St Lucien Ier (253 - 254)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
St Lucien Ier

Décédé à Rome le 5 mars 254. Après la mort de Saint Corneille, qui mourut en exil pendant l'été 253, Lucien fut choisi pour lui succéder comme évêque de Rome. On ne sait rien de la vie de ce pape avant son élévation. Selon le Liber Pontificalis, il était romain de naissance, et le nom de son père était Porphyre. Nous ne savons pas où l'auteur a obtenu ces informations. La persécution de l'Eglise sous l'empereur Gallus, durant laquelle Corneille avait été banni, se poursuivait. Lucien fut, lui aussi, envoyé en exil peu après sa consécration, mais peu de temps après cela, sans doute quand Valérien fut fait empereur, il fut autorisé à rejoindre son troupeau. Le Catalogue Félicien, dont l'information se trouve dans le Liber Pontificalis, nous informe sur le bannissement et le retour miraculeux de Lucien: "Hic exul fuit et postea nutu Dei incolumis ad ecclesiam reversus est." Saint Cyprien, qui écrivit une lettre (perdue) de félicitations à Lucien lors de son élévation au Siège de Rome et lors de son bannissement, lui envoya une seconde lettre de félicitations, à lui et à ses compagnons d'exil, ainsi qu'à toute l'Eglise Romaine (ep. lxi, ed. Hartel, II, 695 sqq.).

La lettre commence ainsi:

Bien-aimé Frère, il y a peu de temps nous vous offrions nos félicitations quand, en vous exaltant à conduire son Eglise, Dieu vous octroya grâcieusement la double gloire d'évêque et de confesseur. Nous vous félicitons de nouveau, vous, vos compagons, et toute la congrégation de ce que, par la bienveillante et puissante protection de notre Seigneur, Il vous a ramenés à Sa maison dans la louange et la gloire, si bien que le troupeau peut à nouveau recevoir son berger, le vaisseau son pilote, et le peuple un directeur pour le gouverner et lui montrer au grand jour qu'il était dans le dessein de Dieu de permettre votre bannissement, non que l'évêque qui avait été chassé dût être privé de son Eglise, mais plutôt qu'il pût retourner à son Eglise dans une autorité accrue.

Cyprien continue, faisant allusion aux trois enfants Hébreux dans la fournaise ardente, dont le retour d'exil fut loin d'amoindrir la gloire de leur confession, et qu'ainsi la persécution, qui n'avait été dirigée que contre les confesseurs de la véritable Eglise, prouvait ce qu'était l'Eglise du Christ. En conclusion il décrit la joie de la Rome chrétienne au retour de son berger. Quand Cyprien affirme que le Seigneur, au moyen de la persécution, cherchait à "mener les hérétiques à la honte et à leur imposer le silence", et prouver ainsi où était l'Eglise, qui était son unique évêque choisi par l'élection divine, qui étaient ses presbytres liés avec l'évêque dans la gloire de la prêtrise, qui était le vrai peuple du Christ, uni à son troupeau par un amour particulier, qui étaient ceux qui étaient oppressés par leurs ennemis, et en même temps qui étaient ceux que le Diable protégeait comme les siens (il vise à l'évidence les Novatiens). Le schisme de Novatien, par lequel celui-ci fut mis en avant comme antipape en opposition à Corneille, se poursuivit à Rome sous Lucien.

En matière de confession et de restauration des "Lapsi" (relaps) Lucien adhéra aux principes de Corneille et de Cyprien. Selon le témoignage de ce dernier, contenu dans une lettre au pape Etienne (ep. lxviii, 5, ed. Hartel, II, 748) Lucien, comme Corneille, avait exprimé ses opinions par écrit: "Illi enim pleni spiritu Domini et in glorioso martyrio constituti dandam esse lapsis pacem censuerunt et poenitentia acta fructum communicationis et pacis negandum non esse litteris suis signaverunt." (Car eux, remplis de l'esprit du Seigneur et confirmés dans un glorieux martyre, jugèrent que le pardon devait être accordé aux relaps, et signifièrent dans leurs lettres que, quand ceux-là avaient fait pénitence, ils ne devaient pas se voir refuser la jouissance de la communion et de la réconciliation). Lucien mourut au début de Mars 254. Dans le Depositio episcoporum, le "Chronographe de 354" place la date de sa mort au 5 mars, le Martyrologium Hieronymianum au 4 mars. La première date est probablement juste. Peut-être Lucien mourut-il le 4 mars et fut-il enterré le 5. Selon le Liber Pontificalis, ce pape fut décapité au temps de Valérien, mais ce témoignage ne peut être admis. Il est vrai que Cyprien, dans la lettre à Etienne mentionnée plus haut (ep. lxviii, 5) lui donne, comme à Corneille, le titre honorifique de martyr "servandus est enim antecessorum nostrorum beatorum martyrum Cornelii et Lucii honor gloriosus" (car la glorieuse mémoire de nos prédécesseurs, les saints martyrs Corneille et Lucien, doit être préservée); mais cela était probablement à mettre au compte du bref bannissement de Lucien. Corneille, qui mourut en exil, fut honoré comme martyr par les Romains après sa mort; mais pas Lucien. Dans le calendrier romain des fêtes du "Chronographe de 354" il est mentionné dans le Depositio episcoporum, et non au chapitre Depositio martyrum. Sa mémoire fut néanmoins particulièrement honorée, comme l'indique clairement la mention de son nom dans le Martyrologium Hieronymianum. Eusèbe, il est vrai, maintient (Hist. Eccl., VII, 10) que Valérien fut favorable aux chrétiens dans la première partie de son règne. Le premier édit de persécution de l'empereur parut seulement en 257.

Lucien fut enterré dans un compartiment de la voûte papale dans les catacombes de Saint Calixte. Sur l'excavation de la voûte, De Rossi trrouva un large fragment de l'épitaphe originale, qui ne donne que le nom grec de ce pape: LOUKIS. Le bloc est brisé juste après le mot, si bien que selon toute probabilité il n'y avait rien d'autre que le titre EPISKOPOS (évêque). Les reliques du saint furent transférées par le pape Paul Ier (757-767) à l'église Saint Sylvestre de Capite, ou par le pape Pascal Ier (817-824) à la Basilique Saint-Praxède [Marucchi, Basiliques et églises de Rome, Rome, 1902, 399 (inscription en San Silvestro), 325 (inscription en S. Praxède)]. L'auteur du Liber Pontificalis a abusivement attribué à Lucien un décret selon lequel deux prêtres et trois diacres doivent toujours accompagner l'évêque pour porter témoignage de sa vie vertueuse."Hic praecepit, ut duo presbyteri et tres diaconi in omni loco episcopum non desererent propter testimonium ecclesiasticum." Une telle mesure aurait pu être nécessaire sous certaines conditions à des époques plus tardives; mais au temps de Lucien cela n'est pas crédible. Ce prétendu décret entraîna plus tard un faussaire à inventer un autre décret apocryphe, et à l'attribuer à Lucien. L'histoire rapportée dans le Liber Pontificalis disant que Lucien, alors qu'il était conduit à la mort, donna à l'archidiacre Etienne pouvoir sur l'Eglise, est aussi une fabrication. La fête de Saint Lucien est célébrée le 4 mars.


Liber Pontificalis, ed. DUCHESNE, I, XCVII, 153; ALLARD, Histoire des persécutions, III (Paris, 1887), 27 sq.; DE ROSSI, Roma sotterranea, II (Rome, 1867), 62-70; JAFFE, Regesta Rom. Pont., 2nd ed., I, 19-20; WILPERT, Die Papstgraber und die Caciliengruft (Freiburg im Br., 1909), 19.

J.P. KIRSCH
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Février 2000.