Innocent VI (1352 - 1362)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Innocent VI

(ETIENNE AUBERT)

Né à Mont dans le diocèse de Limoges; élu en Avignon le 18 décembre 1352; décédé dans cette même ville le 12 septembre 1362. Il commença sa carrière comme professeur de droit civil à Toulouse où il s'éleva par la suite à la plus haute dignité judiciaire. Ayant embrassé l'état ecclésiastique, il devint successivement évêque de Noyon(1338), de Clermont(1340), cardinal-prêtre, cardinal-évêque d'Ostie et Grand Pénitentiaire(1352). Le conclave qui l'élut à la papauté est remarquable par le fait que ce fut la première élection conditionnelle attestée par les cardinaux présents, chacun d'eux s'engageant à partager, au cas où il serait élu, ses revenus et son pouvoir avec le collège des cardinaux. Aubert prit cet engagement, mais avec la restriction suivante: « Pour autant que cela n'est pas contraire à la loi de l'Eglise ». Quand le choix tomba sur lui, l'un de ses premiers actes pontificaux fut de déclarer le pacte nul et non avenu, parce qu'il contenait une limitation au pouvoir papal conféré par Dieu. Le nouveau pape donna également aussitôt des preuves de l'esprit authentiquement ecclésiastique qui allait animer sa politique. Peu après son couronnement, les nombreux ecclésiastiques qui s'étaient précipités à Avignon en vue d'y obtenir quelque faveur reçurent l'ordre péremptoire, sous peine d'excommunication, de regagner leurs résidences respectives. Quelques nominations à des bénéfices accordées par ses prédécesseurs furent annulées, les nombreuses réservations furent abolies et les pluralités désavouées. Le luxe fut banni de la cour pontificale et l'obligation de suivre cet exemple venant du pape fut imposé aux cardinaux. Aux auditeurs de la Rota, dont les services étaient gratuits, un revenu fixe fut alloué dans l'intérêt d'une administration plus impartiale de la justice. Comme le territoire des Etats Pontificaux avait été usurpé par de petits princes, Innocent VI envoya le cardinal Gil de Albornoz en Italie avec pouvoir illimité. Les succès sur le champ de bataille et l'habileté diplomatique permirent à ce légat de restaurer l'autorité pontificale dans les Etats de l'Eglise.

Le pape Innocent considérait favorablement le couronnement de l'empereur allemand Charles IV à Rome, mais dans le même temps il exigea de lui le serment qu'il quitterait Rome le jour même où la cérémonie aurait eu lieu. Charles fut couronné à Pâques 1355 par le Cardinal-Eveque d'Ostie et observa fidèlement sa promesse. L'année suivante il publia la célèbre « Bulle d'Or » contre laquelle le pape protesta parce qu'elle passait sous silence les prétentions pontificales au droit à confirmer les rois allemands et à administrer l'empire durant la vacance de son trône. Une objection fut aussi formée en 1359 à la résolution de l'empereur d'entreprendre une réforme du clergé allemand sans en référer au pape. Les plans de réforme de Charles, toutefois, reçurent par la suite l'approbation pontificale. Les dispositions de paix mutuelles empêchèrent tout conflit à caractère sérieux entre le pape et l'empereur. Innocent VI chercha à terminer la guerre entre la France et l'Angleterre, et finalement, grâce à son intervention, la paix de Brétigny fut signée en 1360. Pour protéger la résidence papale contre les bandes de francs-tireurs qui dévastaient alors la France, Innocent renforça les fortifications d'Avignon, mais avant que les travaux ne fussent achevés, il fut attaqué et contraint d'acheter sa liberté aux assaillants contre une énorme rançon. Il usa, mais avec peu de succès, des peines ecclésiastiques les plus sévères contre Pierre Ier de Castille (1350-1369), qui avait répudié et empoisonné sa femme et a bien mérité son surnom « Le Cruel ». Ses efforts pour restaurer la paix entre la Castille et l'Aragon furent vains, ainsi que ses plans d'une croisade pour la réunion de l'Eglise d'Orient avec Rome. Sur la demande de l'empereur Charles IV, il institua en 1354 pour l'Allemagne et la Bohême la fête de la Sainte Lance et des Saint Clous (Lanceae et Clavorum). Il renouvela les privilèges des ordres mendiants, alors en conflit avec Richard Fitzralph, archevêque d'Armagh. Bien qu'enclin au népotisme, il se classe parmi les meilleurs papes d'Avignon. Sa protection des arts et son intégrité morale sont généralement reconnues.


Pour ses bulles, consulter Bullarium Rom., ed. COCQUELINES, III. pt. II (Rome, 1741), 314-324; BALUZIUS, Vitae pap. Avenion., I (Paris, 1693), 321-62, 918-74, 1433-36; Liber Pontificalis, ed. DUCHESNE, II (Paris, 1892), 487, 491-93; MARTÈNE, Thesaurus novus anecdotarum, II (Paris, 1717), 843-1072. BÖHMER, Regesta imperii, VIII (Innsbruck, 1889), 782-93; DEPREZ, Innocent VI, lettres closes, patentes et curiales se rapportant à la France (Paris, 1909); BERLIÈRE, Suppliques d'Innocent VI in Anal. Vatic. belg., V (Namur, 19l0); CERRI, Innocenzo papa VI (Turin, 1873); WERUNSKY, Italienische Politik Papst Innocenz VI. und König Karl IV.(Vienne, 1878); DAUMET, Innocent VI et Blanche de Bourbon (Paris, 1899); MOLLAT, Innocent VI et les tentatives de paix entre la France et l'Angleterre (1353-55) in Rev. d'hist. ecclés., XI (1909), 729-43; PASTOR, Geschichte der Päpste, tr. ANTROBUS, I (Londres, 1891), 93-95; CREIGHTON, History of the Papacy, I (New York, 1901), 54-55; CHEVALIER, Bio-bibliog.

N.A. WEBER
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Septembre 2004.