Grégoire XVI (1831 - 1846)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Grégoire XVI

(MAURO, ou BARTOLOMEO ALBERTO CAPPELLARI)

Né à Belluno, alors en territoire vénitien, le 8 septembre 1765; décédé à Rome le 9 juin 1846. Son père, Giovanni Battista, et sa mère, Giulia Cesa-Pagani, faisaient tous deux partie de la petite noblesse régionale et leurs deux familles furent en leurs temps remarquées au service de l'Etat. A l'âge de 18 ans, Bartolomeo manifesta sa vocation religieuse et, après quelque opposition de la part de ses proches, il prit l'habit comme novice du monastère camaldule de San-Michele di Murano, sous le nom de Mauro. C'est là que, trois ans plus tard, il prononça ses voeux solennels, et fut ordonné prêtre en 1787. Le jeune moine manifesta bientôt des signes de capacités intellectuelles hors du commun. Il se consacra à l'étude de la philosophie et de la théologie et fut ensuite désigné pour l'enseigner aux novices de San Michele. En 1790 il fut nommé censor librorum pour sa congrégation aussi bien que pour le Saint-Office à Venise. Cinq ans plus tard, il fut envoyé à Rome où il vécut d'abord dans une petite maison (détruite depuis) sur la Piazza Veneta, puis dans le grand monastère Saint-Grégoire sur la colline Coelienne. Les temps n'étaient pas favorables à la papauté. En 1798 eut lieu le scandaleux enlèvement de Pie VI par le général Berthier sur les ordres de Napoléon, et l'année suivante, la mort du pape en exil à Valence. Ce fut cette année même, 1799, que Dom Mauro choisit pour la publication de son livre, Il trionfo della santa sede, traitant de l'infaillibilité papale et de la souveraineté temporelle. Ce travail, aux dires de Grégoire lui-même, n'attira pas grande attention jusqu'à ce qu'il fût pape, et cependant il atteignit trois éditions et fut traduit dans plusieurs langues. En 1800, le cardinal Chiaramonti fut élu pape à Venise et prit le nom de Pie VII, puis se rendit à Rome. Au début de cette même année, Dom Mauro avait été nommé vicaire de San Gregorio et, en 1805, le pape le nomma abbé de cette vieille maison. Il se retira à Venise pour se reposer, mais revint en 1807 comme procureur général, juste pour être démis l'année suivante, quand le général Miollis répéta sur la personne de Pie VII l'outrage de Berthier sur Pie VI. Dom Mauro rentra à Venise, mais San Gregorio fut fermé en tant que monastère l'année suivante sur les ordres de l'empereur. Malgré cela, les religieux restèrent, en habit séculier, au monastère, tandis que Dom Mauro enseignait la philosophie aux étudiants du collège camaldule de Murano. Mais, en 1813, le collège fut transféré au couvent camaldule d'Ognissanti à Padoue, Venise devenant trop agitée et hostile. L'année suivante, Napoléon perdit le pouvoir, Pie VII rentra à Rome et Dom Mauro y fut aussitôt rappelé. Peu de temps après, l'érudit camaldule fut nommé consultant de diverses congrégations, conseiller des évêques et, de nouveau, abbé de San Gregorio. Deux fois, on lui offrit l'épiscopat et deux fois il refusa. Il était considéré comme certain qu'il deviendrait cardinal et la surprise fut générale quand, en 1823, Pie VII choisit à sa place le géographe Dom Placisdo Zurla (qui était lui aussi Camaldule). Cette année-là le pape mourut, et le cardinal Della Genga, qui prit le nom de Léon XII, fut élu. Le 21 mars 1825, le nouveau pape fit Dom Mauro cardinal in petto, et cette création fut publiée l'année suivante. Cappillaria devint cardinal de Saint Calixte et préfet de la Congrégation de la Propagande. C'est à ce poste qu'il arrangea avec succès un concordat entre les catholiques belges et le roi Guillaume de Hollande en 1827, entre les Arméniens Catholiques et l'Empire Ottoman en 1829. Le jour de la Saint George de l'année précédente, le Cardinal Cappillario eut la joie d'apperndre que l'Emancipation Catholique était entrée en vigueur dans les iles Britanniques.

Le 10 février 1829, Léon XII mourut, et Pie VIII, brisé par les révolutions de France et de Hollande, le suivit dans la tombe le 1er décembre 1830. Une quinzaine de jours plus tard le conclave commença. Il dura sept semaines. Pour un temps, le cardinal Giustiniani sembla susceptible d'obtenir le nombre de voix requis, mais l'Espagne y opposa son veto. Les différentes parties finirent par trouver un accord et, lors de la fête de la purification, le cardinal Capillaria fut élu par trente-et-une voix sur quarante-cinq. Il prit le nom de Grégoire XVI, en l'honneur de Grégoire XV, fondateur de la Propagande. A peine le nouveau pape était-il élu que la Révolution qui, pendant quelque temps avait couvé en Italie, enflamma les Etats Pontificaux. Déjà le 2 février, le Duc de Modène avait averti le cardinal Albani que le conclave devait aboutir rapidement à une décision car la révolution était imminente. Le jour suivant le duc fit cerner la maison de son ancien ami, Ciro Menotti, à Modène, et l'arrêta avec plusieurs de ses conspirateurs. Aussitôt la révolte éclata à Reggio, et le duc s'enfuit à Mantoue, emmenant avec lui ses prisonniers. Le désordre s'étendit avec une rapidité préparée. Le 4 février, Bologne se révolta, chassa le pro-légat hors de la ville, et le 8 le drapeau tricolore fut hissé à la place du drapeau pontifical. En quinze jours, presque tous les territoires pontificaux avaient répudié la souveraineté du pape, et le 19, le Cardinal Benvenuti, qui fut envoyé pour réprimer la rébellion, fut fait prisonnier par le « Gouvernement Provisoire ». Même à Rome, un soulèvement prévu pour le 12 février fut évité grâce à l'action immédiate du Cardinal Bernetti, le nouveau secrétaire d'Etat. Dans ces conditions, les forces papales étant à l'évidence incapables de faire face à la situation, Grégoire décida d'appeler l'Autriche au secours. La réponse fut immédiate. Le 25 février, un fort contingent autrichien partit pour Bologne et le « Gouvernement Provisoire » s'enfuit bien vite à Ancône. En l'espace d'un mois, le mouvement s'était évanoui et le 27 mars, le cardinal Benvenuti fut relâché par les chefs des rebelles, contre la promesse qu'une amnistie serait accordée par le pape. L'action du cardinal cependant était sans autorité et ne fut endossée ni par la papauté ni par le général autrichien. Mais la rébellion, pour le moment, était écrasée, et, après une tentative avortée de prendre Spolète, dont les dissuada l'archevêque Mastai-Ferretti, tous les chefs qui le purent fuirent le pays. Le 3 avril le pape pouvait affirmer que l'ordre était rétabli.

Le même mois, les représentants de cinq puissances, Autriche, Russie, France, Prusse et Angleterre, se rencontrèrent à Rome pour considérer la question de la Réforme des Etats Pontificaux. Le 21 mai, ils produisirent un Memorandum exhortant la papauté à entreprendre des réformes dans le domaine judiciaire, introduire des laïcs dans l'administration, organiser des élections populaires dans les conseils municipaux et communaux, et à confier l'administration des finances à un corps compétent recruté largement dans le monde civil. Grégoire entreprit de réaliser ces réformes dans la mesure où il les jugeait réalisables, mais sur deux points il était résolu à ne pas céder: Il n'aurait jamais admis le principe d'élections populaires dans les conseils, et il n'aurait jamais permis l'établissement d'un conseil d'Etat composé de laîcs, parallèle au Sacré Collège. Par une succession d'édits, datés des 5 juillet, 5 octobre et 5 et 21 novembre, un plan de réforme détaillé de l'administration et de la justice fut mis sur pied. Les délégations devaient être divisées en une hiérarchie complexe de gouvernements centraux, provinciaux et communaux. A la tête de chacun de ces corps respectifs devait être installé un pro-légat, un gouverneur et un maire, représentant le pape, et assistés d'un corps exécutif, et (en matière financière) contrôlés par un conseil qui était choisi par le gouvernement parmi une liste triplement élue. Tous ces corps devaient tenir le pape informé des souhaits et requêtes de ses sujets. La réforme judiciaire, au regard des litiges civils, était encore plus minutieuse. Une issue fut trouvée à la confusion née de la multiplicité des tribunaux (à Rome pas moins de douze des quinze juridictions, incluant celle de l'arbitraire uditore santissimo furent abolies) et trois hiérarchies, composées pour chacune de trois cours civiles, une pour Bologne et les légations, une pour la Romanie et les Marches et une pour Rome, furent établies. Dans chacune d'elles l'agrément de deux cours sur trois interdisait tout recours ultérieur, et la plupart des cours furent composées de laïcs formés au droit. Les cours criminelles ne furent pas aussi radicalement réformées, mais même dans celles-ci il fut mis fin aux vexations et à l'arbitraire souvent tyrannique et aux irrégularités qui avaient prévalu jusque là.

Toutes ces réformes, cependant, en dépit de leur étendue, étaient loin de satisfaire les buts du parti révolutionnaire. Les troupes autrichiennes furent retirées le 15 juillet 1831, mais vers décembre la plupart des etats pontificaux étaient à nouveau en révolte. Les troupes papales furent envoyées au secours des légations; le seul résultat fut la concentration de 2000 révolutionnaires à Cesena. Le Cardinal Albani, qui avait été désigné commissaire-extraordinaire des légations, appela de sa propre autorité l'aide du général autrichien Radetsky, qui avait précédemment envoyé ses troupes. Ces forces, jointes aux troupes papales à Cesena, attaquèrent et défirent les rebelles et, vers la fin de janvier, elles avaient triomphalement repris possession de Bologne. Cette fois, la France intervint et, en protestation contre l'occupation autrichienne, prit et tint Ancône, en violation flagrante du droit international. Le pape et Bernetti protestèrent énergiquement et même la Prusse et la Russie désapprouvèrent cet acte, mais bien que, après de longues négociations, le commandant Français reçût l'ordre de réfréner les outrages des révolutionnaires d'Ancône, les troupes françaises ne furent pas retirées de cette ville avant le retrait complet des Autrichiens des Etats Pontificaux en 1838. La rébellion, toutefois, fut étouffée et il n'y eut plus de révolte sérieuse durant treize ans. Mais, au milieu de ces turbulences survenues dans son propre royaume, Grégoire n'était pas exempt d'appréhensions au sujet de la Foi et de l'Eglise Universelle. Les révolutions de France et de Hollande avait créé une situation difficile: un parti attendait du pape qu'il condamne les changements, mais l'autre attendait qu'il les accepte. En août 1831, il publia un Bref, Sollicitudo Ecclesiarum, dans lequel il réitérait les positions des pontifes précédents quant à l'indépendance de l'Eglise et son refus de se voir impliquée dans les méandres politiques. En novembre de la même année, l'Abbé de Lamennais et ses compagnons vinrent à Rome pour soumettre au pape les questions qui opposaient l'épiscopat français et les directeurs de l'Avenir. Grégoire les reçut gentiment, mais leur laissa entendre par plus d'un trait que leur appel ne serait pas entendu favorablement, et qu'ils seraient sages de ne pas chercher à précipiter la décision. En dépit, cependant, des représentations de Lacordaire, Lamennais persista, avec pour résultat que le pape, lors de la fête de l'Assomption en 1832, publia une encyclique, Mirari Vos dans laquelle il condamnait non seulement la politique de l'Avenir, mais aussi bon nombre des doctrines morales et sociales qui étaient alors mises en avant par la plupart des écoles révolutionnaires. L'encyclique, qui ne peut certes pas être considérée comme favorable aux idées qui sont depuis devenues des lieux communs de politique séculaire, souleva un orage de critiques à travers toute l'Europe. Il est bon de se souvenir, cependant, que plusieurs de ses adversaires ne l'ont pas lue avec une grande attention, et elle a parfois même été critiquées pour des prises de position qui ne figurent nulle part dans son texte. Deux ans après sa publication, le pape jugea nécessaire de publier une nouvelle encyclique, Singulari nos dans laquelle il condamnait les Paroles d'un croyant, la réplique de Lamennais à Mirari vos.

Mais ce n'est pas seulement en France que les erreurs se rencontraient. En Allemagne, les adeptes de Hermes furent condamnés par la lettre Apostolique Dum acerbissima du 26 septembre 1835 et, en 1844, près de la fin de son règne, il publia l'encyclique Inter praecipuas machinationes, contre la propagande peu scrupuleuse des anti-catholiques en Italie par la London Bible Society et la New York Christian Alliance qui, alors comme maintenant, étaient passées maîtres dans l'art de transformer des Italiens catholiques ignorants en libre-penseurs anti-cléricaux primaires. Tandis qu'il s'engageait dans le combat contre les mouvements libertaires de la pensée européenne de son temps, Grégoire fut aussi obligé de se battre contre les gouvernements des Etats pour la justice et la tolérance envers l'Eglise Catholique dans leurs royaumes. Au Portugal, l'accession de la reine Maria de Gloria fut l'occasion d'une rafale de législation anti-cléricale. Le nonce de Lisbonne reçut l'ordre de quitter la capitale et la nonciature fut supprimée. Tous les privilèges écclésiastiques furent abolis, les épiscopats désignés par l'ex-roi Dom Miguel furent déclarés vacants, les maisons religieuses furent supprimées. Le pape protesta avec véhémence, mais sa protestation n'eut pour effet que de provoquer des mesures plus dures encore, et nul effort de sa part n'obtint aucun succès avant 1841, quand l'austérité populaire croissante força la reine à négocier.

En Espagne aussi, la régente, la reine Marie-Christine, put mettre au point, durant la minorité de sa fille la reine Isabelle, un programme anti-clérical. En 1835 les ordres religieux furent supprimés. Puis le clergé séculier fut attaqué: vingt-deux diocèses furent laissés vacants, les prêtres Jansénistes furent admis au comité désigné pour « réformer l'Eglise », les salaires des prêtres furent confisqués. En 1840, des évêques furent chassés de leurs sièges, et quand le nonce protesta contre les actes arbitraires du gouvernement au pouvoir, il fut reconduit à la frontière. La paix ne fut pas rendue à l'Eglise d'Espagne jusqu'à la mort de Grégoire.

En Prusse, au tout début de son règne, la question des mariages mixtes faisait problème. Pie VIII avait traité de cette question dans une brève du 28 mars 1830. Cela, cependant, ne satisfaisait pas le gouvernement Prussien, et von Bunsen, l'ambassadeur de Prusse, usa de tous les moyens, honnêtes et malhonnêtes, pour obtenir une modification de la politique catholique. L'archevêque de Cologne et les évêques de Paderborn, Munster, et Trier furent incités, en 1834, à passer pour convention de ne pas exécuter la législation papale. Mais l'archevêque mourut l'année suivante, et son successeur, von Droste zu Vischering, était un homme d'un calibre tout différent. En 1836, l'évêque de Trier, sentant sa fin venir, révéla toute l'intrigue au pape. Les choses allèrent vite. Le nouvel archevêque de Cologne annonça son intention d'obéir au Saint-Siège, et fut en conséquence emprisonné par le gouvernement Prussien. Son arrestation provoqua une indignation générale en Europe, et la Prusse tenta de justifier son action en inventant des charges contre le prélat. Personne, cependant, ne crut la version officielle, et l'Archevêque de Gnesen et Posen, qui avait imité l'exemple de son courageux frère de Cologne, fut aussi emprisonné. Mais son action arbitraire souleva l'indignation des Catholiques Allemands, et quand le Roi Frédéric Guillaume III mourut en 1840, son successeur se montra plus enclin à trouver un arrangement. Pour finir, l'archevêque Droste zu Vischering fut flanqué d'un coadjuteur, et se retira à Rome; l'archevêque de Gnesen fut relâché sans condition et la question litigieuse fut rapidement autorisée à être tranchée en faveur de la doctrine catholique.

Mais un tel succès n'était possible ni en Pologne ni en France. Dans le malheureux pays polonais, la religion catholique était, alors comme maintenant, inextricablement liée aux aspirations nationalistes. En conséquence, toute la force de l'autocratie russe fut employée à la détruire. Avec une monstrueuse cruauté, les Uniates ruthéniens furent poussés ou achetés à la communion Orthodoxe, les nonnes héroïques de Minsk furent torturées et réduites en esclavage, plus de 160 prêtres furent déportés vers la Sibérie. Les Catholiques de rite latin ne furent pas mieux traités, les évêques étant emprisonnés et les prélats déportés. Grégoire protesta en vain, et en 1845, quand l'empereur Nicolas lui rendit visite à Rome, il réprimanda l'autocrate pour sa tyrannie. On dit que le tsar fit des promesses de réforme dans son traitement de l'Eglise, mais comme on pouvait s'y attendre, rien ne fut fait.

En France, le succès du renouveau catholique avait été si grand que les anti-cléricaux en étaient furieux. Il firent pression sur le gouvernement pour obtenir la suppression des Jésuites, toujours les premiers attaqués. M. Guizot envoya à Rome Pellegrino Rossi, un ancien chef du parti révolutionnaire en Suisse, pour négocier directement avec le cardinal Lambruschini, qui avait remplacé Bernetti en 1836 comme secrétaire d'Etat. Mais Grégoire et Lambruschini s'opposèrent tous deux fermement à toute attaque contre la communauté. Rossi, alors, tourna son attention vers le père Roothan, le Général des Jésuites, et à travers la Congrégation des Affaires Ecclésiales, parvint à obtenir une lettre des provinciaux français annonçant que les noviciats et d'autres maisons devraient être graduellement diminués ou abandonnés.

Le règne de Grégoire touchait à sa fin. En août 1841, avec l'intention d'entrer en relation plus étroite avec son peuple, il entreprit une tournée à travers quelques-unes de ses provinces. Il voyagea à travers l'Ombrie jusqu'à Loreto, puis vers Ancône, et jusqu'à Fabriano, où il visita les reliques de Saint Romuald, le fondateur des Camaldules. Il revint par Assise, Viterbe et Orvieto, atteignant Rome au début d'octobre. Le périple avait coûté 2.000.000 de francs, mais il est très douteux qu'il eût atteint le résultat escompté. Le cardinal Lambruschini, à qui le pape confia, à mesure qu'il vieillissait, de plus en plus d'affaires, fut encore plus arbitraire et moins accessible aux doctrines politiques modernes que Bernetti; le mécontentement grandissait et menaçait. En 1843, il y eut, en Romanie et en Ombrie, des tentatives de révolte qui furent matées avec une implacable sévérité par les légats spéciaux, les cardinaux Vannicelle et Massimo. En septembre 1845, la cité de Rimini fut encore prise par une force révolutionnaire qui, cependant, fut obligée de se retirer et chercher refuge en Toscane. Mais les appels passionnés de Niccolini, de Gioberti, de Farini, d'Azeglio, se répandirent à travers toute l'Italie et toute l'Europe, et la crainte fut alors trop bien fondée, que l'état pontifical ne survivrait pas longtemps à Grégoire XVI. Le 20 mai 1846, il se sentit faiblir et ordonna à Crétineau-Joly d'écrire l'histoire des sociétés secrètes, contre lesquelles il s'était battu en vain. Quelques jours après, le pape tomba malade avec un erésypèle sur le visage. A première vue, l'attaque ne sembla pas sérieuse mais, le 31 mai, ses forces défaillirent soudainement, et il devint évident que sa fin était proche. il mourut le 9 juin au matin, avec seulement deux assistants veillant sur lui. Sa tombe, réalisée par Amici, est à St Pierre.

Grégoire XVI a été traité avec un respect insuffisant par les historiens récents, mais il n'a en aucune façon mérité leur mépris. Il est vrai qu'en matière politique il s'est montré presque aussi opposé que ses prédecesseurs immédiats au moindre progrès démocratique. Mais en cela il n'était que semblable à la plupart des gouvernants de son époque, l'Angleterre elle-même, comme Bernetti le fit sarcastiquement remarquer, étant toujours prête à suggérer à d'autres des réformes qu'elle n'entreprend pas chez elle. Grégoire croyait à l'autocratie, et ni ses inclinations ni son expérience n'étaient de nature à le rendre favorable à une plus grande liberté politique. Probablement la politique de ses prédecesseurs avait rendu très difficile pour n'importe quel pape non aguerri de s'opposer à la révolution en marche par des réformes efficaces. En tout cas, son tempérament et sa politique furent tels qu'il laissait à son successeur une tâche impossible. Mais Grégoire ne fut en aucune façon un obscurantiste. Son intérêt pour l'art et toutes les formes de connaissance est attesté par la fondation des musées Etrusque et Egyptien au Vatican, et du Musée Chrétien du Latran; par les encouragements qu'il prodigua aux cardinaux Mai et Mezzofanti, et à Visconti, Salvi, Marchi, Wiseman, Hurter, Rohrbacher, et Gueranger; par l'aide généreuse qu'il donna à la reconsturction de St-Paul-hors-les-murs et de Santa Maria degli Angioli, à Assise; par les recherches encouragées au Forum Romain et dans les catacombes. Son soin pour le bien-être social de son peuple est attesté par les forages de Monte Catillo visant à empêcher la dévastation de Tivoli par les crues de la rivière Anio, dans la mise en service de bateaux à vapeur à Ostie, dans la frappe d'une monnaie décimale dans les Etats Romains, la création d'un bureau de statistiques à Rome, dans l'allègement de nombreux impôts et dans le rachat de l'apanage d'Eugène de Beauharnais, dans la fondation de bains publics, d'hôpitaux ou d'orphelinats. Durant son règne, les pertes de l'Eglise en Europe furent plus que contrebalancées par les gains dans le reste du monde. Grégoire envoya des missionnaires en Abyssinie, en Inde, en Chine, en Polynésie et vers les Indiens d'Amérique du Nord. Il doubla le nombre de Vicaires Apostoliques en Angleterre, il augmenta nettement le nombre d'évêques aux Etats-Unis. Durant son règne cinq saints furent canonisés, trente-trois serviteurs de Dieu déclarés Bienheureux, beaucoup de nouveaux ordres furent fondés ou soutenus, la dévotion à la foi de la Mère Immaculée de Dieu fut augmentée. En privé comme en public, Grégoire fut remarqué pour sa piété, sa bonté, sa simplicité, sa solide amitié. Il ne fut peut-être pas un grand pape, ni pleinement capable de traiter les problèmes complexes de son temps, mais à sa dévotion, sa munificence et ses oeuvres, Rome et l'Eglise Universelle sont redevables de nombreux bénéfices.


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LESLIE A. ST. L. TOKE
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, 1998.