Martin IV (1281 - 1285)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Martin IV

(SIMON DE BRIE)

Martin naquit au château de Montpensier dans la vieille province française de Touraine à une date inconnue; il mourut à Pérouse le 28 mars 1285. Comme prêtre, il tint un bénéfice à Rouen pendant une courte période, sur quoi il devint chanoine et trésorier de l'église Saint-Martin de Tours. Le roi Louis IX le nomma Chancelier de France en 1260 et Urbain IV le fit cardinal-prêtre de l'église titulaire de Sainte Cécile en décembre 1262. Sous Urbain IV (1261-1264) et son successeur, Clément IV (1265-1268), il fut légat en France avec le pouvoir d'offrir le royaume de Sicile à charles d'Anjou sous certaines conditions. Sous Grégoire X (1271-1276) il fut envoyé en France comme légat une seconde fois, avec d'amples pouvoirs pour contrer les abus qui s'étaient glissés dans l'Eglise de France. Dans ce rôle, il présida plusieurs synodes réformateurs, dont le plus important est celui qu'il tint à Bourges en septembre 1276 (Mansi,Sacr. Conc. nova at ampl. Collectio XXIV, 165-180). Juste six mois après la mort du pape Nicolas III, Simon de Brie fut unanimement élu pape à Viterbe le 22 février 1281. Son élection était due à Charles d'Anjou qui se trouvait à Viterbe et fit emprisonner avant le conclave les deux cardinaux les plus influents de la faction italienne, au motif qu'ils retardaient l'élection. Le cardinal Simon de Brie accepta la tiare avec réticence et choisit le nom de Martin. Bien qu'il ne fût que le second pape à s'appeler Martin il est généralement connu sous le nom de Martin IV, parce que depuis le début du treizième siècle les papes Marin Ier (882-884) et Marin II (941-946) avaient été comptés parmi les Martin.

Dans l'impossibilité de se rendre à Rome, où un pape de nationalité française était haï, et ne voulant pas rester à Viterbe, qui était frappée d'interdit pour avoir emprisonné deux cardinaux, Martin IV se rendit à Ovieto où il fut couronné le 23 mars. Quoique personnellement pieux et bien-pensant, le nouveau pape dépendait en tout de Charles d'Anjou qu'il avait autrefois nommé à la position influente de sénateur romain. Il l'assista aussi dans ses tentatives de restauration de l'empire Latin d'Orient, et excommunia l'empereur grec, Michel Paléologue, de Constantinople, qui s'opposait aux plans de Charles d'Anjou. Par cet acte imprudent il brisa l'union qui avait été réalisée entre les églises grecque et latine depuis le concile de Lyon en 1274. Après que la Sicile se fut, par la force, débarrassée du joug humiliant de Charles d'Anjou et donna libre cours à sa profonde haine de la France dans le cruel massacre connu sous le nom de Vêpres Siciliennes le pape Martin IV usa de toute son influence pour tenter de conserver la Sicile à la France. Il excommunia Pierre III d'Aragon, que les Siciliens avaient élu roi, déclara banni le royaume d'Aragon et ordonna qu'une croisade fût prêchée contre lui. Mais tous ses efforts s'avérèrent inutiles. Parmi les sept cardinaux nommés par Martin IV se trouvait Benedetto Gaetano, qui monta par la suite sur le trône papal sous le nom de Boniface VIII.


Les registres de Martin IV (1281-1285) in Bibliothèque des Ecoles Françaises d'Athènes et de Rome, quatre fascicules (Paris, 1901); Vita Martini ex Ms. Bernardi Guidonis in Muratori, Rerum italicarum scriptores, III. i, 608-610; Choullier, Recherches sur la vie du pape Martin IV in Revue de Champagne IV (1878), 15-30; Duchesne, Liber Pontificalis, II (Paris, 1902), 459-464; Potthast, Regesta Pontificum Romanorum, II, (Berlin, 1874), 1756-1795.

MICHAEL OTT
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Avril 2004.