Innocent IV (1243 - 1254)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Innocent IV

(SINIBALDO DE FIESCHI)

Comte de Lavagna, né à Gênes, date inconnue; décédé à Naples le 7 décembre 1254. Il fut élevé à Parme et à Bologne. Pendant quelque temps il enseigna le droit canon à Bologne, puis il devint chanoine à Parme et en 1226 il est mentionné comme auditeur de la curie romaine. Le 23 septembre 1227, il fut fait cardinal-prêtre de Saint Laurent de Lucina; le 28 juillet 1228, vice-chancelier de Rome; et en 1235, évêque d'Albenga et légat en Italie du nord. Quand Célestin IV mourut après un court règne de seize jours, l'empereur excommunié, Frédéric II, qui s'était rendu maître des Etats pontificaux autour de Rome, tenta d'intimider les cardinaux afin d'obtenir l'élection d'un nouveau pape de son choix. Les cardinaux s'enfuirent à Anagni et et portèrent leurs voix sur Sinibaldo de Fieschi, qui monta sur le trône sous le nom d'Innocent IV, le 25 juin 1243, après un interrègne d'un an, 7 mois et 15 jours. Innocent II avait été autrefois un ami de Frédéric II. Aussitôt après l'élection, l'empereur envoya des messagers lui apporter ses félicitations et des ouvertures de paix. Le pape désirait la paix, mais il avait appris de l'expérience de Grégoire IX combien peu fiables étaient les promesses de l'empereur. Il refusa de recevoir les messagers de ce dernier, parce que, comme l'empereur lui-même, ils se trouvaient au ban de l'Eglise. Mais deux mois plus tard il envoya Pierre, archevêque de Rouen, Guillaume de Modène, qui avait démissionné de sa charge épiscopale, et l'abbé Guillaume de St Facundus comme légats à l'empereur à Melfi avec pour instructions de lui demander de libérer les prélats qu'il avait capturés alors qu'ils se rendaient au concile convoqué à Rome par Grégoire IX. Les légats furent de plus enjoints de demander quelles réparations l'empereur avait l'intention d'accorder à l'Eglise pour les blessures qu'il lui avait infligées, et qui étaient la cause de sa mise au ban par Grégoire IX. Si l'empereur venait à nier avoir quelque tort envers l'Eglise, ou allait même jusqu'à prétendre que les torts étaient du côté de l'Eglise, les légats devaient alors proposer que la décision soit laissée à un conseil de rois, de prélats et de souverains temporels. Frédéric parvint à un accord avec Innocent le 31 mars 1244. Il promit d'accéder aux demandes de la curie sur tous les points essentiels, à savoir la restitution des Etats de l'Eglise, la libération des prélats, et d'accorder l'amnistie à tous les alliés du pape. Sa duplicité devint évidente quand il fomenta secrètement divers troubles dans Rome et refusa de libérer les prélats emprisonnés. Se sentant lui-même entravé dans sa liberté d'action en raison de la prépondérance militaire de l'empereur, le pape décida de quitter l'Italie. Sur sa demande, les Gênois lui envoyèrent une flotte qui arriva à Civittavecchia pendant que le pape était à Sutri. Dès qu'il fut informé de son arrivée, il quitta Sutri sous un déguisement durant la nuit du 27 au 28 juin et se dépêcha de franchir les montagnes de Civittavecchia, puis de là partit pour Gênes. En octobre il se rendit en Bourgogne, et en décembre à Lyon, où il installa sa résidence pendant les six années qui suivirent. Il se lança aussitôt dans la préparation d'un concile général que, le 3 janvier 1245, il convoqua pour le 24 juin de la même année. Innocent n'avait rien à craindre en France et il put s'occuper de l'empereur avec une grande sévérité.

Au concile de Lyon, l'empereur fut représenté par Thaddeus de Suessa, qui offrait de nouvelles concessions si son maître était relevé du bannissement; mais Innocent les rejeta et, produisant de nouvelles accusations contre l'empereur durant la seconde session le 5 juillet, il le déposa solennellement lors de la troisième session, le 17 juillet. Il ordonnait maintenant aux princes allemands de procéder à l'élection d'un nouveau roi, et envoya Philippe de Ferrare comme légat en Allemagne pour obtenir l'élection d'Henry Raspe, Landgrave de Thuringe. Le candidat du pape fut élu le 22 mai 1246 à Vaitshochheim sur le Main. La plupart des princes, toutefois, s'étaient abstenus de voter, et il n'obtint jamais la reconnaissance générale. On peut en dire autant de l'incapable Guillaume de Hollande, que le parti du pape élut après la mort d'Henry Raspe le 17 février 1247. Mais Innocent IV était déterminé à détruire Frédéric II et répétait inlassablement que nul Hohenstaufen ne serait plus jamais empereur. Toutes les tentatives que fit Saint Louis pour obtenir la paix furent vaines. En 1249, le pape ordonna de prêcher une croisade contre Frédéric II, et après la mort de l'empereur (13 décembre 1250) il continua la lutte contre Conrad IV et Manfred avec une sévérité sans relâche. Le 19 avril 1251, Innocent IV se mit en route pour l'Italie, et entra dans Rome en octobre 1253. La couronne de Sicile revenait au Saint Siège depuis la déposition de Frédéric II. Innocent l'avait d'abord offerte à Richard de Cornouailles, frère de Henry III d'Angleterre. Comme il refusa, il esasya Charles d'Anjou, et Edmond, fils d'Henry III d'Angleterre. Mais après quelques négociations, ils refusèrent eux aussi, en raison de la difficulté qu'il y aurait à déloger Conrad IV et Manfred qui tenaient la Sicile par la force des armes. Après la mort de Conrad IV le 20 mai 1254, le pape reconnut finalement la revendication héréditaire de son fils de deux ans, Conradin. Manfred se soumit lui aussi, et Innocent fit son entrée solennelle dans Naples le 27 octobre 1254, mais Manfred se révolta bientôt et défit les troupes pontificales à Foggia (2 décembre 1254).

En Angleterre, Innocent IV fit sentir son pouvoir en protégeant Henry III contre les laïcs mais aussi contre la noblesse ecclésiastique. Mais ici comme dans d'autres pays, beaucoup de justes plaintes s'élevèrent contre lui en raison des taxes excessives qu'il avait imposées au peuple. En Autriche, il confirma Ottocar, le fils du roi Wenzel, comme duc, en 1252, et il officia comme médiateur entre lui et Béla, roi de Hongrie, en 1254. Au Portugal, il nomma Alphonse III comme administrateur du royaume parce que le peuple était dégoûté de l'immoralité et de la tyrannie de son père Sancho III. Il favorisa des missions en Prusse, en Russie, en Arménie et en Mongolie mais, en raison de la préoccupation continuelle que constituait sa guerre contre Frédéric II et ses successeurs, il négligea les affaires intérieures de l'Eglise et autorisa de nombreux abus, du moment qu'il étaient utiles à renforcer sa position contre les Hohenstaufen. Il approuva la règle des Sylvestrines le 27 juin 1247 et celle des Pauvres Clarisses le 9 août 1253. Les saints suivants furent canonisés par lui: Edmond Rich, archevêque de Canterbury, le 16 décembre 1246; Guillaume, évêque de Saint-Brieuc, en 1247; Pierre de Vérone, inquisiteur dominicain et martyr, en 1253; Stanislas, évêque de Cracovie la même année. Il est l'auteur de Apparatus in quinque libros decretalium, qui fut publié pour la première fois à Strasbourg en 1477, et réimprimé par la suite; il est considéré comme le meilleur commentateur des décrétales de Grégoire IX. Les registres d'Innocent IV furent édités par Elie Berger en quatre volumes (Paris , 1881-1898) et ses lettres, au nombre de 762, par Rodenberg in Mon. Germ. Epp. sæculi XIII, II (1887), 1-568.


Une courte biographie d'innocent IV fut rédigée par son médecin, NICOLAS DE CORBIA. Elle fut publiée par MURATORI, Rerum Italicarum Scriptores, III (Milan, 1723-51), 1, 589-593. Les sources modernes sont: DESLANDRES, Innocent IV et la chute des Hohenstaufen (Paris, 1908); WEBER, Der Kampf zwischen Papst Innocenz IV. und Kaiser Friedrich II. bis zur Flucht des Papstes nach Lyon (Berlin, 1900); FOLZ, Kaiser Friedrich II. und Papst Innocenz IV., ihr Kampf in den Jahren 1243-1245 (Leipzig, 1886); RODENBERG, Innocenz IV. und das Königreich Sicilien (Halle, 1892); MAUBACH, Die Kardinäle und ihre Politik um die Mitte des 13. Jahrhunderts (Bonn, 1902); ALDINGER, Die Neubesetzung der deutschen Bistümer unter Papst Innocenz IV. (Leipzig, 1900); HAUCK, Kirchengeschichte Deutschlands, IV (Leipzig, 1903), 808-851; BERGER, S. Louis et Innocent IV; étude sur les rapports de la France et du saint-siège (Paris, 1893); MASETTI, I pontefici Onorio III, Gregorio IX, ed Innocente IV a fronte dell' Imperatore Federico II (Rome, 1884); MICHAEL, Papst Innocenz IV. und Oesterreich in Zeitschrift für kath. Theologie, XIV (Innsbruck, 1890), 300-323; IDEM, Innocenz IV. und Konrad IV., ibidem, XVIII (1894), 457-472; GASQUET, Henry the Third and the Church (Londres, 1905), 205-353.

MICHAEL OTT
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Avril 2004.