Grégoire XII (1406 - 1415)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Grégoire XII

(ANGELO CORRARIO)

Pape légal durant le Schisme d'Occident; né à Venise, de noble famille, vers 1327; décédé à Recanati le 18 octobre 1417. Il devint évêque de Castello en 1380 et patriarche titulaire de Constantinople en 1390. Sous le pape Innocent VII il fut nommé secrétaire apostolique, légat d'Ancône et finalemenet, en 1405, cardinal-prêtre de San Mareo. C'est en raison de sa grande piété et de son désir sincère de voir la fin du schisme, qu'après la mort d'Innocent VII les cardinaux de Rome l'élurent unanimement pape le 30 novembre 1406. Il prit le nom de Grégoire XII. Avant l'élection papale, chaque cardinal jura que, en vue de mettre fin au schisme, il abdiquerait s'il était élu, à la condition que son rival d'Avignon (Benoît XIII) en fît autant. Grégoire XII répéta son serment après son élection et selon toute vraisemblance, il avait l'intention de le tenir. Le 12 décembre 1406, il fit connaître à Benoît XIII son élection et les conditions dans lesquelles elle avait eu lieu, réitérant dans le même temps sa volonté de déposer la tiare si Benoît en faisait autant. Benoit accepta apparemment les propositions de Grégoire XII et lui exprima son désir de le rencontrer en conférence. Après de longues négociations, les deux pontifes résolurent de se rencontrer à Savona. La rencontre, cependant, n'eut jamais lieu. Benoît, bien que protestant ouvertement de son désir de rencontrer Grégoire XII, donna diverses indications qu'il n'avait pas la moindre intention de renoncer à ses prétentions à la papauté; et Grégoire XII, bien que sincère au départ, commença bientôt à tergiverser. Les familiers de Grégoire XII, à qui il était toujours indéfectiblement attaché, et le roi Ladilas de Naples, pour des raisons politiques, déployèrent tous leurs efforts pour empêcher la rencontre des deux pontifes. La raison, réelle ou prétendue, mise en avant par Grégoire XII pour refuser de rencontrer son rival, était sa crainte que Benoît n'eût envers lui des desseins hostiles et n'accepte cette conférence que comme une ruse pour le capturer. Les cardinaux de Grégoire XII, montrèrent ouvertement leur insatisfaction face à son attitude et donnèrent des signes de leur intention de l'abandonner. Le 4 mai 1408, Grégoire XII réunit ses cardinaux à Lucca, leur ordonna de ne quitter la ville sous aucun prétexte, et nomma cardinaux quatre de ses neveux, allant à l'encontre de sa promesse faite au conclave qu'il ne nommerait aucun nouveau cardinal. Sept des cardinaux s'enfuirent de Lucca et négocièrent avec les cardinaux de Benoît la convocation par eux tous d'un concile général qui déposerait les deux pontifes pour en élire un nouveau. Ils convoquèrent le concile à Pise et invitèrent les deux pontifes à s'y présenter. Ni Grégoire XII ni Benoît XIII n'apparut au concile. Lors de la quinzième session (5 juin 1409) le concile déposa les deux pontifes, et élut Alexandre V le 26 juin 1409. Tandis que Grégoire demeurait auprès de son loyal et puissant protecteur, le Prince Charles de Malatesta, qui était venu à Pise en personne durant le concile en vue d'obtenir un arrangement entre Grégoire XII et les cardinaux des deux obédiences. Tous ses efforts furent inutiles. Grégoire XII, qui avait entretemps nommé dix autres cardinaux, convoqua un concile à Cividale del Friuli, près d'Aquileia pour le 6 juin 1409. Bien que quelques évêques seulement apparussent à ce concile, Benoît XIII et Alexandre V furent déclarés schismatiques, parjures et dévastateurs de l'Eglise.

Bien qu'abandonné par la plupart de ses cardinaux, Grégoire XII était encore le vrai pape et fut reconnu comme tel par Rupert, roi des Romains, Ladislas de Naples et quelques princes italiens. Le concile de Constance mit finalement fin à l'intolérable situation de l'Eglise. A la quatorzième session (4 juillet 1415), une bulle de Grégoire XII fut produite, qui nommait Malatesta et le cardinal Dominici de Ragusa comme ses représentants au concile. Le cardinal lut alors un décret de Grégoire XII qui convoquait le concile et autorisait ses actes à venir. Là-dessus, Malatesta, agissant au nom de Grégoire XII, prononça l'abdication de la papauté par Grégoire XII, et montra une copie écrite de la résignation à l'assemblée. Les cardinaux acceptèrent la résignation, révoquèrent tous les cardinaux qui avaient été nommés par lui, et le nommèrent évêque de Porto et légat perpétuel à Ancône. Deux ans plus tard, avant l'élection du nouveau pape, Martin V, Grégoire XII mourut en odeur de sainteté.


SALEMBIER, Le Grand Schisme d"Occident (Paris, 1900), 225-267, 357, 363; tr. M. D., The Great Schism of the West (New-York, 1907), 218-258, 344-357; SAUERLAND, Gregor XII. von seiner Wahl bis zum Vertrag von Marseille in SYBEL'S Historische Zeitschri ift (Munich, 1875), XXXIV, 74-120; FINKE, Papst Gregor XII. und Konig Sigismund im Jahre 1414 in Romische Quartalschrift (Rome, 1887), I, 354-69; LISINI, Papa Gregorio XII e i Senesi in Rassegna Nazionale (Florence, 1896), XCI.

MICHAEL OTT
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Septembre 2004.