Martin V (1417 - 1431)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Martin V

(ODDONE COLONNA)

Né à Genazzano en Campanie en 1368; décédé à Rome le 20 février 1431. Il étudia à l'université de Pérouse, devint protonotaire apostolique sous Urbain VI, auditeur papal et nonce dans diverses cours italiennes sous Boniface IX, et administrateur du diocèse de Palestrina du 15 décembre 1401 jusqu'à 1405 et du 18 au 23 septembre 1412. Le 12 juin 1402 il fut nommé cardinal-diacre de Saint George en Velabro. Il déserta le pape légal, Grégoire XII, fit partie du concile de Pise, et prit part à l'élection des antipapes Alexandre V et Jean XXIII. Au concile de Constance, il fut, après un conclave de trois jours, unanimement élu pape le 11 novembre 1417 par les représentants de cinq nations (Allemagne, France, Italie, Espagne et Angleterre) et prit le nom de Martin V en l'honneur du saint de Tours dont la fête tombait le jour de son élection. N'étant alors que sous-diacre, il fut ordonné diacre le 12, prêtre le 13 et fut consacré évêque le 14 novembre. Le 21 novembre il fut couronné pape dans la grande cour du palais épiscopal de Constance.

L'influente famille Colonna avait déjà donné vingt-sept cardinaux à l'Eglise, mais Martin V fut le premier à accéder au trône pontifical. Il était dans la pleine vigueur de l'âge, n'ayant alors que quarante-et-un ans. De manières simples et non affectées et d'un caractère sans défaut, il possédait une grande connaissance du droit canon, n'était affilié à aucun parti, et avait de nombreuses autres bonnes qualités. Il semblait être l'homme de la situation pour diriger l'Eglise qui venait de passer une des périodes les plus critiques de son histoire, connue sous le nom de Schisme d'Occident. Les antipapes, Jean XXIII et Benoit XIII étaient toujours récalcitrants. Le premier, cependant, fit sa soumission à Martin à Florence le 23 juin 1419 et fut nommé Doyen du Sacré Collège et cardinal-évêque de Frascati. Le second resta insoumis jusqu'à la fin, mais n'avait plus grande audience. Son successeur, Clément VIII, se soumit à Martin en 1429, tandis qu'un autre successeur de Benoît XIII, qui n'avait été élu que par un cardinal et se nomma lui-même Benoit XIV, fut excommunié par Martin V, et n'eut plus ensuite qu'une poignée de fidèles. Le 22 avril 1418, Martin V dissolut le concile mais demeura à Constance, concluant des concordats séparés avec l'Allemagne (Mansi, Sacrorun Conc. Nova et ampl. Coll XXVII, 1189-93), la France (ibid.,1184-9) l'Angleterre (ibid., 1193-5), et l'Espagne (Colección completa de concordatos españoles, Madrid, 1862, 9 sq.). Un concordat séparé fut probablement aussi conclu avec l'Italie, bien que plusieurs auteurs pensent qu'il fut identique à celui de l'Espagne. Le roi Sigismond d'Allemagne déploya tous ses efforts pour convaincre Martin de résider en Allemagne tandis que la France le pria de venir à Avignon mais, rejetant toutes les offres il partit pour Rome le 16 mai 1418.

Le triste état de Rome, toutefois, rendait impossible en ce temps-là d'y rétablir le trône pontifical. La ville était pratiquement en ruines, la famine et la maladie avaient décimé ses habitants, et le peu de gens qui s'y trouvaient encore étaient en proie à la famine. C'est pourquoi Martin V ne se dépêcha pas d'arriver à Rome, s'arrêtant quelque temps à Berne, Genève, Mantoue et Florence. Tandis qu'il séjournait dans ces deux dernières villes, il obtint le soutien de la reine Joanna de Naples, qui était en possession de Rome et de Naples, en la reconnaissant comme reine de Naples et en autorisant son couronnement par le cardinal légat Morosini le 28 octobre 1419. Elle ordonna à son général Sforza Attendolo d'évacuer Rome le 6 mars 1419 et octroya deux importants fiefs dans son royaume aux deux frères du pape, Giordano et Lorenzo. Avec l'aide des Florentins, Martin parvint à passer un accord avec le célèbre condottiere Bracco di Montone, qui s'était rendu maître de la moitié de l'Italie centrale. Le pape lui permit de garder Pérouse, Assise, Todi et Jesi comme vicaire de l'Eglise, sur quoi Bracci rendit toutes ses conquêtes et, en juillet 1420, obligea Bologne à se soumettre au pape.

Martin était maintenant à même de poursuivre son voyage jusqu'à Rome, où il arriva le 28 septembre 1420. Il se mit aussitôt au travail, rétablissant l'ordre et restaurant les églises dévastées, les palais, les ponts et autres structures publiques. Pour cette reconstruction il engagea plusieurs maîtres célèbres de l'école toscane, et posa ainsi la fondation de la Renaissance romaine. Quand une Rome quasiment nouvelle se fut élevée sur les ruines de l'ancienne, le pape tourna son attention vers le reste des Etats Pontificaux qui, durant le schisme, étaient devenus une masse incohérente de villes et de provinces indépendantes. Après la mort de Braccio di Montone en juin 1424, Pérouse, Assise, Todi et Jesi se soumirent librement à l'autorité papale. Bologne se révolta encore en 1428, mais retourna à l'allégeance au pape l'année suivante. Dans ces activités, Martin fut grandement assisté par ses proches, la famille Colonna, qu'il combla d'importantes charges civiles et ecclésiastiques. Dans son cas, toutefois, la charge de népotisme perd son caractère odieux car, quand il vint à Rome, il n'était qu'un maître sans terre et ne pouvait compter sur d'autre soutien que celui de sa famille.

La tendance que certains cardinaux avaient manifestée lors du Concile de Constance, et qui visait à substituer au pouvoir monarchique du pape une sorte de gouvernement constitutionnel de l'Eglise, qui aurait fait du pape le sujet d'un conseil général, fut fermement et victorieusement combattue par Martin V. Le concile avait décidé qu'un nouveau concile devrait être convoqué tous les cinq ans. En conséquence, Martin convoqua un concile qui se réunit à Pavie en avril 1423, mais il dut le transférer à Sienne en juin à cause de la peste. Il se servit de la piètre fréquentation et de la mésentente entre les cardinaux comme prétexte pour dissoudre ce concile le 26 février 1424, mais accepta de convoquer un nouveau concile à Bâle dans les sept ans à venir. Il mourut cependant avant cette échéance, bien qu'il eût préalablement nommé le cardinal Giuliano Cesarini comme président du concile avec pouvoir de le transférer et, si nécessaire, de le suspendre. Bien que Martin laissât les affaires temporelles capter son attention au détriment du devoir plus important de réformer la cour pontificale et le clergé, cette négligence est pourtant justifiée par l'état de désolation de Rome et des Etats Pontificaux lors de son accession. Il ne négligea pas entièrement la réforme interne de l'Eglise; durant la première partie de son pontificat, en particulier, il fit quelques tentatives por réformer le clergé de Saint-Pierre en abolissant les abus les plus flagrants de la Curie. Dans une bulle publiée le 16 mars 1425, il énonça quelques excellents principes d'une réforme en profondeur, mais sa bulle resta apparemment letre morte. (Cette bulle est imprimée par Döllinger, Beiträge sur politischen kirchlichen and Kulturgeschichte der sechs lletxten Jahrhunderte, II, Ratisbonne,1863, pp.335-44.). Il s'opposa aussi aux entraves au droit du clergé séculier en France en publiant une constitution qui limitait grandement les libertés gallicanes dans la partie de France qui était sujette du roi d'Angleterre Henry V, et en passant un nouveau concordat avec le roi Charles VII de France en aout 1426 ( cf Valois, Concordats antérieurs a celui de François Ier, Pontificat de Martin V in Revue des questions historiques, LXXVII, Paris, 1905, pp.376-427). Contre les Hussites de Bohême il organisa une croisade, et négocia avec Constantinople en vue d'une réunion des Eglises grecque et latine. Ses bulles, diplômes, lettres etc... sont imprimées par Mansai Sacrorum Conc. Et amp., Coll., XXVII-XXVIII.


PASTOR, Gesch. Der Päpate seit dem Ausgang des Mittelalters, I (4th ed.,Fribourg, 1901). 1st ed. tr. ANTROBUS, History of the Popes from the close of the Middle ages (Londres, 1891), 208-82: CREIGHTON, History of th he Papacy during the Period of the Reformation, I-II (Londres, 1882); HALLER England u. Rom. Unter Martin V(Rome, 1905);CONTELORI, Vita di Martino V (Rome,1641); CIROCCO Vita di Martino V (Foligno 1628); FUNK, Martino V und das Konzil zu Konstanz in Theolog. Quartalschr., LXX (Tübingen 1888), 451-65; VERNET, Martin V et Bernardin de Sienne in Université Catholique IV (Lyon, 1890) 563-94; IDEM, Le Pape Martin V et les Juifs in Revue des questions hist., LI(Paris, 1892), 373-423; LANCIANI, Patrimonio della famiglia Colonna al tempo di Martin V in Archivio dellaSocieta Romana di storia patria, XX (Rome, 1897), 369-449; FROMME, Die Wahl des Papses Martin V in Römische Quartaalschr., X (Rome, 1896), 131-61. De plus anciennes biographies de Martin V se trouvent dans MURATORI, Rerum Italicarum Scriptores, III, ii, 857-868.

MICHAEL OTT
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Septembre 2004.