Grégoire V (996 - 999)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Grégoire V

Né vers 970; décédé le 4 février 999. A la mort de Jean XV, les Romains envoyèrent une députation à Othon III et le prièrent de désigner celui qu'il souhaiterait voir élu pape à la place du pontife décédé. Il mentionna aussitôt le nom de son chapelain Bruno, fils du duc Othon de Carinthie et de Judith. Il était déjà reconnu pour son érudition, particulièrement pour sa connaissance des dialectes qui allaient devenir les langues de l'Europe moderne. Bien qu'étant d'un tempérament peu réfléchi, il était néanmoins un candidat valable pour la papauté et son élection fit honneur aux Romains qui l'élurent. Ce premier pape allemand fut couronné le 3 mai 996, et son accession fut généralement considérée avec satisfaction. Un de ses premiers actes fut de couronner Othon empereur (21 mai 996). Durant tout son pontificat il agit en parfaite harmonie avec son impérial cousin. Ensemble ils tinrent un synode queques jours après le couronnement d'Othon, au cours duquel il fut décidé qu'Arnulf devait être rétabli sur son siège de Reims et Gerbert, le futur Sylvestre II, fut condamné comme usurpateur. Malheureusement pour lui et pour la paix de l'Eglise, il obtint de l'empereur de ne pas bannir de Rome le turbulent noble Crescentius Numentanus, "du Cheval de Marbre". A peine Othon eut-il quitté Rome que Crescentius leva une armée et Grégoire dut s'enfuir vers le nord. Crescentius ne s'arrêta pas là, mais fit proclamer un antipape en la personne du puissant italo-grec Jean Philagatus de Rossano, qui avait habilement pris position en sa faveur à la cour des Othon et prit alors le titre de Jean XVI (997).

Au cours d'un synode que Grégoire avait convoqué à Pavie, non seulement Crescentius et son antipape furent anathémisés, mais le roi Robert de France fut menacé d'excommunication s'il ne répudiait pas Berthe, qu'il avait épousée bien qu'elle fût sa parente non seulement spirituellement mais aussi par le sang. Après quelque opposition, Robert finalement se soumit, et se repentant de son erreur, répudia Berthe et épousa Constance. Gerbert, de même, après avoir été lui aussi condamné par ce synode, abandonna le siège de Reims, et fut récompensé en recevant celui de Ravenne. Furieux que l'autorité ait été ainsi bafouée, Othon marcha sur Rome. Philagatus s'enfuit de la cité et Crescentius s'enferma dans le château Saint-Ange. Les troupes de l'empereur poursuivirent l'antipape, le capturèrent, lui amputèrent le nez, les yeux, les oreilles et la langue, et le ramenèrent à Rome. Là, il fut amené devant Othon et le pape, et publiquement dégradé (998). Puis, après avoir été ignominieusement traîné dans les rues de Rome sur un âne, il fut emmené en Allemagne, où il semble qu'il aurait fini sa vie au monastère de Fulda, où il serait mort en 1013. Le château Saint-Ange fut ensuite assiégé et, quand il fut pris, Crescentius y fut pendu aux remparts (998). Vers l'an 997, l'archevêque Aelfric vint à Rome en vue de recevoir son pallium et, pour obtenir du pape le remplacement par des moines des clercs séculiers qui tenaient alors la cathédrale de Canterbury, selon le mandat qu'il avait reçu du roi Ethelred et du Witan. Comme une marque d'honneur insigne, Grégoire mit son propre pallium à Aelfric, et lui enjoignit de confier son monastère de Canterbury à « des hommes de l'ordre que le Bienheureux Augustin avait commandé d'y placer ». A la demande d'Othon, Grégoire octroya des privilèges exceptionnels à de nombreux monastères allemands, et en sa compagnie il tint divers synodes pour le règlement des questions ecclésiastiques. Il dut menacer d'anathème Ardoin, marquis d'Ivrea, s'il ne s'amendait pas au sujet de sa façon de traiter le domaine de Sainte-Marie d'Ivrea, ses serfs et son évêque. Grégoire V fut enterré à Saint-Pierre « devant la sacristie, du côté de l'Evangile, près du pape Pélage ».


DUCHESNE, ed., Liber Pontificalis, II, 261 sq.; vingt-deux bulles de Grégoire in P.L., CXXXVII; Les chroniques de THIETMAN, LEO OF OSTIX, etc.; les annales d'Hildesheim, Quedlinburg, etc.; Les vies des saints ADALBERT, ABBO, NILUS, etc.;les Historae de RADULPHUS GLABER. Cf. LENORMANT, La Grande Grèce, I, 341 sqq.; SCHLUMBERGER, L'Epopée Byzantine, II; MANN, Lives of the Popes in the Early Middle Ages, IV.

HORACE K. MANN
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Septembre 2003.