen, qui prit le nom de Damase II.


BARONIUS, Annales Eccl., ad ann. 1046, 1047; LAFITEAU,La vie de Clément II (Padoue, 1752); WILL, Die Anfänge der Restauration der Kirche im XI. Jahrhundert (Marburg, 1859); WITTMASNN, Clemens II. in Archiv. f. kathol. Kirchenrecht (1884), LI, 238; VON REUMONT, Gesch. d. Stadt Rom (Berlin, 1867), II, 339-44; ARTAUD DE MONTOR, History of the Roman Pontiffs (New York, 1867); HEINEMANN, Der Patriziat d. deutschen Könige (Halle, 1887); HEFELE, Conciliengesch., IV, 7606-14.

JAMES F. LOUGHLIN
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Février 2000.