Jean XIX (1024 - 1032)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Jean XIX

Intronisé en 1024; décédé en 1032. Après la mort du dernier patricien de la maison de Crescentius, les comtes de Tusculum s'emparèrent du pouvoir à Rome: Un membre de cette famille fut élevé sur le trône pontifical sous le nom de Benoît VIII, tandis que son frère, Romanus, exerçait le pouvoir temporel dans la cité comme consul et sénateur. Après la mort de Benoît, Romanus, quoique laïc, fut élu pape entre le 12 avril et le 10 mai 1024, après quoi il reçut aussitôt les ordres, prit le nom de Jean, et chercha, par de somptueux cadeaux, à gagner les Romains à sa cause. Peu après son élévation, l'empereur byzantin Basile II envoya des ambassadeurs à Rome pour demander en son nom que le pape reconnaisse le titre de Patriarche Œcuménique, que les patriarches de Byzance avaient porté, sanctionnant ainsi la prééminence de ces derniers sur toutes les Eglises d'Orient. De riches présents apportés par les envoyés étaient destinés à circonvenir le pape, et de fait il ne sembla pas opposé à l'idée d'accéder à la requête de l'empereur. Bien que les négociations fussent tenues secrètes, l'affaire éclata en public et mit en ébullition les cercles épris de religion, et particulièrement les promoteurs des réformes ecclésiastiques d'Italie et de France. L'opinion publique contraignit le pape à refuser les demandes et les cadeaux byzantins, sur quoi le patriarche Eustache de Constantinople fit effacer le nom du pape des dyptiques de ses églises. Jean invita le célèbre musicien, Guido d'Arezzo, à visiter Rome et à exposer la notation musicale qu'il avait inventée. En Allemagne, après la mort d'Henry II (le 1er juillet 1024), Conrad le Salien fut élu roi et il fut invité par le pape ainsi que par l'archevêque Heribert de Milan, à se rendre en Italie. En 1026, il traversa les Alpes, reçut la couronne de fer de Lombardie, et se rendit à Rome où, le 27 mars 107, il fut couronné empereur. Deux rois, Rodolphe de Bourgogne et Canut du Danemark et d'Angleterre, prirent part à ce voyage à Rome.

Le 6 avril, un grand synode eut lieu à la basilique du Latran , où la dispute entre les patriarches d'Aquileia et de Gradi fut tranchée, sous l'influence de l'empereur, en faveur du premier. Poppon d'Aquileia devait être le seul patriarche, avec l'évêque de Grado placé sous sa juridiction. De plus, le patriarche d'Aquileia devait avoir la préséance sur tous les évêques italiens. Deux ans plus tard (1029), Jean XIX révoqua cette décision, et lors d'un nouveau synode restaura le patriarche de Grado dans tous ses anciens privilèges. Le roi Canut de Danemark et d'Angleterre obtint du pape la promesse que ses sujets anglais et danois ne seraient pas inquiétés par des droits de douane lorsqu'ils se rendraient à Rome, et que les archevêques de son royaume ne seraient pas si lourdement taxés pour l'obtention du pallium. Jean octroya à l'évêque de Silva Candida, près de Rome, le privilège spécial de dire la messe à Saint-Pierre certains jours. Une dispute concernant la préséance entre les archevêques de Milan et de Ravenne fut tranchée par le pape en faveur du premier. Il prit l'abbaye de Cluny sous sa protection et lui renouvela ses privilèges en dépit de la protestatin de Goslin, évêque de Mâcon; en même temps, il réprimanda l'abbé Odilon de Cluny pour avoir refusé le siège de Lyon. La fête de Saint Martial, réputé disciple des apôtres et fondateur de l'Eglise de Limoges, fut élevée par Jean au rang de fête d'un apôtre. Dans le cas de certains évêques français, le pape maintint les droits du Saint-Siège. Il semble avoir été le premier pape à octroyer une indulgence. Il mourut vers la fin de 1032, probablement le 6 novembre.


Liber Pontificalis, ed. DUCHESNE, II, 269; JAFFE, Regesta, I (2nd ed.), 514-9: WATTERICH, Vitae Rom. Pont., I, 70, 708-11; LANGEN, Gesch. der rom. Kirche, III, 418 sqq.: HEFELE, Conciliengesch., IV (2nd ed.), 683 sqq.; HERGENROETHER, Photius, III (Ratisbon, 1869), 729 sq.: HARTMANN in Mitteilungen des Instituts fuer oesterr. Gesch., XV (1894), 488: REUMONT, Gesch. der Stadt Rom.; GREGOROVIUS, Gesch. der Stadt Rom. Concernant tous les papes de Jean X à Jean XIX, cf. MANN, Lives of the Popes in the Early Middle Ages (Londres, 1902).

J.P. KIRSCH
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Septembre 2003.