Jules III (1550 - 1555)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Jules III

(GIAMMARIA CIOCCHI DEL MONTE).

Naquit à Rome le 10 septembre 1487 et y mourut le 23 mars 1555. Il était le fils d'un célèbre juriste romain, il étudia la jurisprudence à Pérouse et à Sienne, et la théologie sous la direction du Dominicain Ambrosius Catharinus. En 1512, il succéda à son oncle Antonio del Monte comme archevêque de Siponto (Manfredonia) et en 1520 comme évêque de Pavie, conservant néanmoins l'administration de Siponto. Plus tard, il devint vice-légat de Pérouse, et sous Clément VII, fut nommé deux fois préfet de Rome. Après le sac de Rome (1527), il fut l'un des otages livrés par Clément VII aux impérialistes, et aurait été tué par les Landsknechte impériaux dans le Campo di Fiori s'il n'avait été secrètement libéré par le cardinal Pompio Colonna; En 1534, il devint légat de Bologne, de Romanie, de Parme et de Plaisance. Le pape Paul III le fit cardinal-prêtre des saints Vitalis, Gervais et Protasius le 22 décembre 1536, et l'éleva à la dignité de cardinal-évêque avec le diocèse de Palestrina le 5 octobre 1543. Dès 1542, il avait été chargé des travaux préparatoires du Concile de Trente, et dans un consistoire tenu le 6 février 1545, il fut nommé premier président du Concile. C'est dans ce rôle qu'il ouvrit le Concile à Trente le 13 décembre avec une courte prière (cf. Ehses, Concilium Tridentinum, IV, Fribourg im Br., 1904, p. 516). Au Concile, il représentait les intérêts du pape contre Charles Quint, avec qui il se trouva en conflit en diverses occasions, particulièrement quand, le 26 mars 1547, il transféra le concile à Bologne.

Après la mort de Paul III le 10 novembre 1549, les quarante-huit cardinaux présents à Rome entrèrent en conclave le 29 novembre. Ils se divisaient en trois factions: les Impériaux, les Français et les adhérents de Farnèse. Les amis de Farnèse s'unirent avec le parti impérial et proposèrent comme candidats Reginald Pole et Juan de Tolède. Le parti français les rejeta tous les deux et, quoiqu'en minorité, fut assez puissant pour empêcher leur élection. Les adhérents de Farnèse et les Français aboutirent finalement à un compromis et s'entendirent sur la personne du Cardinal del Monte, qui fut valablement élu le 7 février 1550, après un conclave de dix semaines, bien que l'empereur l'eût expressément exclu de sa liste de candidats. Le nouveau pape prit le nom de Jules III. Tenant les promesses faites en conclave, Jules restitua Parme à Ottavio Farnese quelques jours après son accession. Mais, quand Farnèse fit appel à la France pour l'aider contre l'empereur, Jules fit lui-même alliance avec l'Empereur et déclara Farnèse déchu de son fief et envoya des troupes sous le commandement de son neveu Giambattista del Monte pour coopérer avec le Duc Gonzague de Milan à la prise de Parme. Dans une bulle datée du 13 novembre 1550, Jules rapatria le concile de Bologne à Trente, et ordonna la reprise des sessions pour le 1er mai 1551, mais il fut contraint de le suspendre à nouveau le 15 avril 1552, parce que les évêques français ne voulurent pas y prendre part, et que, pour échapper à ses ennemis, l'Empereur dut s'enfuir d'Innsbruck. Le succès des armes françaises en Italie du nord obligea aussi Jules, le 29 avril 1552, à passer un traité avec la France, dans lequel il était stipulé que Farnèse devait rester en possession de Parme pendant deux ans.

Découragé par l'échec de son alliance avec Charles Quint, le pape s'abstint ensuite d'interférer dans les affaires politiques d'Italie. Il se retira dans son luxueux palais, la Villa Giulia, qu'il avait érigé à la Porta del Popolo. Il passa là le plus clair de son temps dans l'aisance et le confort, faisant occasionnellement un faible effort de réforme de l'Eglise en instituant quelques commissions de cardinaux sur des sujets de réforme. Il fut un soutien actif du nouvel ordre des Jésuites et, sur l'insistance de saint Ignace, publia la bulle de création du Collegium Germanicum le 31 août 1552, et lui octroya une subvention annuelle. Durant son pontificat, la religion catholique fut temporairement restaurée en Angleterre par la Reine Marie, qui succéda à Edouard VI sur le trône en 1553. Jules envoya le cardinal Reginald Pole comme légat en Angleterre avec des pouvoirs étendus à sa discrétion pour promouvoir les intérêts de la restauration catholique. En février 1555, une ambassade fut envoyée à Jules III par le Parlement anglais pour l'informer de sa soumission sans réserve à la suprématie pontificale, mais l'ambassade était encore sur son trajet lorsque le pape mourut. Peu de temps avant sa mort, Jules III envoya le cardinal Morone représenter les intérêts catholiques à la Paix Religieuse d'Augsbourg. Au début de son pontificat, Jules III avait le désir sincère de mener à bien la réforme de l'Eglise, et dans cette intention il rouvrit le Concile de Trente. Si le concile fut de nouveau suspendu, ce n'est que sous le poids des circonstances. Son inactivité durant les trois dernières années de son pontificat peut avoir été causée par les fréquentes et sévères attaques de goutte auxquelles il était sujet. La grande faute de son pontificat fut le népotisme. Peu après son accession, il conféra la pourpre à son vaurien de favori, Innocenzo del Monte, un jeune homme de dix-sept ans qu'il avait recueilli dans les rues de Parme quelques années plus tôt, et qui avait été adopté par le frère du pape, Balduino. Cet acte donna cours à de très désagréables rumeurs concernant la relation du pape avec Innocenzo. Jules fut aussi terriblement extravagant dans l'octroi des dignités ecclésiastiques et des bénéfices aux membres de sa famille.

 


MASSARELLI, De Pontificatu Julii II diarium, édité par DÖLLINGER in Ungedruckte Berichte und Tagebücher zur Gesch. des Konzils von Trient, I, i (Nördlingen, 1876), 259-326; PASTOR, Gesch. der Päpste se eit dem Ausgang des Mittelalters, V (Fribourg, 1909), passim; DE LAVA, La Guerra di Papa Giulio III contra Ottavio Farnese in Rivista storica Italiana (Turin, 1884), 632 sq.; IDEM, L'elezione de Papa Giulio III, ibid., 32 sq.; CIACONIUS, Vitœ et res gestœ Pontificum Romanorum et S. R. E. Cardinalium, III (Rome, 1677), 741-98; CARDELLA, Memorie storiche de' cardinali della s. romana chiesa, IV (Rome, 1792), 397-401; RANKE, Die römischen Päpste (Leipzig, 1889), 177 sq., tr. FOSTER, History of the Popes, I (Londres, 1906), 206-11.

MICHAEL OTT
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, décembre 2015.