Clément VIII (1592 - 1605)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Clément VIII

(HIPPOLYTE ALDOBRANDINI)

Né à Fano en mars 1536 d'une famille florentine distinguée; mort à Rome le 5 mars 1605. Il fut élu pape le 30 janvier 1592, après un conclave orageux décrit par Ranke (Geschichte des römischen päpste, 9e ed.,II, 150 sqq). Dans sa jeunesse, il fit d'excellentes études de jurisprudence sous la direction de son père, un habile juriste. A travers les stages d'avocat consistorial, auditeur de la Rota et du Dataire, il fut promu en 1585 à la dignité de Prêtre-Cardinal avec le titre de Saint Pancrace et fut nommé grand pénitentiaire. Il gagna l'amitié des Habsbourg par ses efforts fructueux, durant sa légation en Pologne, pour obtenir la libération de l'Archiduc Maximilien, prétendant déchu au trône de Pologne. Durant le conclave de 1592, il fut le candidat peu enthousiaste de la minorité soudée de cardinaux qui était déterminée à délivrer le Saint Siège de la domination de Philippe II d'Espagne. Son élection fut saluée avec un enthousiasme démesuré par les Italiens et par tous ceux qui connaissaient son caractère. Il possédait toutes les qualités nécessaires pour être vicaire du Christ. Moralement irréprochable dans sa jeunesse, il s'était, très tôt dans sa vie, placé sous la direction de Saint Philippe Neri, qui avait été son confesseur pendant quarante ans. Lors de l'élévation de Clément à la papauté, le vieux saint céda cette charge importante à Baronius, que le pape, malgré sa réticence, créa cardinal, et à qui il se confessait chaque soir. La ferveur avec laquelle il disait sa messe quotidienne remplissait de dévotion tous ceux qui y assistaient. Sa longue association avec l'Apôtre de Rome fit qu'il s'imprégna de l'esprit du saint si profondément, qu'en lui Saint Philippe lui-même peut presque être considéré comme ayant investi le trône pontifical. Tandis que de nombreux problèmes politiques exigeaient une solution, le pape tourna d'abord son attention vers les intérêts spirituels de l'Eglise. Il fit une visite personnelle à toutes les églises et institutions scolaires et caritatives de Rome, éliminant partout les abus et renforçant la discipline. C'est à lui que l'on doit l'institution de la Dévotion des Quarante Heures. Il fonda à Rome le Collegio Clementino pour l'éducation des fils des classes riches, et augmenta le nombre de collèges nationaux à Rome en ouvrant le Collegio Scozzese pour la formation des missionnaires d'Ecosse. le Bullarium Romanum contient de nombreux et importants décrets de Clément, notamment l'un d'entre eux qui dénonce la pratique du duel et un autre qui stipule l'inviolabilité des Etats de l'Eglise. Il publia des éditions révisées de la Vulgate (1598), du Bréviaire, du Missel, et aussi du Caeremoniale et du Pontificale.

La situation compliquée de la France ne présentait pas d'insurmontables difficultés pour deux hommes d'Etat consommés comme l'étaient Henri de Navarre et Clément VIII. Il était clair pour Henri que, malgré ses victoires, il ne pouvait conserver pacifiquement la couronne de France sans adopter la foi Catholique. Il abjura le calvinisme le 25 juillet 1593. Il était également clair pour le Pape Clément qu'il était de son devoir de braver l'hostilité égoïste de l'Espagne en reconnaissant les revendications légitimes d'Henri, dès qu'il se convainquit lui-même que la conversion de ce dernier était plus qu'une manoeuvre politique. A l'automne 1595 il accorda solennellement l'absolution à Henri IV, mettant ainsi fin à une guerre de religion de trente ans en France et gagnant un puissant allié dans sa lutte pour achever l'indépendance de l'Italie et du Saint-Siège. L'amitié d'Henri fut d'une importance capitale pour le pape deux ans plus tard, quand Alphonse II, duc de Ferrare, mourut sans enfant (27 octobre 1597), et que le pape Clément résolut de placer la forteresse de la dynastie Este sous la juridiction immédiate de l'Eglise. Même si l'Espagne et de l'Empire encouragèrent d'abord Cesare d'Este, le cousin illégitime d'Alphonse, à résister au pape, ils furent dissuadés de lui porter secours par les menaces d'Henri, et l'armée papale entra dans Ferrare presque sans opposition. En 1598 le pape Clément augmenta encore le crédit de la papauté en amenant la France et l'Espagne à signer un traité de paix définitive au Traité de Vervins, et de même la France et la Savoie. Il apporta aussi une assistance déterminante à l'empereur en hommes et en argent dans sa lutte contre les Turcs en Hongrie. Il fut aussi impitoyable que Sixte V dans sa guerre contre le brigandage et dans le châtiment de la noblesse romaine hors-la-loi. Il n'épargna même pas la jeune parricide Béatrice Cenci, sur qui tant de larmes ont été versées. (Bertolotti, Francesco Cenci e la sua famiglia, Florence, 1879.) Le 17 février 1600 l'apostat Giordano Bruno fut brûlé sur le bûcher de la Piazza dei Fiori. Le jubilé de 1600 fut un témoignage brillant des gloires de la papauté rénovée, trois millions de pèlerins visitant les lieux saints. En 1595 se tint le synode de Brest en Lituanie, grâce auquel une grande partie du clergé et du peuple Ruthénien furent réunis à Rome (Likowski, Union zu Brest, 1094). Bien que Clément, en dépit d'un jeûne constant, fût perclus de goutte aux pieds et aux mains, sa capacité de travail était illimitée, et son intellect puissant percevait tous les besoins de l'Eglise dans le monde. Il traitait personnellement les moindres détails des sujets qui lui étaient soumis, par exemple le divorce entre Henri IV et Marguerite de Valois, mais s'investit cependant plus dans la grande controverse sur la grâce entre les Jésuites et les Dominicains. Il fut présent à toutes les sessions du Congregatio de auxiliis (q.v.) mais s'abstint sagement de publier un décret final sur la question. Clément VIII mourut dans sa soixante-dixième année après un pontificat de treize ans. Ses cendres reposent à Sainte-Marie Majeure, où les Borghesi, qui succédèrent aux Aldobrandini dans la lignée féminine, érigèrent un somptueux monument à sa mémoire.


Vita Clem. VIII in LABBE AND COSSART, Coll. Conc., XXI, 1323; WADDING, Vita Clem. VIII (Rome, 1723); VON RANKE, The Roman Popes in the Last Four Centuries (1834-37); PELESZ, Gesch. der Union der ruthenischen Kirche mit Rom (Würzburg, 1881); ROSSI, Di una controversia tra la republica di Venezia e Clem. VIII in Archivio Veneto (1889), fasc. 74; SERRY, Hist. controv. de auxiliis (Anvers, 1709); RƒGNON, Baez et Molina (Paris, 1883); DE MONTOR, Lives of the Roman Pontiffs (New-York, 1857).

JAMES F. LOUGHLIN
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, 1999.