Grégoire XV (1621 - 1623)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Grégoire XV

(ALESSANDRO LUDOVISI)

Né à Bologne le 9 ou le 15 janvier 1554; mort à Rome le 8 juillet 1623. Après avoir accompli des études de philosophie et fait ses humanités chez les Jésuites, partiellement à Rome et partiellement au Collège Romain de Rome, il retourna à Bologne pour se consacrer à l'étude de la jurisprudence. Après avoir été diplômé en droit canon et en droit civil à l'université de Bologne, il retourna à Rome et fut nommé juge du Capitole par Grégoire XIII. Clément VIII le nomma référendaire des deux signatures et membre de la Rota et le nomma vice-régent aux affaires temporelles sous le Cardinal Vicaire Rusticuccio. En 1612, Paul V le nomma archevêque de Bologne, et l'envoya comme nonce en Savoie, pour servir de médiateur entre le Duc Charles-Emmanuel de Savoie et le Roi Philippe d'Espagne dans leur querelle concernant le Duché de Montferrat. En 1616, le même pape le créa Cardinal-Prêtre de Sainte-Marie Transpontine. Depuis lors, Ludovisi demeura à son siège de Bologne jusqu'à ce qu'il vînt à Rome après la mort de Paul V pour prendre part à l'élection d'un nouveau pape. Le 9 février, il fut lui-même élu comme successeur de Paul V, principalement grâce à l'influence du Cardinal Borghese, et prit le nom de Grégoire XV. Bien qu'à son élévation au trône papal il eût déjà atteint l'âge de 67 ans et se trouvât, de plus, en mauvaise santé, son pontificat de deux ans et cinq mois fut d'une remarquable activité. Il se rendit compte qu'il avait besoin d'un homme fort et énergique en qui il pourrait avoir toute confiance pour l'assister dans le gouvernement de l'Eglise. Son neveu Ludovic Ludovisi, un jeune homme de 25 ans, lui sembla être la bonne personne et, au rique d'être accusé de népotisme, il le créa cardinal au troisième jour de son pontificat. Le même jour, Orazio, un frère du pape, fut nommé à la tête de l'armée pontificale. La suite révéla que Grégoire XV ne fut pas déçu par son neveu. Ludovic, il est vrai, favorisa les intérêts de sa famille dès que c'était possible, mais il usa aussi de ses brillants talents et de sa grande influence pour le bien de l'Eglise, et fut sincèrement dévoué au pape. Onze cardinaux en tout furent créés par Grégoire XV.

Un des plus grands actes du pontificat de Grégoire XV, concernant les affaires intérieures de l'Eglise, fut sa nouvelle réglementation concernant l'élection du pape. Dans sa bulle Aeterni Patris (15 nov.1621), il prescrivit que dans le futur, trois modes d'élection papale seulement soient autorisés: le scrutin, le compromis et la quasi-inspiration. Sa bulle Decet Romanum Pontificem (12 mars 1622) contient un cérémonial qui régule ces trois modes d'élection dans les moindres détails. Le mode d'élection ordinaire devait être le scrutin, qui exige que le vote soit secret, que chaque cardinal donne sa voix à un seul candidat et que nul ne puisse voter pour lui-même. La plupart des élections papales durant le seizième siècle furent influencées par des considérations politiques et par des calculs partisans au sein du Collège des Cardinaux. En introduisant le vote secret, le pape Grégoire XV tenta d'abolir ces abus. Les règles et les cérémonies prescrites par Grégoire XV sont sensiblement les mêmes que celles qui dirigent les élections papale de nos jours.

Grégoire XV prit un grand intérêt aux missions Catholiques en pays étrangers. Ces missions devaient prendre une telle ampleur, et les pays de mission être si différents de l'Europe dans leur langues, coutumes et civilisations qu'il était extrêmement difficile d'en garder un contrôle étroit. Sur la requête du Capucin Girolamo da Narni et du Carmélite Dominicus a Jesu-Maria, le pape établit, le 6 janvier 1622, une congrégation spéciale de cardinaux qui devaient avoir le contrôle suprême de toutes les missions étrangères (Congregatio de Propaganda Fide). Grégoire XIII et Clément VIII avaient déjà formé des congrégations temporaires de cardinaux pour veiller aux intérêts particuliers des missions étrangères, mais Grégoire XV fut le premier à ériger une congrégation permanente dont la sphère d'activité devait s'étendre à toutes les missions étrangères. Concernant les préoccupations particulières, les droits et devoirs de la nouvelle congrégation, voir la bulle Inscrutabili du 22 juin 1622 dans Bullarium Romanum, XII, 690-3.

Grégoire XV, ainsi que son neveu Ludovic, tenaient les ordres religieux en haute estime, spécialement les Jésuites. Le 12 mars 1622, il canonisa Ignace de Loyola, leur fondateur, et François Xavier, leur plus brillant missionnaire. Il leur avait déjà permis, le 2 octobre 1621, de réciter l'office et de célébrer la messe en l'honneur du jeune angélique Aloysius de Gonzaga. D'autres ordres religieux furent honorés de la même façon. Le 12 mars 1622, il canonisa Philippe Neri, le fondateur des Oratoriens, et Thérèse, la réformatrice des Carmélites en Espagne. La même année il béatifia Albert le Grand, le grand théologien dominicain, et permit que la fête d'Ambroise Sansedoni, un autre Dominicain, fût célébrée comme celle d'un saint. Le 18 avril 1622, il béatifia le Mineur Espagnol Pierre d'Alacantara, et le 17 février 1623, il ordonna que la fête de Saint Bruno, le fondateur des Carthusiens, soit insérée dans le Bréviaire Romain. Il canonisa un laïc, l'espagnol marié Isidore, le 22 mars 1622. Durant son court pontificat, il approuva la fameuse congrégation Mauriste des Bénédictins, la congrégation de Bénédictines françaises des Filles du Calvaire (Bénédictines de Notre-Dame du Calvaire), les soeurs Théatines et les reclus Théatins, la congrégation des Pieux Ouvriers (Pii Operarii), les prêtres de Sainte Brigitte en Belgique (Fratres novissimi Brigittini) et éleva les Piaristes et les Prêtres de la Mère de Dieu (Clerici Regulares Matria Dei) à la dignité d'un ordre religieux. Le 18 mars 1621, il fonda à Rome un colège international pour les Bénédictins, le Collegium Gregorianum, qui fut le berceau du désormais fameux Collège Bénédictin de Saint Anselme. Avant de passer aux actions politiques de Grégoire XV, il convient de mentionner une de ses constitutions, "Omnipotentis Dei", publiée contre les magiciens et les sorcières le 20 mars 1623, la dernière ordonnacne papale contre la sorcellerie. Les anciens châtiments y furent allégés, et la sentence de mort ne fut décrétée que contre ceux qui pouvaient être convaincus d'être entrés en pacte avec le diable, et qui auraient commis un homicide avec son aide.

La grande activité que Grégoire XV déploya dans la gestion interne de l'Eglise fut égalée par son interposition efficace dans les affaires politiques du monde extérieur, dès que les intérêts catholiques étaient en jeu. Il assura une large assistance financière à l'empereur Ferdinand II pour reconquérir la Bohême et les domaines héréditaires de l'Autriche. Grégoire XV envoya alors Carlos Caraffa comme nonce à Vienne, pour assister l'empereur de ses conseils et de ses efforts pour supprimer le protestantisme, spécialement en Bohême-Moravie, où les Protestants surpassaient largement les Catholiques en nombre. Dans une large mesure, c'est aussi grâce à l'influence de Grégoire XV que, lors d'une réunion de princes à Ratisbonne, le Palatinat et la dignité électorale qui s'y rattachait furent garantis au Duc Maximilien de Bavière dès le début de janvier 1623. En vue d'obtenir cette garantie, le pape avait d'abord encoyé le Père Capucin Hyacinthe, diplomate de talent, à la cour impériale de Vienne. Le transfert de l'Electeur du Palatinat d'un Protestant (Frédéric V) à un Catholique était lourd de conséquences, puisqu'il confortait une majorité Catholique au Conseil Suprême de l'Empire. Plein de gratitude pour le pape Grégoire XV, Maximilien lui offrit la bibliothèque Palatine de Heidelberg, contenant environ 3500 manuscrits. Tôt en 1623, Grégoire XV envoya le théologien Grec Leo Allatius prendre possession de la précieuse collection pour la rappoter à Rome, où elle fut enregistrée comme Gregoriana dans la bibliothèque du Vatican. Trente-neuf de ces manuscrits, qui s'en allèrent à Paris en 1797, furent rendus à Heidelberg lors du Traité de Paris en 1815, et Pie VII en retourna 852 autres comme don en 1816.

Les relations entre l'Angleterre et le Siège Apostolique prirent un caractère plus amical sous le pontificat de Grégoire XV. Pendant un temps il sembla probable que, en vertu du mariage projeté entre le prince de Galles (le futur Charles Ier) et l'infante Maria d'Espagne, le Catholicisme serait restauré en Angleterre. Bien que le pape favorisât ce mariage, il n'eut jamais lieu. Le traitement, cependant, des sujets catholiques de Jacques Ier devint plus tolérable et, dans une certaine mesure tout au moins, ils jouissaient de la liberté religieuse. En France, le pouvoir des Huguenots était en déclin, en raison de l'influence de Grégoire XV sur Louis XIII. Ici les Capucins, les Jésuites et les Franciscains convertirent nombre d'hérétiques au Catholicisme. Même aux Pays-Bas, ce bastion du Protestantisme, une réaction Catholique se leva, en dépit du fait que les prêtres catholiques furent persécutés et chassés du pays.

Les princes catholiques respectèrent l'autorité de Grégoire XV, non seulement dans les affaires relgieuses, mais aussi sur les questions purement politiques. Cela se vit notamment lorsque s'éleva une dispute internationale concernant la possession du Valtelline (1620) : les Espagnols occupèrent cette région, tandis que les Autrichiens prirent possession des marches des Grisons et se trouvaient à proximité des Espagnols. La proximité des deux armées alliées mit en danger les intérêts de la France, de Venise et de la Savoie. Ces trois puissances, cependant, s'entendirent pour contraindre les Autrichiens et les Espagnols à évacuer le Valtelline, par la force des armes si nécessaire. Sur demande, le pape Grégoire XV intervint en envoyant son frère Orazio à la tête des troupes pontificales pour prendre temporairement possession du Valtelline. Après quelque réticence de la part de l'archiduc Léopold d'Autriche, le territoire disputé, avec sa forteresse, fut confié à Orazio, et la guerre sur le point d'éclater put ainsi être évitée.


RANKE, History of the Popes (Londres, 1906), II, 202-38; PALATIUS, Gesta Pontificum Romanorum (Venise, 1688), IV, 522-36; CIACONIUS-OLDOINUS, Historioe Rom. Pontif. (Rome, 1677), IV, 465 sq.; BROSCH, Geschichte des Kirchenstaates (Gotha, 1880), I, 371 sq.; L'AREZIO, La politica della Santa Sede risp. alla Valtellina dal concord. d'Avignone alla morte di Gregorio XV (Cagliari, 1899).

MICHAEL OTT
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, 1999.