Constantin Ier (708 - 715)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Constantin Ier

Consacré le 25 mars 708; décédé le 9 avril 715; Il était syrien, fils d'un homme appelé Jean, et « remarquablement affable ». La première moitié de son règne fut marquée par une cruelle famine à Rome, la seconde par une extraordinaire abondance. Pendant quelque temps, il eut des problèmes avec Félix, archevêque de Ravenne, qu'il avait lui-même consacré. S'appuyant sur la puissance séculière, le nouvel évêque refusait l'obéissance au pape. Ce n'est qu'après avoir goûté à une terrible infortune que Félix finit par se soumettre. Constantin reçut comme pèlerins deux rois Anglo-Saxons, Coenred de Mercie et Offa, roi des Saxons Orientaux. Ils reçurent tous deux la tonsure à Rome et embrassèrent la vie monastique (Bède, Hist. eccl., V, xix, xx.) . St Egwin, évêque de Worcester, vint à Rome avec eux et obtint du pape divers privilèges pour son monastère d'Evesham.(Chron. Abbat. de Evesham, in R. S.; St. Egwin and his Abbey of Evesham, Londres, 1904.). Les documents subsistant de l'histoire de ce monastère qui portent le nom de ce pape sont tous des faux (On peut les trouver dans Haddan and Stubbs, Councils, III, 281.) . Mais son privilège pour les monastères de Bermondsey et Woking (ibid., 276) peut être authentique.

En 692, l'Empereur Justinien II avait convoqué la réunion du soi-disant Concile de Quinisext ou Trullan. A cette assemblée, qui ne comprenait que des évêques grecs, 102 canons furent promulgués, dont beaucoup instauraient des coutumes contraires à celles de Rome. Par le canon XIII le célibat du clergé séculier grec devenait une chose du passé; et par le canon XXXVI, un pas de plus était franchi vers l'indépendance du patriarche de Constantinople à l'égard du Saint-Siège. Justinien déploya de nombreux efforts pour obtenir l'adhésion des papes à ces décrets. Mais l'un après l'autre, tous refusèrent. A la fin, il envoya à Constantin l'ordre de se présenter à Constantinople. Laissant derriière lui, selon la coutume de l'époque, l'archiprêtre, l'archidiacre et le Primicerius, ou chef des notaires, gouverner l'église en son absence, il mit les voiles pour l'Orient (709) avec de nombreux prêtres et évêques. Où qu'abordât son vaisseau, il était reçu avec autant d'honneurs que l'empereur lui-même. Il entra dans Constantinople en triomphe et, à la demande de Justinien, se rendit jusqu'en Nicomédie, où l'empereur résidait alors. Curieusement, ce prince cruel reçut le pape avec les plus grands honneurs, se prosterna devant lui et lui embrassa les pieds. Après avoir reçu la Sainte Communion des mains du pape, il renouvela les privilèges de l'Eglise romaine. Ce qui se passa entre eux au sujet du concile Quinisext est inconnu. Il semblerait, toutefois, que Constantin en approuvât les canons qui ne s'opposaient pas à la vraie Foi ou à la saine morale, et que l'empereur se montrât satisfait de cette approbation qualifiée.

Peu après le retour à Rome de Constantin (octobre 711) Justinien II fut détrôné par Philippicus Bardanes. Le nouvel empereur s'efforça de rétablir le monothélisme, et envoya au pape une lettre que ce dernier fit examiner par un synode qui la condamna. Par la suite, comme l'empereur brûla les Actes du Sixième Concile Général, restaura sur les dyptiques les noms que ces actes avaient fait effacer, ré-érigea leurs images et fit enlever la représentation du concile qui était suspendue au fronton du palais, le pape et le peuple de Rome placèrent sur le portique de la basilique Saint-Pierre une série de représentations des six conciles généraux, et refusèrent d'inscrire le nom du nouvel empereur sur leurs chartes et sur leur monnaie. Ils refusèrent également de placer sa statue, selon la coutume, dans la chapelle officielle de saint César sur le Palatin (dont le site a été découvert en 1907) et de prier pour lui dans le canon de la messe. Pour punir les romains de ces mesures insolentes, un nouveau duc fut envoyé à Rome, qui en aurait sans doute grandement souffert, mais survint opportunément la déposition de Philippicus par l'orthodoxe Anastasius (713). Le nouvel empereur se dépêcha d'envoyer à Rome, par l'exarque Scholasticus, une lettre dans laquelle il professait son orthodoxie et son adhésion au sixième concile général, qui avait condamné le monothélisme. Constantin reçut aussi une lettre de Jean, le patriarche de Constantinople, reconnaissant la « prééminence apostolique du pape sur toute l'Eglise, comme celle de la tête sur tout le corps. » et que « conformément aux canons il est la tête de tout le clergé chrétie ». Jean assura le pape que, bien qu'ayant dû coopérer avec l'empereur Philippicus, il était toujours resté orthodoxe de coeur, et que le décret, promulgué par le concile en vertu duquel l'empereur hérétique avait voulu rétablir le monothélisme (712) était vraiment orthodoxe de sens, bien qu'il ne le semblât pas dans les termes (Voir la lettre de Jean dans l'épilogue du diacre Agathon, in Mansi, Coll. Conc., XII, 192.)

Parmi les hommes distingués qui vinrent à Rome durant les jours de Constantin figure Benoît, archevêque de Milan. Il vint non seulement pour prier sur le tombeau des apôtres, car il était un homme d'une sainteté si remarquable qu'elle en était reconnue dans toute l'Italie (Paul le Diacre, Hist., VI, xxix), mais aussi pour discuter avec le pape du ressort juridictionnel de l'église de Pavie. A une certaine époque, certainement au début du cinquième siècle, les évêques de Pavie étaient sujets des évêques de Milan, par qui ils étaient consacrés. Pour quelque raison, peut-être parce que les Lombards firent de Pavie leur capitale, ses évêques avaient cessé de dépendre de ceux de Milan, et ils étaient devenus sujets directs du pape lui-même. En conséquence, quand il fut prouvé à Benoît que les évêques de Pavie étaient depuis longtemps consacrés à Rome, il abandonna définitivement sa prétention à exercer sur eux sa juridiction. La visite d'un pape dans une cité éloignée de Rome étant relativement rare, les peuples de plusieurs endroits que Constantin traversa durant son voyage à Constantinople, ainsi qu'à son retour, étaient trop heureux de pouvoir s'offrir l'opportunité de lui faire consacrer leur évêque. Il est rapporté qu'il consacra douze évêques durant ce voyage et, en temps et lieux ordinaires, pas moins de soixante-quatre.


Lib. pontificalis, ed. DUCHESNE, 389; MANN, Lives of the Popes (Londres, St. Louis, 1902), I, pt. II, 127 sqq.

HORACE K. MANN
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Septembre 2002.