Grégoire Ier (590 - 604)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Grégoire Ier

(GREGOIRE LE GRAND)

Docteur de l'Eglise; né à Rome vers 540; décédé le 12 mars 604.


« Grégoire est certainement l'une des figures les plus notables de l'Histoire Ecclésiastique. Il a exercé sous de nombreux aspects une influence décisive sur la doctrine, l'organisation et la discipline de l'Eglise Catholique. C'est à travers lui qu'il faut rechercher une explication de la situation religieuse du Moyen-Age; de fait, si l'on ignorait son action, l'évolution de la forme médiévale du christianisme serait presque inexplicable. Et de plus, dans la mesure où le catholicisme moderne est un développement légitime du Catholicisme médiéval, Grégoire peut aussi raisonnablement en être appelé le Père. Presque tous les principes essentiels du catholicisme récent se trouvent, en germe pour le moins, dans Grégoire le Grand »
(F.H. Dudden, « Gregory the Great », 1, p. v).

Ce panégyrique, étant écrit par un érudit non-catholique, justifiera la longueur et l'élaboration de l'article qui suit.

I. DE SA NAISSANCE A 574

Le père de Grégoire s'appelait Gordianus, un riche patricien, probablement de la célèbre famille Amicia, qui possédait de grands domaines en Sicile et un hôtel particulier dans Rome, sur le Caelius, hôtel dont les ruines, apparemment merveilleusement conservées, attendent toujours d'être excavées sous l'Eglise St-André-et-St-Grégoire. Sa mère, Silvia, semble avoir été de bonne famille, mais on sait très peu de chose de sa vie. Elle est honorée comme sainte, sa fête étant célébrée le 3 novembre. Des portraits de Gordianus et Silvia furent peints sur ordre de Grégoire, dans l'atrium du monastère de St André, et on peut en trouver une plaisante description dans Jean le Diacre (Vita, IV, lxxxiii). Outre sa mère, deux tantes de Grégoire ont été canonisées, les deux soeurs de Gordianus, Tarsille et Emilienne, si bien que Jean le Diacre parle de son éducation comme étant celle d'un saint parmi des saints. De ses premières années, nous se savons que ce que nous apprend l'histoire de cette période. Entre les années 546 et 552 Rome fut d'abord prise par les Goths sous Totila, puis abandonnée par eux; puis elle fut occupée par la garnison de Belisarius, puis assiégée en vain par les Goths, qui la reprirent toutefois, juste pour l'abandonner de nouveau à Narsès.

L'esprit de Grégoire et sa mémoire étaient à la fois exceptionnellement réceptifs, et c'est à l'effet produit sur lui par ces désastres que nous devons attribuer la nuance de tristesse qui envahit ses écrits et particulièrement son attente très nette d'une proche fin du monde. De son éducation, nous n'avons aucun détail. Grégoire de Tours nous dit qu'en grammaire, en rhétorique et en dialectique il était si doué qu'on le disait inégalable dans tout Rome, et il semble certain qu'il doit aussi avoir suivi des études de droit. Une autre influence qui s'exerça sur lui, et non des moindres, fut l'atmosphère religieuse familiale. Il se délectait dans la méditation des Ecritures et l'écoute de ses aînés, si bien qu'il se « dévoua à Dieu dès son enfance ». Son rang et ses perspectives d'avenir le poussèrent naturellement vers une carrière publique, et il occupa sans nul doute des postes administratifs subordonnés alors qu'il était un jeune patricien engagé dans la vie publique. Qu'il se soit bien acquitté de ses tâches d'alors semble chose certaine, puisque nous le trouvons en l'an 573, alors qu'il a à peine plus de trente ans, occupant la charge importante de préfet de la ville de Rome. A cette date, ce poste brillant était amputé d'une bonne partie de sa traditionnelle magnificence, et ses responsabilités étaient réduites; il restait cependant la plus haute dignité civile dans la ville, et ce ne fut qu'après de longues prières et un combat intérieur que Grégoire décida de tout abandonner pour devenir moine. Cet événement eut lieu probablement en 574. Une fois sa décision prise, il se dévoua au travail et à l'austérité de sa nouvelle vie avec toute l'énergie naturelle de son caractère. Il fit don de ses domaines de Sicile pour y fonder six monastères, et sa maison sur le Caelius fut convertie en un autre monastère placé sous le patronage de saint André. C'est là qu'il prit lui-même le capuchon, si bien que « lui qui avait l'habitude de parcourir la ville vêtu de la trabée et paré de soie et de bijoux, était maintenant vêtu d'un tissu sans valeur et servait l'autel du Seigneur. « (Greg. Tur., X, i).


II. MOINE ET ABBE


On a beaucoup discuté le point de savoir si Grégoire et ses moines de l'abbaye St-André suivaient la règle de St Benoît. Baronius, et d'autres sur ses dires, ont nié cette éventualité, tandis qu'elle était fortement affirmée par Mabillon et les Bollandistes qui, dans la préface de la vie de Saint Augustin (26 mai), nient l'opinion exprimée auparavant dans la préface à la vie de St Grégoire (12 mars). La controverse n'a d'importance qu'en considération de la question de la forme du monachisme introduit par saint Augustin en Angleterre, et on peut dire que l'opinion de Baronius est maintenant pratiquement abandonnée. Pendant environ trois ans, Grégoire vécut en retraite dans le monastère St-André, une période à laquelle il se réfère souvent comme la partie la plus heureuse de sa vie. Sa grande austérité durant cette époque est rapportée par ses biographes, et se trouve probablement être la cause de la santé fragile dont il souffrit constamment durant le reste de sa vie. Cependant, il fut bientôt tiré de sa retraite quand, en 578, le pape l'ordonna, bien contre sa volonté, comme un des sept diacres (regionarii) de Rome. C'était une période de crise aigüe. Les Lombards avançaient rapidement vers la ville, et la seule chance de salut semblait être d'obtenir, à Byzance, l'aide de l'empereur Tibère. Le pape Pélage II dépêcha donc en conséquence une ambassade spéciale à Tibère, à laquelle il adjoignit Grégoire en tant qu'apocrisiaire, ou ambassadeur permanent à la Cour de Byzance. La date de sa nouvelle nomination semble avoir été le printemps de 579, et il y demeura apparemment six ans. Rien ne pouvait être plus antipathique à Grégoire que l'atmosphère mondaine de la brillante cour byzantine et, pour contrer sa dangereuse influence, il suivait la vie monastique autant que les circonstances le permettaient. Cela fut facilité par le fait que plusieurs de ses frères de St-André l'avaient accompagné à Constantinople. Avec eux, il priait et étudiait les Ecritures, ce dont il reste une trace dans sa "Morale", ou série de lectures sur le livre de Job, composée durant cette période à la demande de saint Léandre de Séville, qui fit la connaissance de Grégoire durant son séjour à Constantinople. Grégoire attira beaucoup l'attention par sa controverse avec Eutychius, patriarche de Constantinople, concernant la Résurrection. Eutychius avait publié un traité sur le sujet, maintenant que les corps relevés des élus seraient "impalpables, plus légers que l'air". A cette opinion, Grégoire opposa la palpabilité du corps du Christ ressuscité. La dispute devint longue et amère, si bien que, pour finir, l'empereur intervint lui-même, les deux combattants se trouvant convoqués en audience privée, où ils exposèrent leurs vues. L'empereur décida que Grégoire avait raison, et ordonna de brûler le livre d'Eutychius. La tension du combat avait été si vive que les deux combattants tombèrent malades. Grégoire guérit, mais le patriarche succomba, abjurant son erreur sur son lit de mort. Il faut mentionner le fait curieux que, bien que le séjour de Grégoire à Constantinople ait duré six ans, il semble n'avoir jamais possédé le moindre rudiment de Grec. Il est possible qu'il trouvât que l'usage d'un interprète avait ses avantages, mais il se plaint souvent de l'incapacité de ceux qu'il employait dans ce but. Il faut reconnaître que, en ce qui concerne l'obtention de l'aide dont Rome avait besoin, le séjour de Grégoire à Constantinople fut un échec. Toutefois, sa période d'ambassadeur lui enseigna tout simplement une leçon qui allait par la suite porter de grands fruits, quand il gouvernerait Rome en tant que pape. C'était le fait important qu'il n'y avait plus aucune aide à attendre des Byzantins, avec en corollaire que, si Rome et l'Italie pouvaient encore être sauvées, ce ne pouvait être que par une vigoureuse action indépendante des forces du terrain. Humainement parlant, c'est au fait que Grégoire avait acquis cette conviciton qu'est due toute son action ultérieure ainsi que toute ses considérables conséquences.

En l'an 586, ou peut-être 585, il fut rappelé à Rome et c'est dans la plus grande joie qu'il regagna St-André, dont il devint abbé peu de temps après. Le monastère devint célèbre sous sa férule énergique, formant de nombreux moines qui acquirent ensuite du renom, et beaucoup d'images éclatantes de cette époque se trouvent dans les "Dialogues". Grégoire donna beaucoup de son temps à la lecture des Saintes Ecritures et il est rapporté qu'il expliqua à ses moines l'Heptateuque, le Livre des Rois, les Prophètes, le Livre des Proverbes, et le Cantique des Cantiques. Des notes de ces lectures furent prises à l'époque par un jeune étudiant nommé Claudius, mais quand Grégoire vit leur transcription il y trouva tant d'erreurs qu'il insista pour qu'elles lui fussent données pour correction et révision. Apparemment ce ne fut jamais fait, car les fragments existant de ces travaux attribués à Grégoire sont presque certainement apocryphes. A cette époque, cependant, une importante entreprise littéraire fut certainement accomplie. Ce fut la révision et la publication des Magna Moralia, ou lectures du livre de Job, qu'il rédigea à Constantinople sur la demande de saint Léandre. Dans une de ses lettres (Ep., V, liii) Grégoire donne une explication intéressante sur l'origine de son travail. A cette période devrait être assigné le célèbre incident de la rencontre de Grégoire avec de jeunes Anglais sur le Forum. La première mention de cet événement se trouve dans la vie de Whitby (c, ix), et toute l'histoire semble être une tradition anglaise. C'est pourquoi il est utile de noter que dans le manuscrit de saint Gall, les Angles n'apparaissent pas comme des esclaves exposés pour la vente, mais comme des hommes visitant Rome en toute liberté, et que Grégoire exprima le désir de rencontrer. C'est le Vénérable Bede (Hist. Eccl., II, i) qui, le premier, en fait des esclaves. En conséquence de cette rencontre, Grégoire eut une telle envie de convertir les Angles qu'il obtint de Pélage la permission de se rendre en personne en Grande-Bretagne avec quelques-uns de ses moines et missionnaires. Les Romains, cependant, étaient très furieux contre l'action du pape. Dans des termes hostiles, ils exigèrent le rappel de Grégoire, et des messagers furent envoyés pour le ramener à Rome, par la force si nécessaire. Ces hommes rattrapèrent la petite bande de missionnaires le troisième jour qui suivit leur départ, et rentrèrent aussitôt avec eux, Grégoire n'opposant aucune résistance, car cette péripétie lui apparut comme un signe du ciel lui indiquant que cette entreprise devait être abandonnée. Le fort sentiment du peuple de Rome que Grégoire ne devait pas être autorisé à quitter Rome est une preuve suffisante de la position qu'il tenait alors dans la ville. Il était en fait le principal conseiller et l'assitant de Pélage II, pour qui il semble avoir agi essentiellement comme un secrétaire (voir la lettre de l'évêque de Ravenne à Grégoire, Epp., III, lxvi, « Sedem apostolicam, quam antae moribus nunc etiam honore debito gubernatis »). Dans cette fonction, probablement en 586, Grégoire écrivit son importante lettre aux évêques schismatiques d'Istrie qui s'étaient séparés de l'Eglise sur la question des Trois Chapitres (Epp., Appendix, III, iii). Ce document, qui est presque un traité par sa longueur, est un admirable exemple du talent de Grégoire, mais il ne parvint pas à produire plus d'effet que les deux précédentes lettres de Pélage, et le schisme continua.

L'année 589 fut une année de grands désastres à travers tout l'Empire. En Italie, il y eut une inondation sans précédent. Des fermes et des maisons furent emportées par les flots. Le Tibre sortit de son lit, détruisant de nombreux bâtiments, parmi lesquels les greniers de l'Eglise avec tout leur stock de blé. La pestilence suivit les inondations, et Rome devint une véritable ville de la mort. Les affaires étaient paralysées, et les rues désertées, sauf par les voitures qui charriaient les innombrables cadavres pour des enterrements collectifs au-delà des murs de la ville. Puis, en février 590, comme pour remplir jusqu'à ras-bord la coupe de la misère, Pélage II mourut. Le choix d'un successeur reposait sur le clergé et le peuple de Rome, et sans hésitation ils élurent Grégoire, abbé de St-André. En dépit de leur unanimité, Grégoire recula devant la dignité qui lui était ainsi offerte. Il savait, sans doute, que son acceptation signifiait l'adieu à la vie du cloître qu'il aimait tant, et ainsi non seulement il refusa d'accéder aux prières de ses concitoyens, mais il écrivit aussi personnellement à l'Empereur Maurice, le suppliant avec gravité de ne pas confirmer l'élection. Germanus, préfet de la ville, détruisit la lettre, toutefois, et envoya à la place le formulaire classique de l'élection. Dans l'intervalle, alors qu'on attendait la réponse de l'Empereur, lers affaires du siège vacant étaient expédiées par Grégoire, en commission avec deux ou trois hauts dignitaires. Comme la peste continuait ses ravages, Grégoire appela le peuple à s'unir dans une vaste procession en sept groupes qui devaient partir de chacune des sept régions de la ville et converger vers la basilique de la Sainte-Vierge, tout le monde priant pour le pardon et le retrait de la pestilence. Cela fut fait, et la mémoire de l'événement est toujours préservée par le nom de « Sant'Angelo » donné au mausolée d'Hadrien en raison de la légende disant que l'Archange saint Michel fut aperçu au-dessus de son sommet en train de rengainer son sabre en signe que la peste s'arrêtait. Enfin, après six mois d'attente vint la confirmation impériale de l'élection de Grégoire. Le saint fut terrifié par cette nouvelle et médita même de s'enfuir. Il fut saisi, cependant, emmené à la basilique Saint-Pierre, et là fut consacré pape le 3 septembre 590. L'histoire disant que Grégoire s'enfuit réellement de la ville et demeura caché dans une forêt pendant trois jours, quand sa présence fut révélée par une lumière surnaturelle, semble être une pure invention. Elle apparaît pour la première fois dans la vie de Whitby (c. vii), et contredit directement les propos de son contemporain, Grégoire de Tours (Hist. Franc., X, i). Pourtant il ne cessa jamais de regretter son élévation, et ses écrits ultérieurs contiennent d'innombrables expressions de son fort sentiment sur ce point.


III. PAPE (590-604)


Il restait à Grégoire quatorze années à vivre, et dans ce temps il accomplit autant de travail qu'il aurait été nécessaire pour occuper une vie entière. Ce qui rend plus merveilleux encore ses réalisations est sa santé perpétuellement déficiente. Il souffrit presque continuellement d'indigestion et, par intervalles, d'attaques de légère fièvre, tandis que pendant la dernière moitié de son pontificat il fut martyrisé par la goutte. En dépit de ces infirmités, qui s'aggravaient constamment, son biographe, Paul le Diacre, nous dit qu' « il ne se reposait jamais » (Vita, XV). Son travail, comme pape, est de nature si variée qu'il sera préférable de le considérer en sections, bien que cela empêche tout séquencement chronologique précis. A l'extrême fin de son pontificat, Grégoire publia son Liber pastoralis curae, ou livre de la charge d'évêque, dans lequel il indique clairement les voies qu'il considère de son devoir de suivre. L'ouvrage, qui considère l'évêque principalement comme un « médecin des âmes », est divisé en quatre parties. Il montre dans la première que seul un homme déjà doué pour le soin des âmes peut entreprendre la « règle suprême » de l'épiscopat. Dans la seconde il décrit comment la vie de l'évêque devrait être ordonnée d'un point de vue spirituel, dans la troisième, comment il devrait instruire et édifier ceux dont il a la charge, et dans la quatrième comment, en dépit de ses bonnes oeuvres, il devrait garder à l'esprit sa propre faiblesse, puisque meilleure est son oeuvre, plus grand est le danger de tomber dans l'autosatisfaction. Ce petit ouvrage est la clé de la vie de Grégoire comme pape, car il vécut ce qu'il prêchait. De plus, il resta pendant des siècles le livre de référence de l'épiscopat catholique, si bien que, par son influence, l'idéal du grand pape a formé le caractère de l'Eglise, et son esprit s'est répandu dans tous les pays.


(1) Sa vie et son oeuvre dans Rome


En tant que pape, Grégoire continua à vivre dans la simplicité monastique. Un de ses premiers actes fut de bannir tous les laïcs, serviteurs, pages, etc., du palais du Latran, et de leur substituer des clercs. Il n'y avait plus de magister militum vivant dans Rome, aussi le contrôle même des questions militaires revenait au pape. Les incursions des Lombards avaient rempli la ville d'une multitude de réfugiés indigents, pour le soutien desquels Grégoire fit des provisions, usant pour cela de la logistique des districts ecclésiastiques, dont chacun eut alors son diaconat ou office des aumônes. Le blé ainsi distribué venait principalement de Sicile et il était fourni par les domaines de l'Eglise. Les besoins temporels de son peuple étant ainsi assurés, Grégoire ne négligea pas leurs besoins spirituels, et un grand nombre de ses sermons nous sont parvenus. C'est lui qui institua les stations, toujours observées et notées dans le missel Romain. Il rencontrait le clergé et le peuple dans quelque église convenue d'avance, et tous ensemble se rendaient en procession à l'église de la station, où la messe était célébrée et où le pape prêchait. Ses sermons, qui attiraient d'immenses foules, sont des explications extrêmement simples et populaires des Ecritures. La maîtrise de la Bible chez le prêcheur est tout-à-fait remarquable, il la cite incessamment, et son usage régulier de l'anecdote pour illustrer un point en question, pavait la voie des prêcheurs populaires du Moyen-Age. En juillet 595, Grégoire tint à Saint-Pierre son premier synode, qui se constitua presque exclusivement d'évêques des sièges suburbains et de prêtres des églises titulaires romaines. Six décrets traitant de la discipline ecclésiastique furent publiés, dont certains confirmaient simplement les changements déjà effectués par le pape de sa propre autorité.

Il existe encore beaucoup de controverses quant à la portée exacte des réformes de saint Grégoire sur la liturgie romaine. Tous admettent cependant qu'il fit les modifications suivantes par rapport à la pratique pré-existante:

Dans le canon de la messe, il inséra les mots « diesque nostros in tua pace disponas, atque ab aeterna damnatione nos eripi, et in electorum tuorum jubras grege numerari »;

Il ordonna que le Pater Noster soit récité dans le canon avant de rompre l'hostie;

Il ordonna que l'Alleluia soit chanté après le Graduel hors du temps pascal, période durant laquelle, apparemment, l'usage Romain l'avait jusque-là confiné;

Il interdit le port de la chasuble par les sous-diacres assistant à la messe;

Il interdit aux diacres de chanter d'autre partie de la messe que le chant de l'Evangile.

Au-delà de ces points et de quelques autres de moindre importance il semble impossible de conclure avec certitude quels changements Grégoire produisit effectivement, ainsi de la question très disputée du Sacramentaire Grégorien et le point presque plus difficile encore du plain-chant ou chant de l'Eglise, car le point de liaison entre Grégoire et ce qui constitue la plus ancienne autorité semble être Jean le Diacre (Vita, II, vi, Xvii). On ne manque pas de preuve, toutefois, pour illustrer l'activité de Grégoire comme dirigeant du patrimoine de St Pierre. Sous son règne les domaines de l'Eglise avaient atteint de vastes dimensions. Diverses estimations situent leur superficie totale entre 3300 et 4600 kilomètres carrés, et il n'y a aucune raison pour trouver ces chiffres exagérés, tandis que le revenu qui s'en dégageait n'était probablement pas inférieur à 7.000.000 F par an. La terre se trouvait en de nombreuses régions ( Campanie, Afrique, Sicile, et ailleurs ) et, en tant que seigneur de ces terres, Grégoire fit preuve d'une adresse dans les finances et la gestion des domaines qui ne suscitent pas moins notre admiration qu'elle ne surprit ses intendants et ses agents, qui trouvèrent tout à coup qu'ils avaient un nouveau maître avec qui on ne pouvait mentir ni tricher. La gestion de chaque patrimoine était assurée par nombre d'agents de grades et de charges variés, sous l'autorité d'un officier appelé le recteur ou défenseur du patrimoine. Auparavant les recteurs avaient été généralement des laïcs, mais Grégoire établit la coutume de nommer des ecclésiastiques à cette fonction. En faisant cela, il avait probablement en vue les nombreux devoirs supplémentaires, de nature ecclésiastique, qu'il les appelait à exercer. Ainsi on peut trouver des exemples où de tels recteurs, étant commissionnés pour assurer le remplacement de sièges vacants, tiennent des synodes locaux, mènent des actions contre les hérétiques, gèrent la maintenance des églises et des monastères, corrigent les abus dans les églises de leur district en renforçant la discipline ecclésiastique et vont même jusqu'à réprimander et corriger les évêques locaux. Pourtant, Grégoire n'autorisa jamais les recteurs à interférer en de telles matières de leur propre chef. Dans les minutes de gestion du domaine, rien n'était trop petit pour la touche personnelle de Grégoire, depuis le nombre exact de sextarii dans un modius de blé, ou combien de soluli faisait une livre d'or, jusqu'à l'usage de faux poids par certains agents mineurs. Il trouve le temps d'écrire des instructions sur chaque détail et ne laisse aucune plainte sans réponse, même si elle vient du plus humble de ses mulitples intendants. A travers le grand nombre de lettres qui traitent de la gestion du patrimoine, la détermination du pape pour assurer une administration scrupuleusement rigoureuse est évidente. En tant qu'évêque, il est le mandataire de Dieu et de St Pierre, et ses agents doivent montrer par leur conduite qu'ils comprennent cela. En conséquence, sous sa direction avisée, les domaines de l'Eglise grandirent sensiblement en valeur, les gérants étaient satisfaits, et les revenus payés avec une régularité sans précédent. La seule faute qui lui fût jamais reprochée sur ces questions est que, par sa charité sans limite, il vidait son trésor. Mais cela, si toutefois cela peut être considéré comme une faute, était la conséquence naturelle de son point de vue, à savoir qu'il se considérait comme l'administrateur du bien des pauvres, pour qui il ne pourrait jamais faire assez.


(2) Relations avec les Eglises Périphériques


Comme patriarches de l'Occident, les papes exercent une juridiction spéciale de par leur primauté universelle en tant que successeurs de St Pierre et, parmi les églises Occidentales, cette juridiction s'étend de la façon la plus intime sur les églises d'Italie et des îles voisines. Sur le continent, la plus grande partie de ce territoire était entre les mains des Lombards, dont Grégoire, bien entendu, n'était pas en communion avec le clergé arien. Chaque fois que l'opportunité s'en présentait, cependant, il prenait soin de subvenir aux besoins des fidèles de ces contrées, les unissant fréquemment à quelque diocèse voisin, quand ils étaient trop peu nombreux pour occuper l'énergie d'un évêque. Sur les îles, dont la Sicile était de loin la plus importante, le système ecclésiastique pré-existant fut maintenu. Grégoire nomma un vicaire, généralement le métropolitain de la province, qui exerçait une supervision générale de toute l'Eglise. Il insista aussi fortement sur la tenue de synodes locaux comme l'ordonnait le concile de Nicée, et il existe des lettres qu'il adressa à des évêques en Sicile, en Sardaigne et en Gaule, leur rappelant leur devoir en cette matière. L'exemple suprême de l'intervention de Grégoire dans les affaires de ces diocèses apparaît dans le cas de la Sardaigne, où la conduite de Januarius, le Métropolitain débile et âgé de Cagliari, avait réduit l'Eglise à un état de semi-chaos. De nombreuses lettres rapportent les réformes instaurées par le pape (Epp., II, xlvii; III, xxxvi; IV, ix,xxiii-xxvii, xxix; V, ii; IX, i, xi, ccii-cciv; XIV, ii). Son soin pour l'élection d'un nouvel évêque dès qu'une vacance survenait apparaît dans de nombreux cas et si, après avoir minutieusement examiné l'élu, il le trouve inapte au poste, il n'a aucune hésitation à le rejeter et ordonner qu'un autre soit choisi.(Epp., I, lv, lvi; VII, xxxviii; X, vii). En matière de discipline, le pape était particulièrement strict pour affirmer les lois de l'Eglise, comme le célibat du clergé (Epp., I, xlii, 1; IV. v, xxvi, xxxiv; VII, i; IX, cx, ccxviii; X, xix; XI, lvi a; XIII, xxxviii, xxxix), l'exemption des clercs des tribunaux laïcs (Epp., I, xxxix a; VI, xi, IX, liii, lxxvi, lxxix; X, iv; XI, xxxii; XIII, 1) et la destitution de tous les ecclésiastiques coupables d'offenses scandaleuses ou criminelles (Epp., I, xviii, xlii; III, xlix; IV, xxvi; V, v, xvii, xviii; VII, xxxix; VIII, xxiv; IX, xxv; XII, iii, x, xi; XIV, ii). Il fut aussi inflexible quant à l'application de l'emploi des revenus de l'Eglise, insistant pour que les autres soient aussi stricts qu'il l'était dans l'utilisation de ces fonds pour ses propres besoins.(Epp., I, x, lxiv; II, xx-xxii; III, xxii; IV, xi; V, xii, xlviii; VIII, vii; XI, xxii, lvi a; XIII, xlvi; XIV, ii).

(3) Relations avec les autres Eglises


En ce qui concerne les autres Eglises d'Occident, les limites d'espace de cet article empêchent tout rapport détaillé sur les mesures de Grégoire, mais la citation suivante, d'autant plus valable qu'elle provient d'une autorité protestante, indique très clairement la ligne qu'il suivit en la matière: « Dans ses rapports avec les Eglises d'Occident, Grégoire agissait invariablement en supposant que tous étaient sujets de la juridiciton du siège de Rome. Des droits revendiqués ou exercés par ses prédécesseurs il n'aurait pas cédé un pouce; au contraire, il fit tout ce qui était en son pouvoir pour maintenir, renforcer et étendre ce qu'il regardait comme les justes prérogatives de la papauté. Il est vrai qu'il respecta les privilèges des Métropolitains Occidentaux, et désapprouva les interférences inutiles dans leur sphère de juridiction exercée canoniquement... Mais de son principe général il ne peut y avoir aucun doute » (Dudden, I, 475). En vue de développements ultérieurs, les rapports de Grégoire avec les Eglises Orientales, et avec Constantinople en particulier, ont une importance spéciale. Il ne peut y avoir le moindre doute sur le fait que Grégoire exigeait pour le Siège Apostolique, et pour lui même en tant que pape, une primauté non d'honneur, mais d'autorité suprême sur l'Eglise Universelle. Dans son Epître XIII,1, il parle du « Siège Apostolique, qui est la tête de toutes les Eglises » et dans Epp., V, cliv, il dit « Quoiqu'indigne de cet office, j'ai été mis au commandement de l'Eglise ». Comme successeur de Pierre, le pape avait reçu de Dieu une primauté sur toutes les Eglises (Epp., II, xlvi; III, xxx; V, xxxvii; VII, xxxvii). Cette position lui rendait naturellement impossible de permettre l'usage du titre d'Evêque Œcuménique pris par l'évêque de Constantinople, Jean le Jeûneur, dans un synode tenu en 588. Grégoire protesta, et une longue controverse s'ensuivit, la question n'étant toujours pas résolue lorsque le pape mourut. Une discussion de cette controverse est inutile ici, mais il est important de montrer comment Grégoire considérait complètement les patriarches d'Orient comme ses sujets. « En ce qui concerne l'Eglise de Constantinople », ecrit-il dans Epp., IX, xxvi, « qui peut douter qu'elle est sujet du Siège Apostolique? C'est pourquoi notre Très-Religieux seigneur l'Empereur, et notre frère l'Evêque de Constantinople l'ont continuellement reconnu ». Dans le même temps, le pape était très attentif à ne pas s'immiscer dans les droits canoniques des autres patriarches et évêques. Avec les autres Patriarches Orientaux ses relations furent des plus cordiales, comme le montrent ses lettres aux patriarches d'Antioche et d'Alexandrie.


(4) Relations avec les Lombards et les Francs


La consécration de Grégoire en tant que pape précéda de quelques jours seulement la mort d'Authari, roi des Lombards, dont la reine, la fameuse Theodelinde, épousa alors Agilulf, duc de Turin, un prince belliqueux et énergique. Avec Agilulf et les ducs Ariulf de Spolète et Arichis de Bénévent, Grégoire eut bientôt affaire quand, des difficultés étant apparues, Romanus, l'exarque, ou représentant de l'empereur, préféra rester dans une discrète inactivité à Ravenne. Il devint bientôt clair que, si quelque résistance devait être tentée contre les Lombards, le pape devait en prendre l'initiative. Avec quelle acuité il sentit la difficulté et le danger de sa position, cela apparaît dans l'une de ses plus anciennes lettres (Epp., I, iii, viii, xxx); mais nulle hostilité réelle ne commença avant l'été 592, quand le pape reçut une lettre de menace d'Ariulf de Spolète, suivie presque aussitôt par l'apparition de ce chef devant les murs de Rome. Dans le même temps, Arichis de Bénévent avançait vers Naples, qui se trouvait à ce moment-là sans évêque ni officier supérieur à la tête de sa garnison. Grégoire prit aussitôt la mesure surprenante de nommer un tribun de sa propre autorité en commandement de la cité (Epp., II, xxxiv) et, voyant que les autorités impériales ne tinrent pas compte de cette action forte, le pape conçut l'idée d'arranger lui-même une paix séparée avec les Lombards (Epp., II, xlv). Les détails de cette paix ne nous sont pas parvenus, mais il semble certain qu'elle fut réellement conclue (Epp., V, xxxvi). Le Dr Hodgkin (Italy and her Invaders, v, 366) affirme qu'en cette affaire l'action de Grégoire fut avisée et digne d'un homme d'Etat, mais, dans le même temps, sans aucun doute extrêmement audacieuse, étant très au-delà de toute compétence légale jamais possédée par un pape jusqu'alors, qui ainsi « faisait un pas mémorable vers une totale indépendance ». L'action indépendante de Grégoire eut l'effet de faire bouger Romanus, l'exarque. Totalement ignorant de la paix papale, il rassembla toutes ses troupes, attaqua et regagna Pérouse, et marcha ensuite vers Rome, où il fut reçu avec les honneurs impériaux. Le printemps suivant, toutefois, il quitta la ville et emmena avec lui sa garnison, si bien que le pape et les citoyens étaient maintenant plus exaspérés que jamais à son égard. De plus, la campagne de l'exarque avait excité les Lombards du Nord, et le Roi Agilulf marcha sur Rome, y arrivant probablement aux environs de juin 593. La terreur causée par son approche nous est connue par les homélies que Grégoire donna à cette époque sur le prophète Ezéchiel. Le siège de la ville fut bientôt abandonné, cependant, et Agilulf se retira. Le continuateur de Prosper (Mon. Germ. SS. Antiq., IX, 339) rapporte qu'Agilulf rencontra le pape en personne sur les marches de la basilique Saint-Pierre, qui était alors en dehors des murs de la ville, et « attendri par les prières de Grégoire et grandement touché par la sagesse et la gravité religieuse de ce grand homme, il abandonna le siège de la ville »; mais, au vu du silence sur ce point de Grégoire lui-même et de Paul le Diacre, l'histoire semble peu probable. Dans Epp., V, xxxix, Grégoire se définit lui-même comme « le trésorier-payeur des Lombards » et ainsi, plus probablement, une forte somme d'argent pris sur le trésor papal fut l'argument principal pour obtenir la levée du siège. Le grand désir du pape était maintenant d'assurer une paix durable avec les Lombards, ce qui ne pourrait être accompli que par un arrangement clair entre les autorités impériales et les chefs Lombards. Grégoire plaça tous ses espoirs sur la reine Théodelinde, catholique et amie personnelle. L'exarque, toutefois, regarda toute l'affaire sous un autre angle, et, quand toute une année fut passée en négociations infructueuses, Grégoire commença de nouveau à négocier un traité séparé. Ainsi, en mai 595, le pape écrivit à un ami à Ravenne une lettre (Epp., V, xxxiv) menaçant de faire la paix avec Agilulf même sans le consentement de l'exarque Romanus. Cette menace fut rapidement rapportée à Constantinople, où l'exarque était tenu en haute estime, et l'empereur Maurice envoya aussitôt à Grégoire une lettre violente, aujourd'hui perdue, l'accusant d'être à la fois un traître et un fou. Grégoire reçut cette lettre en juin 595. Par chance, la réponse du pape nous a été conservée (Epp., V, xxxvi). Elle doit être lue dans son intégralité pour être pleinement appréciée; probablement très peu d'empereurs, s'il en fut, ont jamais reçu pareille lettre d'un de leurs sujets. Pourtant, en dépit de sa réponse caustique, Grégoire semble avoir réalisé que l'action indépendante ne pouvait assurer ce qu'il souhaitait, et nous n'entendons plus parler de paix séparée. Les relations de Grégoire avec l'exarque Romanus devinrent de plus en plus tendues jusqu'à la mort de ce dernier en 596 ou au début de 597. Le nouvel exarque, Callinicus, était un homme plus habile et bien disposé envers le pape, dont les espoirs renaissaient. Les négociations de paix officielles furent poursuivies et, malgré les délais, les articles furent enfin signés en 599, à la grande joie de Grégoire. Cette paix dura deux ans, mais en 601 la guerre éclata de nouveau, suite à un acte agressif de la part de Callinicus, qui fut rappelé deux ans plus tard, quand son successeur, Smaragdus, fit de nouveau la paix avec les Lombards, paix qui dura au-delà de la mort de Grégoire. Deux points méritent d'être relevés dans les relations de Grégoire avec les Lombards: Premièrement, sa détermination, en dépit de l'apathie des autorités impériales, à ne pas laisser Rome passer aux mains de quelque duc Lombard à moitié civilisé et sombrer dans l'insignifiance et la décadence; deuxièmement, son action indépendante en nommant des gouverneurs dans les villes, en fournissant des munitions pour la guerre, en donnant des instructions aux généraux, en envoyant des ambassadeurs au roi Lombard, et même en négociant une paix sans l'aide de l'exarque. Quoi que puisse dire la théorie, il n'y aucun doute sur le fait que, outre sa juridiction spirituelle, Grégoire exerça réellement une bonne part de pouvoir temporel.

Sur les relations de Grégoire avec les Francs il n'y a pas besoin de longs développements, puisque les relations qu'il établit avec les rois Francs disparurent pratiquement à sa mort, et ne furent pas renouvelées avant une centaine d'années. D'un autre côté il exerça une grande influence sur le monachisme Franc, qu'il aida beaucoup à renforcer et à réformer, si bien que le travail de civilisation des sauvages Francs par les monastères peut être attribué en dernier ressort au moine-pape.


(5) Relations avec le gouvernement impérial


Le règne de Grégoire le Grand constitue une époque dans l'histoire de la papauté, et c'est particulièrement le cas en ce qui concerne son attitude envers le gouvernement impérial basé à Constantinople. Grégoire semble avoir considéré l'Eglise et l'Etat comme deux puissances coopérant dans un cadre commun, qui agissent sur deux sphères distinctes, l'ecclésiastique et la séculière. Au sommet de cette communauté se trouvent le pape et l'empereur, chacun étant le pouvoir suprême dans son domaine d'action, en prenant soin de rester autant que possible distincts et mutuellement indépendants. Ce dernier point était la difficulté. Grégoire considérait nettement qu'il était du devoir de la puissance temporelle de défendre l'Eglise et de préserver la « paix de la foi » (Mor., XXXI, viii) et ainsi on le trouve souvent appelant à l'aide le pouvoir séculier, non seulement pour éradiquer les schismes, les hérésies ou l'idolâtrie, mais aussi pour renforcer la discipline parmi les moines et le clergé (Epp., I, lxxii; II, xxix; III, lix; IV, vii, xxxii; V, xxxii; VIII, iv; XI, xii, xxxvii; XIII, xxxvi). Si l'empereur interférait en matière religieuse, la politique du pape était d'acquiescer si possible, à moins que l'obéissance ne fut elle-même un péché en l'occurence, selon le principe énoncé dans Epp. XI, xxix: « Quod ipse [se imperator] fecerit, si canonicum est, sequimur; si vero canonicum non est, in quantum sine peccato nostro, portamus ». En suivant cette ligne de conduite, Grégoire était sans nul doute influencé par son profond respect pour l'empereur, qu'il regardait comme le représentant de Dieu dans toutes les affaires séculières, il fallait donc le traiter avec tout le respect possible, même quand il empiétait légèrement sur les prérogatives de l'autorité papale. De son côté, bien qu'il se considérât certainement lui-même comme « supérieur en place et rang » à l'exarque, Grégoire protesta fortement contre l'interférence des autorités ecclésiastiques en matière séculière. Comme gardien suprême de la justice chrétienne, le pape était toujours prêt à protéger ou intercéder pour celui qui subissait un traitement injuste (Epp., I, xxxv, xxxvi, xlvii, lix; III, v; V, xxxviii; IX, iv, xlvi, lv, cxiii, clxxxii; XI, iv), mais en même temps il usait d'un grand tact lorsqu'il s'adressait aux officiers impériaux. Dans Epp., I, xxxix a, il explique, à l'adresse de son agent sicilien, l'attitude précise à adopter dans ces questions. Pourtant, en conjonction avec toute cette déférence, Grégoire conservait un esprit d'indépendance qui lui permettait, quand il le jugeait nécessaire, de s'adresser à l'empereur lui-même en des termes étonnamment directs. L'espace rend impossible de faire plus que mentionner la fameuse lettre à l'empereur Phocas sur son usurpation et les allusions qui y sont faites à l'assassinat de l'empereur Maurice (Epp., XIII, xxxiv, xli, xlii). Toute sortes de jugements ont été prononcés sur Grégoire au sujet de ces lettres, mais la question reste difficile. Probablement, la conduite du pape dans cette affaire était due à deux choses: premièrement, son ignorance de la façon dont Phocus avait obtenu le trône; et deuxièmement, sa vision de l'empereur comme représentant de Dieu sur la terre, qui mérite par conséquent tout le respect possible dans son rôle officiel, son caractère personnel n'étant pas pris du tout en considération. Il faudrait remarquer aussi qu'il évite toute flatterie directe envers le nouvel empereur, usant simplement des formules exagérées dont l'époque avait coutume et exprimant les grands espoirs qu'il met dans le nouveau régime. De plus, ses allusions à Maurice se réfèrent aux souffrances du peuple sous son gouvernement, et n'évoquent pas l'empereur défunt lui-même. Si l'empire avait été prospère, plutôt que dans l'état de délabrement où il se trouvait lorsque Grégoire devint pape, il est difficile de dire à quelles actions ses vues l'auraient porté dans la pratique. Dans cette situation, sa ligne de forte indépendance, son efficacité et son courage déterminaient sa vision des choses et, quand il mourut, il n'était plus question de savoir qui détenait le pouvoir en Italie.


(6) L'oeuvre missionnaire


Le zèle de Grégoire pour la conversion des païens, et en particulier des Angles, a déjà été mentionné, et il n'est pas besoin de s'étendre sur ce sujet, que l'on trouvera complètement analysé dans les biographies de saint Augustin de Canterbury. Justice doit cependant être rendue au grand pape, et il faut donc ajouter qu'il ne gâcha aucune opportunité pour l'exercice du zèle missionnaire, faisant tous les efforts possibles pour déraciner le paganisme en Gaule, le donatisme en Afrique, et le schisme des Trois Chapitres en Italie du Nord et en Istrie. Dans son traitement des hérétiques, des schismatiques et des païens, sa méthode était de tenter tous les moyens (persuasion, exhortations, menaces) avant d'utiliser la force; mais si les méthodes douces échouaient, il n'avait aucune hésitation, en accord avec les idées de son temps, à recourir à la force en invoquant l'aide du bras séculier. C'est pourquoi il est curieux de le voir agir en champion et défenseur de la cause juive. Dans Epp., I, xiv, il condamne explicitement le baptême forcé des Juifs, et il existe de nombreux exemples où il insiste sur leur droit à la liberté d'action, pour autant que la loi le permette, aussi bien dans les affaires civiles que pour le service de la synagogue (Epp., I, xxxiv; II, vi; VIII, xxv; IX, xxxviii, cxcv; XIII, xv). Il fut tout aussi ferme, toutefois, pour empêcher les Juifs d'outrepasser les droits qui leur avaient été accordés par la loi impériale, particulièrement en ce qui concerne leur possession d'esclaves chrétiens (Epp., II, vi; III, xxxvii; IV, ix, xxi; VI, xxix; VII, xxi; VIII, xxi; IX, civ, ccxiii, ccxv). C'est pourquoi nous aurons probablement raison en attribuant la protection des Juifs par Grégoire à son respect du droit et de la justice, plutôt qu'à des idées de tolérance étrangères à son époque.


(7) Grégoire et le monachisme


Bien qu'il fût le premier moine à devenir pape, Grégoire ne manifesta en aucune façon une approche originale des idéaux ou de la pratique monastique. Il prit le monachisme comme il le trouva établi par St Benoît et ses efforts et son influence furent consacrés à renforcer les prescriptions des plus grands législateurs de la vie monastique. Sa position tendait en fait à modifier l'oeuvre de St Benoît en tirant le monachisme vers une relation plus étroite avec l'organisation de l'Eglise, et avec la papauté en particulier, mais cela n'était pas un but délibérément recherché par Grégoire. En fait, il était plutôt convaincu que le système monastique avait une valeur particulère pour l'Eglise, et ainsi il fit tout ce qui était en son pouvoir pour le diffuser et le propager. Son propre domaine y fut consacré, et il poussa beaucoup de gens fortunés à établir ou à soutenir des monastères, et il employa les revenus de son patrimoine dans ce même but. Il fut implacable pour corriger les abus et renfocer la discipline, les lettres sur ces sujets étant beaucoup trop nombreuses pour être mentionnées ici, et les points sur lesquels il insista le plus sont précisément ceux, telles la stabilité et la pauvreté, sur lesquels la récente législation de saint Benoît avait particulièrement insisté. Nous ne trouvons que deux exemples de législation émanant directement du pape. Le premier point est l'âge à partir duquel une nonne peut devenir abbesse, qu'il fixe à « pas moins de soixante ans » (Epp., IV, xi),. Le second est la durée de la période de noviciat. St Benoît avait prescrit au moins une année (Reg. Ben., lviii); Grégoire (Epp., X, ix) ordonne deux années, avec des précautions spéciales dans le cas des esclaves qui souhaiteraient devenir moines. Plus importante fut sa ligne d'action dans la difficile question de la relation entre les moines et leur évêque. Il existe de nombreuses preuves que beaucoup d'évêques tirèrent avantage de leur position pour opprimer et grever les monastères de leurs diocèses, avec pour résultat que les moines en appelèrent à la protection du pape. Grégoire, tout en soutenant toujours la juridiction spirituelle de l'évêque, fut ferme dans son soutien des moines contre toute agression illégale. Toutes les tentatives de la part d'un évêque de s'octroyer de nouveaux pouvoirs sur les moines de son diocèse furent condamnées, tandis que parfois le pape publia des documents, appelés Privilegia, dans lesquels il définissait clairement certains points sur lesquels les moines étaient exempts de contrôle épiscopal (Epp., V, xlix; VII, xii; VIII, xvii; XII, xi, xii, xiii). Cette action de la part de Grégoire amorça sans doute le long cheminement par lequel les corps monastiques ont fini par être placés directement sous le contrôle du Saint-Siège. Il conviendrait de mentionner qu'au temps de Grégoire le point de vue courant était que la charge ecclésiastique, comme le soin des âmes, la prédication, l'administration des sacrements, etc... n'était pas compatible avec l'état monastique, et que le pape partageait ce point de vue. D'un autre côté, un passage de Epp., XII, iv, où il ordonne qu'un certain laïc soit tonsuré « comme moine ou comme sous-diacre » pourrait laisser penser que le pape tenait l'état monastique comme équivalent, dans une certaine mesure, à l'état ecclésiastique; car son intention ultime dans le cas présent était de promouvoir le laïc en question à l'épiscopat.


(8) Décès, canonisation, reliques, emblême


Les dernières années de la vie de Grégoire furent remplies de toutes sortes de souffrances. Son esprit, naturellement sérieux, était assailli de pressentiments pessimistes, et ses souffrances corporelles continuelles augmentaient et s'intensifiaient. Sa « seule consolation (était) l'espoir que la mort viendrait vite »(Epp., XIII, xxvi). La fin vint le 12 mars 604, et le même jour son corps fut couché devant la sacristie, dans le portique de la basilique St-Pierre. Depuis lors, les reliques ont été déplacées plusieurs fois, la dernière translation étant due à Paul V en 1606, qui les fit placer dans la chapelle de Clément V près de l'entrée de la sacristie moderne. Il semble que le corps ait été emporté à Soissons en France en 826, mais il ne s'agit probablement que d'une grande relique. Le Vénérable Bède (Hist. Eccl., II, i) donne l'épitaphe placée sur sa tombe qui contient la fameuse phrase se référant à Grégoire comme Consul Dei. Sa canonisation par acclamation populaire suivit immédiatement sa mort, et survécut à une réaction contre sa mémoire qui semble être survenue peu de temps après. Dans l'art, le grand pape est habituellement représenté dans ses vêtements pontificaux, avec la tiare et la double croix. Une colombe est son emblême, en allusion à l'histoire bien connue rapportée par Pierre le Diacre (Vita, xxviii), qui dit que quand le pape dictait ses homélies sur Ezéchiel, un voile était tiré entre lui et son secrétaire. Cependant, comme le pape restait silencieux pendant de longs moments, le serviteur fit un trou dans le rideau et, regardant à travers, aperçut une colombe posée sur la tête de Grégoire, qui avait mis son bec entre ses lèvres. Quand la colombe retira son bec, le pape parla et le secrétaire nota ses paroles; mais, tandis que le silence se fit à nouveau, le serviteur mit à nouveau son oeil contre le trou et vit que la colombe avait de nouveau placé son bec entre les lèvres du pape. Les miracles attribués à Grégoire sont très nombreux, mais la place nous empêche d'en dresser ici fût-ce un catalogue.


(9) Conclusion

Il est au-delà des possibilités de cet article de tenter toute estimation élaborée de l'oeuvre, de l'influence et du caractère du Pape Grégoire le Grand, mais les quelques points particuliers des traits donnés plus haut sont exacts. Tout d'abord, peut-être, il sera mieux de clarifier le terrain en admettant franchement ce que Grégoire ne fut pas. Il ne fut pas un homme de profonde érudition, ni un philosophe, ni un rhétoricien, à peine même un théologien dans le sens constructif de ce terme. Il fut un juriste Romain avisé et un administrateur, un missionnaire, un prédicateur, avant tout un médecin des âmes et un meneur d'hommes. Ce qu'on peut lui attribuer principalement, c'est le fait qu'il est le véritable père de la papauté médiévale (Milman). En ce qui concerne les choses spirituelles, il imprima sur l'esprit des hommes à un degré sans précédent le fait que le Siège de Pierre était l'unique autorité suprême et décisive de l'Eglise Catholique. Durant son pontificat, il établit des relations étroites entre l'Eglise de Rome et celles d'Espagne, d'Afrique et d'Illyrie, tandis que son influence en Grande-Bretagne fut telle qu'il est, à juste titre, appelé Apôtre des Anglais. Dans les Eglises d'Orient, également, l'autorité papale fut exercée avec une fréquence inhabituelle avant ce temps, et nous ne trouvons pas moins que le patriarche d'Alexandrie pour se soumettre humblement aux « injonctions » papales. Le système d'appel à Rome fut fermement établi, et l'on trouve le pape confirmant ou infirmant par un veto les décrets des synodes, annulant les décisions des patriarches ou infligeant des punitions à des dignitaires ecclésiastiques dès qu'il l'estime justifié. Son oeuvre n'est pas moins digne d'attention dans ses effets sur le plan temporel de la papauté. Saisissant l'opportunité qu'offraient les circonstances, il en fit, en Italie, une puissance plus forte que celle de l'empereur ou de l'exarque, et établit une influence politique qui domina la péninsule pendant des siècles. Depuis cette époque, les différentes populations d'Italie se tournèrent vers le pape pour les guider et Rome, en tant que capitale papale, continua d'être le centre du monde Chrétien. L'œuvre de Grégoire, comme théologien et Docteur de l'Eglise, n'est pas moins remarquable. Dans l'histoire du développement dogmatique il occupe une place importante pour avoir rassemblé les enseignements des Pères qui l'ont précédé et les avoir consolidés dans un ensemble harmonieux, plutôt que pour avoir introduit de nouveaux développements, de nouvelles métohdes, de nouvelles solutions aux questions difficiles. C'est précisément à cause de cela que ses écrits devinrent dans une large mesure le compendium theologiae ou manuel du Moyen-Age, une position pour laquelle son oeuvre, en popularisant ses grands prédécesseurs, le représentait bien. Des exploits si variés ont gagné à Grégoire le titre « Le Grand », mais peut-être, parmi les races Anglophones, est-il honoré par-dessus tout comme le pape qui aima les Angles aux visages clairs, et fut le premier à leur enseigner le chant des Anges.


SES ECRITS

Authentiques, Douteux, Apocryphes

Des écrits communément attribués à Grégoire, les suivants sont maintenant généralement admis comme authentiques: Moralium Libri XXXV; Regulae Pastoralis Liber; Dialogorum Libri IV; Homiliarum in Ezechielem Prophetam Lobri II; Homiliarum in Evangelia Libri II; Epistolarum Libri XIV. Les suivants sont quasi-certainement apocryphes: In Librum Primum Regum Variarum Expositionum Libri VI; Expositio super Cantica Canticorum; Expositio in VII Psalmos Poenitentiales; Concordia Quorundam Testimoniorum S. Scripturae. Outre les écrits ci-dessus mentionnés il est aussi attribué à Grégoire certains hymnes liturgiques, le Sacramentaire Grégorien, et l'Antiphonaire (Voir ANTIPHONARY; SACRAMENTARY. dans The Catholic Encyclopedia)


Ouvrages de Grégoire; éditions partielles ou intégrales; traductions, recensements etc...

Opera S. Gregorii Magni (Editio princeps, Paris, 1518); ed. P. Tossianensis (6 vols., Rome, 1588-03); ed. P. Goussainville (3 vols., Paris, 1675); ed. Cong. S. Mauri (Sainte-Marthe) (4 vols., Paris, 1705); le dernier cité ayant été réédité et augmenté par J. B. Gallicioli (17 vols., Venice, 1768-76) et réimprimé à Migne, P.L., LXXV-LXXIX. Epistolae, ed. P. Ewald et L. M. Hartmann in Mon. Germ. Hist.: Epist., I, II (Berlin, 1891-99); voici l'édition faisant autorité sur le texte des épîtres (toutes les références données dans le texte ci-dessus se rapportent à cette édition) : Jaffe, Regesta Pontif. (2nd ed., Rome, 1885), I, 143-219; II, 738; Turchi, S. Greg. M. Epp. Selectae (Rome, 1907); P. Ewald, Studien zur Ausgabe des Registers Gregors I. in Neues Archiv, III, 433-625; L.M. Hartmann in Neues Archiv, XV, 411, 529; XVII, 493; Th. Mommsen in Neues Archiv, XVII, 189; Traduction Anglaise: J. Barmby, Selected Epistles in Nicene and Post-Nicene Fathers, 2e Série, XII, XIII (Oxford et New-York, 1895, 1898), Regula Pastoralis Curae, ed. E. W. Westhoff (Munster, 1860); ed. H. Hurter, S.J., in SS. Patr. Opuse. Select., XX; ed. A. M. Micheletti (Tournai, 1904); ed. B. Sauter (Freiburg, 1904); Traduction Anglaise: King Alfred's West Saxon Version of Gregory's Pastoral Care, ed. H. Sweet (London, 1871); The Book of Pastoral Care (tr. J. Barmby) in Nicene and Post-Nicene Fathers, 2e série, XII (Oxford and New York, 1895). Dialogorum Libri IV: de très nombreuses éditions de l'ouvrage complet ont paru, ainsi que du livre II, Of the Life and Miracles of St. Benedict, séparément; une vieille traduction anglaise a été réimprimée par H. Coleridge, S. J. (London, 1874); L. Wiese, Die Sprache der Dialoge (Halle, 1900); H. Delehaye, St. Grégoire le Grand dans l'hagiographie Grecque in Analecta Bolland. (1904), 449-54; B. Sauter, Der heilige Vater Benediktus nach St. Gregor dem rossen (Freiburg, 1904). Hom. XL in Evangelia, ed. H. Hurter in SS. Patrum Opuse. Select., series II, Tom. VI (Innsbruck, 1892). G. Pfeilschifter Gregors der Gr. (Munich, 1900). "agna Moralia, Eng. tr. in Library of the Fathers (4 vols., Oxford, 1844); Prunner, Gnade und Sunde nach Gregors expositio in Job (Eichstätt, 1855).


SOURCES PRINCIPALES
- Tout d'abord viennent les écrits de Grégoire lui-même, dont un grand nombre est répertorié ci-dessus, les plus importants du point de vue biographique étant les quatorze livres de ses Lettres et les quatre livres de ses Dialogues. Les autres autorités anciennes sont: ST GREGOIRE DE TOURS (d.en 594 ou 595), Historia Francorum, livre X, et le Liber Pontificalis, tous deux pratiquement contemporains. Du septième siècle vient De Viris Illustribus, XL, de ST. ISIDORE DE SEVILLE. et De Viris Illustribus, de ST. ILDEPHONSUS DE TOLEDE, I, Puis vient la Vita Antiquissima, par un moine anonyme de Whitby, écrit probablement vers 713, et qui présente un intérêt particulier en représentant une tradition essentiellement Anglaise concernant le saint; BEDE LE VENERABLE, Hist. Eccles., II, dont le travail fut achevé en 731; PAUL LE DIACRE, qui compila une courte Vita Gregorii Magni entre 770 et 780, qui peut être ajoutée à l'ouvrage plus célèbre du même auteur, Historia Longobardorum; enfin JEAN LE DIACRE qui, sur la requête de JEAN VIII (887-882), publia sa Vita Gregorii pour satisfaire à la plainte qu'il n'avait encore été publié dans Rome aucune vie du saint. Outre ses autorités directes, un éclairage considérable sur l'époque de la vie de St Grégoire peut être trouvé dans les œuvres de divers chroniqueurs et historiens contemporains.
TRAVAUX SUR GREGOIRE

(1) Généraux - GREGOIRE DE TOURS, Historia Francorum X, i, in P.L., LXXI; la meilleure édition de cet ouvrage est celle de ARNDT AND KRUSCH in Mon. Germ. Hist.; Script.Rerum Meroving., I; Liber Pontificatis, ed. DUCHESNE (Paris, 1884), I, 312; ISIDORE DE SEVILLE, De Vir. Illustr., I, ibid.,XCVII; Vita It. Papae Gregorii M. (MS> Gallen, 567), écrit par un moine de Whitby, ed. GASQUET (Westminster, 1904): voir aussi sur le même ouvrage EWALD, Die alteste Biographie Gregors I in Historische Aufsatze dem Andenken an G. Waitz gewidmet (Hanover,1886), 17-54; BEDE LE VENERABLE, Hist. Eccles., I, xxiii-xxxiii; II, i-iii; V, xxv; in P. L., XCV; PAUL LE DIACRE, Vita Gregorii M. in P.L.,LXXV; IDEM, De Gestis Longobard., III, 24; IV, 5; In P.L., XCV; JEAN LE DIACRE, Vita Gregorii M., ibid., LXXV; Acta SS., 12 March; VAN DEN ZYPE, S. Gregorius Magnus (Ypres, 1610); SAINTE-MARTHE, Histoire de St. Grégoire (Rouen, 1677); MAIMBOURG, Histoire du pontificat de St Grégoire (Paris, 1687); BONUCCI, Istoria del B. Gregorio (Rome, 1711); WIETROWSKY, Hist. de gestis praecipuis in pontificatu S. Gregorii M.(Prague, 1726-30); POZZO, Istoria della vita di S. Gregorio M. (Rome, 1758); MARGGRAF, De Gregorii I. M. Vita (Berlin, 1844); BIANCHI-GIOVINI, Pontificato di S. Gregorio (Milan, 1844); LAU, Gregor I, der Grosse (Leipzig, 1845); PFAHLER, Gregor der Grosse (Frankfort, 1852); LUZARCHE, Vie du Pape Grégoire le Grand (Tours, 1857); ROMALTE, Vie de S.Grégoire (Limoges, 1862); PAGNON, Grégoire le Grand et son époque (Rouen, 1869); BELMONTE, Gregorio M. e il suo tempo (Florence, 1871); BOHRINGER, Die Vater des Papsiiums, Leo I und Gregor I (Stuttgart, 1879): MAGGIO, Prolegomeni alla storia di Gregorio il Grande (Prato, 1879); BARMBY, Gregory the Great (Londres, 1879; republié en 1892); CLAUSIER, S. Grégoire (Paris, 1886); BOUSMANN, Gregor I, der Grosse (Paderborn, 1890); WOLFSGRUBER, Gregor der Grosse (Saulgau, 1890); SNOW, St. Gregory, his Work and his Spirit (Londres, 1892); GRISAR, Roma alta fine del mondo antico (Rome, 1899), Pt. III; IDEM, San Gregorio Magno (Rome, 1904); DUDDEN, Gregory the Great, his Place in History and in Thought (2 vols.,Londres, 1905); CAPELLO, Gregorio I e il suo pontificuto (Saluzzo, 1904); CEILLIER, Histoire générale des auteurs ecclésiastiques, XI, 420-587; MILMAN, History of Latin Christianity, Bk. III, vii; MONTALEMBERT, Monks of the West, tr. Bk. v; GREGOROVIUS, Rome in the Middle Ages, tr., II, 16-103; HODGKIN, Italy and her Invaders, V, vii-ix; GATTA, Un parallelo storico(Marco Aurelio, Gregorio Magno) (Milan, 1901); MANN, Lives of the Popes in the Early Middle Ages (Londres, 1902), I, 1-250.

(2) Spéciaux. (a) Le Patrimoine.--ORSI, Della origine del dominio temporate e della sovranita del Rom. Pontif. (2nd ed., Rome, 1754); BORGIA, Istoria del dominio temporale della Sede Apostolica nelle due Sicilie (Rome, 1789); MUZZARELLI, Dominio temporale del Papa (Rome, 1789); SUGENHEIM, Gesch. der Entstehung und Ausbildung des Kirchenstaates (Leipzig, 1854); SCHARPFF, Die Entstchung des Kirchenstaates (Fribourg im Br., 1860); GRISAR, Ein Rundgang durch die Patrimonien des hl. Stuhls I, J. 600, in Zeitschr, Kuth, Theol., I, 321; SCHWARZLOSE, Die Patrimonien d. rom. K. (Berlin, 1887); MOMMSEN, Die Bewirtschaftung der Kirchenguter unter Papst Gregor I, in Zeitsch, f. Socialund, Wirtschaftsgesch., I, 43; DOIZE, Deux études sur l'administration temporelle du Pape Gregoire le Grand (Paris, 1904). (b) Primauté et relations avec les autres Eglises.--PFAFF, Dissertatio de titulo l'atriarchoe (Ecumenici (Tubingen, 1735); ORTLIEB, Essai sur le systeme eccles, de Gregoire le Grand (Strasbourg, 1872); PINGAUD, La politique de S. Gregoire (Paris, 1872); LORENZ, Papstwahl und Kaisertum (Berlin, 1874), 23; CRIVELLUCCI, Storia della relazioni tra lo Stato e la Chiesa (Bologne, 1885), II, 301; GORRES, Papsi Gregor der Grosse und Kaiser Phocas in Zeitsche, fur wissenschaftliche Theol., CLIV, 592-602. (c) Relations avec les Lombards et les Francs.-- BERNARDI, I Longobardi e S. Gregorio M. (Milan, 1843); Troya, Storia d'Italia del medio evo, IV: Codice diplomatico longobardo dal 568 al 774 (Naples, 1852); DIEHL, Etudes sur l'administration byzantine dans l'Exarchat de Ravenne (Paris, 1888); HARTMANN, Unters, z. Gesch. d.byzant, Verwaltung in Italien (Leipzig, 1889); LAMPE, Qui fuerint Gregorii M. p. temporibus in imperii byzantini parte occident, exarchi (Berlin, 1892); PERRY, The Franks (Londres, 1857); KELLERT, Pope Gregory the Great and his Relations with Gaul (Cambridge, 1889); GRISAR, Rom. u. d. frankische Kirche vorneehmlich im 6. Jahr. in Zeitschr. kath. Theol., 14. (d) Monachisme et oeuvre missionnaire -- MABILLON, Dissertatio de monastica vita Gregorii Papae (Paris, 1676); BUTLER, Was St. Augustine of Canterbury a Benedictine? in Downside Review, III, 45-61, 223-240; GRUTZMACHER, Die Bedeutung Benedikts von Nursia und seiner Regel in der Gesch. des Monchtums (Berlin, 1892); CUTTS, Augustine of Canterbury (Londres, 1895); GRAY, The Origin and Early History of Christianity in Britain (Londres, 1897); BRIGHT, Chapters on Early English Church History (Oxford, 1897); BENEDETTI, S. Gregorio Magno e la schiavitu (Rome, 1904). (e) Ecrits.-- ALZOO, Lehrb. der Patrologie (Fribourg im Br., 1876); HARNACK, Lehrb. der Dogmengeschichte, III (Fribourg im Br., 1890); LOOFS, Leits. zum Studium der Dogmengeschichte (Halle, 1893); SEEBERG, Lehrb. der Dogmengeschichte, II (Leipzig, 1898); BARDENHEWER, Patrology, tr. SHAHAN (Fribourg im Br., 1908).

G. ROGER HUDLESTON
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Mars 2000.