St Lin (67 - 79)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
St Lin

(LINUS)

Tous les anciens registres des évêques Romains qui nous sont parvenus depuis Saint Irénée, Julius Africanus, Saint Hippolyte, Eusèbe, et aussi le catalogue Libérien de 354, placent le nom de Linus juste après celui du Prince des Apôtres, saint Pierre. Ces registres sont authentifiés comme remontant à une liste d'évêques Romains qui existait au temps du pape Eleuthère (environ 174-189), quand Irénée écrivit son livre "Adversus haereses"(Contre les hérésies). A l'opposé de ce témoignage, nous ne pouvons accepter l'affirmation de Tertullien, qui place sans hésiter Saint Clément après l'apôtre Pierre, comme d'autres universitaires Latins le feront par la suite. La liste Romaine d'Irénée a indubitablement de meilleurs motifs d'autorité historique. Cet auteur affirme que ce pape est le Linus mentionné par saint Paul dans sa deuxième épître à Timothée (iv,21). Le passage d'Irénée (Adv. haereses, III, iii, 3) affirme: Après que les Saints Apôtres (Pierre et Paul) eurent fondé et organisé l'Eglise de Rome, ils en donnèrent la charge épiscopale à Linus. Le même Linus est mentionné par Saint Paul dans son épître à Timothée. Son successeur fut Anaclet". Nous ne pouvons pas être certains de savoir si cette identification du pape comme étant le Linus mentionné dans 2-Tim.iv,21 remonte à une source originale et ancienne, ou débuta plus tard sur la base de la similitude du nom.

La durée du pontificat de Linus, selon les listes papales qui nous sont parvenues, ne fut que de douze ans. Le catalogue Libérien indique qu'il dura douze ans, quatre mois et douze jours. Les dates données dans ce catalogue, de l'an 56 à l'an 67, sont incorrectes. Peut-être est-ce sur la foi de ces dates que les écrivains du quatrième siècle soutinrent l'opinion que Linus fut le chef de la communauté Romaine durant la vie de l'Apôtre, p.ex Rufinus dans la préface de sa traduction du "Recognitiones" du pseudo-Clément. Mais cette hypothèse n'a pas de fondement historique. On ne peut douter que selon les estimations d'Irénée concernant l'Eglise Romaine au deuxième siècle, Linus fut choisi comme chef de la communauté des Chrétiens de Rome après la mort de l'Apôtre. Pour cette raison, son pontificat commence l'année de la mort des apôtres Pierre et Paul, ce qui, cependant, n'est pas tenu pour certain. Le "Liber Pontificalis" affirme que la patrie de Linus était en Toscane et que son père s'appelait Herculanus, mais nous ne pouvons retrouver l'origine de cette affirmation. Selon le même ouvrage sur les papes, Linus est supposé avoir promulgué un décret "en conformité avec l'ordonnance de Saint Pierre" stipulant que les femmes devraient avoir la tête couverte dans l'église. Sans doute ce décret est-il apocryphe, copié par l'auteur du "Liber Pontificalis" sur l'épître de Saint Paul aux Corinthiens (XI,5) et arbitrairement attribué au premier successeur de l'Apôtre à Rome. L'affirmation trouvée dans la même source, que Linus souffrit le martyre, ne peut être prouvée et elle est improbable. Car entre Néron et Domitien il n'y a aucune mention de persécution dans l'Eglise Romaine; et Irénée (1.c,III,iv,3) ne désigne, parmi les anciens évêques Romains, que Télesphore comme glorieux martyre.

Finalement ce livre affirme que Linus, après sa mort, fut enterré au Vatican près de Saint Pierre. Nous ne savons pas si l'auteur détient quelque raison décisive pour poser cette affirmation. Comme Saint Pierre fut certainement enterré au pied de la colline du Vatican, il est très possible que les tout premiers évêques de l'Eglise Romaine y aient aussi été enterrés. Il n'y avait rien dans la tradition de l'Eglise du quatrième siècle pour prouver cela, parce que c'est seulement à la fin du deuxième siècle que fut instaurée la première fête des martyrs, et en conséquence Linus n'apparaît pas dans les listes du quatrième siècle indiquant les fêtes des saints Romains. Selon Torrigio ("Le sacre grotte Vaticane", Viterbe, 1618, 53) , quand l'actuel confessionnal fut construit dans Saint-Pierre (1615), on trouva des sarcophages et parmi eux, l'un portait le nom de Linus. L'explication donnée à cette découverte par Severano ("Memorie delle sette chiese di Roma", Rome, 1630, 120) est que probablement ces sarcophages contenaient les cendres des premiers évêques Romains et que celui qui portait cette inscription indiquait le lieu de sépulture de Linus (De Rossi, "Inscriptiones christianae urbis Romae", II, 23-7). La fête de Saint Lin est célébrée maintenant le 23 septembre. C'est aussi la date qu'indique le "Liber Pontificalis". Une épître sur les martyres des Apôtres Saint Pierre et Saint Paul fut autrefois attribuée à Saint Lin, et supposée avoir été envoyée par lui aux Eglises d'Orient. Elle est apocryphe et de date plus récente que le martyre des Apôtres, certains l'attribuant à Marcellus, ce qui est aussi apocryphe ("Acta Apostolorum apocrypha", ed. Lipsius and Bonnet, I, ed; Leipzig, 1891, XIV sqq., 1 sqq.)


LIGHTFOOT, The Apostolic Fathers; St. Clement of Rome, I (London, 1890), 201 sqq.; HARNACK, Geschichte der Altchristlichen Literatur, II: Die Chronologie I (Leipzig, 1897), 70; Acta SS. September, VI, 539 sqq., Liber Pontificalis, ed. DUCHESNE, I, 121: cf. Introduction, lxix; DE SMEDT, Dissertationes selectae in primam aetatem hist. eccl., I, 300 sqq.

J.P. KIRSCH
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, 1999.