Honorius III (1216 - 1227)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Honorius III

(CENCIO SAVELLI)

Né à Rome, date de naissance inconnue; décédé à Rome le 18 mars 1227. Pendant un temps il fut chanoine de l'église de Sainte Marie Majeure, puis il devint chambellan papal et cardinal-diacre de Sainte Lucie en Sicile en 1193. Sous le pape Innocent III, il devint cardinal-prêtre des saints Jean et Paul et en 1197, tuteur du furtur empereur Frédéric II, qui avait été confié en tutelle à Innocent II par l'impératrice-veuve Constance. Le 18 juillet 1216, dix-neuf cardinaux s'assemblèrent à Pérouse (où Innocent venait de mourir deux jours plus tôt) dans le but d'élire un nouveau pape. L'état agité des affaires en Italie, l'attitude menaçante des Tatars, et la crainte d'un schisme poussèrent les cardinaux à s'entendre sur une élection de compromis. Les cardinaux Hugolin d'Ostie (qui deviendra plus tard Grégoire IX) et Gui de Praeneste furent chargés de choisir le nouveau pape. Leur choix tomba sur Cencio Savelli, qui accepta la tiare à contrecœur et prit le nom d'Honorius III. Il fut consacré à Pérouse le 24 juillet et couronné à Rome le 31 août, et prit possession du Latran le 3 septembre. Le peuple de Rome était transporté de joie à cette élection, car Honorius était lui-même romain, et par son extrême gentillesse ils avait gagné l'affection de tous les cœurs.

Quoique déjà avancé en âge, il eut un pontificat d'une activité trépidante. Comme son fameux prédécesseur Innocent III, il s'était mis en tête d'accomplir deux grandes choses: La reconquête de la Terre Sainte et la réforme spirituelle de toute l'Eglise; mais en parfait contraste avec lui, il poursuivait ces buts par la gentillesse et l'indulgence plutôt que par la force et la sévérité. Dès son accession au trône papal, il envoya des lettres aux ecclésiastiques et aux chefs temporels de l'Europe pour les encourager à continuer les préparatifs de la grande croisade qui, comme l'avait décidé le concile du Latran de 1215, devait être entreprise en 1217. en vue d'assurer les biens nécessaires à cette colossale entreprise, le pape et les cardinaux devaient contribuer pour le dixième de leurs revenus pendant trois ans, et tous les autres ecclésiastiques pour le vingtième. Les évêques, sous la supervision des légats papaux dans les différents pays, furent chargés de la collecte de ces contributions. Honorius III ordonna de prêcher la croisade dans toutes les églises de la chrétienté. Bien que l'argent alors collecté fût considérable, il était notoirement insuffisant pour la croisade générale telle que l'avait planifiée Honorius. De plus, en prêchant la croisade, on commit la grande erreur de rassembler le plus grand nombre possible de croisés, sans considérer leur aptitude à la guerre.

Le résultat fut que des impotents, de vieux hommes, de vieilles femmes, mais aussi des brigands et autres aventuriers composèrent une bonne partie des croisés. En bien des lieux l'inutilité de tels soldats ne fut pas perçue jusqu'à ce qu'ils dussent être transportés aux frais publics vers de lointains ports d'embarquement. La plupart des dirigeants d'Europe se trouvaient engagés dans des guerres domestiques et ne pouvaient se permettre de quitter leur pays. André II de Hongrie et, un peu plus tard une flotte de croisés de la région du Bas Rhin partirent finalement pour la Terre Sainte, prirent Damiette et quelques autres places en Egypte, mais le manque d'unité entre les chrétiens ainsi que la rivalité entre les chefs et le légat papal Pélage, peut-être aussi dans une certaine mesure l'incompétence de ce dernier, aboutirent à un échec.

Honorius III était conscient qu'un seul homme en Europe était à même de parachever la reconquête des lieux saints, et cet homme, c'était son ancien élève, Frédéric II d'Allemagne. Comme bien d'autres gouvernants, Frédéric II avait fait le serment d'embarquer pour la Terre Sainte en 1217. Aussi longtemps que son rival Otton IV était vivant, le pape ne le pressa pas d'accomplir son serment; quand toutefois son rival mourut, le 19 mai 1218, Honorius III insista pour qu'il embarque aussi vite que possible et Frédéric promit d'embarquer pour la Terre Sainte le 24 juin 1219. Il obtint alors la permission de différer son départ, à plusieurs reprises, d'abord jusqu'au 29 septembre 1219, puis succsessivement jusqu'au 21 mars 1220, 1er mai 1220, Août 1221, juin 1225 et finalement, lors de la rencontre du pape et de l'empereur à Saint Germain le 25 juillet 1225, jusuq'en août 1227. Il ne faut pas mettre au crédit de la seule faiblesse le fait qu'Honorius ait autorisé les reports l'un après l'autre.

Il savait que sans la coopération de l'empereur une croisade victorieuse était impossible et craignait qu'en usant de mesures contraignantes il n'entraînât une rupture complète avec l'empereur et n'en vînt ainsi à détruire définitivement toute possibilité de croisade. Pour la même raison il accorda à l'empereur de nombreuses choses que dans des circonstances normales il lui eût certainement refusées. Ainsi il approuva sans rechigner l'élection du fils de Frédéric comme roi des Romains, ce qui revenait pratiquement à unir l'empire et la Sicile en une seule personne; une union qui par sa nature même était dommageable à la papauté et à laquelle Honorius III avait toutes les raisons de s'opposer. Espérant hâter le départ de Frédéric pour la Terre Sainte, il le couronna empereur à Rome le 22 novembre 1220. Finalement, toutefois, voyant que son extrême indulgence n'était utilisée par l'empereur qu'à des fins égoïstes, il eut recours à des mesures plus sévères. L'accrochage de l'empereur au sujet des droits papaux de nomination des évêques en Apulie, et son attitude déloyale envers le roi Jean de Jérusalem, qu'Honorius III avait nommé gouverneur sur une partie du patrimoine pontifical, poussa la tension entre le pape et l'empereur à son paroxysme; mais la rupture entre l'empereur et la papauté n'eut pas lieu tant qu'Honorius III fut en vie.

Bien que la croisade générale planifiée par Honorius III n'eût jamais lieu, il mérita la gratitude du monde comme le grand pacificateur de son temps. Sachant que la croisade était impossible tant que les princes chrétiens seraient en guerre les uns contre les autres, il entama son pontificat en essayant de promouvoir la paix dans toute l'Europe. En Italie, on pouvait à peine trouver une ville ou une province en paix avec sa voisine. Rome elle-même se rebellait contre le gouvernement d'Honorius, si bien qu'en juin 1219, il jugea préférable de quitter la ville. Il se rendit d'abord à Rieti, puis à Viterbe, pour rentrer à Rome en septembre 1220, après que les Romains se fussent réconciliés avec lui suite à l'intervention de Frédéric II, alors en route pour Rome dans le but de s'y faire couronner empereur. Dans la guerre qui s'ensuivit entre les Conti et les Savelli, les Romains prirent le parti des Conti et le pape, étant de la famille des Savelli, fut à nouveau contraint de s'enfuir à Rieti en juin 1225. Il rentra à Rome en janvier 1226, après qu'Angelo di Benincasa, un ami d'Honorius, eut été élu sénateur de Rome. Par l'entremise de son légat Hugolin, (le futur Grégoire IX), Honorius obtint la réconciliation de Pise et de Gênes en 1217, de Milan et Crémone en 1218, Bologne et Pistoia en 1219, et par l'action de son notaire Pandulf il obtint le duché de Spolète comme territoire pontifical, et parvint à rétablir les droits pontificaux sur les villes d'Assise, Pérouse, Foligno, Nocera et Terni.

En Angleterre, l'autorité du pape était plus forte que jamais depuis que ce pays était devenu un fief du Siège Apostolique sous Innocent III. Le cruel roi Jean mourut le 16 octobre 1216, laissant son fils âgé de dix ans, Henry III, comme successeur. La cruauté et l'infidélité du roi Jean peut avoir justifié la révolte des barons anglais qui se rebellèrent contre lui et offrirent la couronne d'Angleterre à Louis, le fils du roi Philippe de France, mais il était maintenant de leur devoir de se montrer loyal envers le roi légal, Henry III. Honorius III ordonna à Gualo, son légat en Angleterre, de presser les barons récalcitrants de renoncer à leur allégeance naturelle et lui donna pouvoir d'excommunier tous ceux qui persisteraient dans leur adhésion à Louis de France. Le 19 janvier 1217, il écrivit à Guillaume, Seigneur de Pembroke, qui était le tuteur du jeune roi et régent d'Angleterre, de préparer la guerre contre le prince Louis et les barons anglais infidèles. C'est en raison des sévères mesures prises par le légat du pape contre les barons que la paix fut finalement restaurée et que Henry III fut reconnu comme roi incontesté d'Angleterre le 11 septembre 1217. Après la mort de Pembroke en mai 1219, la régence d'Angleterre se trouvait nominalement entre les mains des ministres du roi; en réalité, toutefois, l'Angleterre était régie par Honorius III à travers Pandulf, qui avait entretemps succédé à Gualo comme légat pontifical pour l'Angleterre. L'influence d'Honorius III continua à être décisive en Angleterre durant tout son pontificat, car Henry III était toujours dans sa minorité, et lui-même, ainsi que les barons, reconnurent le pape comme suzerain du royaume.

L'activité inlassable d'Honorius III pour les intérêts de la justice et de la paix fut ressentie dans toute la chrétienté. En Bohême, il sauvegarda les droits de l'Eglise contre les attaques du roi Ottocar, à travers son légat Gregorius de Crescentio en 1223. En Hongrie il protégea le roi André II contre son fils rebelle Bela IV en menaçant ce dernier d'excommunication. Au Danemark il obtint en 1224 la libération du roi Gaudemar de la captivité dans laquelle le retenait le comte Henry de Schwerin. En Suède il protégea les droits de l'Eglise contre les attaques du roi Jean et ordonna le célibat du clergé. Pour l'empire Latin d'Orient, il couronna Pierre de Courtenay empereur de Constantinople à Rome le 12 avril 1217, et protégea son successeur Robert et le roi Demetrius de Salonique contre Théodore Comnène. A Chypre il apaisa les querelles entre les grecs et les latins. En Espagne il obtint une paix durable entre le roi Ferdinand III et Alphonse IX de Léon, entreprit une croisade contre les Maures (1218-1219) et protégea Jaime, l'enfant-roi d'Aragon, des comtes Sancho et Fernando. Au Portugal il défendit l'archevêque Estevao Suarez contre le roi excommunié Alphonse II (1220-1223). En France il obtint du roi Louis VIII qu'il se lance dans la croisade contre les albigeois en 1226. Il assista aussi l'évêque Christian de Prusse dans la conversion des païens prussiens, et sur la suggestion de l'évêque il appela les provinces ecclésiastiques de Mayence, Magdebourg, Cologne, Salzbourg, Gnesen, Lund, Brême, Trèves et Camin en 1122 à préparer une croisade contre eux.

Honorius III fut aussi le patron bienveillant des deux grands ordres mendiants et leur accorda de nombreux privilèges. Il approuva la règle de Saint Dominique dans sa bulle Religiosam vitam, datée du 22 décembre 1216, et celle de Saint François dans sa bulle Solet annuere datée du 29 novembre 1223. Bien des autorités soutiennent qu'Honorius III avait octroyé à Saint François la fameuse indulgence portiuncula dès l'annnée 1216, d'autres soutiennent [Kirsch in Theologische Quartalschrift, LXXXVIII (Tubingen, 1906), fasc. 1 and 2] que cette indulgence est d'origine plus tardive et que l'indulgence qu'Honorius avait accordée à Saint François est fondamentalement différente de l'indulgence dite portiuncula. Le 30 janvier 1226, il approuva l'ordre des Carmélites dans sa bulle Ut vivendi normam. Il approuva aussi la congrégation religieuse Val des Ecoliers (Vallis scholarium) qui avait été fondée par quatre pieux professeurs de théologie de l'Université de Paris. La bulle d'approbation Exhibita nobis est datée du 7 mars 1219. La congrégation fut unie avec celle de Sainte Geneviève par Innocent X en 1646. Il est remarquable que quatre des six ou sept saints qui furent canonisés par Honorius III furent anglais ou irlandais. Le 17 mai 1218, il canonisa Guillaume, archevêque de Bourges (décédé en 1209); le 18 février 1220, Hugues, évêque de Lincoln (d.1200); le 21 janvier 1224, Guillaume, Abbé de Roschild au Danemark (d.1203); le 18 mars 1226, Guillaume, archevêque d'York (d.1154)

Il nomma aussi un comité pour enquêter sur les miracles prêtés à l'abbé cistercien, Saint Maurice de Carnoët (d.1191). Ce dernier ne fut jamais formellement canonisé, mais son culte remonte au pontificat d'Honorius III. Sa fête est célébrée par les cisterciens le 13 octobre. Honorius III canonisa aussi probablement St Raynerius, évêque de Forconium, aujourd'hui Aquila, en Italie (d.1077). Etant un homme de savoir, Honorius insista sur la formation du clergé pour lequel il exigea un enseignement approfondi, particulièrement en théologie. Dans le cas d'un certain Hugues que le chapître de Chartres avait élu évêque, il retira son approbation parce que l'évêque élu ne possédait pas la connaissance suffisante « quum pateretur in litteratura defectum » comme le pape le dit dans une lettre datée du 18 janvier 1219 (Horoy, loc. cit infra, III, 92). Il priva même un autre évêque de son office pour cause d'illettrisme (Raynaldus, ad annum 1221). Il accorda divers privilèges aux universités de Paris et de Bologne, qui étaient les plus grands sièges d'enseignement à cette époque. En vue de faciliter l'étude de la théologie dans les diocèses éloignés des grands centres d'enseignement, il ordonna, dans sa bulle Super specula domini que quelques jeunes gens talentueux fussent envoyés vers un centre reconnu d'enseignement de la théologie dans le but de l'enseigner ensuite dans leur propres diocèses.

Honorius III acquit quelque célébrité en tant qu'auteur. Ses lettres, dont beaucoup sont d'une grande valeur historique, et ses autres productions littéraires, furent collectées et éditées par Horoy in Medii aevi bibliotheca patristica, Iere serie (5 vols., Paris, 1879-83). Lorsqu'il était chambellan papal (d'où son appellation fréquemment trouvée de Cencius Camerarius) il compila le Liber censuum Romanae ecclesiae, peut être la plus intéressante source d'histoire de l'économie pontificale durant le Moyen-Age. Il comprend une liste des revenus du siège apostolique, un enregistrement des donations reçues, les privilèges accordés, et les contrats passés avec les cités et les gouvernants. Il fut commencé sous Clément III et complété en 1192 sous Célestin III. Muratori l'inséra dans ses Antiquitates Italicae medii aevi, V (Milan, 1739-43), 851-908. Une nouvelle édition fut préparée pour la Bibliothèque des écoles francaises d'Athènes et de Rome par Fabre et Duchesne, fasc. i (Paris, 1889), fasc. ii et iii (1902), fasc. Iv (1903). Le manuscrit original du Liber Censuum, qui existe toujours (Vaticanus, 8486) s'achève sur un catalogue des pontifes romains et des empereurs de Saint Pierre jusqu'à Célestin III en 1101. Il fut édité séparément par Weiland in Archiv der Gesellschaft fur altere deutsche Geschichtskunde, XII (Hanovre, 1874), 60-77. Honorius III écrivit aussi une vie de Célestin III (Horoy, loc. cit., I, 567-592); une vie de Grégoire VII (ibid., I, 568-586); un Ordo Romanus, qui est une sorte de cérémonial contenant les rites de l'Eglise en diverses circonstances (ibid., I, 35-94, et Mabillon, in Museum Italicum, II, 167-220); et 34 sermons (Horoy, I, 593-976). Sa collection de décrétales est connue sous le nom de Compilatio quinta.


PRESSUTI, Regesta Honorii III (2 vols., Rome, 1888-95); CLAUSEN, Papst Honorius III (Bonn, 1895). Le travail précédent n'est pas suffisamment critique: il a été corrigé et augmenté par KNEBEL, Kaiser Friedrich II. und Papst Honorius III. in ihren gegenseitigen Beziehungen von der Kaiserkronung Friedrichs bis zum Tode der Legaten des Papstes, 1220-27 (Munster, 1905); POKORNY, Die Wirksamkeit der Legaten des Papstes Honorius III. in Frankreich und Deutschland (Krems, 1886); MASETTI, I pontefici Onori III, Gregorio IX ed Innocenzo IV a fronte dell' imperatore Federico II (Rome, 1884); CAILLEMER, Le pape Honorius III et le droit civil (Lyon, 1881); VERNET, Etudes sur les sermons d'Honorius III, thèse (Lyon, 1888). Concernant ses relations avec l'Angleterre, voir GASQUET, Henry the Third and the Church (Londres, 1905), 27-107.

MICHAEL OTT
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Avril 2004.