St Innocent Ier (401 - 417)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
St Innocent Ier

Date de naissance inconnue; décédé le 12 mars 417. Avant son élévation à la chaire de Pierre, on sait très peu de chose sur la vie de ce pape énergique, si zélé pour le bien de toute l'Eglise. Selon le Liber Pontificalis il était natif d'Albano; son père s'appelait Innocentius. Il grandit parmi le clergé Romain et au service de l'Eglise Romaine. Après la mort d'Anastase (Décembre 401) il fut élu évêque de Rome à l'unanimité par le clergé et le peuple. Peu de choses nous sont parvenues sur ses activités ecclésiastiques dans Rome. Néanmoins un ou deux exemples de son zèle pour la pureté de la foi catholique et pour la discipline de l'Eglise sont bien attestés. Il prit plusieurs églises de Rome aux Novatiens (Socrate, Hist. Eccl., VII, ii) et fit bannir de la ville le photinien Marcus. Un décret drastique, que l'empereur Honorius publia dans Rome (22 février 407) contre les Manichéens, les Montanistes et les Priscilllianistes (Codex Theodosianus, XVI, 5, 40) fut rédigé très probablement sans son concours. Par la munificence de Vestina, une riche matrone Romaine, Innocent fut à même de construire et décorer richement une église dédiée aux Ss. Gervais et Protase; ce fut l'antique Titulus Vestinae qui existe toujours sous le nom de San Vitale. Le siège et la prise de Rome par les Goths sous Alaric (408-410) survinrent durant son pontificat. Quand, à l'époque du premier siège, le chef barbare déclara qu'il ne se retirerait que si les Romains lui proposaient une paix qui lui fût favorable, une ambassade des Romains fut envoyée trouver Honorius à Ravenne, pour essayer si possible de faire la paix entre lui et les Goths. Le pape Innocent se joignit à cette ambassade. Mais toutes ses tentatives pour obtenir la paix furent vouées à l'échec. Les Goths recommencèrent alors le siège de Rome, si bien que le pape et les envoyés ne pouvaient rentrer dans la ville, qui fut prise et mise à sac en 410.

Depuis le début de son pontificat, Innocent agit souvent comme la tête de toute l'Eglise, à la fois d'Orient et d'Occident. Dans sa lettre à l'archevêque Anysius de Thessalonique, dans laquelle il informait ce dernier de son élection au siège de Rome, il confirma aussi les privilèges qui avaient été octroyés à l'archevêque par les papes précédents. Quand l'Illyrie Orientale tomba aux mains de l'Empire d'Orient (379), le pape Damase affirma et conserva les anciens droits de la papauté dans cette région, et son successeur Sirice octroya à l'archevêque de Thessalonique le privilège de confirmer et de consacrer les évêques d'Illyrie Orientale. Ces prérogatives furent renouvelées par Innocent (Ep.i) et par une lettre qu'il envoya ensuite (Ep. xiii, 17 Juin 412) le pape confiait l'administration des diocèses d'Illyrie Orientale à l'Archevêque Rufus de Thessalonique, comme représentant du Saint-Siège. De cette façon le vicariat papal d'Illyrie fut fondé sur une base saine, et les archevêques de Thessalonique devinrent vicaires pontificaux. Le 15 février 404, Innocent envoya un important décret à l'évêque Victricius de Rouen (Ep.ii) qui avait adressé au pape une liste de questions disciplinaires pour décision. Les points en question concernaient la consécration des évêques, l'admission dans les rangs du clergé, les controverses entre clercs, tandis que d'importantes questions (causae majores) devaient être transférées du tribunal épiscopal vers le Siège Apostolique, ainsi que les ordinations du clergé, le célibat, la réception des novatiens convertis ou des donatistes dans l'Eglise, les moines et les nonnes. En général, le pape indiquait la discipline de l'Eglise romaine comme étant la norme à suivre par les autres évêques. Innocent adressa un décret semblable aux évêques d'Espagne (Ep.iii) parmi lesquels des difficultés s'étaient fait jour, conernant en particulier les évêques priscillianistes. Le pape régla cette question et en même temps fixa d'autres questions de discipline ecclésiastique.

Des lettres semblables, de contenu disciplinaire, ou arrêtant des questions importantes, furent envoyées à l'évêque Exuperius de Toulouse (Ep.vi), aux évêques de Macédoine (Ep.xvii), à Decentius, évêque de Gubbio (Ep.xxv), à Félix, évêque de Nocera (Ep.xxxviii). Innocent adressa aussi des lettres plus brèves à plusieurs autres évêques, parmi lesquelles une lettre à deux évêques britanniques, Maximus et Severus, dans laquelle il arrêtait que les prêtres qui, tandis qu'il étaient prêtres, avaient eu des enfants, devraient être démis de leur sacerdoce (Ep.xxxix). Des émissaires furent envoyés par le synode de Carthage (404) à l'évêque de Rome ou à l'évêque de la ville où l'empereur résidait, en vue d'obtenir des mesures plus sévères contre les montanistes. Les envoyés vinrent à Rome, et le pape Innocent obtint de l'empereur Honorius un fort décret contre ces sectaires africains, décret grâce auquel bien des adhérents du montanisme furent amenés à se réconcilier avec l'Eglise. L'Orient chrétien sollicita aussi l'énergie de ce pape. St Jean Chrysostome, évêque de Constantinople, qui fut persécuté par l'impératrice Eudoxia et le patriarche alexandrin Théophile, se jeta sous la protection d'Innocent. Théophile avait déjà informé ce dernier de la déposition de Jean, suivant le synode illégal du Chêne (ad quercum). Mais le pape ne reconnut pas la sentence du synode, convoqua Théophile à un nouveau synode à Rome, consola le patriarche de Byzance en exil et écrivit une lettre au clergé et au peuple de Constantinople, dans laquelle il les admonestait vertement sur leur conduite envers leur évêque (Jean) et annonçait son intention de convoquer un synode général, où la question serait soumise et réglée. Thessalonique fut suggéré comme lieu pour cette assemblée. Le pape informa Honorius, Empereur d'Occident, de ces démarches, sur quoi ce dernier écrivit trois lettres à son frère l'Empereur d'Orient Arcadius, et demanda à Arcadius de convoquer les évêques d'Orient à un synode à Thessalonique, devant lequel le patriarche Théophile devait se présenter. Les messagers qui apportèrent ces lettres furent mal reçus, Arcadius étant tout à fait favorable à Théophile. En dépit des efforts du pape et de l'empereur d'Occident, le synode n'eut jamais lieu. Innocent resta en correspondance avec Jean dans son exil; quand, de son lieu de bannissement ce dernier le remercia pour sa bienveillante sollicitude, le pape répondit par une autre lettre de réconfort, que l'évêque en exil ne reçut que quelque temps avant sa mort (407) (Epp. xi,xii). Le pape ne reconnut pas Arsacius et Atticus, qui furent élevés au siège de Constantinople à la place de Jean, illégalement déposé.

Après la mort de Jean, Innocent désira que le nom du patriarche décédé fût restauré sur les dyptiques, mais ce n'est qu'après la mort de Théophile (412) qu'Atticus céda. Le pape obtint de beaucoup d'autres évêques d'Orient une reconnaissance similaire du tort fait à Saint Jean Chrysostome. Le schisme d'Antioche, datant des conflits Ariens, fut finalement réglé au temps d'Innocent. Alexandre, patriarche d'Antioche, réussit, vers 413-415, à gagner à sa cause les adhérents de l'ancien évêque Eustathius; il reçut aussi dans les rangs de son clergé les disciples de Paulinus qui s'étaient enfuis d'Italie. Innocent informa Alexandre de ces démarches, et comme Alexandre réhabilita le nom de Jean Chrysostome sur les dyptiques, le pape entra en communion avec le patriarche d'Antioche, et lui écrivit deux lettres, l'une au nom d'un synode Romain de vingt évêques italiens, et l'autre en son nom propre. (Epp.xix et xx). Acacius, évêque de Beraea, l'un des plus farouches opposants à Chrysostome, avait cherché à obtenir sa réintégration dans la communion avec l'Eglise de Rome par l'entremise d'Alexandre d'Antioche. Le pape l'informa, par Alexandre, des conditions sous lesquelles il pourrait revenir dans la communion de l'Eglise (Ep.xxi). Dans une lettre ultérieure, Innocent réglait plusieurs questions sur la discipline de l'Eglise (Ep.xxiv).

Le pape informa aussi l'évêque Macédonien Maximien et le prêtre Boniface, qui avaient intercédé auprès de lui pour la reconnaissance d'Atticus, Patriarche de Constantinople, des conditions de réintégration, qui étaient les mêmes que celles requises du patriarche d'Antioche mentionné plus haut (Epp.xxii et xxiii). Dans les controverses Origénistes et Pélagiennes, un diacre fut tué, et une partie des bâtiments fut brûlée. Jean, évêque de Jérusalem, qui était en mauvais termes avec Jérôme en raison de la controverse Origéniste, ne fit rien pour empêcher ces outrages. Par Aurelius, évêque de Carthage, Innocent envoya à Jérôme une lettre de condoléances, dans laquelle il l'informait qu'il emploierait toute l'influence du Saint-Siège pour réprimer de tels crimes; et si Jérôme donnait les noms des coupables, il donnerait suite à cette question. Le pape écrivit aussitôt une grave lettre d'exhortation à l'évêque de Jérusalem, lui reprochant de négliger son devoir pastoral. Le pape fut aussi contraint de prendre part à la controverse pélagienne. En 415, sur proposition d'Orosius, le Synode de Jérusalem amena devant le Saint-Siège la question de l'orthodoxie de Pélage. Le synode des évêques orientaux tenu à Diospolis (Déc.415) qui avait été trompé par Pélage au regard de son véritable enseignement, et qui l'avait acquitté, interrogea Innocent au sujet de l'hérétique. Sur le rapport d'Orosius concernant les attendus de Diospolis, les évêques Africains s'assemblèrent en synode à Carthage en 416 et confirmèrent la condamnation qui avait été prononcée en 411 contre Caelestius, qui partageait les vues de Pélage. Les évêques de Numidie les suivirent la même année au Synode de Mileve. Les deux synodes rapportèrent leurs travaux au pape et lui demandèrent de confirmer leurs décisions. Peu après cela, cinq évêques Africains, parmi lesquels St Augustin, écrivirent une lettre personnelle à Innocent concernant leur propre position sur la question du pélagianisme. Innocent, dans sa réponse, louait les évêques africains parce que, soucieux de l'autorité apostolique, ils en avaient appelé à la Chaire de Pierre; il rejeta les enseignements de Pélage et confirma les décisions arrêtées par les synodes Africains (Epp. xxvii-xxxiii). Les décisions du Synode de Diospolis furent rejetées par le pape. Pélage envoya alors à Innocent une profession de foi qui, cependant, ne parvint qu'à son successeur, car Innocent mourut avant que le document n'arrivât au Saint-Siège. Il fut enterré dans une basilique au-dessus de la catacombe de Pontien, et fut vénéré comme saint. Innocent fut un homme très énergique et très actif, et un gouverneur très talentueux, qui remplit admirablement les devoirs de sa charge.


Epistolae Pontificum Romanorum, ed. COUSTANT, I (Paris, 1721); JAFFÉ, Regesta Rom. Pont., I (2nd ed.), 44-49; Liber Pontificalis, ed. DUCHESNE, I, 220-224; LANGEN, Geschichte der römischen Kirche, I, 665-741; GRISAR, Geschichte Roms und der Päpste im Mittelalter, I, 59 sqq., 284 Sqq.; WITTIG, Studien zur Geschichte des Papstes Innocenz I. und der Papstwahlen des V. Jahrh. in Tübinger Theol. Quartalschrift (1 1902), 388-439; GEBHARDT, Die Bedeutung Innocenz I. für die Entwicklung der päpstlichen Gewalt (Leipzig, 1901).

J.P. KIRSCH.
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Mars 2000.