St Marcellin Ier (296 - 304)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
St Marcellin Ier

Sa date de naissance nous est inconnue; il fut élu le 30 juin 296 et décéda en 304. Selon le Liber Pontificalis, il était romain, fils d'un certain Projectus. Le Catalogue Libérien des papes (ed. Duchesne, Lib. Pont. I, 6-7) donne le 30 juin comme jour de son élection, et fait courir son pontificat de 296 à 304. Ces dates, acceptées par l'auteur du Liber Pontificalis sont vérifiées par cette ancienne source. Rien ne nous a été transmis concernant les activités de ce pape pendant son règne de huit années. Nous apprenons de l'épitaphe du diacre romain Sévère dans la Catacombe de Calixte (De Rossi, Roma Sotterranea, III, 46 tav. V) qu'à cette époque, de nouvelles chambres mortuaires furent construites dans le cimetière principal de l'Eglise romaine. Sévère dit qu'il avait tracé un double cubiculum avec luminare et arcosolium, "jussu papæ sui Marcellini". Ceci eut lieu avant l'éclatement de la grande persécution de Dioclétien, car durant celle-ci, la Catacombe de Calixte fut confisquée ainsi que les autres lieux de réunion de la communauté chrétienne de Rome. De Rossi suppose que les chrétiens bloquèrent à ce moment les principales galeries de la catacombe afin de protéger de la profanation les tombes des nombreux martyrs qui y étaient enterrés. La persécution de Dioclétien, dont les édits sévères contre les chrétiens furent exécutés par Maximianus Herculeus, causa la plus grande confusion dans l'église romaine après 303. Marcellin mourut durant la deuxième année des persécutions et, selon toute probabilité, de mort naturelle. Aucune source digne de confiance des quatrième ou cinquième siècles ne le mentionne comme martyr. Son nom n'apparaît ni dans la liste des martyrs ni dans celle des évêques du Chronographe Romain de 354. Il n'est pas non plus mentionné dans le Martyrologium Hieronymianum. Le Marcellinus episcopus du 4 octobre dans le Codex Bernensis (ed.De Rossi - Duchesne, 129) n'est probablement pas le même que le pape. En mentionnant Marcellin, Eusèbe utilise une expression obscure, il dit simplement: «La persécution l'affecta lui aussi» (òn kaì a’utòn kateílephon ‘o diogmòs, "Hist. Eccl.", VII, 32). De cette remarque on doit conclure à l'évidence que le pape ne souffrit pas le martyre, sinon Eusèbe l'aurait clairement indiqué. Il y eut même en circulation, plus tard, des récits l'accusant d'avoir abandonné les livres sacrés après le premier édit, ou même d'avoir offert de l'encens aux dieux, afin de se protéger de la persécution. Mais les sources dans lesquelles ce reproche est clairement posé sont très discutables.

L'évêque Donatiste Petilianus, de Constantine en Afrique, affirma, dans la lettre qu'il écrivit en 400 et 410, que Marcellin et les prêtres romains Melchiades, Marcel, et Sylvestre (ses trois successeurs) avaient abandonné les livres sacrés et avaient offert de l'encens. Mais il ne put en produire aucune preuve. Dans les actes de confiscation des bâtiments de l'Eglise à Rome, qui furent discutés lors de la grande conférence carthaginoise entre catholiques et donatistes par ces derniers, seuls deux diacres romains, Straton et Cassius, furent désignés comme traîtres. St Augustin, dans sa réponse à Petilianus, conteste la véracité du rapport de ce dernier: (Contra litteras Petiliani, II, 202: "De quibus et nos solum respondemus: aut non probatis et ad neminem pertinet, aut probatis et ad nos non pertinet"; "De unico baptismo contra Petilianum", cap. xvi: "Ipse scelestos et sacrilegos fuisse dicit; ego innocentes fuisse respondeo"). On peut juste conclure de l'accusation de Petilianus que de telles rumeurs contre Marcellin et des prêtres romains circulèrent en Afrique, mais qu'elles ne purent être prouvées, sans quoi St Augustin n'aurait pu affirmer l'innocence des accusés de façon si tranchée, ni se référer si clairement à cette question lors que la conférence de Carthage. Mais même à Rome des histoires semblables circulaient sur Marcellin dans certains cercles, si bien que dans deux récits légendaires ultérieurs, une apostasie formelle fut attribuée à ce pape, suivie bien sûr d'une repentance et d'une pénitence. La biographie de Marcellin dans le Liber Pontificalis, qui fait probablement allusion à une "passion" de ce pape perdue entretemps, rapporte qu'il fut conduit au sacrifice afin d'y répandre de l'encens, ce qu'il fit. Mais après quelques jours il fut saisi par le remords, et fut condamné à mort par Dioclétien avec trois autres chrétiens, et décapité. Il est clair que ce récit tente de combiner la rumeur disant que le pape avait offert de l'encens aux dieux avec le fait que, dans d'autres cercles, il était regardé comme un martyr et que sa tombe était vénérée.

Au début du sixième siècle, plutôt que cette "passio Marcellini", une collection de faux documents apparut, qui furent fabriqués pendant la dispute entre les papes Symnachus et Laurentius. Parmi eux se trouvent aussi des Actes apocryphes d'un synode supposé de 300 évêques, qui prit place en 303 à Sinuessa (entre Rome et Capoue) dans le but d'enquêter sur l'accusation pesant contre Marcellin d'avoir sacrifié sur ordre de Dioclétien. Les deux premiers jours, Marcellin avait nié en bloc, mais le troisième jour il admit sa faute et se repentit; cependant, le synode ne lui appliqua aucune sentence, "quia prima sedes non judicatur a quoquam". Quand Dioclétien apprit la chose, il fit exécuter le pape et plusieurs évêques de son synode (Hefele, Konziliengeschichte, I, 2 Aufl. 143-45). La fausseté de ces actes est quasiment certaine. Le faussaire a tiré le plus possible de la rumeur de la trahison de Marcellin pour son propre dessein d'une façon différente de l'auteur de la "passion" qui s'insinua dans le Liber Pontificalis. Ces fragments apocryphes ne peuvent être considérés par eux-mêmes comme des preuves historiques, pas plus que la rumeur circulant dans les cercles donatistes d'Afrique. Il est accepté comme certain que le pape ne se plia à l'édit impérial par aucun acte avéré, tel que l'abandon des Ecritures Sacrées, ou même le fait d'offrir de l'encens devant la statue d'un dieu. Une telle apostasie d'un évêque de Rome eut, sans aucun doute, pris la plus grande importance chez les auteurs contemporains. Eusèbe n'a pas fait usage de l'idée mentionnée ci-dessus. Et plus tard, Théodoret fut d'autant moins en position de le faire, dans son Histoire de l'Eglise, que Marcellin avait été en première ligne dans la persécution: "ton ’en tô diogmô diaprépsanta" (Hist. Eccl., I, 2). Et Augustin lui-même n'aurait pas été capable d'affirmer si sèchement en réponse à Petilien que Marcellin et les prêtres traités avec lui de "traîtres" et de "relaps" étaient innocents.

D'un autre côté il est remarquable que, dans le Chronographe romain, dont la première édition eut lieu en 336, le nom de ce pape seul fait défaut, tandis que tous les autres papes depuis Lucien Ier sont recensés. Dans le MS, figure bien au 16 janvier (XVIII kal. Feb.) le nom de Marcellin, mais c'est clairement une erreur de transcription de "Marcel", car la fête de ce pape se trouve à la fois dans le Martyrologium Hieronymianum et dans les vieux livres liturgiques romains sous cette date, tandis que dans le Liber Pontificalis, et, en relation avec lui, dans les martyrologes historiques du neuvième siècle, la fête de Marcellin est transférée au 26 avril (Acta SS., Juin, VII, 185). Selon certains chercheurs (Mommsen, de Smedt), l'absence du nom de Marcellin fut attribuée à l'omission d'un copiste, due à la similarité des noms, et dans le Depositio Episcoporum ils revendiquèrent le supplément du Chronographe: XVII kal. Febr. Marcelli in Priscillæ; VI kal. Maii Marcellini in Priscillæ (de Smedt, Introductio in hist. eccl. critice tractandam, 512-13). Mais cette hypothèse n'est pas acceptée. Les dates de décès des papes, depuis Sylvestre, dans la liste de succession, se confondent avec celles où leurs fêtes sont célébrées. Ainsi Marcellin doit apparaître après Gaius dont le nom est cité sous la date X kal. Maii. Donc Marcellin manque non seulement dans le Chronographe mais aussi dans le Martyrologium Hieronymianum, et dans toutes les listes de papes des cinquième et sixième siècles. C'est pourquoi cette omission n'est pas accidentelle, mais intentionnelle.

En relation avec les rumeurs évoquées plus haut et les fragments narratifs apocryphes, il faut admettre en vérité que dans certains cercles de Rome, la conduite du pape durant la persécution de Dioclétien ne fut pas approuvée. Dans cette persécution nous connaissons seulement deux clercs romains martyrs: le prêtre Marcellin et l'exorciste Pierre. L'évêque romain et d'autres membres du haut clergé, à l'exception des clercs ci-dessus, furent à même d'échapper aux persécuteurs. Nous ne savons pas comment cela s'est produit. Il est possible que le pape Marcellin ait pu se cacher en lieu sûr durant le temps nécessaire, comme le firent beaucoup d'autres évêques. Mais il est aussi possible qu'à la publication de l'édit il ne renforçât sa propre sécurité, ce qui aurait pu lui être compté par certains cercles romains comme un signe de faiblesse, si bien que sa mémoire en souffrit par la suite, et qu'il fut de ce fait omis dans le Depositio Episcoporum du Chronographe, tandis qu'il trouva une place dans le Catalogus Liberianus qui était presque contemporain. Mais sa tombe fut vénérée par les chrétiens de Rome et il fut par la suite reconnu comme martyr, comme le montre sa "passion". Marcellin mourut en 304. Le jour de sa mort n'est pas connu avec certitude, et dans le Liber Pontificalis le jour de ses funérailles est placé par erreur au 26 avril, et cette date est retenue dans les martyrologes historiques du neuvième siècle et après eux, dans les martyrologes ultérieurs. Mais si nous calculons la date de sa mort d'après la durée de sa charge pastorale indiquée dans le Catalogue Libérien, il serait mort le 24 ou le 25 octobre 304. Son corps fut enterré dans la Catacombe de Priscilla sur la Via Salaria, près de la crypte où le martyre Crescentius trouva son lieu de repos. La catacombe de Calixte, lieu de sépulture officiel de l'Eglise romaine, où les prédécesseurs de Marcellin étaient enterrés depuis plusieurs dizaines d'années, fut, à l'évidence, confisquée par la persécution, tandis que la catacombe de Priscilla, appartenant aux Acilii Glabriones, restait à la disposition des chrétiens.

La tombe de Marcellin fut vénérée à une date très avancée par les chrétiens de Rome. Des renseignements précis sur sa position, dans le Liber Pontificalis, nous l'indiquent. Dans l'un des itinéraires du septième siècle des tombes des romains martyrs, dans l' Epitome de locis ss. martyrum, elle est explicitement mentionnée parmi les tombes sacrées de la catacombe de Priscilla (De Rossi, Roma sotteranea, I, 176).Dans les excavations de cette catacombe, la crypte de St Crescentius, près de laquelle se trouvait la chambre mortuaire de Marcellin, fut identifiée avec certitude. Mais nul monument ne fut découvert en référence à ce pape. La position précise de la chambre mortuaire est donc toujours incertaine. La "passion" - perdue - de Marcellin, écrite vers la fin du cinquième siècle, qui fut utilisée par l'auteur du Liber Pontificalis, montre qu'il fut honoré comme martyr à cette époque; néanmoins son nom apparaît pour la première fois dans le martyrologe de Bede, qui tira cette mention du Liber Pontificalis (Quentin, Les martyrologes historiques, 103, sq.). Sa fête est le 26 avril. Les anciens bréviaires, qui suivent les affirmations du Liber Pontificalis concernant sa trahison et sa repentance, furent changés en 1883.


Liber Pontificalis, ed. DUCHESNE, I, 6, 7, 162-163; cf. Introduction, LXXIV sq. XCIX; Acta Sanct., April, III, 412-415, 999-1001; DE CASTRO, Difesa della causa di S. Marcellino, I, Pont. Rom. (Rome, 1819); LANGEN, Geschichte der römischen Kirche, I, 370-372; ALLARD, Histoire des persécutions, IV, 376-37 79; DUCHESNE, Histoire ancienne de l'Eglise, II, 92 sq.; MARUCCHI, Il sepolcro del papa Marcellino nel cimitero di Priscilla in Nuovo Bull. di archeol. crist. (1907), 115 sq.

J.P. KIRSCH.
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Février 2000.