Jean X (914 - 928)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Jean X

Né à Tossignano en Romanie; intronisé en 914; décédé à Rome en 928. Il fut d'abord diacre, puis devint archevêque de Ravenne vers 905, comme successeur de Kailo. Dans un document daté du 5 février 914, il apparaît encore comme archevêque. Peu après, grâce à l'influence de la noblesse dominant à Rome, il fut fait pape pour succéder à Lando. La vraie tête de cette faction aristocratique était la vieille Théodora, épouse du sénateur Theophylactus. Liutprand de Crémone (Antapodosis, II, ed. in Mon. Germ. Hist.: Script., II, 297) affirme que Théodora soutint l'élection de Jean en vue de mieux couvrir la relation illicite qu'elle entretenait avec lui. Cette thèse est toutefois généralement considérée comme pure calomnie. Liutprand écrivit son histoire quelque cinquante ans plus tard, et chargea constamment les Romains, qu'il détestait. A l'époque de l'élection de Jean, Théodora était avancée en âge, et elle est louée par d'autres écrivains (par.ex. Vulgarius). Jean était cousin de Théodora, et cela suffit à expliquer pourquoi elle contribua à son élection. Le nouveau pape fut un dirigeant actif et énergique, et s'attacha particulièrement à mettre un terme aux invasions Sarrasines. Il passa une alliance avec le prince Landolphe de Bénévent, Berengarius de Friuli, roi des Lombards, et d'autres dirigeants italiens et, quand Berengarius vint à Rome en 915, le pape le couronna empereur. Jean lui-même mena contre les Sarrasins une grande armée rassemblée par une alliance de princes Italiens. Les Sarrasins avaient bâti une forteresse sur la rivière Garigliano, mais en août 916, Jean les repoussa totalement jusqu'à l'embouchure de cette rivière.

Concernant l'administration ecclésiastique de ce pape, nous possédons de nombreux renseignements. Il envoya en Allemagne son ami Petrus, évêque d'Orte, qui tint en 916 un synode à Hohenaltheim (près de Noerdlingen) et établit une relation amicale avec le roi Conrad. Jean se préoccupa aussi personnellement des affaires de France, où le comte Heribert d'Aquitaine retint prisonnier le roi Charles, et exigeait l'élection de son fils de cinq ans, Hugues de Vermandois, comme archevêque de Reims. Jean confirma ce choix à contrecoeur après qu'Héribert eut promis de relâcher le roi. Il chercha ensuite à amener les Slaves et les Dalmatiens à entrer en relation plus étroite avec Rome, et lutta pour forcer l'archevêque de Spalato à adopter le latin comme langue liturgique. Ses efforts en vue de promouvoir une union plus intime entre les Bulgares et Rome furent contrariés par l'opposition du patriarche de Constantinople. Une autre opportunité surgit lorsque, plus tard, le patriarche byzantin, Nicolas Mystique, rechercha l'aide du pape. Le patriarche avait été déposé par un synode, parce qu'il ne voulait pas reconnaître le quatrième mariage de l'empereur Léon VI. Avant sa mort, toutefois, Léon réhabilita Nicolas dans sa charge, et le nouvel empereur (Alexandre) fut aussi de son côté. Mais nombre d'évêques s'opposaient encore au patriarche en raison de sa déposition par le précédent synode.Dans ces circonstances, Nicolas souhaita voir déclarer invalides les dispositions du premier synode par un second, et dans ce but il sollicita l'assitance de Jean. Mais Jean resta fidèle à la discipline de l'Eglise d'Occident, qui permettait même un quatrième mariage. Dans le même temps, il fut actif dans la vie politique d'Italie. Après le meurtre du roi Berengarius en 924, le pape soutint Hugues de Bourgogne et, quand ce dernier vint à Pise, Jean envoya son légat le rencontrer en vue de former une alliance. La faction romaine dominante n'apprécia pas cette mesure. De plus, parmi eux se trouvait Marozia, fille de Theophylactus et de Theodora. Après la mort de son premier mari, Albéric, Marozia avait épousé (926) Guido, le puissant Margrave de Toscane. L'alliance de Jean et de Hugues de Bourgogne lui sembla mettre en danger son influence dans Rome: Par suite, elle décida, avec l'aide de son mari, de déposer Jean. Petrus, préfet de Rome et frère du pape, fut assassiné en juin 928. Le pontife lui-même fut saisi et jeté en prison, où il mourut peu de temps après. Selon une rumeur rapportée par Liutprand, et donc peu digne de foi, il fut étouffé dans son lit. Frodoard de Reims affirme qu'il mourut d'angoisse. Il fut probablement enterré au palais du Latran, pour la restauration duquel il s'était montré particulièrement zélé.


Liber. Pontif., ed. DUCHESNE, II, 240-1; JAFFE, Regest. Rom. Pont., I (2e éd.), 449 sq.; LOEWENFELD in Neues Archiv, IX, 515; LIVERANI, Giovanni da Tossignano (Macerata, 1859); LANGEN, Gesch. der roem. Kirche, II, 319-28: DUEMMLER, Ges sch. des ostfrankischen Reiches, III (2nd ed.), 603 sqq.; REUMONT, Gesch. der Stadt Rom. II, 227 sqq.

J.P. KIRSCH
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Septembre 2003.