Jean XXII (1316 - 1334)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Jean XXII

(JACQUES D'EUSE)

Né à Cahors en 1249; intronisé le 5 septembre 1316; décédé en Avignon le 4 décembre 1334. Il reçut sa première éducation chez les dominicains de sa ville natale, puis étudia le droit et la théologie à Montpellier et à Paris. Il enseigna ensuite le droit canon et le droit civil à Toulouse et Cahors, entra en relations étroites avec Charles II de Naples et, sur sa recommandation, fut nommé évêque de Fréjus en 1300. En 1309, il fut nommé chancelier de Charles II et en 1310 il fut transféré au siège d'Avignon. Il donna des points de vue légalistes pour la suppression des templiers mais il défendit aussi Boniface VIII et la bulle Unam Sanctam. Le 23 décembre 1312, Clément V le nomma cardinal-évêque de Porto. Après la mort de Clément V (20 avril 1314) le Saint Siège resta vacant pendant deux ans et trois mois et demi. Les cardinaux réunis à Carpentras pour élire un pape se trouvaient divisés en deux factions violemment opposées, et ne pouvaient parvenir à un accord. Le collège électoral se composait de huit cardianxu italiens, dix de Gascogne, trois de Provence et trois venant d'autres parties de la France. Après de nombreuses semaines passées en discussions stériles portant par exemple sur le lieu où le conclave devrait se tenir, l'assemblée électorale fut entièrement dissoute. Les efforts de plusieurs princes pour obtenir des cardinaux qu'ils procèdent à une élection restèrent sans effet: aucun parti ne voulait céder. Après son couronnement, Philippe V de France parvint finalement à réunir un conclave de vingt-trois cardinaux dans le monastère dominicain de Lyon, le 26 juin 1316 et, le 7 août, Jacques, cardinal-évêque de Porto, fut choisi comme pape. Après son couronnement à Lyon le 5 septembre sous le nom de Jean XXII, le pape partit pour Avignon, où il installa sa résidence.

Sa vaste correspondance montre que Jean XXII suivit de près les mouvements politiques et religieux de tous les pays, et chercha en toute occasion à faire avancer les intérêts de l'Eglise. Il ne fut pas non plus moins vigilant que ses prédécesseurs sur l'influence suprême de la papauté dans les questions politiques. Pour cette raison, il se trouva lui-même impliqué dans de sévères disputes qui occupèrent la plus grande partie de son pontificat. Il eut aussi à faire face à la grande difficulté de la controverse qui divisait les franciscains et que Clément V avait essayé en vain de résoudre. De nombreux franciscains, qui s'appelaient eux-mêmes « Spirituels » ou « Fraticelli », adhérents des vues les plus rigoureuses, refusèrent de se soumettre à cette décision du pape, et après la mort de Clément V et celle de Gonzalvez, Général des Minorités, ils se rebellèrent, particulièrement dans le sud de la France et en Italie, déclarant que le pape n'avait pas le pouvoir de les affranchir de leur règle, puisqu'elle n'était rien d'autre que celle des évangiles. Ils commencèrent alors à chasser les conventuels de leurs maisons, dont ils prirent posession, provoquant ainsi le scandale et de grands désordres. Le nouveau général, Michael de Cesena, fit appel à Jean qui, en 1317, ordonna aux frères réfractaires de se soumettre à leurs supérieurs et commanda une enquête sur la doctrine et les idées des Spirituels. Le 23 janvier 1318, bon nombre de leurs thèses furent déclarées erronées. Ceux qui refusèrent de se rétracter furent traités comme hérétiques: beaucoup furent brûlés sur le bûcher, et certains s'enfuirent en Sicile.

Ces troubles parmi les franciscains furent aggravés par la querelle sur la pauvreté évangélique, qui éclata parmi les conventuels eux-mêmes. Le chapitre général de Pérouse, à travers son général, Michael de Cesena, et d'autres érudits de l'ordre (parmi lesquels Guillaume Occam) défendirent l'opinion de Bérenger Talon, soutenant que le Christ et ses apôtres ne possédaient rien, ni individuellement ni en commun. En 1322, le pape Jean déclara cette proposition nulle et non avenue, et en 1323 dénonça comme hérétique l'affirmation que le Christ et les Apôtres ne possédaient rien, ni individuellement ni collectivement, et ne pouvaient même pas disposer légitimement de ce qu'ils détenaient pour leur usage personnel. Non seulement les Spirituels, mais aussi les adhérents de Michael de Cesena et Guillaume Occam, protestèrent contre ce décret, sur quoi le pape, en 1324, publia une nouvelle bulle confirmant sa première décision, rejetant toute objection à celle-ci, et déclarant hérétiques et ennemis de l'Eglise ceux qui s'opposaient à cette décision. Sommé de paraître à Avignon, Michael de Cesena obéit à la convocation mais refusa de céder et, quand il fut menacé d'emprisonnement, chercha le salut dans la fuite. Quittant Avignon le 25 mai 1328, et accompagné de Guillaume Occam et Bongratia de Bergame, il se mit sous la protection de Louis de Bavière.

La situation politique de l'Allemagne et de l'Italie poussa le pape à affirmer sur cette dernière des exigences politiques poussées, et de même concernant la couronne d'Allemagne, en vertu de l'union de cette dernière avec la charge impériale. Sur ces revendications, une violente querelle éclata entre le roi Louis de Bavière et le pape. Durant la vacance qui avait suivi la mort de Clément V, une dispute avait éclaté pour l'élection du trône germanique, Louis de Bavière ayant été couronné à Aix-La-Chapelle et Frédéric d'Autriche à Bonn (le 25 novembre 1314). Les électeurs des deux candidats écrivirent au futur pape pour obtenir la reconnaissance de leur choix et son couronnement impérial. Le jour de son couronnement (5 septembre 1315), Jean écrivit à Louis et à Frédéric ainsi qu'aux princes germaniques, les admonestant de régler leur querelle à l'amiable. Comme il n'y avait pas de roi allemand universellement reconnu, et que le pape n'avait donné sa préférence à aucun des deux candidats, nul ne pouvait espérer exercer l'autorité impériale. Néanmoins, en 1315, Louis nomma Jean de Belmont vicaire impérial pour l'Italie, et dans le même temps soutint Galeazzo Visconti de Milan, alors en opposition ouverte au pape. Ce dernier maintint (le 13 mars 1317) qu'en raison de la vacance de l'empire romain, toute juridiction impériale revenait au pape et, suivant l'exemple de son prédécesseur Clément V, il nomma le roi Robert de Sicile vicaire impérial pour l'Italie (juillet 1317). Le 28 septembre 1322, Louis de Bavière informa le pape qu'il avait vaincu son opposant, Frédéric d'Autriche, sur quoi Jean lui écrivit une lettre amicale.

Louis, toutefois, ne fit pas d'autre pas dans le sens d'une réconciliation avec le pape. Au contraire, il soutint dans son opposition aux légats pontificaux les excommuniés Visconti de Milan ainsi que les Gibelins, agit comme un empereur légitime et proclama, le 2 mars 1323, Berthold de Neiffen vicaire impérial pour l'Italie. Là-dessus, Jean, suivant les précédents de Grégoire VII et Innocent III, avertit Louis de Bavière que l'examen et l'approbation du roi allemand élu en vue de lui conférer la dignité impériale revenait au pape; qu'il devait s'abstenir d'exercer les droits royaux jusqu'à ce que la légitimité de son élection ait été établie; qu'il devait revenir sur toutes les décisions déjà prises, ne plus venir en aide aux ennemis de l'Eglise (et en particulier les Visconti de Milan, condamnés comme hérétiques) et se présenter devant le pape dans un délai de trois mois. Si Louis refusait de se soumettre à ces admonestations, il était menacé d'excommunication. L'attitude de Louis fut alors très équivoque. Il envoya au pape une ambassade, qui demanda et obtint un délai de deux mois avant d'apparaître devant le pape. Dans le même temps, il déclara, à Nuremberg le 16 novembre 1323, qu'il ne reconnaissait pas le rôle du pape ni sa prétention à un droit d'examen dans l'élection du roi allemand; il accusa aussi Jean de tolérer les hérétiques, et proposa la tenue d'un concile général pour juger de son attitude. Durant ce répit, allongé sur sa propre demande, Louis ne fit aucun pas vers la réconciliation et, le 23 mars 1324, Jean prononça contre le roi une sentence d'excommunication. De son côté, ce dernier publia à Sachsenhausen, le 22 mai 1324, un appel dans lequel il accusait le pape d'inimitié envers l'empire, d'hérésie et de protection des hérétiques, et appelait à un concile général contre la décision de Jean. Une brèche ouverte existait dès lors, dont les conséquences furent désastreuses. Louis persécuta les quelques cardinaux allemands qui reconnurent la bulle papale, sur quoi Jean, le 11 juillet 1324, déclara nuls tous ses droits à la reconnaissance impériale. Le pape ratifia ensuite le traité signé entre le duc Léopold d'Autriche et le roi de France Charles Ier, dans lequel ce dernier promettait d'aider le premier à obtenir le titre de roi d'Allemagne, puis d'empereur de Rome. Toutefois, comme Léopold mourut le 28 février 1326 et que Louis de Bavière et Frédéric d'Autriche se réconcilièrent, le pouvoir du roi en Allemagne se trouva fermement établi.

Le querelle entre Jean XXII et Louis de Bavière sucscita une vigoureuse querelle épistolaire concernant les relations de l'Eglise et de l'Etat. Louis avait le soutien des Franciscains Spirituels, à savoir Ubertino da Casale, Michael de Cesena, Guilaume Occam, Bonagratia de Bergame et bien d'autres dont les idées extrémistes sur la question de la pauvreté religieuse avait été condamnées par le pape; ainsi que par deux théologiens de l'université de Paris, Marsilius de Papoue et Jean de Gentian, co-auteurs du célèbre « Defensor Paces », qui fut écrit dans l'intention de prouver que le seul moyen de maintenir la paix est de réaliser la complète subordination de la puissance ecclésiastique à celle de l'Etat. Niant la primauté du pape, les auteurs affirmaient que seul l'empereur pouvait autoriser les ecclésiastiques à exercer la juridiction criminelle, que tous les biens temporels de l'Eglise appartenaient à l'empereur, etc... D'autres théologiens (par exemple Henry de Kelheim, pronvincial des Ordres mineurs, Ulrich Hanganoer, secrétaire privé du roi, l'abbé Englebert d'Admont, Lupold de Bebenburg, par la suite évêque de Bamberg, et Guillaume Occam, bien que moins extrêmes dans leurs vues que les auteurs du « Defensor Paces », exaltaient volontiers la puissance impériale au-dessus de la puissance papale. Ce fut malheureux pour le roi indécis et inexpérimenté en matière de théologie, de tomber entre les mains de tels conseillers. Le « Defensor Paces» fut anathémisé par une bulle papale le 23 octobre 1327 et quelques-unes de ses thèses furent condamnées comme hérétiques par l'université de Paris. Beaucoup de théologiens, dans leurs écrits, défendirent la hiérarchie ecclésiastique et la primauté du pape, parmi eux l'augustinien Alexandre a Sancto Elpidio, qui sera par la suite archevêque de Ravenne, le mineur Alvrius Pelagius, l'augustinien Augustin Triumphus d'Ancone, et Conrad de Megenberg. De leur côté, toutefois, les défenseurs poussèrent trop loin leurs propos, quelques-uns d'entre eux allant même jusqu'à faire du pape le maître absolu du monde.

Quand Louis de Bavière vit son pouvoir fermement établi en Allemagne, il se mit en marche pour l'Italie au début de 1327, quand, en février, avec les chefs des Gibelins italiens, il tint un congrès à Trente. En mars, il traversa Bergame en chemin pour Milan. Le 3 avril Jean XXII déclara Louis défait de tous ses droits à la couronne allemande, ainsi qu'à tous les fiefs tenus de l'Eglise ou de souverains précédents, et finalement au duché de Bavière. De plus, il somma Louis d'apparaître devant le Saint Siège dans les six mois, et l'accusa d'hérésie pour avoir défendu une doctrine que la tête de l'Eglise avait répudiée, et pour avoir sous sa protection des hérétiques, Marsilius et Jean de Gentian. Louis ne prêta pas attention à cette bulle, qui ne faisait qu'aggraver son opposition au pape. A Milan il reçut (le 30 mai) la couronne de Lombardie des mains de deux évêques déposés, et nomma arbitrairement plusieurs nouveaux évêques. Le pape, de son côté, nomma des évêques aux sièges devenus vacants dans l'empire, et continua à pourvoir les divers postes de prélats devenus vacants, si bien qu'un shcisme ouvert existait désormais. En 1328, Louis se mit en route pour Rome, où les guelfes avaient été renversés avec leur sénateur, le roi Robert de Naples. Le 17 janvier 1328, le roi allemand excommunié reçut à Rome la couronne impériale des mains de Sciarra Colonna qui, le 18 avril, après un simulacre de procès, et au nom de Louis de Bavière, proclama le pape Jean XXII hérétique, usurpateur et oppresseur de l'Eglise, et le déclarait privé de toute dignité papale. Une effigie du pape fut publiquement brûlée dans Rome et, le 12 mai le Spirituel Franciscain Pietro Rainalducci de Corbario fut proclamé anti-pape par Louis, prenant lors de sa consécration, le 22 mai, le nom de Nicolas V.

Mais Louis s'était lui-même rendu si exécrable aux yeux de toute l'Italie, en raison de ses levées de taxes, que la position de l'anti-pape était intenable. Beaucoup de villes et de chefs gibelins se réconcilièrent avec le pape, et finalement Pietro de Corbario lui-même écrivit à Jean, demandant le pardon et l'absolution. A Avignon le 25 août 1330, il reconnut publiquement sa faute en présence du pape et des cardinaux, sur quoi celui-là lui donna l'absolution et le baiser de paix. Néanmoins, Pietro ne fut pas autorisé à quitter la ville, où il passa les trois dernières années de sa vie en pénitence volontaire et en étude. Graduellement, toute l'Italie revint dans l'obéissance au pape légitime. Ce dernier, pendant ce temps, avait renouvelé sa sentence contre Louis de Bavière et proclamé en Italie une croisade contre lui (1328). Dans le même temps il ordonna aux princes allemands de procéder à une nouvelle élection, et excommunia Michael de Cesena, Guillaume Occam et Bonagratia. Les affidés de Louis en Lombardie se dérobèrent bientôt, et il rentra en Allemagne au début de 1330. Là aussi, le peuple était lassé du long conflit et désirait la paix, si bien que Louis fut obligé de faire des pas en direction d'une réconciliation avec le pape. En mai 1330, il entra en négociation avec Avignon par la médiation de l'archevêque Baudoin de Trèves, le roi Jean de Bohême et le duc Otton d'Autriche. Le pape exigea de Louis la renonciation à toutes ses prétentions au titre d'empereur. Louis, à cette occasion, refusa de négocier sur ce point, mais plus tard (1333) il émit le souhait de discuter le projet de son abdication. La question , toutefois, fut alors reportée. Il n'est pas vraiment établi que Jean XXII ait alors séparé l'Italie de l'empire, car l'authenticité le la bulle « Ne praetereat » n'est pas certaine.

Dans les dernières années du pontificat de Jean, il s'éleva un conflit dogmatique au sujet de la vision béatifique, qui fut porté devant lui, et dont ses ennemis s'étaient servi pour le discréditer. Avant son élévation au Saint Siège, il avait écrit un ouvrage sur cette question, dans lequel il affirmait que les âmes des bienheureux défunts ne verraient pas Dieu avant le Jugement Dernier. Une fois devenu pape, il avança le même enseignement dans ses sermons. Sur ce point il rencontra une forte opposition, beaucoup de théologiens qui adhéraient à l'opinion que les bienheureux défunts voient Dieu avant la résurrection de la chair et le Jugement Dernier allant même jusqu'à qualifier d'hérétique l'opinion du Saint Père. Une grande agitation secoua l'université de Paris quand le Général des Ordres mineurs et un dominicain tentèrent d'y promouvoir l'opinion du pape. Le Pape Jean écrivit au roi Philippe IV sur la question (novembre 1333) et insista sur le fait que, tant que le Saint Siège n'avait pas rendu sa décision, les théologiens étaient parfaitement libres sur cette question. En décembre 1333, les théologiens réunis à Paris, après une consultation sur la question, tranchèrent en faveur de l'idée que les âmes des des bienheureux défunts voient Dieu immédiatement après leur mort ou leur complète purification; dans le même temps ils soulignèrent que le pape n'avait pas rendu de décision sur cette question. Jean nomma une commission en Avignon pour étudier les écrits des Pères, et pour discuter plus avant cette question. Dans un consistoire tenu le 3 janvier 1334, le pape déclara explicitement qu'il n'avait jamais voulu rien enseigner qui fût contraire aux Saintes Ecritures ou à la règle de la foi et qu'en fait il n'avait pas voulu rendre de décision sur cette question. Avant sa mort, il renia sa première opinion, et déclara sa croyance à ce que les âmes séparées de leur corps jouissaient de la vision béatifique au sein du paradis.

Les Spirituels, toujours étroitement liés à Louis de Bavière, profitèrent de ces événements pour accuser le pape d'hérésie, avec le soutien du cardinal Napoleon Orsini. En accord avec ce dernier, le roi Louis écrivit aux cardinaux, leur demandant d'appeler à un concile général et de condamner le pape. L'incident, toutefois, fut sans conséquence. Avec une énergie infatigable, et par d'innombrbles documents, Jean suivit de près toutes les questions ecclésiastiques ou politico-ecclésiastiques de son temps, bien qu'on ne remarque pas de grandeur particulière dans ses écrits. Il donna des conseils salutaires aux souverains régnants, particulièrement aux rois de France et de Naples, régla les disputes entre souverains et tenta de restaurer la paix en Angleterre. Il augmenta le nombre de sièges en France et en Espagne, se montra généreux envers de nombreux étudiants et collèges, fonda une nouvelle bibliothèque en Avignon, encouragea les beaux-arts, et expédia et entretint généreusement des missionnaires en extrême-orient. Il fit examiner les travaux de Petrus Olivi et Maitre Eckhardt, et condamna le premier tandis qu'il fit censurer des passages du second. Il publia les Clémentines comme collection officielle du Corpus Juris Canonici, et il fut l'auteur de nombreuses décrétales (Extravagantes Johannis XXII in Corp. Jur. Can.). Il agrandit et réorganisa partiellement la Curie Papale et fut particulièrement actif dans la gestion des finances ecclésiastiques.

Les revenus courants de la papauté s'accrurent très peu, en raison des désordres en Italie, particulièrement dans les Etats Pontificaux, suite au départ de la papauté de son siège historique de Rome. De plus, depuis la fin du treizième siècle le Collège des Cardinaux avait joui de la moitié des importants revenus des royaumes tributaires, le servitia communia des évêques, ainsi que d'autres sources de revenus moins importants. Le pape Jean, d'un autre côté, avait grand besoin d'argent, non seulement pour l'entretien de sa cour, mais surtout pour les guerres en Italie. Depuis le treizième siècle, le trésor pontifical avait extrait des bénéfices mineurs, alors confiés directement au pape, une petite taxe, appelée annata. En 1319, Jean XXII se réserva tous les bénéfices mineurs vacants dans les Eglises d'Occident pour les trois années à venir, et de cette façon collecta sur chacun d'eux lesdites annates, aussi souvent qu'elles étaient conférées par le pape. De plus, bien des bénéfices étrangers étaient déjà canoniquement dans le don papal, et les annates qu'ils engendraient étaient régulièrement versés au trésor papal. Jean fit aussi un usage fréquent du droit connu sous le nom de jus spolii, ou droit de butin, qui lui permettait dans certaines circonstances de verser les biens d'un évêque décédé au trésor papal. Il obtint un secours supplémentaire en exigeant des subsides spéciaux de la part de différents archevêques et de leurs suffragants. La France, en particulier, lui fournissait la plus grande part de ses besoins financiers. La réservation extensive des bénéfices ecclésiastiques fut destinée à exercer une influence préjudiciable sur la vie ecclésiastique. L'administration centralisée prit un caractère hautement bureaucratique, et le point de vue purement légal était trop souvent mis en avant. Les mesures financières du pape, toutefois, furent très efficaces à cette époque, bien qu'à la fin elles suscitèrent des résistances et des rancoeurs de plus en plus vives. En dépit des grandes dépenses de son pontificat, Jean laissa un trésor de 800.000 florins d'or – et non 5 millions comme le rapportent certains chroniqueurs.

Jean XXII mourut le 4 décembre 1334, dans la quatre-vingt-cinquième année de son âge. Il fut un homme d'un caractère sérieux, vêtu de façon simple et austère, très cultivé, énergique et tenace. Mais il s'accrocha de façon trop rigide aux traditions canonico-légales, et centralisa beaucoup trop l'adminsitration de l'Eglise. Ses mesures financières, appliquées plus rigoureusement que celles de ses prédécesseurs, rendirent la curie d'Avignon généralement détestée. On considéra que le transfert de la papauté de Rome à Avignon avait été fait au profit de la France, impression qui était renforcée par la prépondérance des cardinaux français, et par le long conflit avec Louis de Bavière. De cette façon s'éleva une méfiance assez largement répandue contre la papauté, qui ne pouvait manquer d'avoir des conséquences négatives sur la vie interne de l'Eglise.


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J.P. KIRSCH
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Septembre 2004.