Grégoire XIII (1572 - 1585)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Grégoire XIII

(HUGUES BUONCOMPAGNI)

Né à Bologne le 7 janvier 1502; décédé à Rome le 10 avril 1585. Il étudia la jurisprudence à l'université de Bologne, dont il fut jeune lauréat d'un doctorat de droit canon. Plus tard, il enseigna la jurisprudence à la même université, et eut parmi ses élèves les célèbres futurs cardinaux, Alexandre Farnèse, Christophe Madruzzi, Otto Truchsess von Waldburg, Reginald Pole, Charles Borromée et Stanislas Hosius. En 1539, il vint à Rome sur la demande du Cardinal Parizzio, et Paul III le nomma juge du Capitole, abréviateur apostolique et référendaire des deux signatures. En 1545, le même pape l'envoya au concile de Trente en tant que juriste. A son retour à Rome il occupa diverses fonctions dans la Curie romaine sous Jules III (1550-1555), qui le nomma aussi prolégat de Campanie en 1555. Sous Paul IV (1555-1559), il accompagna le Cardinal Alfonso Caraffa en mission papale auprès de Philippe II de Flandres et à son retour il fut nommé évêque de Viesti en 1558. Jusqu'à cette époque, il n'avait pas encore été ordonné prêtre. En 1559, le pape nouvellement élu, Pie IV, l'envoya comme député confidentiel au Concile de Trente, où il resta jusqu'à sa conclusion en 1563. Peu de temps après son retour à Rome, le même pape le créa Cardinal-Prêtre de San Sisto en 1564, et l'envoya comme légat en Espagne pour enquêter sur le cas de l'archevêque Bartolomé Carranza de Tolède, qui avait été suspecté d'hérésie et emprisonné par l'Inquisition. Tandis qu'il se trouvait en Espagne, il fut nommé secrétaire des Brèves papales, et après l'élection de Pie V, le 7 janvier 1566, il revint à Rome pour entrer dans son nouveau cabinet. Après la mort de Pie V le 1er mai 1572, Ugo Buoncompagni fut élu pape le 13 mai 1572, principalement grâce à l'influence du Cardinal Antoine Granvella, et prit le nom de Grégoire XIII. Lors de son élection au trône papal il avait déjà achevé sa soixante-dixième année, mais il était encore fort et plein d'énergie.

Sa jeunesse ne fut pas sans tache. Alors qu'il était encore à Bologne, un fils, nommé Giacomo, lui naquit d'une femme célibataire. Même après être entré dans l'état clérical il resta mondain et aimait à se distraire. Mais à partir du moment où il devint pape, il suivit les traces de ses prédecesseurs, et il fut profondément imprégné de la grande responsabilité de sa haute fonction. Son élection fut accueillie avec joie par le peuple romain, aussi bien que par les dirigeants étrangers. L'empereur Maximilien II, les rois de France, d'Espagne, du Portugal, de Hongrie, de Pologne, les Italiens et les autres princes envoyèrent à Rome leurs représentants pour rendre hommage au pontife nouvellement élu. Au premier consistoire, il ordonna que la constitution de Pie V, qui interdisait l'aliénation des biens de l'Eglise, fût lue publiquement, et s'engagea à mettre à exécution les décrets du Concile de Trente. Aussitôt il nomma un comité de Cardinaux, constitué de Borromée, Palcotti, Aldobrandini et Arezzo, auquel il donna la charge de dénombrer et d'abolir les abus ecclésiastiques; il décida que les cardinaux qui étaient à la tête de diocèses n'étaient pas exempts du décret tridentin de résidence épiscopale, il désigna un comité de cardinaux pour compléter l'Index des livres interdits, et fixa un jour hebdomadaire d'audience publique durant lequel chacun pouvait lui présenter ses doléances. En vue de s'assurer que seules les personnes les plus valeureuses puissent avoir accès aux dignités ecclésiastiques, il conservait une liste des hommes en vue à Rome et hors de Rome, sur laquelle il notait leurs vertus et leurs fautes quand il les apprenait. Il manifesta le même soin dans la nomination des cardinaux. Trente-quatre cardinaux furent nommés pendant son pontificat, et il ne les nommait toujours qu'en vue du bien de l'Eglise. On ne peut le taxer de népotisme. Il nomma cardinaux deux de ses neveux, Filippo Buoncompagni et Filippo Vastavillano, parce qu'ils les considérait dignes de la charge, mais quand un troisième aspira à la pourpre, il ne lui accorda même pas audience. Il nomma son fils Giacomo castellan de St Angelo et gonfalonier de l'Eglise, mais lui refusa toute dignité supérieure, bien que Venise l'eût enrôlé dans sa noblesse et que le roi d'Espagne l'eût nommé général de son armée.

Comme son saint prédecesseur, Grégoire XIII n'épargna aucun effort pour projeter une expédition contre les Turcs. Avec ce but en perspective, il envoya des légats en France, en Espagne, en Allemagne, en Pologne et dans d'autres pays, mais la discorde régnant entre les princes Chrétiens, la paix conclue entre Venise et les Turcs, et le traité signé entre l'Espagne et le sultan, le frustrèrent de tous ses espoirs dans cette direction.

Pour endiguer la marée du protestantisme, qui avait atteint toutes les nations du sein de l'Eglise, Grégoire XIII ne connaissait pas de meilleur moyen que la formation des futurs prêtres à la philosophie et à la théologie catholiques. Il fonda de nombreux collèges et séminaires, à Rome et en d'autres lieux, et les plaça sous la direction des Jésuites. Au moins vingt-trois de ces institutions doivent leur existence ou leur survie à la munificence de Grégoire XIII. La première de ces institutions à bénéficier des libéralités papales fut le Collège Allemand de Rome qui, par manque de fonds, était en danger d'être abandonné. Dans une bulle datée du 6 août 1573, il ordonna que pas moins de cent étudiants d'Allemagne et de ses frontières septentrionales fussent éduqués au Collège Allemand, et que ledit collège reçût une pension annuelle de 10.000 ducats, à payer si nécessaire sur le trésor papal. En 1574, il donna l'Eglise et le palais Saint Apollinaire à l'institution et en 1580 il lui unifia le Collège Hongrois. Les collèges romains suivants furent fondés par Grégoire XIII: le Collège Grec le 13 janvier 1577; le Collège des Néophytes, chargé des Juifs et infidèles convertis, en 1577, le Collège Anglais le 1er mai 1579, le Collège Maronite le 27 juin 1584. Pour ce qui est du collège Jésuite international (Collegium Romanum), il construisit en 1582 le grand édifice, connu sous le nom de Collegio Romano, qui fut occupé par la faculté et les étudiants du Collegium Romanum (Université Grégorienne) jusqu'à ce que le gouvernement Piémontais le déclarât bien public et n'en expulsât les Jésuites en 1870. En dehors de Rome les collèges suivants furent ou bien fondés ou bien généreusement dotés par Grégoire XIII: le collège Anglais à Donai, Le collège Ecossais à Pont-à-Mousson, les séminaires papaux à Graz, Vienne, Olmutz, Prague, Colosvar, Fulda, Augsburg, Dillingen, Braunsberg, Milan, Loreto, Fribourg en Suisse, et trois écoles au Japon. Dans ces écoles, de nombreux missionnaires furent formés pour les divers pays où le protestantisme avait été élevé en religion d'Etat, et pour les missions vers la Chine, l'Inde et le Japon. Ainsi, Grégoire XIII réussit partiellement à restaurer la vieille foi en Angleterre et dans les autres pays du nord de l'Europe, à fournir ces pays en prêtres catholiques, et à introduire le Christianisme dans les pays païens d'Asie Orientale. L'un des événements peut-être les plus heureux de son pontificat fut l'arrivée à Rome de quatre ambassadeurs japonais le 22 mars 1585. Ils avaient été envoyés par les rois convertis de Bungo, Arima et Omura au Japon, pour remercier le pape du soin fraternel qu'il avait montré envers leur pays en leur envoyant des missionnaires Jésuites qui leur avaient enseigné la religion du Christ.

En vue de sauvegarder la religion catholique en Allemagne, il institua spécialement une congrégation de cardinaux pour les affaires Allemandes, nommée Congregatio Germanica, qui dura de 1573 à 1578. Pour rester informé de la situation du catholicisme dans ce pays et rester en contact étroit avec ses dirigeants, il érigea des nonciatures résidentes à Vienne en 1581 et à Cologne en 1582. Par sa bulle Provisionis Nostrae du 29 janvier 1579, il confirma les actes de son prédécesseur Pie V, condamnant les erreurs de Baius, et en même temps il commissionna le Jésuite François de Tolède, pour exiger l'abjuration de Baius. Dans les ordres religieux, Grégoire XIII manifesta une grande puissance pour la conversion des païens, la répression des hérésies et le maintien de la religion catholique. Il se montra spécialement amical envers les Jésuites, dont la rapide expansion sous son pontificat était due en grande partie à ses encouragements et à son assistance financière. Il ne négligea pas non plus les autres ordres. Il approuva la Congrégation de l'Oratoire en 1574, les Barnabites en 1579 et les Carmélites en 1580. Il honora les Prémontrés en canonisant leur fondateur, St Norbert, en 1582.

Grégoire XIII n'épargna aucun effort pour restaurer la foi catholique dans les pays qui étaient devenus protestants. En 1574 il envoya le Jésuite polonais Warsiewicz à Jean III de Suède pour le convertir au Catholicisme. N'ayant pas réussi, il lui envoya un autre Jésuite, le Norvégien Laurence Nielssen en 1576, qui réussit à convertir le roi le 6 mai 1578. Le roi, cependant, se refit bientôt Protestant pour des motifs politiques. En 1581, Grégoire XIII envoya le Jésuite Antonio Possevino comme nonce en Russie, comme médiateur entre le Tsar Ivan IV et le roi Bathory de Pologne. Non seulement il obtint un compromis amical entre les deux parties, mais il obtint encore pour les catholiques de Russie le droit de pratiquer ouvertement leur religion. Les efforts de Grégoire pour obtenir la liberté religieuse aux catholiques d'Angleterre furent sans effet. Le monde connaît les atrocités commises par la reine Elizabeth envers les missionnaires et les clercs catholiques. C'est pourquoi il n'y a pas lieu de blâmer Grégoire XIII d'avoir tenté de déposer cette reine par la force des armes. Dès 1578 il envoya Thomas Stukeley avec un navire et une armée de 800 hommes vers l'Irlande, mais le félon Stukeley joignit ses forces à celles du Roi Sébastien du Portugal contre l'empereur Abdumelek du Maroc. Une autre expédition papale qui naviguait vers l'Irlande en 1579 sous le commandement de James Fitzmaurice, accompagné de Nicolas Sansders en tant que nonce apostolique, fut également infructueuse. Grégoire XIII n'eut par contre rien à voir avec l'intrigue de Henri, duc de Guise, et son frère Charles, duc de Mayenne, visant à assassiner la reine, et selon toute vraisemblance, il ne sut rien de cette affaire.(voir Bellesheim, Wilhelm Cardinal Allen, Mayence, 1885, p.144).

Quelques historiens ont sévèrement critiqué Grégoire XIII pour avoir ordonné que l'horrible massacre des Huguenots de la Saint Bathélémy en 1572 soit célébré dans Rome par un Te Deum et autres marques de réjouissance. En défense de Grégoire XIII il doit être indiqué qu'il n'a rien à voir avec le massacre lui-même, et que lui comme Salviati, son nonce à Paris, furent tenus dans l'ignorance de la préparation de ce projet. Le pape participa effectivement aux festivités romaines, mais il n'était probablement pas au courant des horreurs commises à Paris et, comme les autres dirigeants européens, il avait été informé que les Huguenots avaient été convaincus de conspiration contre la vie du roi et celle de toute la famille royale, et avaient été ainsi punis pour leurs desseins félons. Mais même si Grégoire XIII fut au courant des circonstances du massacre (ce qui n'a jamais été prouvé), il faut se souvenir qu'il ne se réjouit pas du sang versé, mais de la suppression d'une rébellion politique et religieuse. Que Grégoire XIII n'approuvât pas le massacre, mais détesta la cruauté de l'acte et versa des larmes lorsqu'il l'apprit, cela est expressément établi par l'apostat Gragario Leti dans Vita di Sisto V (Cologne,1706), et par Beautome, un contemporain de Grégoire XIII dans sa Vie de M. l'Amiral de Chatillon (Oeuvres complètes, La Haye, 1740, VIII, 196). La médaille que Grégoire XIII avait frappée en mémoire de l'événement porte son effigie, avec au verso, sous la légende Ugonotiorum Strages (renversement des Huguenots), se tient un Ange avec une croix et un sabre dressé tuant les Huguenots.

Nul autre acte de Grégoire XIII ne lui a gagné autant de durable célébrité que sa réforme du Calendrier Julien, qui fut complétée et introduite dans tous les pays Catholiques en 1582. En étroite relation avec la réforme du calendrier se trouve la correction du martyrologe Romain qui a été ordonnée par Grégoire XIII à l'automne de 1580. La correction consista essentiellement dans la restauration du texte original du martyrologe d'Usuard, qui était en usage commun au temps de Grégoire XIII. Il chargea l'érudit Cardinal Sueto de cette tâche difficile. Le Cardinal forma un comité constitué de dix membres qui l'assistèrent dans ce travail. La première édition du nouveau martyrologe qui sortit en 1582, était pleine d'erreurs typographiques; de même la seconde édition en 1583. Les deux éditions furent supprimées par Grégoire XIII et, en janvier 1584 apparut une troisième et meilleure édition sous le titre Martyrologium Romanum Gregorii XIII jussu editum (Rome, 1583). Dans une brève datée du 14 janvier 1584, Grégoire XIII ordonna que le nouveau martyrologe remplaçât tous les précédents. Un autre grand achèvement littéraire de Grégoire XIII est une édition romaine officielle du Corpus Juris Canonici. Peu après la conclusion du Concile de Trente, Pie IV avait nommé un comité qui devait apporter une édition critique du décret de Gratien. Le comité fut étendu à trente-cinq membres (correctores Romani) par Pie V en 1566. Grégoire XIII en avait été membre depuis l'origine. Le travail fut finalement complété en 1582. Dans les Brèves Cum pro munere, datée du 1er juillet 1580, et Emendationem datée du 2 Juin 1582, Grégoire XIII ordonna que dorénavant seul le texte officiel corrigé devrait être utilisé et que dans le futur nul autre texte ne pourrait être imprimé.

Il a déjà été mentionné que Grégoire XIII dépensa de larges sommes pour l'érection de collèges et de séminaires. Nulle dépense ne lui semblait trop forte tant qu'elle était au bénéfice de la religion catholique. Pour l'éducation des pauvres candidats à la prêtrise, il dépensa deux millions de sendi durant son pontificat et, pour les œuvres catholiques, il envoya de larges sommes d'argent à Malte, en Autriche, en Angleterre, en France, en Espagne et aux Pays-Bas. A Rome, il construisit la magnifique chapelle grégorienne de Saint-Pierre et le palais du Quirinal en 1580; un immense grenier dans les thermes de Dioclétien en 1575, et des fontaines sur la Piazza Navona, la place du Panthéon et la Piazza del Popolo. En reconnaissance de ses nombreuses améliorations dans Rome, le sénat et le peuple érigèrent une statue en son honneur sur la colline du Capitole lorsqu'il vivait encore.

Les larges sommes d'argent dépensées de cette manière réduisirent nécessairement le trésor papal. Agissant sur le conseil de Bonfigliuoto, le secrétaire d'état, il confisqua divers Etats et châteaux de baronnies, parce que quelques dettes féodales envers la papauté avaient été oubliées, ou parce que leurs propriétaires présents n'en étaient pas les héritiers légitimes. Les barons étaient ainsi dans la crainte continuelle que quelque autre de leurs domaines ne fût enlevé de cette façon. Le résultat en fut que l'aristocratie se mit à détester le gouvernement papal, et incita les paysans à faire de même. L'influence papale sur l'aristocratie étant ainsi affaiblie, les barons de Romanie se firent mutuellement la guerre, et une période sanguinaire s'ensuivit, que Grégoire XIII fut impuissant à empêcher. De plus, l'imposition de charges portuaires à Ancône et la levée de taxes d'importation sur les marchandises vénitiennes par le gouvernement papal, greva le commerce d'une façon considérable. Les bandits qui infestaient la Campanie furent protégés par les barons et les paysans et devinrent de plus en plus audacieux. Ils étaient dirigés par de jeunes gens de familles nobles, comme Alfonso Piccolomini, Roberto Malatesta et d'autres. Rome elle-même était remplie de ces hors-la-loi, et les officiers papaux étaient toujours et partout en danger de mort. Grégoire fut impuissant face à ces bandes de hors-la-loi. Leur suppression fut finalement réalisée par son vigoureux successeur, Sixte V.


CLAPPI, Compenitio delle attioni e santa vita di Gregorio XIII (Rome, 1591); BOMPLANI, Historia Pont. Greg. XIII (Dillingen, 1685); PALATIUS, Gesta Pontificum Romanorum (Venise, 1688), IV, 329-366; MAFFEL, Annales Gregorii XIII, 2 vols. (Rome, 1712); PAGI, Breviarium Gestorum Pontificum Romanorum (Anvers, 1753), VI, 718-863; RANKE, Die romischen Papste, tr. FOSTER, History of the Popes (Londres, 1906), I, 319-333; BROSCH, Gesch. des Kirchenstaates (Gotha, 1880), I, 300 sqq.; MILEY, History of the Papal States.

MICHAEL OTT
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, 1999.