Grégoire IX (1227 - 1241)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Grégoire IX

(HUGOLIN, COMTE DE SEGNI)

Né vers 1145, à Anagni en Campanie; décédé le 22 août 1241, à Rome. Il reçut son éducation dans les universités de Paris et de Bologne. Après l'accession d'Innocent III sur le trône papal, Hugolin, qui était un neveu d'Innocent III, fut nommé successivement chapelain papal, Archiprêtre de Saint Pierre, et Cardinal-diacre de Saint Eustache en 1198. En mai 1206, il succéda à Octavien comme Cardinal-Evêque d'Ostie et Velletri. Un an plus tard, lui et le cardinal Brancaleone furent envoyés comme légats pontificaux en Allemagne pour exercer une médiation entre Philippe de Souabe et Otton de Brunswick, qui revendiquaient tous deux le trône d'Allemagne suite à la mort d'Henry VI. Par ordre du pape, les légats libérèrent Philippe du ban qu'il avait encouru sous le pape Célestin III pour avoir envahi les Etats pontificaux. Bien que les légats fussent incapables de forcer Otton de Brunswick à renoncer à ses prétentions au trône, ils parvinrent à obtenir une trève entre les belligérants et rentrèrent à Rome en 1208 pour préparer avec le pape leurs actions futures. Reprenant la route pour l'Allemagne en juin 1208, ils apprirent à Vérone que Philippe avait été assassiné et retournèrent à Rome. Au début de 1209, ils se rendirent à nouveau en Allemagne avec pour instructions d'obtenir des princes allemands qu'ils reconnaissent Otton de Brunswick comme roi. Ils réussirent leur mission et rentrèrent à Rome en juin de la même année. Après la mort du pape Innocent III, le 16 juillet 1216, Hugolin joua un rôle essentiel dans l'élection du pape Honorius III le 18 juillet. En vue d'accélérer le choix, les Cardinaux, à la recherche d'un candidat de compromis, chargèrent les cardinaux Hugolin et Guido de Preneste de choisir le nouveau pape.

En janvier 1217, Honorius III nomma Hugolin légat plénipotentiaire pour la Lombardie et la Toscane, et le chargea de prêcher la croisade dans ces terriroires. Dans ce rôle, il se révéla un habile médiateur entre Pise et Gênes, en 1217, entre Milan et Crémone en 1218, entre Bologne et Pistoia en 1219. Lors du couronnement de Frédéric II à Rome le 22 novembre 1220, l'empereur prit la croix des mains d'Hugolin et fit le voeu d'embarquer pour la terre sainte en août 1221. Le 14 mars 1221, le pape Honorius mandata Hugolin pour prêcher la croisade également en Italie centrale et septentrionale. Après la mort du pape Honorius III (18 mars 1227), les cardinaux s'entendirent encore pour une élection de compromis et mandatèrent trois d'entre eux, parmi lesquels se trouvaient Hugolin et Conrad d'Urach, pour élire le nouveau pape. En premier lieu, Conrad d'Urach fut élu, mais il refusa la tiare, arguant qu'il apparaîtrait qu'il se serait élu lui-même. Sur quoi les cardinaux élurent Hugolin à l'unanimité le 19 mars 1227, et il accepta à contrecœur ce grand honneur, prenant le nom de Grégoire IX. Quoique déjà fort avancé en âge (il avait plus de quatre-vingts ans), il était encore plein d'énergie.

Les important postes diplomatiques que Grégoire IX avait occupés dans le passé lui avaient apporté une certaine familiarité avec la politique européenne, et spécialement avec les ruses et les tactiques malhonnêtes de Frédéric II. Trois jours après son installation il ordonna solennellement à l'empereur de réaliser enfin son voeu maintes fois différé d'embarquer pour la Terre Sainte. Obéissant en apparence à l'ordre papal, Frédéric II embarqua à Brindial le 8 septembre 1227, mais rentra trois jours plus tard, prétextant que le Landgrave de Thuringe, qui l'accompagnait, était à l'article de la mort, et que lui-même se sentait gravement malade. Grégoire IX, sachant que Frédéric II avait, en huit ou neuf occasions précédentes, différé son départ pour l'Orient, douta de la sincérité de l'empereur, et le 20 septembre 1227, le plaça au ban de l'Eglise. Il tenta de justifier cette mesure sévère envers l'empereur dans une brève aux princes chrétiens tandis que, de son côté, l'empereur adressa aux princes un manifeste dans lequel il condamnait l'action du pape en termes très amers. Le manifeste impérial fut lu publiquement sur les marches du Capitole à Rome, sur quoi le parti impérial de Rome, sous la conduite de Frangipani, fomenta une insurrection, si bien que lorsque le pape publia l'excommunication de l'empereur dans la basilique Saint Pierre le 23 mars 1228, il fut ouvertement insulté et menacé par une foule de Gibelins, et s'enfuit à Viterbe, puis de là à Pérouse.

En vue de prouver au monde chrétien que le pape était trop pressé de le mettre au ban, l'empereur résolut de se rendre en Terre Sainte et embarqua à Brindial avec une petite armée le 28 juin 1228, ayant au préalable demandé la bénédiction du pape pour son entreprise. Le pape, toutefois, refusant qu'un empereur excommunié ait le droit d'entreprendre une guerre sainte, non seulement lui refusa sa bénédiction, mais le mit au ban une seconde fois et libéra les croisés de leur serment d'allégeance envers lui. Arrivé en Terre Sainte, l'empereur, comprenant qu'il ne pourrait rien accomplir tant qu'il serait banni, changea sa tactique enverrs le pape. Il reconnaissait maintenant la justice de son excommunication et commença à accomplir des gestes de réconciliation. Grégoire IX se méfiait des avances de l'empereur, particulièrement depuis que Rainald, le gouverneur impérial de Spolète, avait envahi les Etats pontificaux en l'absence de l'empereur. Mais l'anathème papal n'eut pas l'effet que Grégoire avait escompté: En Allemagne, seul un évêque, Berthold de Strasbourg, publia la bulle d'excommunication, et presque tous les princes et les évêques demeurèrent fidèles à l'empereur. Le cardinal Otton de San Nicolo, que Grégoire avait envoyé en Allemagne pour publier l'excommunication de l'empereur, n'obtint aucun succès, parce que Henry, le fils de Frédéric, son représentant en Allemagne, interdit aux évêques et aux abbés de se présenter aux synodes que le cardinal tenta de convoquer. Aussi futiles furent les efforts de Grégoire pour mettre le duc Otton de Brunswick sur le trône d'Allemagne. En juin 1229, Frédéric II rentra de Terre Sainte, mit en déroute l'armée pontificale que Grégoire avait envoyée pour envahir la Sicile, et fit de nouveaux gestes d'apaisement envers le pape. Grégoire IX, qui vivait en fugitif à Pérouse depuis 1228, rentra à Rome en février 1230, sur demande expresse des Romains, qui mirent sur le compte de leur indignité envers le pape la forte crue du Tibre qui menaçait la ville. Il ouvrit alors les négociations avec Hermann de Salza, le grand maître de l'ordre des Chevaliers Teutoniques que l'empereur avait envoyé comme son représentant. Le 20 juillet 1230, un traité fut conclu à San Germano entre le pape et l'empereur, par la force duquel la partie des Etats pontificaux occupée par les troupes impériales et les possessions papales de Sicile étaient rendues au pape. Après que le ban de l'empereur fut levé par les cardinaux Jean de Sabine et Thomas de Capoue dans le camp impérial près de Ceperano le 28 août 1230, le pape et l'empereur se rencontrèrent à Anagni et finirent de se réconcilier durant les trois premiers jours de septembre.

La paix conclue entre le pape et l'empereur ne devait toutefois pas durer. La papauté, telle que la concevait Grégoire IX et l'empire tel que le concevait Frédéric II, ne pouvaient coexister en paix. L'empereur recherchait un pouvoir temporel suprême avec lequel le pape n'aurait nul droit d'interférer. Au moins en Italie, il essaya d'établir une règle d'absolutisme en supprimant toutes les libertés municipales et en plaçant les cités dans une sujétion qui ravivait l'ancien féodalisme. Le pape, de son côté, citant l'exemple de Constantin, qui échangea Rome pour Constantinople par déférence envers le pape, pensait que le pape devait être le gouverneur suprême de l'Italie, et par la force de son autorité spirituelle, la papauté devait, dans toute la chrétienté, prévaloir en toute chose sur le pouvoir des princes. Pendant un temps, l'empereur aida le pape à mater quelques révoltes mineures dans les Etats Pontificaux, comme le stipulait le traité de paix. Bientôt, toutefois, il commença à nouveau à menacer la paix en empiétant sur les libertés de l'Eglise en Sicile et en faisant la guerre en Lombardie. La liberté des villes lombardes était un fort et nécessaire rempart pour la sécurité des Etats pontificaux et il était tout à fait naturel que le pape utilise toute son influence pour protéger ces villes contre les desseins impériaux. Pris comme arbitre entre l'empereur et les cités lombardes, le pape avait en quelques occasions tranché en faveur de ces dernières. C'est pourquoi l'empereur décida désormais de se passer des services du pape comme médiateur et déclencha des hostilités ouvertes contre la Ligue Lombarde. Il remporta une victoire significative à Cortenuova le 27 novembre 1237. Pour préserver la Lombardie du joug despotique de l'empereur et pour protéger les Etats Pontificaux, le pape entra en alliance avec les Toscans, les Ombriens et les Lombards pour empêcher la progression impériale. Les victoires successives de l'empereur l'incitèrent à poursuivre l'action. Il déclara son intention d'unir à l'empire non seulement la Lombardie et la Toscane, mais aussi le patrimoine de Saint Pierre et pratiquement toute l'Italie. Le 12 mars 1239, le pape excommunia à nouveau l'empereur, et une autre lutte désastreuse entre l'empire et la papauté s'ensuivit. Dorénavant, le pape estimait que tant que Frédéric était empereur, il n'y avait aucune possibilité de paix entre l'empire et la papauté, et il ne laissa plus rien contredire cette disposition. Il ordonna de prêcher contre lui une croisade en Allemagne, donna l'ordre à son légat en Allemagne, Albert de Behaim, l'archidiacre de Passau, d'organiser sans délai l'élection d'un nouveau roi parmi les princes, et de mettre au ban tous ceux qui se rangeraient aux côtés de l'empereur excommunié. En dépit des anathèmes papaux beaucoup de princes et d'évêques demeurèrent fidèles à l'empereur qui, encouragé par ce large soutien, décida d'humilier le pape en se rendant lui-même maître des Etats Pontificaux. Dans sa grande détresse, le pape convoqua tous les évêques à un concile qui se tiendrait à Pâques, le 31 mars 1241. Mais l'empereur empêcha la réunion de ce concile en interdisant aux évêques de se rendre à Rome et en capturant ceux qui entreprirent ce voyage malgré son interdiction. Il marcha lui-même vers Rome à la tête d'une armée et installa son campement sous les murs de la ville, quand Grégoire IX mourut soudain, presque âgé de cent ans.

Les ordres mendiants, qui commençaient à perdre de leur grand ascendant sur l'Eglise Chrétienne dans la première moitié du treizième siècle, trouvèrent un ami dévoué et un chef généreux en la personne de Grégoire IX. En eux il vit un excellent moyen de réagir, par une pauvreté volontaire, contre l'amour du luxe et de la splendeur qui possédait de nombreux ecclésiastiques; une arme puissante pour réduire les hérésies entrées dans l'Eglise; et une armée de braves soldats du Christ, prêts à prêcher son Evangile aux païens, fût-ce au risque de leur vie. Alors qu'il était encore cardinal d'Ostie, Grégoire IX revêtait souvent la robe de Saint François, marchait pieds nus avec le saint et ses disciples, et parlait de choses saintes. Saint François l'aimait comme son père et, dans une parole prophétique s'adressait parfois à lui comme « l'évêque du monde entier et le père de toutes les nations ». Sur demande spéciale de Saint François, le pape Honorius III le nomma protecteur de l'ordre en 1220. Il fut aussi un ami dévoué de Saint Dominique et défendit les intérêts de son ordre de nombreuses façons. A la mort de Saint Dominique, il assura le service funéraire et enterra le saint à Bologne en 1221. Sainte Claire et son ordre se mirent eux aussi sous la protection de Grégoire IX, comme l'attestent les couvents qu'il fonda pour cet ordre à Rome, en Lombardie et en Toscane. Toutefois, malgré ses grandes libéralités envers les ordres mendiants, il ne négligea pas pour autant les ordres plus anciens. Le 28 juin 1227, il approuva les anciens privilèges des Camaldules; la même année il introduisit les Prémontrés à Livonia et Courland, et le 6 avril 1229, il dota les Carmélites de nouveaux statuts. Il assista financièrement et aussi d'autres manières Les cisterciens et les Chevaliers Teutoniques dans la christianisation de la Prusse et des pays voisins du Nord. Le 17 janvier 1235, il approuva l'Ordre de Notre-Dame des Secours pour la rédemption des captifs. Avec l'aide des ordres religieux il planifia la conversion de l'Asie et de l'Afrique et envoya des missionnaires de leurs rangs à Tunis, au Maroc, et en d'autres endroits, ou beaucoup souffrirent le martyre. Il fit aussi beaucoup pour alléger le dur sort fait aux chrétiens de Terre Sainte, et il aurait fait plus encore si ses plans pour recouvrer la Terre Sainte n'avaient pas été frustrés par l'indifférence de Frédéric II. Le calendrier des saints fut enrichi par Grégoire IX de quelques-uns des noms les plus populaires. Le 16 juillet 1228 il canonisa Saint François d'Assise, et le jour suivant il posa la première pierre de l'église et du monastère qui furent érigés en l'honneur du saint. Il prit part à la composition de l'office de Saint François et écrivit aussi quelques hymnes en son honneur. C'est aussi sur ses ordres que Thomas de Celano écrivit une biographie du saint (la dernière et meilleure édition étant celle d'Alençon, Rome, 1906). Le 30 mai 1232 il canonisa Saint Antoine de Padoue à Spolète; le 10 juin 1233 Saint Virgile, évêque de Salzbourg et apôtre de Carinthie; le 8 juillet 1234, Saint Dominique, à Rieti; le 27 mai 1235, Sainte Elisabeth de Thuringe à Pérouse.

Grégoire IX se montra sévère envers les hérétiques qui, à cette époque, étaient universellement considérés comme des traîtres et punis en conséquence. Sur la demande du roi Louis IX de France, il envoya le Cardinal Romanus comme légat pour assister le roi dans sa croisade contre les albigeois. Au synode que le légat pontifical convoqua à Toulouse en novembre 1229, il fut décrété que les hérétiques et leurs complices devaient être livrés aux nobles et aux magistrats qui se chargeraient de leur infliger un châtiment qui, en cas d'obstination, était généralement la mort. Quand, en 1224, Frédéric II ordonna que les hérétiques de Lombardie fussent brûlés vifs, Grégoire IX, qui était alors légat pontifical pour la Lombardie, approuva et publia le décret impérial. Durant son absence forcée de Rome (1228-1231) les hérétiques y demeurèrent impunis et devinrent très nombreux dans la ville. C'est pourquoi, en février 1231, le pape publia une loi pour Rome stipulant que les hérétiques condamnés par une cour ecclésiastique devaient être livrés au bras séculier afin de recevoir un juste châtiment. Ce juste châtiment était la mort par le feu pour les obstinés et l'emprisonnement à vie pour les pénitents. En application de cette loi, nombre de Patarini furent arrêtés à Rome en 1231, les obstinés furent brûlés sur le champ, et les pénitents furent emprisonnés dans les monastères bénédictins du Mont Cassin et de Cava (Ryccardus de S. Germano, ad annum 1231, in Mon. Germ. SS., XIX, 363). Il ne faut pas croire pour autant que Grégoire IX se comportât plus sévèrement avec les hérétiques que ne le firent les autres gouvernants. La mort par le feu était la sentence commune pour les hérétiques et les traîtres en ce temps-là. Jusqu'à l'époque de Grégoire IX, il revenait à la charge des évêques de traquer l'hérésie dans leurs diocèses. L'institution connue sous le nom d'Inquisition Monastique fut établie par Grégoire IX, qui dans ses bulles des 13,20 et 22 avril 1233, appointa les dominicains comme inquisiteurs officiels pour tous les diocèses de France. (Ripoil and Bremond, Bullarium Ordinia Fratrum Praedicatorum, Rome, 1729, I, 47)

Pendant un temps Grégoire IX vécut dans l'espoir de pouvoir réunir l'Eglise grecque à l'Eglise latine. Germanos, Patriarche de Constantinople, après une conversation sur les différences religieuses entre les Grecs et les Latins, qu'il avait eue avec des Franciscains à Nice en 1232, adressa une lettre à Grégoire IX, dans laquelle il reconnaissait la primauté papale, mais se plaignait des persécutions des Grecs par les Latins. Grégoire IX lui adressa une réponse cordiale et dépêcha quatre moines érudits (deux franciscains et deux dominicains) pour traiter de la réunion des Eglises avec le patriarche. Les messagers pontificaux furent chaleureusement reçus par l'empereur Vatatzes et par Germanos, mais les patriarches firent savoir qu'ils ne pouvaient faire aucune concession sur les questions de foi sans le consentement des patriarches de Jérusalem, Antioche et Alexandrie. Un synode des patriarches eut lieu à Nympha en Bithynie, auquel les envoyés du pape furent conviés. Mais les Grecs s'accrochèrent avec entêtement à leur doctrine sur la procession du Saint Esprit et affirmèrent que les Latins ne pouvaient valablement consacrer du pain non levé. Ainsi Grégoire IX échoua, comme bien d'autres papes avant lui et après lui, dans ses efforts pour réunir les deux Eglises. En 1237, le patriarche des monophysites syriens et nombre de ses évêques et moines renoncèrent à leur hérésie et se soumirent au pape (Raynaldus ad annum 1237, n. 87 sq.), mais leur conversion ne fut que temporaire.

Durant les treize ans et quatre mois de son pontificat, il fit environ quatorze cardinaux, dont la plupart étaient des membres d'ordres religieux. Les plus célèbres d'entre eux sont Sinibald de Fiesco, un érudit en droit canon, qui monta ensuite sur le trône pontifical sous le nom d'Innocent IV; Raynald de Segni, neveu de Grégoire IX, qui succéda à Innocent IV sous le nom d'Alexandre IV; Otton de Montferrat, qui passa plus de trois ans (1237-1240) comme légat pontifical en Angleterre; Jacob de Vitry, écrivain, confesseur de Sainte Marie d'Oignies dont il écrivit une biographie (Acta SS., Juin, IV, 636-66); Saint François Nonatus; et l'anglais pieux et érudit, Robert de Somercote qui, dit-on, aurait succédé à Grégoire IX sur le trône pontifical s'il n'était décédé durant le conclave (26 septembre 1241). Grégoire IX fut aussi un homme de savoir, qu'il encouragea de différents manières. Il octroya de nombreux privilèges à l'université de Paris, son Alma Mater, mais veilla aussi soigneusement sur ses professeurs, qu'il mit régulièrement en garde contre la tentation de soumettre la théologie à la philosophie, en essayant de fonder les vérités des mystères de la foi sur des preuves philosophiques. Il eut également le grand mérite de refaire de l'aristotélianisme la base de la philosophie scolastique, après que la physique d'Aristote eut été interdite en 1210 et sa métaphysique en 1215. L'interdit qui frappait Aristote ne valait que pour la mauvaise traduction latine de ses oeuvres et leurs commentaires averroestiques. Grégoire IX confia à Guillaume d'Auvergne ainsi qu'à d'autres érudits la tâche de purger les oeuvres d'Aristote de leurs erreurs et ainsi de les rendre à nouveau accessibles aux étudiants. Parmi les plus grandes réalisations de Grégoire IX, il faut compter la collection des décrétales papales, travail qu'il confia à Raymond de Pennaforte et qui fut achevé en 1234. Les nombreuses lettres de Grégoire IX furent d'abord collectées et publiées par Paemlius (Anvers, 1572). Rodenburg édita 485 lettres de Grégoire IX, choisies par Perts dans les registres pontificaux du treizième siècle, et les publia in Mon. Germ. Epist. Rom. Pontif. (Berlin, 1883), I, 261-728. Lucien Auvray commença (Paris, 1890) à éditer Les Registres de Gregoire IX, recueil des bulles de ce pape, publiées ou analysées d'après les manuscrits originaux du Vatican, dont le onzième fascicule parut en 1908.


Une vie de Grégoire IX, Vita Gregorii IX, fut écrite par un contemporain de Grégoire IX, peut-être JOANNES DE FERENTINO. Elle fut publiée par MURATORI in Rerum Italicorum Scriptores (Milan, 1728), III, i, 577-588. Concenant cette vie, voir MARX, Die Vita Gregorii IX quellenkritisch untersucht (Berlin, 1889). Les deux meilleurs références modernes sont: BALAN, Storia di Gregorio IX e dei suoi tempi, 3 vol. (Modène, 1872-3); FELTEN, Papsi Gregor IX. (Fribourg, 1886); voir aussi KOEHLER, VerhaltnissFriedrichs II zu den Papsien seiner Zeit (Breslau, 1888); HUILLARD-BREHOLLER, Historia diplomatica Frederici II, 12 vols. (Paris, 1852-61); BOEHMER-FICKER, Regesten des Kaiser-reiches (Innsbruck, 1879-81); WINKELMANN, Acta imperii inedita soec. XIII et XIV, 2 vols. (Innsbruck, 1880-85); PAGI, Breviarium Gestorum Pont. Rom. (Venise, 1730), III, 214-243.

MICHAEL OTT
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Avril 2004.