St Corneille (251 - 253)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
St Corneille

Pape et Martyr .

Nous pouvons accepter l'affirmation du Catalogue Libérien qu'il régna deux ans, trois mois et dix jours, car Lipsius, Lightfoot et Harnack ont montré que cette liste est un document de première main pour cette époque. Son prédécesseur, Fabien, fut mis à mort par Dèce le 20 janvier 250. Vers le début de mars 251, la persécution se relâcha en raison de l'absence de l'empereur, contre qui deux rivaux s'étaient dressés. Il fut alors possible de rassembler à Rome seize évêques, et Corneille fut élu, quoique contre sa volonté (Cyprien, Ep. lv, 24), « par le jugement de Dieu et du Christ, par le témoignage de presque tout le clergé, par le vote du peuple alors présent, par l'assentiment des vieux prêtres et des hommes de bonne volonté, à une époque où personne n'avait été nommé avant lui, où la place de Fabien, c'est à dire la place de Pierre, et la marche du trône sacerdotal était vacante » . « Quel courage dans son acceptation de l'épiscopat, quelle force d'esprit, quelle fermeté dans la foi, pour qu'il prît, intrépide, sa place sur le siège sacerdotal, à une époque où le tyran, dans sa haine des évêques, proférait d'inqualifiables menaces quand il entendait dire qu'un évêque de Dieu était nommé à Rome, alors qu'il manifestait bien plus de patience si un prince rival se dressait devant lui » (ibid.,9). Ne doit-il pas, demande Saint Cyprien, être compté au rang des glorieux confesseurs et martyrs qui siégèrent si longtemps dans la crainte du sabre, de la croix, du poteau ou de toute autre torture?

Quelque semaines plus tard,le prêtre Romain Novatien se fit anti-pape, et tout le monde chrétien se trouva pris dans les convulsions du schisme de Rome. Mais l'adhésion de saint Cyprien assura à Corneille les cent évêques d'Afrique, et l'influence de Saint Dionysius le Grand, évêque d'Alexandrie, amena l'Orient en quelques mois à prendre la bonne décision. En Italie même, le pape réunit un synode de soixante évêques. Fabius, évêque d'Antioche, semble avoir vacillé. Trois lettres que lui envoya Corneille étaient connues d'Eusèbe, qui donne des extraits de l'une d'elles (Hist. Eccl., VI, xliii), dans laquelle le pape détaille l'irrégularité de l'élection de Novatien et sa conduite pleine d'amertume. Incidemment nous apprenons que dans l'Eglise romaine il y avait quarante-six prêtres, sept diacres, sept sous-diacres quarante-deux acolytes, cinquante-deux ostiaires, et plus de mille cinq cent veuves et personnes en détresse. De là, Burnet estima le nombre de chrétiens dans Rome à cinquante mille, de même que Gibbon; mais Benson et Harnack pensent que ce chiffre est vraisemblablement trop élevé. Le pape Fabien avait délimité sept régions; il apparaît que chacune avait un diacre, un sous-diacre et six acolytes. Des lettres de Corneille à Cyprien, deux sont parvenues jusqu'à nous, ainsi que neuf lettres de Cyprien au pape. Mgr Merrati a montré que, dans le vrai texte, les lettres de Corneille sont en "latin vulgaire" de l'époque, et non dans le style plus classique affecté par l'ex-orateur Cyprien et le savant philosphe Novatien. Corneille condamna les mesures indulgentes proposées par Cyprien et acceptées par son concile de Carthage en 251 pour la restauration de la communion, après diverses formes de pénitence, à ceux qui avaient failli durant la persécution de Dèce.

Au début de 252 une nouvelle persécution éclata soudain. Corneille fut exilé à Centumcellae (Civita Vecchia). Il n'y eut pas de défection parmi les chrétiens de Rome, tous furent des confesseurs. Le pape "amena ses frères à la confession", écrit Cyprien (Ep. lx, ad Corn.), avec une référence manifeste à la confession de Saint Pierre. "D'un seul coeur et d'une seule voix toute l'église romaine confessa sa foi. Alors on vit, très cher frère, cette foi que les saints Apôtres louèrent en toi" (Rom., i, 8); " Il avait même vu en esprit ton glorieux courage et ta stricte fermeté." En juin, Corneille mourut en martyr, comme Saint Cyprien le rappelle inlassablement. Le catalogue Libérien le dit « ibi cum gloriâ dormicionem accepit », et cela peut signifier qu'il mourut des rigueurs de son bannissement, bien que des commentaires plus tardifs affirment qu'il fut décapité. Saint Jérôme dit que Corneille et Cyprien souffrirent le même jour en des années différentes, et son rapport méticuleux a été généralement suivi. La fête de Saint Cyprien était de fait suivie à Rome sur la tombe de Corneille, car le "Depositio Martirum" du quatrième siècle dit "XVIII kl octob Cypriani Africæ Romæ celebratur in Callisti". Saint Corneille ne fut pas enterré dans la chapelle des papes, mais dans une catacombe adjacente, peut-être celle de la branche des nobles Cornelii. Son incription est en latin: "CORNELIUS* MARTYR*" , tandis que celles de Fabien et Lucius sont en grec (Northcote and Brownlow, Roma sotteranea, I, vi). Sa fête est célébrée avec celle de Saint Cyprien le 14 septembre, jour possible de sa translation de Centumcellae aux catacombes.


JOHN CHAPMAN
From the Catholic Encyclopedia, copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Février 2000.