Nicolas II (1058 - 1061)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Nicolas II

(GERARD DE BOURGOGNE)

Nicolas naquit à Chevron, dans ce qui est actuellement la Savoie, fut élu à Sienne en décembre 1058; mourut à Florence le 19 ou le 27 juillet 1061. Comme son prédécesseur, Etienne X, il fut chanoine à Liège. En 1046 il devint évêque de Florence, où il restaura la vie canonique parmi le clergé des nombreuses églises. Dès que la nouvelle de la mort d'Etienne X à Florence atteignit Rome (le 4 avril 1058), le parti Toscan lui nomma un successeur en la personne de Jean Mincius, évêque de Velletri, sous le nom de Benoît X. Son élévation, due à la violence et à la corruption, fut contraire aux instructions spécifiques d'Etienne X qui, à sa mort, avait ordonné qu'aucun successeur ne lui fût élu avant le retour d'Hildebrand, qui se trouvait en Allemagne. Plusieurs cardinaux protestèrent contre l'irrégularité du procédé, mais ils furent obligés de s'enfuir de Rome. Hildebrand rentrait de mission lorsque la nouvelle de ces événements lui parvint. Il interrompit son séjour à Florence, et après s'être entendu avec le duc de Lorraine-Toscane sur l'élévation au trône de l'évêque Gérard, il gagna une partie de la population romaine au soutien de son candidat. Une ambassade dépêchée à la cour impériale assura la confirmation de la nomination par l'impératrice Agnès. Sur l'invitation d'Hildebrand, les cardinaux se rassemblèrent en décembre 1058 à Sienne et élurent Gérard qui prit le nom de Nicolas II. Sur la route de Rome le nouveau pape tint à Sutri un synode au cours duquel, en présence du duc Godefroi et du chancelier impérial, Guibert de Parme, il prononça la déposition de Benoît X. Ce dernier fut chassé de la ville en janvier 1059, et le couronnement solennel de Nicolas II eut lieu le 24 de ce même mois. Homme cultivé et incorruptible, le nouveau pontife avait auprès de lui des conseillers avisés, mais pour contrer le danger toujours menaçant de Benoît X et de ses soutiens armés, Nicolas confia à Hildebrand la mission d'entamer des négociations avec les Normands d'Italie du Sud. L'envoyé papal reconnut Richard d'Aversa comme prince de Capoue et reçut en retour des troupes normandes qui permirent à la papauté de poursuivre les hostilités contre Benoît en Campanie. Cette campagne n'aboutit nullement à la disparition du camp ennemi, mais elle permit à Nicolas d'entreprendre une visite pastorale à Spolète, Farfa et Osimo. Durant ce voyage il éleva l'abbé Desiderius du Mont-Cassin au rang de Cardinal-Prêtre et le nomma légat pour la Campanie, Bénévent, l'Apulie et la Calabre. Vers le début de son pontificat, il avait envoyé Saint Pierre Damien et l'évêque Anselme de Lucca comme légats à Milan, où un clergé marié et simoniaque avait récemment donné naissance à un parti réformateur connu sous le nom de « Pataria ». Un synode pour la restauration de la discipline ecclésiastique eut lieu sous la présidence de ces envoyés qui, en dépit d'un tumultueux soulèvement qui mit leurs vies en danger, parvinrent à obtenir de l'archevêque Guido et du clergé milanais une répudiation solennelle de la simonie et du concubinage.

Un des plus pressants besoins du temps fut la réforme de l'élection pontificale. Il était légitime de vouloir la soustraire à l'influence néfaste des factions romaines et du contrôle séculier de l'empereur, jusqu'ici peu désastreux mais cependant toujours contestable. Dans ce but, Nicolas II tint au Latran, à Pâques 1059, un synode auquel assistèrent cent treize évêques et demeuré célèbre pour sa loi sur l'élection du pape. Les recherches pour retrouver le texte authentique de ce décret ont soulevé de considérables controverses au dix-neuvième siècle. Que les discussions n'eurent pas pour résultat un consensus d'opinions sur le sujet ne constitue pas une surprise, si l'on se souvient que trente ans après la publication du décret, des plaintes se firent jour concernant des divergences sur le texte. Nous possédons aujourd'hui un compte-rendu papal et un document impérial, et le sens de la loi peut être résumé comme suit:

  • (1) A la mort du pape, les évêques-cardinaux doivent s'entendre entre eux sur le nom d'un candidat et, après qu'ils se soient entendus sur un nom, ils doivent, avec les autres cardinaux, procéder à l'élection. Le reste du clergé ainsi que les laïcs jouissent du droit d'acclamer leur choix.
  • (2) Un membre du clergé romain doit être choisi, mais si aucun candidat valable ne peut être trouvé dans l'Eglise romaine, un ecclésiastique d'un autre diocèse peut être choisi.
  • (3) L'élection doit se tenir à Rome, mais quand un libre choix n'y est pas possible, elle peut être déplacée dans un autre lieu.
  • (4) Si la guerre ou d'autres circonstances empêchent l'intronisation solennelle du nouveau pape sur la Chaire de saint Pierre, il n'en jouira pas moins de la pleine autorité apostolique.
  • (5) Il convient de respecter le droit de confirmation concédé au roi Henry, et la même déférence est due à ses successeurs, à qui est garanti le même privilège.

Ces stipulations constituaient de fait une nouvelle loi, mais elles avaient aussi pour but d'être une approbation implicite de la procédure suivie pour l'élection de Nicolas II. Quant au droit impérial de confirmation, il devint un simple privilège accordé par le siège romain. Le même synode prohiba les ordinations simoniaques, l'investiture des laïcs, et l'assistance à la messe de tout prêtre vivant en concubinage notoire. Les règles de vie des chanoines et des nonnes publiées par la diète d'Aix-La-Chapelle (817) furent abolies, parce qu'elles autorisaient la propriété privée et une telle abondance de nourriture que, comme s'en indignèrent les évêques, elles étaient plus adaptées aux marins et aux matrones intempérantes qu'aux clercs et aux nonnes. Bérenger de Tours, dont les vues s'opposaient à la doctrine de la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie et qui avait été condamné à plusieurs reprises, se présenta aussi au concile et fut contraint de signer une lettre d'abjuration.

A la fin de juin 1059, Nicolas se rendit au Mont-Cassin puis de là à Melfi, la capitale de l'Apulie romaine, où il tint un important synode et conclut une célèbre alliance avec les Normands (juillet-août 1059). Le duc Robert Guiscard fut investi de la souveraineté sur l'Apulie, la Calabre, ainsi que la Sicile pour le cas où il la reprendrait aux Sarrasins. Il s'engagea en retour à payer un tribut annuel, à gouverner ses terres en tant que vassal du pape et à protéger le siège de Rome, ses possessions et la liberté de l'élection papale. Un accord similaire fut conclu avec le prince Richard de Capoue. Après avoir tenu un synode à Bénévent, Nicolas rentra à Rome avec une armée normande qui reconquit Praeneste, Tusculum et Numentanum pour le Saint-Siège et força Benoît X à capituler à Galeria (automne 1059). Hildebrand, l'âme du pontificat, fut alors fait archidiacre. En vue d'assurer l'acceptation générale des lois votées par le synode de 1059, le cardinal Etienne, à la fin de cette année-là, fut envoyé en France, où il présida les synodes de Vienne (31 janvier 1060) et de Tours (17 février 1060). Le décret qui introduisait une nouvelle méthode d'élection papale avait causé en Allemagne une grande insatisfaction, parce qu'il réduisait le droit impérial de confirmation à la situation précaire d'un privilège personnel accordé librement; mais, assuré de la protection des Normands, Nicolas put sans crainte renouveler le décret au synode du Latran qui se tint en 1060. Après ce concile, le cardinal Etienne, qui avait accompli sa mission en France, se rendit comme légat pontifical en Allemagne. Durant cinq jours il sollicita vainement une audience à la cour, puis il rentra à Rome. Sa mission infructueuse fut suivie par un synode allemand qui annula toutes les ordonnances de Nicolas II et prononça sa déposition. La réponse du pape fut un renouvellement du décret concernant les élections au synode de 1061, dans lequel la condamnation de la simonie et du concubinage parmi le clergé fut, elle aussi, renouvelée.

Nicolas II repose dans l'église Sainte-Réparate à Florence, cité dont il demeura évêque, même après son élévation au trône pontifical. Son pontificat, bien que de faible durée, fut marqué par des événements décisifs et de longue portée dans le temps.


JAFFÉ, Regesta Pontif. Roman., I (2nd ed., Leipzig, 1885), 557-66; Diplomata, Epistolœ, Decreta in P. L., CXLIII, 1301-66; CLAVEL, Le Pape Nicolas II (Lyon, 1906); DELARC, Le Pontificat de Nicolas II in Rev. des Quest. Hist., XL (1886), 341-402; WURM, Die Papstwahl (Cologne, 1902), 24-8; HEFELE, Conciliengeschichte, IV (2nd ed., Fribourg, 1879), 798-850; MANN, Lives of the Popes, VI (St. Louis, 1910), 226-60; FUNK, tr. CAPPADELTA, Church History, I (St. Louis, 1910), 263-4, 274. pour la bibliographie du décret d'élection, cf. HERGENRÖTHER-KIRSCH, Kirchengeschichte, II (Fribourg, 1904), 342-4.

N. A. WEBER
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Décembre 2003.