Léon XII (1823 - 1829)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Léon XII

(ANNIBALE FRANCESCO CLEMENTE MELCHIORE GIROLAMO NICOLA DELLA GENGA)

Né au Château della Genga dans le territoire de Spolète, le 22 août 1760; décédé à Rome le 10 février 1829. Sa famille paternelle avait été anoblie par Léon XI en 1605; sa mère était Maria Luisa Periberti de Fabriano. Ils avaient une grande famille, sept fils et trois filles, dont Annibale était le cinquième fils et le sixième enfant. A l'âge de treize ans, il fut envoyé au Collège Campana d'Osimo, d'où il fut transféré, en 1778, au Collegio Piceno à Rome et peu de temps après, à l'Accademia dei Nobili Ecclesiastici. Il fut ordonné sous-diacre quatre ans plus tard, et diacre en 1783. Deux mois plus tard, il fut ordonné prêtre, une dispense étant obtenue pour l'insuffisance d'âge, puisqu'il n'avait que vingt-trois ans. Cétait une personne élégante aux manières prévenantes et, peu après son ordination, il attira l'attention de Pie VII qui visitait l'Académie, et fut élevé par lui à la prélature de cameriere segreto. En 1790, il fut choisi pour faire l'oraison funèbre de l'empereur Joseph II dans la chapelle Sixtine et il s'acquitta de cette tâche dans l'admiration de ses auditeurs, sans offenser la sensibilité des Autrichiens ni compromettre l'autorité du Saint Siège. En 1792, il devint chanoine de l'Eglise du Vatican, et l'année suivante, fut consacré archevêque titulaire de Tyre et envoyé come nonce à Lucerne. De là, il fut transféré à la nonciature de Cologne en 1794, un poste qu'il occupa avec beaucoup de succès pendant onze ans. En 1795, il fut accrédité comme nonce extraordinaire à la Diète de Ratisbonne par Pie VII, en vue de régler les différents opposant l'Eglise d'Allemagne et ses dirigeants prussiens. Retournant à Rome pour débattre de ces sujets avec Consalvi, il apprit que Napoléon souhaitait la nomination d'un autre nonce, plus dévoué à ses intérêts, en la personne de Bernier, évêque d'Orléans. Pie VII, toutefois, fut ferme et Della Genga retourna à Munich. En 1798 il se rendit avec le cardinal Caprara à Paris dans le but de régler certains problèmes entre le Saint Siège et Napoléon Ier. Il fut reçu, toutefois, mais froidement, et les négociations aboutirent rapidement à une impasse. Della Genga retourna à Rome, où il assista aux outrages infligés à Pie VII par les Français. Il s'en retourna, consterné, à l'abbaye de Monticelli, qui lui avait été octroyée in commendam à vie par le pape Pie VI. Là, il enseigna à sa chorale de paysans à jouer de l'orgue et chanter le plain-chant.

S'attendant à finir ses jours dans son abbaye, il y fit construire la tombe de sa mère et la sienne. Mais, en 1814, avec la chute de Napoléon, Pie VII rentra à Rome et Mgr Della Genga fut envoyé à Paris comme légat extraordinaire pour transmettre les félicitations du pape au Roi Louis XVIII. Consalvi, toutefois, qui était accrédité auprès de tous les souverains présents à Paris, prit avec ressentiment cette mission, qu'il considéra comme un affront. Louis XVIII tenta d'arrondir les angles, mais le puissant Secrétaire d'Etat eut le dessus et Della Genga retourna à Rome, puis se retira de nouveau à Monticelli. Il y resta deux ans, quand Pie VII le fit Cardinal de Santa Maria in Trastevere et le nomma évêque de Sinigaglia. Mais sa santé fragile nécessitait qu'il réside à l'air sain de Spolète, et il ne gagna jamais son diocèse, dont il démissionna deux ans plus tard. En 1820, sa santé s'étant améliorée, il fut fait Vicaire de Rome, archiprêtre de la Basilique Libérienne et préfet de plusieurs congrégations. Trois ans plus tard, le 20 août, Pie VII mourut et, le 2 septembre, le conclave s'ouvrit au Quirinal. Il dura vingt-six jours. Au début, les candidats les plus en vue étaient le Cardinal Severoli, représentant des Zelanti, et le Cardinal Castiglioni (qui deviendra plus tard Pie VIII), représentant du parti modéré. Castiglioni était le candidat le plus désiré par les grandes puissances catholiques mais, en dépit de leurs souhaits, l'influence de Severoli grandissait de jour en jour et, au matin du 21 septembre, il avait reçu jusqu'à vingt-six suffrages. Comme cela signifiait qu'il allait probablement être élu au prochain tour de scrutin, le Cardinal Albani, qui représentait l'Autriche au conclave, informa ses collègues que l'élection de Severoli serait inacceptable pour l'empereur, et pononça un veto formel. Les Zelanti étaient furieux mais, sur la suggestion de Severoli, ils transférèrent leur soutien à Della Genga et, avant que les puissances ne réalisent ce qui arrivait, ils l'élurent par trente-quatre voix au matin du 28 septembre. Au départ, le pape élu refusa d'accepter la charge. Dans les larmes, il rappela aux cardinaux la faiblesse de sa santé. "Vous élisez un homme mort", dit-il, mais quand ils insistèrent en lui disant qu'il était de son devoir d'accepter, il céda et, assurant le Cardinal Castiglioni qu'un jour il allait devenir Pie VIII, il annonça sa propre intention de prendre le nom de Léon XII.

Aussitôt après son élection, il nomma Della Somaglia, un octogénaire, Secrétaire d'Etat, un acte significatif de la politique du nouveau règne. Léon fut couronné le 5 octobre. Ses premières mesures furent quelques tentatives infructueuses de réprimer le brigandage et la licence qui prévalaient dans la Maritime et la Campanie, et la publication d'une ordonnance qui confinait à nouveau dans leurs ghettos les Juifs qui s'étaient installés dans la ville durant la période révolutionnaire; Ces mesures sont typiques du caractère et de la politique de Léon XII. Il y a quelque chose de pathétique dans le contraste entre son intelligence et l'énergie magistrale qu'il déployait à diriger l'Eglise, et l'inefficacité de sa politique comme dirigeant des Etats Pontificaux. Face au nouvel ordre politique et social, il entreprit de défendre les anciennes coutumes et les institutions établies; il ne percevait pas clairement les espoirs et les visions de ceux qui étaient alors les pionniers d'une plus grande liberté devenue inévitable. De sévères tentatives furent menées pour purifier la Curie et contrôler la foule d'officiels vénaux et inefficaces qui composaient son personnel. L'indifférentisme et le prosélytisme Protestant du moment furent combattus; la dévotion du monde catholique fut appréciée au jubilé de 1825, malgré l'opposition de prélats et de souverains timides et réactionnaires; la persécution des catholiques au Pays-Bas fut combattue et vaincue, et le mouvement d'émancipation des catholiques des Iles Britanniques fut dirigé et encouragé jusqu'à l'obtention du succès. Le mécontement populaire contre le gouvernement des Etats Pontificaux fut traité avec sévérité par le Cardinal Rivarola.

La cause légitimiste en France et en Espagne, quoique marquée dans ces deux pays par le mauvais usage de la religion, prise comme instrument de réaction politique, fut soutenue, même quand (comme lors de la suppression des écoles jésuites en France et la vacance des sièges mexicains en raison des revendications de l'Espagne sur ses anciennes colonies) les représentants de cette cause se montrèrent indifférents voire opposés aux intérêts de la Foi. Consalvi était consulté et admiré par le pape qui, dans ce cas comme dans celui du conseiller Cristaldi, se montra trop magnanime en laissant les doléances prévaloir sur l'appréciation des mérites, mais la mort du cardinal en 1824 priva le Saint Siège de la sagesse de son conseil. Le Collegio Romano fut replacé sous l'autorité des Jésuites; les Francs-Maçons et autres sociétés secrètes furenrt condamnés en 1825; les presses du Vatican furent restaurées et la Bibliothèque du Vatican fut enrichie; des intellectuels comme Zurla, Martucci et Champollion furent encouragés; beaucoup d'actions furent menées pour la reconstruction de l'Eglise Saint-Paul et la restauration de la bienséance du culte. Mais la santé de Léon était trop fragile pour supporter son infatigable dévotion aux affaires de l'Eglise. Ainsi, en décembre 1823, il faillit mourir et n'en réchappa que par miracle, par les prières du vénérable évêque de Maritima, Vincenzo Strambi, qui offrit sa vie à Dieu en échange de celle du pape. Le 5 février 1829, après une audience privée avec le cardinal Bernetti, qui avait remplacé Somaglia comme Secrétaire d'Etat en 1828, il tomba subitement malade, semlbant alors savoir que sa fin était proche. Le 8, il demanda et reçut le viatique et l'extrême-onction. Le soir du 9, il tomba dans le coma, et le matin du 10, il mourut. Il avait un noble caractère, une passion pour l'ordre et l'efficacité, mais il manquait de vision intérieure et de compassion pour les développements temporels de son époque. Son gouvernement fut impopulaire dans Rome et dans les Etats Pontificaux et, par plusieurs mesures de son règne, il diminua lourdement les chances de ses successeurs de résoudre les nouveaux problèmes auxquels ils auraient à faire face.


ARTAUD DE MONTOR, Histoire du Pape Léon XII (Paris, 1843); CHATEAUBRIAND, Mémoires d'outre-tombe, II (Bruxelles, 1892), 149-202; XXXVIII, 50-83; WISEMAN, Recollections of the Last Four Popes (Londres, 1858), 209-352. Non-Catholique: BENRATH in HERZOG AND HAUCK, Real-encyclopädie, XI (Leipzig, 1902) ), 390-393; NIELSEN, History of the Papacy in the XIXth Century, II (Londres, 1906), 1-30.

LESLIE A. ST. L. TOKE.
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, décembre 2015.