Martin Ier (649 - 655)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Martin Ier

Martyr, né à Todi sur le Tibre, fils de Fabricius; élu pape à Rome le 21 juillet 649 por succéder à Théodore Ier; décédé à Cherson dans l'actuelle péninsule de Crimée, le 16 septembre 655 après un règne de six ans, un mois et vingt-six jours, ayant ordonné onze prêtres, cinq diacres et trente-trois évêques; le 5 juillet est la date communément avancée pour son élection, mais le 21 juillet (donné par Lobkowitz, Statistik der Papste, Fribourg, 1905) semble mieux correspondre à la date de sa mort et la durée de son règne (Duchesne Lib.Pont., I, 336); sa fête a lieu le 12 novembre. Les Grecs l'honorent le 13 avril et le 15 septembre, et les Russes le 14 avril. Dans les hymnes de leur liturgie, les Grecs le qualifient « infallibilis fidei magister » parce qu'il fut le successeur de saint Pierre sur le chaire de Rome (Nilles, « Calendarium Manuale », Innsbruck, 1896, I, 336).

Martin, l'une des plus nobles figures de la longue lignée des pontifes romains (Hodgkin, Italy, VI, 268) était, selon son biographe Théodore (Mai, Spicil. Rom., IV 293) noble de naissance et fut un étudiant brillant, d'une intelligence hors pair, d'une profonde érudition et d'une grande charité envers les pauvres. Piazza, II 45 7 indique qu'il appartenait à l'ordre de St Basile. Il gouverna l'Eglise à une époque où les chefs de l'hérésie monothélite, soutenus par l'empereur, déployaient des efforts considérables pour répandre leurs erreurs en Orient comme en Occident. Le pape Théodore avait envoyé Martin comme apocrisiaire à Constantinople pour négocier la déposition canonique du patriarche hérétique, Pyrrhus. Après son élection, Martin se consacra lui-même à obtenir sans délai la confirmation impériale et convoqua bientôt, au Latran, un concile qui réunit cent cinq évêques. Cinq sessions eurent lieu, les 5, 8, 17, 19 et 31 octobre 649 (Hefele, Conciliengeschichte, III, 190). L'Ecthèse d'Heraclius et la Formule (ou Typus) de Constant II furent rejetées; des excommunications furent nommément prononcées contre Serge, Pyrrhus et Paul de Constantinople, Cyrrhus d'Alexandrie et Théodore de Phran en Arabie; vingt canons furent publiés en définition de la doctrine catholique sur les deux volontés du Christ. Les décrets, signés par le pape et les évêques assemblés furent envoyés aux autres évêques et aux croyants du monde avec une encyclique de Martin. Les Actes et leur traduction en Grec furent également adressés à l'empereur Contant II.

Le pape nomma Jean, évêque de Philadelphie, comme son vicaire en Orient avec les instructions nécessaires et la pleine autorité. L'évêque Paul de Thessalonique refusa de rappeler les lettres hérétiques qu'il avait envoyées à Rome, et en ajouta d'autres, c'est pourquoi il fut formellement déposé et excommunié. Le Patriarche de Constantinople, Paul, avait poussé l'empereur à employer des mesures drastiques pour forcer le pape et les évêques d'Occident à souscrire au moins au Typus. L'empereur envoya Olympius comme exarque en Italie, où il arriva pendant la tenue du concile. Olympius tenta de constituer une faction parmi les pères en vue de promouvoir les thèses de l'empereur, mais sans succès. Alors, sous prétexte de réconciliation, il formula le souhait de recevoir la Sainte Communion des mains du pontife, dans l'intention de le poignarder. Mais la Divine Providence protégea le pape, et Olympius quitta Rome pour combattre les Sarrasins en Sicile, où il mourut.

Constant II, persistant dans ses plans, envoya comme exarque Théodore Calliopas, avec l'ordre de ramener Martin à Constantinople. Calliopas arriva à Rome le 15 juin 653 et, entrant dans la basilique du Latran deux jours plus tard, informa le clergé que Martin avait été déposé comme usurpateur, qu'il devait être conduit à Constantinople et qu'un autre devait être choisi à sa place. La pape, voulant éviter toute effusion de sang, interdit toute résistance et se déclara prêt à se présenter devant l'empereur. Le saint prisonnier, accompagné seulement de quelques assistants, et souffrant de nombreuses brimades physiques et alimentaires, arriva à Constantinople le 17 septembre 653 ou 654, n'ayant accosté nulle part, sauf sur l'île de Naxos. Les lettres du pape semblent indiquer qu'il fut gardé captif à Naxos durant un an. Jaffe, n. 1608, et Ewald, n 2079, considèrent l'annum fecimus comme une figure de style et limitent le séjour à Naxos à une brève étape, qui permit au pape d'avoir l'ooportunité de prendre un bain. Duchesne, Lib. Pont., I, 336 ne voit aucune raison d'abandonner le décompte original; Hefele, Conciliengeschichte III, 212, soutient la même opinion (voir Zietschr. Fur Kath. Theol., 1892, XVI, 375).

D'Abydos, des messagers furent dépêchés à la cité impériale pour annoncer l'arrivée du prisonnier, qui fut proclamé hérétique et rebelle, ennemi de Dieu et de l'Etat. Lors de son arrivée à Constantinople, Martin fut laissé plusieurs heures sur le quai, exposé aux quolibets et aux insultes d'une foule de spectateurs curieux. Vers la fin de la journée, il fut conduit à une prison nommé Prandearia, et maintenu dans un confinement étroit et cruel pendant quatre-vingt-treize jours, souffrant de la faim, du froid et de la soif. Tout cela n'entama pas son énergie, et le 19 décembre, il fut mené devant le sénat assemblé, où le Trésorier Impérial faisait office de juge. Il fut accusé de diverses charges politiques, mais la vraie et unique charge était son refus d'avoir signé le Typus. Il fut alors conduit en plein air, à la vue de l'empereur et d'une foule immense, à qui l'on demanda de prononcer l'anathème contre le pape, mais seul un petit nombre approuva cette requête. D'innombrables accusations furent portées contre lui, on lui arracha presque tous ses vêtements puis il fut enchaîné, traîné à travers les rues de la ville puis jeté à nouveau dans la prison de Diomède, où il demeura quatre-vingt cinq jours. Peut-être influencé par la mort de Paul, Patriarche de Constantinople, Constant ne condamna pas le pape à mort, mais à l'exil. Il fut embarqué à bord d'un vaisseau le 26 mars 654 (655) et arriva à destination le 15 mai. Cherson souffrait à l'époque d'une grande famine. le vénérable pontife y passa le reste de ses jours. Il fut enterré à l'église de Notre-Dame, nommée Balchderne, près de Cherson, et plusieurs miracles sont rapportés comme dus à St Martin durant sa vie et après sa mort. La plus grande part de ses reliques ont été transférées à Rome, où elles reposent dans l'église San Martino ai Monti. De ses lettres, dix-sept sont publiées dans P.L., LXXXVII, 119.


MANN, Lives of the Popes, I (London, 1902), 385; Hist. Jahrbuch, X, 424; XII, 757; LECLERCQ, Les Martyrs, IX (Paris, 1905), 234; Civila Cattolica, III(1907), 272, 656.

FRANCIS MERSHMAN
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Décembre 2015.