Clément VI (1342 - 1352)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Clément VI

(PIERRE ROGER)

Né en 1291 au château de Maumont, dans l'actuel département de Corrèze en France, élu pape le 7 mai 1342 en Avignon où il mourut le 6 décembre 1352. A l'âge de dix ans, il entra au monastère bénédictin de La Chaise-Dieu (Haute-Loire) où il fit sa profession de foi religieuse. Après avoir consacré quelque temps aux études à Paris, il obtint un doctorat et y devint professeur. Après avoir été présenté au pape Jean XXII par le Cardinal Pierre Grouin de Mortemart, il gravit rapidement les échelons de la hiérarchie ecclésiastique. D'abord prieur de Saint Baudile à Nîmes, puis abbé de Fécamp en Normandie, il devint évêque d'Arras et chancelier de France en 1328, fut promu archevêque de Sens en 1329, puis de Rouen l'année suivante. Dans cette dernière ville, un concile provincial, qui promulga plusieurs décrets disciplinaires eut lieu sous sa présidence en 1335. Il fut nommé cardinal en 1338 par Benoît XII, à qui il succéda comme pontife. Un des traits caractéristiques de sa politique comme tête de l'Eglise Universelle fut son excessive dévotion aux intérêts de la France et à ceux de ses proches. Ses sympathies françaises gênèrent ses efforts pour restaurer et maitnenir la paix entre l'Angleterre et la France, bien que sa médiation menât à la conclusion d'une trève générale (Malestroit, 1343). La plupart des vingt-cinq cardinaux qu'il nomma étaient français, et douze d'entre eux étaient de sa famille. Le Roi de France obtint la permission (1344) de communier sous les deux espèces. Clément acepta la dignité sénatoriale qui lui fut offerte comme « Chevalier Roger » par une délégation romaine, qui comptait Pétrarque parmi ses membres. Il leur accorda aussi la requête de la célébration d'un jubilé tous les cinquante ans au lieu d'un par siècle (bulle « Unigenitus », 1343), mais déclina leur invitation à rentrer à Rome. Au contraire, une certaine perennité de la réssidence papale d'Avignon semblait assurée par son achat de la souveraineté d'Avignon contre 80.000 florins à Joanna de Naples et de Provence, le 9 juin 1348. A la même époque, il déclara cette même princesse innocente de toute complicité dans le meurtre de son mari. Le succès du pape dans les affaires romaines est mis en évidence par la confirmation du règne éphémère mais inévitable de Cola di Mienzi (du 20 mai au 15 décembre 1347). Sa condamnation ultérieure de cet arrogant tribun joua un rôle décisif dans la chute de celui-ci. Peu après ces événéments, l'année jubilaire de 1350 amena un nombre extraodinairement grand de pèlerins dans la Ville Eternelle. Il échoua dans ses tentatives de renforcer le parti des Guelfes en Italie et fut contraint de céder la ville de Bologne à l'archevêque de Milan pendant une période de douze ans.

Clément s'attaqua avec ardeur au long conflit entre l'empereur Louis de Bavière et la papauté. L'empereur avait offensé le sentiment religieux de bon nombre de ses adhérents en annulant arbitrairement le mariage de Marguerite Maultasch, héritière du Tyrol, et de Jean Henry, Prince de Bohême. Le mécontentement populaire fut encore aggravé quand l'empereur autorisa son propre fils à épouser cette même princesse. En conséquence, Louis était prêt à faire au pape les plus grandes concessions. Dans une lettre de septembre 1343, il reconnut comme illégale sa prétention au titre impérial, confessa sa volonté d'annuler tous ses actes impériaux et de se soumettre à toute pénalité papale, mais dans le même temps il souhaitait être reconnu comme roi des Romains. Clément exigea comme condition supplémentaire que nulle loi ne soit promulguée dans l'empire sans l'assentiment pontifical, que le caractère contraignant des décrets royaux promulgués devrait être suspendu jusqu'à la confirmation par le Saint Siège, qu'il devrait déposer tous les évêques ou abbés nommés par lui-même, et renoncer à toute prétention de souveraineté sur les Etats Pontificaux, la Sicile, la Sardaigne et la Corse. Louis soumit les exigences papales à la considération des princes allemands, à une époque ou le sentiment anti-papal était très fort en Allemagne, suite à la séparation de l'archevêché de Prague de la province ecclésiastique de Mayence (30 avril 1344). Les princes déclarèrent inacceptables les exigences pontificales, mais parlèrent aussi de la nécessité d'élire un nouveau roi à la place de Louis, dont le règne avait été si désastreux pour l'empire. Le pape, le 7 avril 1346, déposa Henry de Virneburg, archevêque de Mayence et ardent partisan de l'empereur régnant, et nomma à sa place un jeune homme de vingt ans, Gerlach de Nassau. Le 13 avril de la même année il fulmina une bulle sévère contre l'empereur, dans laquelle il exigeait des électeurs qu'ils lui choisissent un successeur. Charles de Luxembourg, le candidat du pape, qui avait été autrefois son élève, fut élu roi d'Allemagne (le 11 juillet 1346) par son père, Jean de Bohême, par Rodolphe de Saxe, et les trois électeurs ecclésiastiques. Charles IV (1346-1378) accepta en substance les exigences pontificales, mais son autorité ne fut pas immédiatement reconnue dans toute l'Allemagne. Le pays était au bord de la guerre civile, quand Louis de Bavière mourut subitement lors d'une chasse au marcassin près de Munich, le 11 octobre 1347. L'opposition de Günther de Schwarzenburg (décédé le 14 juin 1349) à Charles fut de courte durée. Laissé sans protecteur par la mort de Louis, Guillaume d'Occam et les frères mineurs schismatiques firent alors leur soumission au pape. Vers 1344 Clément VI octroya la souveraineté des îles Canaries au prince Castillan Louis de la Cerda, à la condition que nul autre prince chrétien n'eût acquis de droit sur leur possession. Le nouveau souverain, à qui fut accordé le titre de Prince de Fortunie, accepta d'introduire le christianisme dans les îles et de payer un tribut au Saint Siège. Il ne put toutefois prendre effectivement possession du territoire, qui ne fut pas définitivement converti à cette époque, bien qu'un évêque (le carmélite Bernard) fût spécialement nommé pour les îles en 1351. Les tentatives du pape pour réunir les Grecs et les Arméniens à l'Eglise de Rome ne produisirent aucun résultat tangible. L'Orient ne désirait pas tant le retour à l'unité doctrinale qu'une assistance contre les Turcs. Une croisade contre ces derniers, qui fut entreprise en 1344, se termina par une trève stérile.

Plus prince temporel que guide ecclésiastique, Clément se montra plein de munificence, protecteur des arts et des lettres, aimant la bonne chère, les banquets mondains et les réceptions brillantes, auxquelles les dames étaient librement admises. Les lourdes dépenses qu'exigeait une telle pompe épuisèrent les fonds que Benoit XII avait laissés à son successeur. Pour trouver de nouvelles sources de revenu, en l'absence des revenus ordinaires des Etats de l'Eglise, de nouvelles taxes furent imposées et un nombre sans cesse grandissant de diocèses et de bénéfices fut réservé au pape. Des mesures aussi arbitraires suscitèrent une résistance dans plusieurs pays. En 1343 les agents de deux cardinaux, que Clément avait missionnés en Angleterre, furent chassés de ce pays. Edouard III se plaignit avec véhémence des exactions de la cour d'Avignon et en 1351 fut promulgué le Statut des Proviseurs, selon lequel le roi se réservait un droit de regard dans tous les cas de nomination papale aux bénéfices. La mémoire de ce pape est assombrie par son favoritisme français et par le grossier népotisme de son règne. Clément VI fut néanmoins un protecteur des opprimés et vint en aide aux nécessiteux. Son courage et sa charité apparaissent de façon éclatante à l'époque de la Grande Peste, ou Peste Noire, en Avignon (1348-49). Tandis qu'en beaucoup d'endroits de nombreux Juifs furent massacrés par le peuple qui voyait en eux la cause de la peste, Clément publia des bulles pour leur protection et leur offrit refuge dans son petit Etat. Il canonisa Saint Yves de Tréguier (décédé en 1303), l'avocat des orphelins, en juin 1347, condamna les Flagellants et, en 1351, défendit courageusement les Frère Mendiants contre les accusations de quelques prélats séculiers. Plusieurs sermons ont été conservés de ce pape reconnu érudit et orateur éloquent. Il mourut après une courte maladie et, selon son désir, fut enterré à La Chaise-Dieu. En 1562, sa tombe fut profanée et ses restes brûlés par les Huguenots.


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N.A. WEBER
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Septembre 2004.