Honorius IV (1285 - 1287)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Honorius IV

(GIACOMO SAVELLI)

Né à Rome vers 1210; décédé à Rome le 3 avril 1287. Il appartenait à la riche et influente famille des Savelli et était le petit-neveu d'Honorius III. On sait très peu de chose de sa vie avant son accession au trône pontifical. Il étudia à l'Université de Paris, période durant laquelle il tint une charge de chanoine à la cathédrale de Châlons-sur-Marne. Plus tard, il obtint le bénéfice de recteur de l'église de Berton, dans le diocèse de Norwich. En 1261 il fut nommé cardinal-diacre de Sainte Marie Cosmedin par Martin IV, qui le nomma également préfet de Toscane et capitaine de l'armée pontificale. Sur ordre de Clément IV, lui ainsi que trois autres cardinaux investirent Charles d'Anjou comme roi de Sicile à Rome le 28 juillet 1265. Il fut l'un des six cardinaux qui élurent Grégoire X par compromis à Viterbe le 1er septembre 1271. En 1274, il accompagna Grégorie X au quatorzième concile oecuménique qui se tint à Lyon et en juillet 1276, il fut l'un des trois cardinaux qu'Adrien V envoya à Viterbe avec pour instructions de traiter avec Rodolphe de Habsbourg de son couronnement impérial à Rome et de ses relations futures avec Charles d'Anjou, roi de Sicile. La mort d'Adrien V le mois suivant rendit stérile la négociation engagée avec Rodolphe. On ne sait rien de plus des actes du cardinal jusqu'à ce que, l'année suivante, il fût élu pape.

Martin IV mourut le 28 mars 1285 à Pérouse, et trois jours après sa mort quinze des dix-huit cardinaux qui composaient alors le Sacré Collège eurent une consultation préliminaire à la résidence épiscopale de Pérouse, et se réunirent le jour suivant, 2 avril 1285, pour l'élection du nouveau pape. L'élection eut lieu sans le conclave qui avait été prescrit par Grégoire X, mais suspendu par Jean XXI. Au premier tour de scrutin, Giacomo Savelli fut unanimement élu et prit le nom d'Honorius IV. Son élection fut une des plus rapides de l'histoire de la papauté. La raison de cette grande hâte peut se trouver dans les complications siciliennes, qui n'autorisaient pas d'inter-règne, et particulièrement dans le fait que les cardinaux souhaitaient éviter l'injustifiable interférence qui eut lieu dans l'élection du pape précédent, quand Charles d'Anjou poussa les habitants de Viterbe à emprisonner deux cousins du défunt Nicolas III, en vue de permettre l'élection d'un pape de nationalité française. Le 19 mai 1285, le nouveau pontife fut ordonné prêtre par le Cardinal Malabranca Orsini d'Ostie, et le jour suivant il fut consacré évêque et couronné pape dans la basilique Saint-Pierre à Rome. Honorius IV était déjà avancé en âge et si sévèrement atteint par la goutte qu'il ne pouvait ni se tenir debout, ni marcher. En disant la messe, il était obligé de s'asseoir sur un tabouret et lors de l'élévation, ses mains devaient être tractées par un artifice mécanique.

Les affaires siciliennes attirèrent tout de suite l'attention du pape. En renversant le pouvoir de Charles d'Anjou et en prenant Pierre III d'Aragon pour roi sans le consentement ni l'approbation du pape, les Siciliens avaient pratiquement dénié sa suzeraineté sur la Sicile. L'horrible massacre du 31 mars 1282, connu sous le nom de Vêpres Siciliennes, avait condamné toute possibilité de compréhension amicale de la part de Martin IV, un français qui devait sa tiare à Charles d'Anjou. Le pape Martin exigea la soumission inconditionnelle à Charles d'Anjou et au Siège Apostolique et, comme elle fut refusée, il mit au ban la Sicile et priva Pierre III du royaume d'Aragon,qu'il donna à Charles de Valois, le fils du roi Philippe III de France. De plus, il aida Charles d'Anjou dans ses efforts pour recouvrer la Sicile par les armes. Les Siciliens, non seulement repoussèrent les attaques de Charles d'Anjou, mais ils capturèrent encore son fils Charles de Salerne. Le 6 janvier 1285, Charles d'Anjou mourut, laissant son fils captif Charles de Salerne comme successeur naturel. Telle était la situation sicilienne lorsque Honorius IV monta sur le trône pontifical. Les Siciliens nourissaient l'espoir que le nouveau pontife adpoterait une attitude différente de celle de son prédécesseur sur la question sicilienne, mais leurs espoirs ne furent qu'en partie réalisés. Il était de fait moins impulsif et plus pacifiste que Martin IV, mais il ne renonça pas aux revendications de l'Eglise et de la maison d'Anjou surla couronne sicilienne. Il n'abrogea pas non plus la sévère punition ecclésiastique imposée à la Sicile ni ne restitua à Pierre III le royaume d'Aragon que Martin IV avait transféré à Charles de Valois. D'un autre côté, il n'approuva pas le gouvernement tyrannique dont les Siciliens avaient été les sujets sous Charles d'Anjou! Cela est rendu évident par la sage législation insérée dans sa bulle du 17 septembre 1285 (Constitutio super ordinatione regni Siciliae in Bullarium Romanum, Turin, IV, 70-80). Dans cette constitution, il enseigne que nul gouvernement ne peut prospérer s'il ne se fonde sur la justice et la paix, et il publie quarante-cinq ordonnances destinées principalement à protéger le peuple de Sicile contre son roi et ses officiels. En cas de violation d'aucune de ces ordonnances par le roi ou ses officiels, les gens ordinaires étaient libres de faire appel au Siège Apostolique pour obtenir réparation. Le roi, de plus, était tenu d'observer les ordonnances contenues dans cette constitution sous peine d'excommunication. Martin IV avait autorisé Philippe II de France à taxer les membres du clergé, et dans quelques diocèses d'Allemagne, un dixième de leurs revenus pendant quatre ans. L'argent ainsi collecté devait servir à financer une guere contre Pierre IV dans le but de conquérir l'Aragon pour Charles de Valois. Honorius IV approuva cette action de son prédécesseur. Quand Edouard Ier d'Angleterre lui demanda d'user de son influence pour mettre un terme à la guerre, il répondit que Pierre III méritait d'être châtié et que Philippe III ne saurait être empêché de récolter les fruits d'une guerre qu'il avait entreprise au service et sur demande de l'Eglise. La mort de Pierre Ier le 11 novembre 1285, changea quelque peu la donne en Sicile. Ses deux fils, Alphonse et Jacques lui succédèrent, le premier comme roi d'Aragon, le second comme roi de Sicile. Honoré IV, évidemment, ne reconnut ni l'un ni l'autre. Le 11 avril 1286, il excommunia solennellement le roi Jaques de Sicile et les évêques qui avaient pris part à son couronnement à Palerme le 2 février 1286; mais ni le roi ni les évêques concernés ne se soucièrent de l'excommunication. Le roi envoya même une flotte hostile sur la côte romaine et rasa par le feu la ville d'Astura. Charles de Salerne, le roi légal de Sicile, qui était toujours retenu captif par les Siciliens, se lassa finalement de sa longue captivité et signa un contrat le 27 février 1287, par lequel il renonçait à ses revendications sur le royaume de Sicile en faveur de Jacques d'Aragon et de ses héritiers. Honorius IV, toutefois, à qui l'on demanda d'approuver ce contrat, refusa d'entendre parler d'un acte aussi dénué de principe qui abandonnait les droits de l'Eglise et de la maison d'Anjou à des rebelles réfractaires. Il déclara le contrat invalide et interdit toute entente de ce genre pour l'avenir. Tandis qu'Honorius IV restait inflexible sur la question sicilienne et son roi auto-déclaré, ses relations avec Alphonse d'Aragon devinrent moins hostiles. Grâce aux efforts d'Edouard Ier d'Angleterre, des négociations de paix commencèrent entre Honorius IV et le roi Alphonse. Le pape, toutefois, ne vécut pas assez longtemps pour achever ces négocations, qui résultèrent finalement en un règlement amiable sur la question de l'Aragon comme sur celle de la Sicile.

Rome et les Etats de l'Eglise jouirent d'une période de tranquillité durant le pontificat d'Honorius IV, comme ils n'en avaient pas connu depuis bien longtemps. Il eut la satisfaction de réduire la puissance du plus grand et plus obstiné adversaire de l'autorité papale, le comte Guido de Montefeltro, qui depuis de nombreuses années avait résisté avec succès aux troupes pontificales. L'autorité du pape était maintenant reconnue à travers tout le territoire pontifical, qui comprenait l'exarchat de Ravenne, les Marches d'Ancône, le Duché de Spolète, le Comté de Bertinoro, les terres de Mathilde et le Pentapolis, c'est à dire les cités de Rimini, Pesaro, Fane, Sinigaglia et Ancône. Les Romains furent transportés de joie à l'élection d'Honorius IV, car il était citoyen de Rome et frère de Pandolphe, qui lors de l'été précédent avait été élu l'un des deux sénateurs annuels de Rome. Les troubles continuels que connut Rome durant le pontificat de Martin IV n'avaient pas permis au pape de résider à Rome, mais maintenant les Romains invitèrent cordialement Honorius IV à faire de Rome sa résidence permanente. Durant les quelques premiers mois de son pontificat il vécut au Vatican, mais à l'automne 1285 il déménagea pour le magnifique palais qu'il venait d'élever sur l'Aventin. Avec l'Italie du nord, Honoré eut peu de rapport au-delà du caractère purement ecclésiastique. Le 16 mars 1286 il leva l'interdit qui avait été imprudemment mis sur Venise par Martin IV parce que la cité avait refusé d'équiper une flotte au service de Charles d'Anjou dans sa guerre contre Pierre III d'Aragon. A Florence et Bergame, il obtint l'abolition de nouvelles lois qui étaient hostiles au clergé et à l'Eglise.

Les relations entre Honorius IV et le roi allemand Rodolphe de Habsbourg n'étaient pas très cordiales. Les négociations pour le couronnement impérial de Rodolphe, qui avaient commencé sous le pontificat d'Adrien V (1276) et continué sous celui de Nicolas III (1277-1280) furent totalement suspendues pendant le pontificat de Martin IV (1281-1285) qui avait peu d'affection pour les Allemands. Dès l'accession d'Honorius au trône pontifical, ces négocations reprirent et la fête de la Purification de la Bienheureuse Vierge Marie, le 2 février 1287, fut choisie comme le jour où Rodolphe devrait être couronné empereur en la Basilique Saint-Pierre de Rome. Le pape demanda aux prélats allemands de contribuer par une part de leurs revenus aux frais de son voyage à Rome. Il envoya même le cardinal Jean de Tusculum, le seul qui reçut la pourpre durant le pontificat d'Honorius, comme légat en Allemagne, en Suède, en Russie et les autres pays du nord pour hâter l'expédition italienne du roi, mais Rodolphe se trouvait en guerre contre le Comte Eberhard de Wurtemberg et d'autres dissenssions en Allemagne l'empêchèrent de prendre le départ. Le même légat présida le concile national de Wurtzbourg, qui commença ses travaux le 16 mars 1287. Les décrets que passa ce concile furent pratiquement les mêmes que ceux du concile de Lyon en 1274.

Les deux grands ordres mendiants qui exerçaient à cette époque une grande influence, à la fois comme pasteurs de la foi et comme professeurs dans les grands sièges d'enseignement d'Europe, reçurent de nombreux privilèges nouveaux de la part d'Honorius IV. Il approuva aussi les privilèges des Carmélites et des ermites augustiniens et permit aux premiers d'échanger leur habit rayé contre un habit blanc. Il voua une attention particulière aux Guillaumites, un ordre fondé par Saint Guillaume, duc d'Aquitaine (d.1156) et ajouta de nombreux privilèges à ceux qu'ils avaient déjà reçu d'Alexandre IV et Urbain IV. Outre qu'il leur octroya quelques abbayes bnénédictines désertées, il leur offrit le monastère de Saint-Paul à Albano, qu'il avait lui-même fondé et richement décoré alors qu'il était encore cardinal. Le 11 mars 1286, il condamna la secte des Apostoliques ou faux apôtres, qui avait été initiée par une certain Gérard Segarelli à Parme en 1260. A l'université de Paris, il recommanda la création d'une chaire de langues orientales en vue d'offrir à ceux qui se vouaient à la conversion des musulmans et à la réunion des églises schismatiques d'Orient l'opportunité d'étudier ces langues.


PROU, Les Registres d'Honorius IV, recueil des bulles de ce pape, publiées ou analysées d'après le manuscrit original des archives du Vatican (Paris, 1887-89); PAWLICKI, Papst Honorius IV., eine Monographie (Munster, 1896); REDLICH, Reges sta Imperii, Die Regesten des Kaiserreichs unter Rudolph, Adolph, Albrecht, Heinrich VII. 1273-1313 (Innsbruck, 1898).

MICHAEL OTT
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Avril 2004.