Eugène II (824 - 827)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Eugène II

Elu le 6 juin 824; décédé le 27 août 827. A la mort de Pascal Ier (entre février et mai 824) eut lieu une élection partagée. La pape défunt avait sagement tenté de soumettre le pouvoir rapidement croissant de la noblesse romaine qui, pour renforcer ses positions contre lui, s'était tournée vers un soutien au pouvoir Franc. Quand il mourut, ces nobles firent de nombreux efforts pour le faire remplacer par un candidat de leur choix et, en dépit du fait que le clergé s'était choisi un candidat supposé capable de continuer la politique de Pascal, les nobles parvinrent à leurs fins. Ils assurèrent la consécration d'Eugène, archiprêtre de Ste-Sabine sur l'Aventin, bien que selon un décret romain de l'an 769 promulgué sous Etienne IV, il leur était interdit de prendre part à l'élection d'un pape. Selon d'anciennes éditions du Liber Pontificalis, leur candidat aurait été le fils de Bohemond; mais dans les éditions meilleures et plus récentes, le nom de son père n'est pas indiqué. Lorsqu'il était archiprêtre de l'Eglise Romaine, il aurait rempli très consciencieusement les devoirs de sa charge, puis lorsqu'il devint pape, il embellit son ancienne église Sainte-Sabine de mosaïques et de bronzes portant son nom, qui étaient encore intactes au seizième siècle. Eugène est décrit par son biographe comme un homme humble et simple, érudit et éloquent, bienveillant et généreux, aimant la paix, et pleinement occupé par la pensée de faire ce qui plaît à Dieu.

L'élection d'Eugène fut un triomphe pour les Francs, et ils résolurent de tirer parti de cette situation. L'empereur Louis le Pieux envoya donc son fils Lothaire à Rome pour renforcer l'influence française. Ceux de la noblesse romaine qui avaient été bannis sous le règne précédent et qui s'étaient enfuis en Francie (France) furent rappelés, et leurs biens leur furent restituées. Un concordat fut alors passé entre le pape et l'empereur (824), la Constitutio Romana, en neuf articles, qui fit apparemment avancer les prétentions impériales sur la ville de Rome, mais dans le même temps permit de contrôler le pouvoir de la noblesse. Elle décrétait que tous ceux qui étaient sous la protection spéciale du pape ou de l'empereur étaient inviolables, et que cette disposition s'appliquait en premier lieu au pape lui-même et à ses représentants; que les biens de l'Eglise ne pouvaient être spoliés après le décès d'un pape; que seuls ceux qui en avaient été autorisés par le décret d'Etienne IV pourraient prendre part à l'élection du pape; que deux commis (missi) devraient être nommés, l'un par le pape et l'autre par l'empereur, afin de leur rendre compte à chacun de la manière dont la justice était rendue, afin que toute faute dans l'administration pût être corrigée par le pape ou, s'il ne s'y employait pas, par l'empereur; que les hommes devaient être jugés selon la loi (Romaine, Salique ou Lombarde) de leur nation; que l'Eglise devait se voir restituer tous ses biens; que le vol avec violence devait être éliminé; que lorsque l'Empereur se rendait à Rome, les principaux officiels devaient se présenter devant lui pour être rappelés à leur devoir; qu'aucune élection papale ne pourrait être contraire aux canons; et que le pape élu ne pourrait être consacré sans la présence de l'empereur ou de son envoyé; et enfin, que tous doivent obéir au pontife Romain. Sur ordre du pape et de Lothaire, le peuple dut jurer que, selon la fidélité qu'il avait promise au pape, il devrait obéir aux empereurs Louis et Lothaire.

Peu de temps avant que Lothaire ne quittât Rome, il y arriva des ambassadeurs, les uns envoyés par Louis, les autres par les Grecs, pour discuter de la question des images. Au début, l'empereur grec, Michel II, se montra tolérant envers les pratiquants du culte des images et leur grand champion, Théodore le Studite, et lui écrivit pour l'exhorter à « nous unir [ L'Eglise de Constantinople] à la tête de l'Eglise de Dieu, c'est à dire Rome, et à travers elle, aux trois Patriarches » (Epp., II, lxxiv) et de rester en accord avec l'ancienne coutume qui commandait de s'en référer à la décision de la Vieille Rome pour toute question douteuse. Il envoya aussi au pape des ambassadeurs pour le consulter sur certains points en rapport avec le culte des images (Einhard, Annales, 824). Mais Michel oublia bientôt sa tolérance, persécuta cruellement le culte des images et tenta de s'attirer la coopération de Louis le Pieux. Avant d'apporter la moindre réponse aux sollicitations de Michel, Louis fit demander au pape la permission de rassembler un certain nombre de ses évêques et de faire une sélection de passages des Pères pour élucider la question que les Grecs avaient fait surgir. La demande fut accordée, mais les évêques qui se réunirent à Paris en 825 étaient incompétents pour ce travail. Leur recueil d'extraits des Pères fut un amalgame confus et mal digéré, et leurs conclusions, aussi bien que les lettres qu'ils souhaitaient que le pape adressât aux Grecs, se fondaient sur une mauvaise compréhension des décrets du Second Concile de Nicée (cf. P.L., XCVIII, p. 1293 sqq.). Leurs travaux ne semblent d'ailleurs pas avoir accompli grand chose, puisqu'on ne trouve nulle trace de leurs conclusions.

En 826, Eugène tint à Rome un important concile de soixante-deux évêques, à l'issue duquel trente-huit décrets disciplinaires furent publiés. Un ou deux de ces décrets sont dignes d'être mentionnés pour montrer qu'Eugène avait à cœur l'amélioration de l'enseignement. Non seulement les prêtres ou évêques ignorants devaient être suspendus jusqu'à ce qu'ils eussent acquis une connaissance suffisante pour accomplir leur devoir sacré, mais il fut décrété que, étant donné qu'il n'y avait en certaines localités ni maître ni zèle d'apprendre, des maîtres seraient attachés aux palais épiscopaux, aux cathédrales et à d'autres lieux, afin de dispenser une instruction en littérature sacrée et en culture générale (can. xxxiv). Pour aider à la conversion du Nord, Eugène écrivit à St Ansgar, l'apôtre des Scandinaves, et à ses compagnons, « à tous les fils de l'Eglise Catholique » (Jaffé, 2564). Il existe encore des pièces de monnaie de ce pape, portant son nom et celui de l'empereur Louis. On suppose, car aucun document ne rapporte le fait, que selon la coutume, il fut enterré dans la basilique Saint-Pierre.


Liber Pontificalis, ed. DUCHESNE, II, 69-70. EINHARD et autres chroniqueurs in Mon. Germ. Hist., Script., I-II; Lettres de THEODORE LE STUDITE in P. G., XCIX; DUCHESNE, The Beginnings of the Temporal Sovereignty of the Pope (tr. Londres, 1908), 128 sqq.; MANN, Lives of the Early Popes, II, 15 56 sqq.

HORACE K. MANN
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Septembre 2003.