Léon IV (847 - 855)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Léon IV

Romain, fils de Radoald, il fut élu à l'unanimité comme successeur de Serge II, et comme l'attaque alarmante des Sarrasins en 846 avait causé au peuple une grande crainte pour la sécurité de la ville, il fut consacré le 10 avril 847 sans le consentement de l'empereur. Léon reçut sa prime éducation à Rome au monastère Saint-Martin, près de Saint-Pierre. Sa conduite pieuse attira l'attention de Grégoire IV, qui le nomma sous-diacre, et il fut fait cardinal-prêtre de l'église Quatuor-Coronati par Serge II. Dès que Léon, bien contre sa volonté, devint pape, il commença à prendre des précautions contre une répétition du raid sarrasin de 846. Il lança un vaste chantier de réparation des murs de la ville, reconstruisant entièrement quinze des grandes tours. Il fut le premier à entourer d'un rempart la colline du Vatican. Il reçut pour cela de l'argent de l'empereur, et une aide de toutes les cités et colonies agricoles (domus cultae) du Duché de Rome. Ce travail lui prit quatre années et la portion nouvellement fortifiée fut appelée Cité Léontine, d'après son nom. En 852, les fortifications étant achevées, elles furent bénies par le pape en grande solennité.

Tandis que les travaux de fortification progressaient, une grande flotte de Sarrasins navigait vers Rome, venant probablement de Sardaigne, mais elle fut entièrement détruite à Ostie par une alliance des flottes de Rome, Naples, Amalfi et Gaeta, et par une tempête (849). Quand la reconstruction des murs de Rome fut accomplie, Léon reconstruisit Portus, et la confia à nombre d'exilés Corses, que les ravages des Sarrasins avaient fait fuir leur pays. D'autres cités du Duché de Rome furent aussi fortifiées, soit par le pape lui-même, soit par suite de ses exhortations. Léon tenta aussi de réparer les dommages que les Sarrasins avaient causés à différentes églises lors du raid de 846. Saint-Pierre avait sévèrement souffert, et bien qu'elle ne retrouvât jamais globalement sa splendeur antérieure, Léon s'attacha à la rendre, en partie au moins, aussi belle qu'elle l'avait été. Saint-Martin, où il avait été élevé, le Quatuor-Coronati, dont il avait été le prêtre, le palais du Latran, l'Anglo-Saxonne Borgo, Subiaco, et bien d'autres lieux, tant dans Rome qu'en dehors de la cité, furent rénovés par l'énergique Léon. C'est par ce pape que l'église Sainte-Marie-Nouvelle fut contruite, pour remplacer Sainte-Marie-L'Ancienne, que les palais décatis des césars menaçaient d'engloutir, et dont les ruines ont récemment été mises au jour. En 850, Léon s'associa avec Lothaire dans l'empire de son fils Louis, en lui imposant la couronne impériale. Trois ans plus tard, il sacra roi l'enfant Alfred (selon un ancien historien anglais) par l'onction et en le recevant comme son propre fils adoptif; il lui donna la confirmation et le renvoya en Angleterre avec la bénédiction apostolique de saint Pierre.

La même année (853) il tint à Rome un important synode, à l'issue duquel divers décrets furent publiés en vue d'affermir la discipline ecclésiastique et l'enseignement, et pour la condamnation du réfractaire Anastase, Cardinal de Saint-Marcel, qui fut pour un temps bibliothécaire de l'Eglise Romaine. De même, la conduite rebelle de Jean, archevêque de Ravenne, força Léon à entreprendre le voyage vers cette ville afin d'apprendre à Jean et à ses condisciples le respect de la loi. C'est alors qu'il tentait d'inspirer à un autre archevêque, Hincmar de Reims, la même révérence, que Léon mourut. Un autre homme qui, jusqu'à sa mort (851) défia l'autorité du pape fut Nominoë, duc de Bretagne. Désireux de s'affranchir de l'autorité impériale, Nominoë, défiant à la fois le pape Léon et Charles le Chauve, non seulement démit plusieurs évêques, mais il en nomma de nouveaux, et les assujettit à un siège métropolitain (Dol) de sa propre création. Ce n'est qu'au treizième siècle que l'archevêque de Tours recouvra sa juridiction sur les évêques bretons. Pour avoir consacré un évêque en dehors de son propre diocèse, Saint Méthode, patriarche de Constantinople, avait suspendu Grégoire Asbestas, évêque de Syracuse. Saint Ignace, qui succéda à Méthode, interdit en conséquence à Grégoire d'être présent à sa consécration. Cela conduisit Grégoire à franchir toute limite. Par suite, Saint Ignace prononça sa déposition, qu'il pria le pape de confirmer. Toutefois, Léon ne voulut s'y résoudre parce que, dit-il, Ignace avait assemblé des évêques et déposé d'autres évêques sans l'en avoir informé auparavant, alors qu'il ne pouvait le faire « en l'absence de nos légats ou d'une lettre écrite par nous ». En dépit du fait que Léon se trouvait alors en opposition avec le Patriarche de Constantionople, un de ses dépendants, Daniel, un magister militum, l'accusa auprès de l'empereur Franc, Louis, de vouloir renverser la domination des Francs au profit d'une alliance grecque. Léon n'eut cependant aucune difficulté à convaincre Louis que l'accusation était absolument sans fondement. Daniel fut condamné à mort et n'y échappa que par l'intercession de l'empereur. Peu après cela, Léon mourut, et il fut enterré à Saint-Pierre le 17 juillet 855. On lui attribue des miracles, aussi bien son biographe que le Patriarche Photius. Son nom figure au martyrologe Romain.


Liber Pontificalis, ed. DUCHESNE, II, 106 sq.; ses lettres in P.L., CXV, CXXIX; les lettres d'Hincmar in P.L., CXXVI; les annales d'Hincmar in Mon. Germ. Hist.: Script., I;la vie de Saint ignace et autres documents in LABBE, Concilia, V VIII; cf. LANCIANI, The Destruction of Ancient Rome (Londres, 1901), 132 sq.; THURSTON, The Roman Sacring of King Alfred in The Month (Oct., 1901); FORTESCUE, The Orthodox Eastern Church (London, 1907), 136 sq.; DE BROLO, Storia della Chiesa in Sicilia (Pa alermo, 1884), II, 265 sq.; MANN, Lives of the Popes, II (London, 1902), 258 sqq.

HORACE K. MANN
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Septembre 2003.