St Damase Ier (366 - 383)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
St Damase Ier

Né vers 304; décédé le 11 décembre 386. Son père, Antonius, était probablement Espagnol; le nom de sa mère, Laurentia, n'a été découvert que récemment. Damase semble être né à Rome; il est certain qu'il y grandit au service de l'Eglise du martyr St Laurent. Il fut élu pape en octobre 366 à une large majorité, mais un nombre d'adhérents zélés du pape décédé Libère le rejetèrent, choisirent le diacre Ursinus (ou Ursicinus), firent irrégulièrement consacrer celui-ci, et recoururent à la violence et au meurtre en vue de l'asseoir sur la chaire de Pierre. De nombreux détails de ce scandaleux conflit sont rapportés dans le très suspect Libellus Precum (P.L., XIII, 83-107), une pétition à l'autorité civile de la part de Faustinus et Marcellinus, deux presbytres anti-damasiens (cf. aussi Ammianus Marcellinus, Rer. Gest., XXVII, c. iii). Valentinien reconnut Damase et exila Ursinus à Cologne, d'où il fut plus tard autorisé à rentrer à Milan, mais il resta interdit de séjour à Rome et dans les environs. Le parti de l'antipape (qui fut ensuite adepte de l'arianisme puis un prétendant vindicatif au trône pontifical) ne cessa de persécuter Damase. Une accusation d'adultère fut portée contre lui (378) à la cour impériale, mais il fut innocenté par l'empereur Gratien lui-même (Mansi, Coll. Conc., III, 628) et peu après par un synode romain de quarante-quatre évêques (Liber Pontificalis, ed. Duchesne, s.v.; Mansi, op. cit., III, 419) qui excommunia aussi ses accusateurs.

Damase défendit avec vigueur la foi Catholique à une époque de périls terribles et variés. En deux synodes Romains (368 et 369) il condamna l'Apollinarisme et le Macédonianisme; il envoya aussi ses légats au Concile de Constantinople (381), convoqua de nouveau les hérésies mentionnées. Au synode romain de 369 (ou 370) Auxentius, l'évêque Arien de Milan, fut excommunié; il tint le siège, cependant, jusqu'à sa mort en 374, laissant la voie à St Ambroise. L'hérétique Priscillien, condamné par le Concile de Saragosse (380) en appela à Damase, mais en vain. C'est Damase qui incita St Jérôme à entreprendre sa célèbre révision des versions latines antérieures de la Bible (Vulgate). St Jérôme fut aussi son secrétaire particulier pendant quelque temps (Ep. cxxiii, n. 10). Un important canon du Nouveau Testament fut proclamé par lui au synode Romain de 374. L'Eglise d'Orient, en la personne de St Basile de Césarée, rechercha sérieusement l'aide et l'encouragement de Damase contre l'arianisme triomphant; le pape, cependant, nourissait quelque degré de suspicion contre le grand Docteur de Cappadoce. Sur la question du schisme Mélétien d'Antioche, Damase, avec Athanase et Pierre d'Alexandrie, sympathisa avec le parti de Paulinus comme plus sincèrement représentatif de l'orthodoxie Nicéenne; à la mort de Meletius il chercha à faciliter la succession pour Paulinus et à exclure Flavien (Socrate, Hist. Eccl., V, xv). Il soutint l'appel des sénateurs chrétiens à l'empereur Gratien pour le retrait de l'autel de la victoire de la maison du sénat (Ambrose, Ep. xvii, n. 10), et vécut assez longtemps pour approuver le fameux édit de Théodose Ier, De fide Catholica (27 Feb., 380), qui proclama comme religion de l'Etat Romain la doctrine que prêcha St Pierre aux Romains et dont Damase était le chef suprême (Cod. Theod., XVI, 1, 2).

Quand, en 379, l'Illyrie fut détachée de l'Empire d'Occident, Damase se hâta de sauvegarder l'autorité de l'Eglise Romaine en nommant un vicaire apostolique en la personne d'Ascholius, évêque de Thessalonique; ce fut l'origine de l'important vicariat pontifical longtemps attaché à ce siège. La primauté du siège Apostolique, diversement encouragée au temps de Damase par les actes et les édits impériaux, fut vigoureusement défendue par ce pape; parmi ses déclarations remarquables sur ce sujet figure l'affirmation que la suprématie ecclésiastique de l'Eglise Romaine était basée non sur les décrets des conciles, mais sur les paroles mêmes de Jésus-Christ (Mt, XVI, 18). Le prestige accru des premiers décrets pontificaux, habituellement attribué au règne de Siricius (384-399), appartient plus probablement au règne de Damase ("Canones Romanorum ad Gallos"; Babut, "La plus ancienne décrétale", Paris, 1904). Ce développement de la charge pontificale, spécialement en Occident, amena avec lui une forte accentuation de la grandeur manifestée. Cette splendeur séculière, cependant, affecta défavorablement bien des membres du clergé romain, dont les buts et la vie mondaine, amèrement réprouvés par St Jérôme, provoquèrent (29 juillet 370) un édit de l'empereur Valentinien adressé au pape, interdisant aux ecclésiastiques et aux moines de poursuivre les veuves et les orphelins dans l'espoir d'en obtenir des dons et des legs. Le pape fit observer cette loi avec rigueur.

Damase restaura sa propre église (maintenant San Lorenzo in Damaso) et s'occupa de la conservation méticuleuse des archives de l'Eglise Romaine. Il construisit, dans la basilique Saint Sébastien sur la Via Appia le monument de marbre (toujours visible) connu sous le nom de "Platonia" (platona, pavement de marbre) en l'honneur du transfert provisoire en ce lieu des corps des saints Pierre et Paul, et le décora avec une importante inscription historique (voir Northcote et Brownlow, "Roma Sotteranea"). Il construisit également sur la Via Ardeanita, entre les cimetières de Calixte et de Domitille, une basilicula, ou petite église, dont les ruines furent découvertes en 1902 et 1903, et dans laquelle, selon le "Liber Pontificalis", le pape fut enterré avec sa mère et sa soeur. A cette occasion, l'inventeur, Monseigneur Wilpert, trouva aussi l'épitaphe de la mère du pape, dont on apprit non seulement que son nom était Laurentia, mais aussi qu'elle avait vécut les soixantes années de son veuvage au service de Dieu, et mourut dans sa quatre-vingt-neuvième année, ayant vu la quatrième génération de ses descendants. Damase construisit au Vatican un baptistère en l'honneur de Saint Pierre et y grava une de ses inscriptions artistiques (Carmen xxxvi) encore conservée dasn les cryptes du Vatican. Il assécha cette région souterraine afin que les corps qui s'y trouvaient enterrés (juxta sepulcrum beati Petri) ne soient pas affectés par les eaux stagnantes ou débordantes. Cette extraordinaire dévotion aux martyrs romains est maintenant bien connue, grâce en particulier aux travaux de Giovanni Battista De Rossi. Pour un bon résumé de ses travaux de restauration architecturale des catacombes et le caractère artistique unique dans lequel son ami Furius Dionysius Filocalus exécuta les épitaphes composées par Damase, voir Northcote et Bronlow, Roma Sotterranea (2e. ed., Londres, 1878-79). Le contenu dogmatique des épitaphes de Damase (tituli) est important (Northcote, Epitaphs of the Catacombs, Londres, 1878). Il composa aussi nombre de brèves épigrammes sur divers saints et martyrs ainsi que quelques hymnes, ou Carmina. En outre, St Jérôme dit (Ep.xxii,22) que Damase écrivit sur la virginité, aussi bien en prose qu'en vers, mais aucun de ces travaux n'a été préservé. Pour les quelques lettres de Damase qui ont survécu (dont quelques-unes sont apocryphes), voir P.L., XIII, 347-76, et Jaffé, Reg. Rom. Pontif. (Leipzig, 1885), nn.232-254.


THOMAS J. SHANAN
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Février 2000.