Jean XII (956 - 964)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Jean XII

Date de naissance inconnue; régna de 956 à 964. Le jeune Albéric, après la chute de sa mère, Marozia (932), devint le maître absolu de Rome. Avant sa mort, il fit passer un serment par la noblesse romaine réunie à Saint-Pierre (954), qu'à la prochaine vacance du siège pontifical son fils unique, Octavien, serait élu pape. Après la mort du pontife régnant, Agapet II, Octavien, alors âgé de dix-huit ans, fut effectivement choisi comme successeur le 16 décembre 955 et prit le nom de Jean. L'autorité temporelle et spirituelle de Rome était ainsi unie en une seule personne, un homme grossier et immoral dont la vie fut telle que l'on parlait du Latran comme d'un bordel, et la corruption morale dans Rome devint un sujet de conversation général. La guerre et la chasse étaient plus congénitales à ce pape que le gouvernement de l'Eglise. Il fut défait à la guerre par le duc Pandulf de Capoue, et dans le même temps les états pontificaux furent occupés par Berengarius, roi d'Italie, et son fils Adalbert. Dans ce dilemme le pape eut recours au roi allemand, Othon Ier, qui arriva alors en Italie à la tête d'une puissante armée. Berengarius, cependant, ne prit pas le risque de la rencontre, mais se retira dans ses châteaux-forts. Le 31 janvier 962, Othon arriva à Rome. Il fit le serment de reconnaitre Jean comme pape et chef de Rome, de ne promulguer aucun décret sans le consentement du pape, et, au cas où il cèderait son gouvernement de l'Italie à qui que ce soit, d'obtenir de cette personne le serment de défendre de toutes ses forces le pape et le patrimoine de Saint Pierre. Le pape de son côté jura de rester loyal envers Othon et de ne conclure aucune alliance avec Berengarius ni Adalbert. Le 2 février 962, Othon fut solennellement couronné empereur par le pape. Le douze, un synode romain eut lieu, aux termes duquel Jean, sur demande d'Othon, fonda l'archiépiscopat de Magdebourg et l'épiscopat de Morseburg, conféra le pallium aux archevêques de Salzbourg et de Trèves, et confirma la nomination de Rother comme évêque de Vérone. Le jour suivant, l'empereur publia un décret, le célèbre Diploma Othonianum, par lequel il confirme l'Eglise de Rome dans ses possessions, particulièrement celles qui avaient été octroyées par Pépin et Charlemagne, et affirme dans le même temps que dans l'avenir les papes seraient élus selon la règle canonique, bien que leur consécration ne pourrait avoir lieu qu'après que les promesses nécessaires eussent été faites à l'empereur et à ses ambassadeurs. L'authenticité du contenu de ce document très controversé est certaine, le document existant à ce jour fût-il une simple copie de l'original (Sickel, Das Privilegium Ottos I, für die römische Kirche, Innsbruck, 1883). Le 14 février, l'empereur marcha hors de Rome avec son armée pour terminer la guerre contre Berengarius et Adalbert. Le pape alors changea rapidement d'avis, tandis qu'Othon de son côté poussait l'autorité impériale à des limites excessives. Jean entama des négociations secrètes avec Adalbert, fils de Berengarius, et envoya des messagers munis de lettres à Constantinople et en Hongrie dans le but de les inciter à la guerre contre Othon. Ils furent cependant interceptés par les soldats impériaux, et l'empereur découvrit ainsi la duplicité du pape. Jean envoya alors une ambassade à Othon pour se faire pardonner et, en même temps, pour expliquer les griefs du pape, qui étaient que l'empereur avait reçu pour lui-même les serments d'allégeance de cités qui faisaient partie des états ecclésiastiques, qu'il avait reprises à Berengarius. Othon envoya une ambassade pour réfuter cette accusation. Dans le même temps, Adalbert se rendit à Rome en personne; et fut cérémonieusement reçu par le pape. La faction de la noblesse romaine qui avait sympathisé avec l'empereur entra alors en révolte contre Jean. Othon apparut pour la deuxième fois dans Rome le 2 novembre 963, tandis que Jean et Adalbert s'enfuirent pour Tivoli. Dans l'entourage de l'empereur se trouvait Liutprand, évêque de Crémone, qui décrit ainsi les événements comme témoin oculaire. Othon alors renouvela probablement et étendit l'accord établi auparavant, en obtenant de la noblesse l'engagement par serment de ne pas élire ni consacrer un pape sans le consentement de l'empereur.

Le 6 novembre, un synode composé de cinquante évêques italiens et allemands se réunit à Saint-Pierre; Jean fut accusé de sacrilège, simonie, parjure, meurtre, adultère et inceste, et fut sommé d'écrire pour se défendre. Refusant de reconnaître le synode, Jean prononça une sentence d'excommunication (ferendæ sententia) contre tous les participants de l'assemblée au cas où ils éliraient à sa place un autre pape. L'empereur vint alors lui-même accuser Jean d'avoir enfreint l'accord ratifié par serment, de l'avoir trahi, et d'avoir fait venir Adalbert. Avec le consentement impérial, le synode déposa Jean le 4 décembre et élut pour le remplacer le protoscriniarius Léon, encore laïc. Ce dernier reçut les ordres de façon non canonique, sans le respect des intervalles, et fut couronné pape sous le nom de Léon VIII. Cette procédure était contraire aux canons de l'Eglise, et l'intronisation de Léon fut presque universellement considérée comme invalide. Comme la plupart des troupes impériales quittaient alors Rome, Les partisans de Jean se dressèrent contre l'empereur, mais furent anéantis dans le sang le 3 janvier 964. Néanmoins, sur la demande de Léon, Othon libéra les centaines d'otages qu'il avait exigés, et sortit de Rome pour rencontrer Adalbert sur le champ de bataille. Une nouvelle insurrection éclata dans la ville contre le parti impérial. Léon VIII s'enfuit, tandis que Jean XII rentra à Rome et prit une sanglante revanche sur les chefs du parti opposé. Le cardinal-diacre Jean eut la main droite coupée, l'évêque Otgar de Speyer fut égorgé, un haut dignitaire du Palatin perdit le nez et les oreilles. Le 26 février 964, Jean tint un synode à Saint-Pierre dans lequel les décrets du synode du 6 novembre furent annulés; Léon VIII et tous ceux qui l'avaient élu furent excommuniés; son ordination fut déclarée invalide, et l'évêque Sico d'Ostie, qui l'avait consacré, fut privé pour toujours de toutes ses prérogatives. L'empereur, qui avait maintenant les mains libres après avoir vaincu Berengarius, se préparait à entrer de nouveau dans Rome, quand la mort du pape changea la situation. Jean mourut le 14 mai 964, huit jours après qu'il eut, selon la rumeur, été frappé de paralysie au cours d'un acte d'adultère. Liutprand relate qu'à cette occasion « le diable lui donna un coup sur la tempe, à la suite duquel il mourut ».


Liber Pontif., ed. DUCHESNE, II, 24609; JAFFÉ, Regesta Rom. Pont., I (2nd ed.), 463 sq.; LIUTPRAND, De rebus gestis Othonis, ed. DÜ 0;MMLER, Opp., 124-36; HERGENRÖTHER-KIRSCH, Kirchengesch., II (4th ed.), 201-7; LANGEN, Gesch. der römischen Kirche, II, 336-51; REUMONT, Gesch. der Stadt Rom, II, 237 sqq.; HEFELE, Konziliengesch., IV (2nd ed.,), 605 sqq.; DÜMMLER, Otto der Gross, V, 313 sqq.

J.P. KIRSCH
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Septembre 2003.