Léon III (795 - 816)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Léon III

Date de naissance inconnue; décédé en 816. Il fut élu le jour même où son prédécesseur fut enterré (26 décembre 795) et consacré le lendemain. Il est très possible que cette hâte ait été due au désir des Romains de prévenir toute interférence des Francs contre leur liberté d'élection. Léon était romain, fils d'Atyuppius et Elizabeth. Au moment de son élection, il était cardinal-prêtre de Sainte-Suzanne et, semble-t-il, également vestiarius, ou directeur du trésor pontifical, ou garde-robe. Avec la lettre informant Charlemagne qu'il avait été unanimement élu pape, Léon lui envoya les clefs de la confession de Saint-Pierre, ainsi que l'étendard de la cité. Il fit cela pour montrer qu'il considérait le roi des Francs comme le protecteur du Saint Siège. En retour, il reçut de Charlemagne des lettres de félicitations et une grande partie du trésor que le roi avait pris aux Avares. L'acquisition de cette richesse fut l'une des causes qui permirent à Léon III d'être un si grand bienfaiteur des églises et des institutions charitables de Rome.

Poussés par la jalousie ou l'ambition, ou par des sentiments de haine et de vengeance, certains proches d'Adrien Ier montèrent un complot pour empêcher Léon d'exercer sa fonction sacrée. A l'occasion de la procession des grandes litanies (25 avril 799), alors que le pape était en chemin vers la porte Flaminienne, il fut soudain attaqué par un corps d'hommes en armes. Il fut renversé à terre, et on tenta de lui arracher la langue et de lui percer les yeux. Après l'avoir laissé en sang dans la rue, les malfaiteurs l'emmenèrent de nuit au monastère St-Erasme. Là, d'une façon qui semble miraculeuse, il recouvra le plein usage de sa langue et de ses yeux. S'échappant du monastère, il se rendit lui-même auprès de Charlemagne, escorté par de nombreux Romains. Il fut reçu à Paderborn par le roi des Francs avec les plus grands honneurs, bien que ses ennemis l'eussent copieusement chargé d'accusations diverses aux oreilles du roi. Après un séjour de quelques mois en Allemagne, le monarque Franc le fit escorter pour son retour à Rome, où il fut accueilli par toute la population dans des démonstrations de joie, aussi bien de la part des autochtones que des étrangers en visite dans la Ville Eternelle. Charlemagne fit alors rechercher les ennemis du pape et, incapables de prouver la culpabilité de Léon aussi bien que leur innocence, Ils furent envoyés comme prisonniers en France. L'année suivante (800) Charlemagne lui-même se rendit à Rome, et le pape et ses accusateurs furent placés face à face. Les évêques assemblés déclarèrent qu'ils n'avaient nul droit de juger le pape; mais Léon, de sa propre volonté, en vue, dit-il, de dissiper tous les soupçons de l'esprit des hommes, déclara par serment qu'il était parfaitement innocent des accusations qui avaient été portées contre lui. Sur sa demande expresse, la peine de mort qui avait été prononcée contre ses principaux ennemis fut remplacée par une sentence d'exil.

Quelques jours plus tard, Léon et Charlemagne se rencontrèrent de nouveau. C'était le jour de Noël, à Saint-Pierre. Après que l'évangile eut été chanté, le pape s'approcha de Charlemagne, qui était agenouillé devant la Confession de Saint-Pierre, et plaça une couronne sur sa tête. La multitude assemblée fit aussitôt retentir la basilique de ce cri: « A Charles, le plus pieux Auguste, couronné par Dieu, à notre grand et pacifique empereur longue vie et victoire! » Par cet acte fut ranimé l'empire d'Occident et, en théorie au moins, l'Eglise mettait le monde sous l'autorité d'un chef temporel. Il était bien entendu que le premier devoir de l'empereur était d'être le protecteur de l'Eglise Romaine et de la chrétienté contre les païens. En vue de rassembler l'Orient et l'Occident sous l'autorité effective de Charlemagne, Léon conçut un projet de mariage entre lui et l'impératrice d'Orient, Irène. Sa déposition, cependant (801) empêcha la réalisation de cet excellent plan. Quelque trois ans après que Charlemagne eut quitté Rome, Léon traversa à nouveau les Alpes pour venir le rencontrer (804). Selon certains auteurs, il vint pour discuter avec l'empereur de la division de ses territoires entre ses fils. Quoi qu'il en soit, deux ans plus tard, il fut invité à donner son assentiment au projet de l'empereur pour ladite partition. Toujours en accord avec le pape, Charlemagne combattit l'hérésie de l'adoptionisme qui s'était fait jour en Espagne; mais il alla encore plus loin que son guide spirituel lorsqu'il voulut obtenir l'insertion générale du Filioque dans le Credo de Nicée. Les deux, cependant, agirent en concertation lorsque Salzburg fut choisie comme siège métropolitain de la Bavière, et quand Fortunatus de Grado obtint une compensation pour la perte de son siège de Grado par le don de celui de Pola. L'action conjointe du pape et de l'empereur se ressentit jusqu'en Angleterre: C'est à travers elle qu'Eardulf de Northumbrie recouvra son royaume, et que la dispute entre Eanbald, archevêque d'York, et Wulfred, archevêque de Canterbury, fut réglée.

Léon eut cependant de nombreuses relations avec l'Angleterre de son côté. Sur ses ordres, le synode de Beccanceld (ou Clovesho, en 803) condamna la nomination de laïcs comme supérieurs de monastères. En accord avec les souhaits d'Ethelheard, archevêque de Canterbury, Léon excommunia Eadbert Praen pour l'usurpation du trône de Kent, et retira le pallium qui avait été conféré à Litchfield, autorisant la restauration de la juridiction ecclésiastique du Siège de Canterbury « juste comme saint Grégoire, l'Apôtre et maître de la nation des Anglais, en avait décidé ». Léon fut aussi appelé pour intervenir dans les querelles entre l'archevêque Wulfred et Cenulf, roi de Mercie. On sait très peu de choses des causes de leur discorde mais, sans savoir lequel des deux fut le plus à blâmer, l'archevêque apparaît comme celui qui a eu le plus à souffrir de cette querelle. Il semble que le roi ait poussé le pape à le suspendre de sa fonction épiscopale, et à maintenir le royaume dans une sorte d'interdit pour une période de six ans. Jusqu'à l'heure de sa mort (822), l'amour de l'or entraîna Cenulf à poursuivre ses persécutions contre l'archevêque. Il lui fit aussi persécuter le monastère d'Abingdon, et ce n'est que lorsqu'il reçut de son abbé une forte somme d'argent que, agissant, comme il le disait, sur la demande « du Seigneur Apostolique et très glorieux pape Léon », il décréta l'iviolabilité du monastère.

Durant le pontificat de Léon, l'Eglise de Constantinople fut très agitée. Les moines, qui à cette époque se multipliaient sous l'influence d'hommes tels que saint Théodore le Studite, se montrèrent soupçonneux de ce qu'ils concevaient comme les principes laxistes de leur patriarche Tarasius, et se mirent en vigoureuse opposition à la mauvaise conduite de leur empereur Constantin VI. Pour être libre d'épouser Theodota, leur souverain avait divorcé de Marie, son épouse. Bien que Tarasius eût condamné la conduite de Constantin, il refusa pourtant de l'excommunier, par crainte des maux qu'il aurait pu avoir à en souffrir, et au grand dégoût des moines. Pour leur condamnation de son nouveau mariage, Constantin punit les moines d'emprisonnement et d'exil. Dans leur détresse, les moines se tournèrent vers le pape Léon, comme ils l'avaient fait lorsqu'il furent maltraités pour s'être opposé à la réhabilitation du prêtre que Tarasius avait dégradé pour avoir marié Constantin à Theodota. Le pape répondit, non seulement par des paroles de prière et d'encouragement, mais aussi par l'envoi de riches présents; et après que Michel Ier fut monté sur le trône byzantin, il ratifia le traité entre lui et Charlemagne qui devait assurer la paix entre l'Orient et l'Occident.

Non seulement dans la dernière tractation mentionnée ci-dessus, mais aussi sur toutes les questions importantes, le pape et l'empereur Franc agirent de concert. C'est sur le conseil de Charlemagne que, pour éviter les raids sauvages des Sarrasins, Léon maintint une flotte et fit surveiller les côtes par des patrouilles régulières menées par ses vaisseaux de guerre. Mais, comme il ne sentait pas compétent pour maintenir les pirates musulmans hors de Corse, il en confia la sauvegarde à l'empereur. Soutenu par Charlemagne, il fut à même de recouvrer plusieurs possessions de l'Eglise Romaine dans la région de Gaeta, puis de les faire administrer par ses recteurs. Mais quand mourut le grand empereur (28 janvier 814), des temps difficiles s'abbatirent à nouveau sur Léon. Une nouvelle conspiration fut formée contre lui, mais cette fois le pape en fut informé avant qu'elle ne se manifestât. Il fit saisir et exécuter les chefs de la conspiration. A peine ce complot était-il déjoué, que de nombreux nobles de Campanie prirent les armes et dévastèrent la région. Il s'apprêtaient à marcher sur Rome elle-même, quand ils furent défaits par le duc de Spolète, agissant pour le compte du roi d'Italie (Langobardia). Les fortes sommes d'argent que Charlemagne avait versées au trésor pontifical permirent à Léon de devenir un soutien efficace des pauvres et un proctecteur des arts, et de rénover les églises, non seulement de Rome, mais aussi de Ravenne. Il employa l'art impérissable de la mosaïque, non seulement pour représenter la relation politique entre Charlemagne et lui-même, mais principalement pour décorer les églises, et particulièrement son église titulaire, Sainte-Suzanne. Jusqu'à la fin du seizième siècle, on pouvait voir dans cette ancienne église un portrait de Léon en mosaïque.

Léon III fut enterré le 12 juin 816 à la basilique Saint-Pierre, où ses reliques sont conservées auprès de celles des saints Léon Ier, Léon II et Léon IV. Il fut canonisé en 1673. Les denarii d'argent de Léon III qui existent encore portent le nom de l'empereur Franc ainsi que celui de Léon, désignant par là l'empereur comme protecteur de l'Eglise, et chef suprême de la ville de Rome.


Liber Pontificalis, ed. DUCHESNE, II (Paris, 1892), 1 sqq.; Codex Carolinus, ed. JAFFÉ (Berlin, 1867); Annales Einhardi et autres chroniques, in Mon. Germ.: Script., I; Carmen de Carolo Magno, in P.L., XCVIII. Cf. BRYCE, The Holy Roman Empire (Londres, 1889); KLEINKLAUSZ, L'Empire Carolingien (Paris, 1902); HODGKIN, Italy and her Invaders, VIII (Oxford, 1899); BÖHMER, Regesta Imperii, ed. MÜHLBACHER, I (Innsbruck, 1908); MANN, The Lives of the Popes in the Early Middle Ages, II (Londres, 1906), 1 sqq.

HORACE K. MANN
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Septembre 2002.