Lucien II (1144 - 1145)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Lucien II

(GHERARDO CACCIANEMICI DAL ORSO)

Né à Bologne, date inconnue, décédé à Rome le 15 février 1145. Avant d'entrer à la Curie romaine, il fut chanoine régulier à Bologne. En 1124 Honorius II le fit cardinal-prêtre de Sainte-Croix-de-Jérusalem. Depuis 1125, il était légat papal en Allemagne où il prit part à l'élection du roi Lothaire III en 1125, et à la nomination de saint Norbert comme évêque de Magdebourg en juillet 1126, et aida à régler la querelle concernant l'octroi du siège de Wurtzbourg, après que l'évêque Gerhard eut été déposé par l'autorité papale en 1126. Durant le pontificat d'Innocent II (1130-1143) nous le trouvons trois fois comme légat en Allemagne, dans les années 1130-1131, 1133-1134 et 1136. Dans toutes ces missions, il défendit loyalement les intérêts d'Innocent II, et on doit mettre au crédit de ses efforts le fait que Lothaire III fit deux expéditions en Italie dans le but de protéger Innocent II contre l'antipape Anaclet II. Vers la fin du pontificat d'Innocent II, il fut nommé chancelier et bibliothécaire pontifical. Il fut élu et consacré pape à Rome le 12 mars 1144, pour succéder à Célestin II qui n'avait régné que cinq mois et douze jours.

Le nouveau pape prit le nom de Lucien II; peu après son accession, il eut une conférence avec le roi Roger de Sicile à Ceperano au début de juin 1144 dans le but de trouver un accord avec le roi quant à ses devoirs de vassal du Siège Apostolique. Les exigences de Roger, toutefois, étaient si extravagantes que Lucien, sur l'avis de ses cardinaux, les rejeta. Le roi eut alors recours aux armes et Lucien fut forcé de conclure un traité dans les termes dictés par Roger. A Rome, les affaires étaient encore moins brillantes. Lucien, en fait, avait réussi à dissoudre le sénat qui avait été établi à contrecœur par Innocent II et qui avait pratiquement arraché le pouvoir temporel des mains du pape mais, encouragée par le succès de Roger de Sicile, la faction républicaine élut alors sénateur Pierleoni, frère de l'antipape Anaclet, et exigea que le pape abandonne entre ses mains toutes les affaires temporelles. Après avoir, en vain, appelé à son aide l'empereur Conrad, Lucien marcha sur le Capitole à la tête d'une petite armée mais subit une défaite. Si nous devons en croire l'affirmation de Godefroi de Viterbe dans son Pantheon (Muratori, Script. rer. Ital., VII, 461; et P.L., CXCVIII, 988), Lucien II fut sérieusement blessé par des pierres qui lui furent jetées à cette occasion, et mourut quelques jours plus tard. Lors d'un synode qui se tint à Rome en mai 1144, il résolut la dispute qui se prolongeait entre le métropolitain de Tours et l'évêque de Dol (Bretagne) en faisant de ce dernier un suffragant du premier. Il demanda à l'abbé Pierre de Cluny d'envoyer treize de ses moines à Rome et, à leur arrivée, il leur donna le monastère de Saint Sabas sur l'Aventin, le 19 janvier 1145. Il fonda quelques autres monastères en Italie et en Allemagne et fut particulièrement bien disposé envers l'ordre récemment institué des prémontrés. Ses épîtres et privilèges sont édités dans la Patrologie Latine (P.L) , CLXXIX, 823-936.


JAFFE, Regesta pontificum Romanorum (Leipzig, 1885-8); WATTERICH, Pontificum Romanorum vitae (Leipzig, 1862), 278-281; HEFELE, Conciliengeschichte, V (Fribourg, 1886), 492 sq.; GRISAR in Kirchenlex., ainsi que Histoire de la ville de Rome par GREGOROVIUS et VON REUMONT.

MICHAEL OTT
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, 1999.