St Grégoire II (715 - 731)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
St Grégoire II

Peut-être le plus grand des papes à avoir occupé la chaire de Pierre durant le huitième siècle. C'était un Romain, fils de Marcellus et Honesta. Pour ses contemporains occidentaux, il était connu comme Grégoire le Jeune; pour ceux d'Orient, qui le confondaient avec Gréoire le Grand (auteur de Dialogues), il était « Dialogus ». L'année de sa naissance est inconnue, mais on sait qu'il éprouva très jeune le désir d'entrer dans l'Eglise, et fut placé par le pape dans la Schola Cantorum. Il fut nommé sous-diacre et sacellarius (trésorier et aumônier) de l'Eglise Romaine par Serge Ier. Puis on lui confia la responsabilité de la biliothèque pontificale et il eut l'honneur d'être le premier aumônier ou bibliothécaire pontifical connu sous ce titre. Vers l'époque où il devint diacre, il manifesta si bien son fort caractère et son intelligence supérieure qu'il fut choisit par le pape Constantin pour l'accompagner quand il dut se rendre à Constantinople en vue de discuter les canons du concile Quinisext avec le truculent tyran, Justinien II. La confiance du pape ne fut pas mal placée. Le diacre Grégoire, « par ses admirables réponses », venait à bout de toutes les difficultés soulevées par l'empereur. L'une des premières choses que Grégoire prit en mains lorsqu'il devint pape (le 19 mai 715) fut de lancer le chantier de réparation des murs de Rome. Les Lombards, vieux ennemis des Romains, n'avaient pas fini de s'en prendre à la ville, et maintenant un nouvel ennemi s'était fait jour: La Méditerranée devenait rapidement un lac sarrasin, et l'on pouvait craindre que les musulmans ne viennent s'en prendre à la Cité Eternelle elle-même. Grégoire avait fait de bons progrès avec ses travaux de réparations, lorsque différentes causes, combinées à une crue dévastatrice du Tibre, l'empêchèrent de compléter ce travail. Mais durant tout son pontificat, Grégoire ne manqua pas de surveiller avec attention tous les mouvements des Sarrasins, et il est dit qu'il envoya des marques d'encouragement aux rois Francs qui contenaient leur avance en Gaule.

Dans la première année de son pontificat, il reçut une lettre de Jean, patriarche de Constantinople. Adressée « à la tête sacrée de l'Eglise », c'était une vraie lettre d'excuse pour s'être montré servile devant Philippe Bardanes sur la question du monothélisme. Grégoire reçut aussi plusieurs pèlerins de marque durant son pontificat. Parmi les nombreux pèlerins anglo-saxons qui vinrent à Rome durant son règne, les plus célèbres furent l'abbé Ceolfrid et le roi Ina; celui-là apporta au pape le célèbre Codex Amiatinus, et celui-ci fonda la Schola Anglorum. le Duc Théodon Ier de Bavière vint aussi à Rome pour prier, et sans aucun doute pour obtenir du pape plus de messagers de l'Evangile pour son pays. Parmi ceux que Grégoire dépêcha pour la conversion de la Bavière, figure saint Corbibian, qui devint l'un des apôtres de ce pays. Mais le grand apôtre de Bavière, et d'Allemagne en général, fut saint Winfrid, ou Boniface, comme on l'appela ensuite; Désireux de prêcher pour la conversion des païens, il se rendit à Rome, et Dieu « poussa le pontife du glorieux Siège » à exaucer ses demandes. Il envoya Boniface « aux nations sauvages de Germanie », lui enjoignant, par l'irrécusable autorité de saint Pierre, « va et prêche la foi des deux testaments ». Grégoire suivit et encouragea sans relâche les travaux de Boniface. En 722, il le consacra évêque et intéressa le célèbre Charles Martel à ses travaux. Grégoire fut d'un grand soutien pour l'ordre monastique. A la mort de sa mère, il transforma sa maison de famille en monastère, et en fonda ou restaura de nombreux autres. Parmi ceux qu'il aida à restaurer figure la célèbre abbaye du Mont Cassin. Durant la première partie de son pontificat, Grégoire fut en bons termes avec les Lombards. Leur roi rédigea ses lois sous son influence, mais leurs ducs, avec ou sans le consentement de leur roi, mirent le désordre dans la péninsule en s'emparant de plusieurs parties des possessions de l'Empire grec. L'exarque grec de Ravenne fut parfaitement incapable d'arrêter l'avance des Lombards, si bien que Grégoire fit appel à Charles Martel et aux Francs. Charles ne pouvait pas ou ne voulut pas venir, mais un événement provoqua un plus grand choc encore que n'eût été sa venue en Italie : La publication de trois décrets de l'empereur grec, Léon III, connus sous le nom d'Isauriens ou Iconoclastes (727). Les Italiens avaient déja enragé contre lui à cause de sa tentative de lever sur eux une taxe extraordinaire. Malgré les menaces sur sa vie que firent peser les officiels grecs, Grégoire s'opposa à la fois aux taxes illégales de l'empereur et à son inqualifiable ingérence dans le domaine de l'autorité ecclésiastique. Ce fut une opportunité pour les Lombards. Quand l'exarque tenta de contraindre le pape à se soumettre aux décrets impériaux, ils prirent sa défense. Presque tous les districts byzantins d'Italie se soulevèrent aussi contre l'empereur et, s'il n'y avait eu l'autorité du pape, ils eussent élu un nouvel empereur pour s'opposer à lui. Alors que tout semblait perdu pour la cause byzantine en Italie, Eutychius, le dernier des exarques, monta une intrigue pour détourner les Lombards du pape et même les retourner contre lui. L'exarque s'apprêtait à aider Liutprand, le roi lombard, à amener les ducs lombards de Bénévent et de Spolète à une complète soumission à son autorité, et Liutprand devait en retour l'aider à faire plier le pape à ses genoux. Mais l'influence personnelle de Grégoire sur Liutprand fut à même de briser cette alliance contre nature, et il rendit à l'exarque le traitement qu'il lui avait réservé en lui fournissant des troupes pour mater une rébellion contre l'autorité impériale.

En relation avec le combat de Grégoire contre l'empereur iconoclaste et ses représentants italiens, certains points obscurs ont été jusqu'à présent passés sous silence. Par exemple, il est certain que vers l'année 730, Ravenne tomba pour quelque temps aux mains des Lombards, et que, sous l'action du pape et des Vénitiens, elle fut rendue à l'empire byzantin, dont elle fit encore partie pendant un an ou deux. Toutefois, il n'est pas certain que ce soit Grégoire II ou Grégoire III qui aient rendu ce précieux service à Léon III. Probablement, cependant, cette action fut menée par Grégoire II vers l'an 727; bien qu'il ne soit pas tout à fait sûr non plus que les célèbres lettres de condamnation que Grégoire II est supposé avoir envoyées à Léon III soient authentiques. Si elles le sont, alors il est certain que non seulement Ravenne fut prise par les Lombards en 727, mais aussi que l'autorité temporelle indépendante des papes, qui commença de fait avec Grégoire II, fut consciemment perçue comme telle par ce dernier. Mais quand, plus tard, des historiens Grecs affirmèrent que Grégoire « sépara Rome et l'Italie et tout l'Occident de la sujétion politique et religieuse à l'empire Byzantin », ils exagérèrent simplement son opposition aux taxes illégales instaurées par l'empereur, ainsi qu'aux édits iconoclastes. Malgré toutes les provocations, Grégoire ne s'écarta jamais de sa fidélité à l'empire Byzantin; mais c'est selon son devoir qu'il s'opposa de toutes ses forces à la destruction d'un article de la foi catholique. Par ses lettres, envoyées dans toutes les directions, il mit en garde le peuple contre les enseignements de l'empereur, et dans un concile tenu à Rome en 727, il proclama la vraie doctrine sur la question du culte des images. Au faîte de sa puissance, il soutint aussi saint Germain, le patriarche de Constantinople, dans la résistance qu'il manifestait face à l' « Evangile de Léon », et menaça de déposer Anastase, qui avait remplacé le saint au Siège de Constantinople, s'il ne renonçait pas à son hérésie. Grégoire reconnut le patriarche de Forum Julii (Cividale) et le patriarche de Grado comme hériters conjoints du siège métropolitain d'Aquileia, et parvint ainsi pour quelque temps à mettre en paix ces deux prélats rivaux.

Grégoire mourut en février, et fut enterré à la basilique Saint-Pierre le 11 février 731. Il est honoré comme saint dans le martyrologe Romain.


Liber Pontificalis (Paris, 1886), I, 396 sqq., ed. DUCHESNE; PAUL THE DEACON, in Mon. GERM. Hist.; Scripores Longob.;BEDE; THEOPHANES; JEAN LE DIACRE DE VENISE. etc.; Lettres de ST. BONIFACE in Mon. Germ. Hist.; Epp., III; HEFELE, History of the Councils (Edinburgh, 1896), V, tr,; HODGKIN, Italy and her Invaders (Oxford, 1896), VI; BURY, History of the Later Roman Empire; HIRSCH, Il ducato di Benevento, trad. italienne; MALFATTI, Imperatori e Papi; BRUNENGO, I primi Papi Ree Pultimo dei Re Longobardi; DUCHESNE, The Beginnings of the Temporal Sovereignty of the Popes, tr.; PARGOIRE, L'eglise Byzantine, 527-847; MARIN, Les Moines de Constantinople; MANN, Lives of the Popes in the Early Middle Ages (Londres, 1902), I, Pt. II.

HORACE K. MANN
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Septembre 2002.