Clément IV (1265 - 1268)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Clément IV

(GUIDO LE GROS)

Né à Saint-Gilles-sur-le-Rhône, le 23 novembre, année inconnue, élu à Pérouse le 5 février 1265; décédé à Viterbe le 29 novembre 1268. Après la mort d'Urbain IV (2 octobre 1264), les cardinaux, assemblés en conclave à Pérouse, discutèrent pendant quatre mois sur la question de savoir si l'Eglise devait continuer la guerre contre la maison des Hohenstaufen en appelant Charles d'Anjou, le plus jeune frère du roi Saint Louis de France, ou trouver quelque autre moyen d'assurer l'indépendance de la papauté. Nulle autre solution ne se présentant, le seul recours possible était de s'unir derrière le cardinal-évêque de Sabine, français de naissance et sujet de Charles. Guido le Gros était d'origine noble. Quand sa mère mourut, son père, le chevalier Foulquois, entra dans un monastère Carthusien où il finit saintement sa vie. Guido se maria, et pendant une courte période il exerça le métier des armes. Puis il se consacra à l'étude du droit sous la direction éminente du célèbre Durandus, et gagna une réputation nationale comme avocat. Saint Louis, qui avait pour lui grand respect et affection, le prit dans son cabinet et en fit un de ses principaux conseillers. Son épouse mourut, lui laissant deux filles, sur quoi il imita son père au point qu'il abandonna toute affaire terrestre pour prendre les saints ordres.

Son ascension dans l'Eglise fut rapide: En 1256, il devint évêque du Puy, 1259, archevêque de Narbonne; décembre 1261, Cardinal-Evêque de Sabina. Il fut le premier cardinal créé par Urbain IV (Babel, Hierarchia Catholica, 7). Il se trouvait en France, de retour d'une importante légation en Angleterre, quand il reçut un message urgent des cardinaux exigeant sa présence immédiate à Pérouse. Ce n'est qu'une fois entré dans le conclave qu'il apprit que l'unanimité des votes du Sacré Collège lui avait mis entre les mains les destinées de l'Eglise Catholique. Il fut étonné; car seul un homme de grande expérience pouvait réaliser pleinement la responsabilité de celui dont le jugement, en cette époque critique, devait irrévocablement orienter la course de l'histoire de l'Italie et de l'Eglise pendant les siècles à venir. Ses prières et ses larmes échouant à émouvoir les cardinaux, il accepta à contrecoeur le lourd fardeau que l'on plaçait sur ses épaules. Il fut couronné à Viterbe le 22 février et, pour honorer le saint du jour de sa naissance, il prit le nom de Clément IV. Ses contemporains sont unanimes et enthousiastes à louer sa piété exemplaire et la rigueur de sa vie ascétique. Il avait une aversion remarquable pour le népotisme. Son premier acte fut d'interdire à quiconque de sa parenté de se rendre à la Curie, ou d'essayer de tirer quelque avantage temporel de son élévation. Les soupirants de ses filles furent solennellement avertis que leurs éventuelles épouses étaient non les enfants du pape, mais de Guido Grossus, et que leurs douaires seraient extrêmement modestes. Les deux demoiselles préférèrent la réclusion du couvent.

La question napolitaine occupa presque exclusivement les pensées de Clément IV durant son court pontificat de 3 ans, 9 mois et 25 jours, qui vit cependant les deux batailles décisives de Bénévent et Tagliacozzo (1268), et l'exécution de Conradin. Les négociations avec Charles d'Anjou avaient progressé si loin sous le règne d'Urbain IV qu'il est difficile d'imaginer comment le pape aurait maintenant pu faire marche arrière, même s'il l'avait voulu. Mais Clément n'en eut pas l'intention. Le pouvoir de Manfred et l'insécurité du Saint Siège augmentaient chaque jour. Clément avait déjà, comme cardinal, pris une part active dans les négociations avec Charles et maintenant il faisait tout son possible pour fournir à l'ambitieux mais nécessaire aventurier des troupes et de l'argent. Les légats pontificaux et les frères mendiants apparurent sur le devant de la scène, prêchant une croisade formelle avec les plus grandes indulgences et les plus généreuses promesses. Des soldats s'enrôlèrent en abondance parmi la chevalerie guerrière de France; la grande difficulté était de trouver de l'argent pour équiper et entretenir l'armée. Le clergé et le peuple refusèrent de voir une croisade dans ce qu'ils considéraient comme une querelle personnelle du pape, une « guerre menée par le Latran, et sans Sarrasins ni Juifs.» (Dante, Inf., canto xxviii); pourtant, en réalité, des Sarrasins avaient bien été implantés en Italie par Frédéric II, et constituaient l'essentiel de l'armée de Manfred. Bien que réduit par moments à la plus extrême indigence, et forcé de gager tous ses biens de valeur et d'emprunter à des taux exorbitants, le pape ne se découragea pas; l'expédition eut lieu, et du point de vue militaire, elle remporta un brillant succès.

Charles, précédant son armée, se rendit à Rome par la mer, et par la conclusion d'un traité par lequel les libertés de l'Eglise et la souveraineté du Saint Siège semblaient fermement établies, il reçut l'investiture de son nouveau royaume. Le 6 janvier 1266, il fut solennellement couronné à Saint Pierre; non, comme il l'aurait souhaité, par le pape, qui avait pris résidence à Viterbe et ne vit jamais Rome, mais par les cardinaux désignés pour cette charge. Le 22 février, il livra la bataille de Bénévent, qui fut pour Charles une victoire complète; Manfred se trouvait parmi les victimes. Naples ouvrit ses portes et la dynastie angevine s'y établit. Quoique bon général, Charles avait de nombreuses faiblesses de caractère qui faisaient de lui un gouvernant tout différent de son saint frère. Il était dur, cruel, cupide et tyrannique. Clément eut beaucoup de travail à lui remémorer les termes de son traité, lui reprochant ses excès et ceux de ses officiels, et l'avertissant qu'il s'attirait l'inimitié de ses sujets. Néanmoins, lorsqu'un peu plus tard, le jeune Conradin, bravant l'anathème et la censure pontificale, se lança à la conquête de ce qu'il estimait être son bien de naissance, Clément resta fidèle à Charles et prophétisa que le galant jeune homme, partout accueilli par le parti gibelin, même à Rome, dans un enthousiasme sans borne, « était comme l'agneau que l'on mène à l'abattoir » et que « sa gloire s'évanouirait comme la fumée », une prophétie trop littéralement remplie quand, après le jour fatal de Tagliacozzo (23 aout 1268), Conradin tomba entre les mains impitoyables de Charles et fut décapité (le 29 octobre) sur la place du marché de Naples. La fable qui rapporte que le pape Clément conseilla l'exécution du malheureux prince en disant « La vie ou la mort de Conradin signifie la mort ou la vie de Charles » est postérieure aux faits et contraire à la vérité. Même l'affirmation de Gregorovius soutenant que Clément devint complice en refusant d'intercéder pour Conradin, est également sans fondement; car il a été démontré de façon convaincante que non seulement il plaida pour la vie de Conradin et requit Saint Louis pour ajouter le poids de son influence sur son frère, mais de plus, qu'il désapprouva fermement Charles pour son acte cruel quand il l'eut perpétré. Clément suivit « le dernier des Hohenstaufen » dans la tombe juste un mois plus tard, laissant la papauté dans de bien meilleures conditions que lorsqu'il reçut les clefs de Saint Pierre. Il fut enterré à l'église des dominicains de Viterbe. En raison de vues divergentes entre les cardinaux, le trône papal demeura vacant durant presque trois ans. En 1268, Clément canonisa Sainte Hedwige de Pologne (d.1243).


JORDAN, Les registres de Clément IV (Paris, 1893, sqq.); Life and Letters in MANSI, XIV, 325; HEIDEMANN, Papst Klemens IV. (Münster, 1903, pt. 1); HEFELE, Concilieng. VI, 1-265; HERGENRÖTHER -KIRSCH, Kirchengesch., 4e éd. (Fribourg, 1904), II, 566; PRIEST, Hist. de la Conquéte de Naples par Charles d'Anjou (Paris, 1841); BRAYDA, La risponsabilitá di Clemente IV e di Carlo X d'Anjou nella morte di Corradino di Soevia (Naples, 1900).

JAMES F. LOUGHLIN
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Avril 2004.