Nicolas III (1277 - 1281)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Nicolas III

(GIOVANNI GAETANO ORSINI)

Né à Rome vers 1216; élu à Viterbe le 25 novembre 1277; décédé à Soriano, près de Viterbe, le 22 août 1280. Son père, Matteo Rosso, était de l'illustre famille italienne des Orsini, tandis que sa mère, Perna Gaetana, appartenait à la noble famille des Gaetani. Comme sénateur, Matteo Rosso avait défendu Rome contre Frédéric II, et l'avait conservée pour la papauté. Il fut un ami de saint François d'Assise et appartenait à son troisième ordre, faits non dénués d'influence sur son fils, car aussi bien comme cardinal que comme pape, ce dernier se montra toujours très bien disposé envers les Franciscains. Nous ne savons rien de l'éducation qu'il reçut ni de son enfance. Innocent IV, reconnaissant des services rendus au Saint Siège par son père, fit cardinal-diacre le jeune Orsini (28 mai 1244) avec le titre de Saint Nicolas in Carcere Tulliano, et lui octroya les bénéfices d'York, Laon et Soissons. Il est probable qu'auparavant lui avait déjà été confiée l'administration des églises romaines de Saint Laurent de Damase et de Saint Crisogone. Il fut l'un des cinq cardinaux qui accompagnèrent Innocent IV dans sa fuite de Civitta Vecchia à Gênes puis de là à Lyon (29 juin 1244). En 1252 il fut envoyé pour tenter de rétablir la paix entre les guelfes et les gibelins de Florence, mais il échoua. En 1258, Louis IX rendit un hommage éloquent à son indépendance et à son impartialité en suggérant de le choisir comme également acceptable pour la France et pour l'Angleterre pour la ratification solennelle de la paix conclue entre les deux pays. Son intégrité, de même, était au-dessus de tout soupçon, car il n'accepta jamais aucun don pour ses services. Son influence était si grande au sein du Sacré Collège que l'élection d'Urbain V (1261) fut due principalement à son intervention. Urbain le nomma inquisiteur général (1262) et protecteur des Franciscains (1263). Sous Clément IV (1265-1268) il fut membre de la délégation de quatre cardinaux qui investit Charles d'Anjou du royaume de Naples (28 juin 1265). Par la suite, il joua un rôle décisif dans l'élection de Grégoire X, qui reçut la tiare de ses mains, et de Jean XXI, dont il devint le conseiller et qui le nomma atrchiprêtre de Saint Pierre. Après une vacance de six mois, il succéda à Jean sous le nom de Nicolas III.

Fidèle à son origine, il tenta de libérer Rome de toute influence étrangère. Sa politique visait non seulement l'exclusion du parti impérial, cet agitateur permanent, mais aussi à contrôler l'influence grandissante de Charles d'Anjou en Italie centrale. Sur sa demande, Rodolphe de Habsbourg renonça (1278) à tout droit de possession sur la Romanie, une renonciation approuvée ensuite par les princes impériaux. Nicolas prit possession de la province à travers son neveu, Latino, qu'il avait peu de temps avant (12 mars 1278) élevé au cardinalat. Il nomma Bertold, un autre de ses neveux, comte de Romanie et en plusieurs occasions pensa à ses parents dans la distribution de postes honorables et lucratifs. Il obligea Charles d'Anjou en 1278 à démissionner de la régence de Toscane et de la dignité de sénateur romain. Pour assurer la sécurité des élections papales, il ordonna, par une constitution du 12 juillet 1278, que désormais le pouvoir sénatorial et toutes les charges municipales seraient réservés aux citoyens romains, à l'exclusion de l'empereur, du roi ou de tout autre potentat. A la recherche de relations plus harmonieuses avec la cour byzantine, le pape chercha aussi à restreindre le pouvoir du roi de Naples en Orient. C'est à ses efforts que l'on dut l'accord conclu en 1280 entre Rodolphe de Habsbourg et Charles d'Anjou, par lequel ce dernier reconnaissait la Provence et Forcalquier comme fiefs impériaux et promettait d'engager son petit-fils à Clémence, l'une des filles de Rodolphe. Le plan, très discuté, d'une nouvelle division de l'empire en quatre parties n'est pas suffisamment attesté pour qu'on puisse l'attribuer avec certitude à Nicolas. Dans cette partition, l'Allemagne, comme monarchie héréditaire, devait revenir à Rodolphe, le royaume d'Arles devait être dévolu à son gendre, Charles Martel d'Anjou, tandis que les royaumes de Lombardie et de Toscane devaient être fondés en Italie et attribués à des parents du pape. Les efforts de Nicolas pour promouvoir la paix entre la France et la Castille restèrent infructueux. Incapable de réaliser son désir de se rendre personnellement en Hongrie, où les luttes intestines et les dévastations des Cumani mettaient en péril l'existence même de la chrétienté, il nomma, à l'automne 1278, l'évêque Philippe de Fermo comme légat pour ce pays. Un synode, qui eut lieu à Buda en 1279 sous la présidence de l'envoyé papal, ne put conclure ses délibérations en raison d'une violente interférence de la foule. Le roi Ladislas IV, instigateur des troubles, fut menacé par une lettre papale de pénalités temporelles et spirituelles s'il ne venait à amender ses manières d'agir. Le roi, dans un premier temps, prit en compte cet avertissement solennel, et par la suite supprima les raids des Cumani. La nomination de représentants de valeur aux archevêchés de Gran et de Kalocsa-Bacs, passée sous ce pontificat, aida ensuite à renforcer la cause de la chrétienté.

En ce qui concerne les rapports avec l'Eglise d'Orient, l'œuvre de Nicolas III fut une réalisation pratique de l'union acceptée par les Grecs lors du second concile de Lyon (1274), pour des raisons politiques plutôt que par conviction dogmatique. Les instructions des légats qu'il envoya à Constantinople contenaient, entre autres conditions, le renouvellement par l'empereur du serment passé par ses représentants à Lyon. Le maintien du rite grec fut accordé pour autant que l'autorité papale ne le considérait pas comme contraire à l'unité de la foi, ceux du clergé qui s'opposaient à la réunion devaient obtenir l'absolution des peines encourues par les envoyés de Rome. C'étaient des conditions plus rigoureuses que celles qui avaient été imposées à leurs prédécesseurs, mais il serait difficile de leur imputer l'échec de la réunion, car la nation grecque était fortement opposée à la soumission à Rome et l'empereur poursuivait des buts tout temporels sous couvert d'un désir affiché d'harmonie ecclésiastique. A la demande d'Abaga, Khan des Tatars, le pape lui envoya en 1278 cinq missionnaires Franciscains pour prêcher l'évangile, d'abord en Perse, puis en Chine. Ils rencontrèrent des obstacles considérables dans le premier pays et leur prédication ne commença à produire des résultats tangibles qu'à partir du pontificat de Nicolas IV. La réalisation du désir du pape d'organiser une croisade fut frustrée par l'état chaotique de la politique européenne. Le 14 août 1279, il publia une constitution Exiit qui seminat, qui est toujours fondamentale pour l'interprétation de la règle de Saint François et dans laquelle il approuvait la stricte observance de la pauvreté. Alors que le Vatican avait été occupé de temps en temps par certains de ses prédécesseurs, Nicolas y établit la résidence papale, remodela et agrandit le palais, et acquit aux abords de nouveaux terrains, transformés par la suite en jardins du Vatican. Il repose dans la chapelle de Saint Nicolas, contruite par lui à Saint Pierre. Il fut un pontife ecclésiastique de grande habileté diplomatique et, si nous exceptons ses actes de népotisme, d'un caractère sans tache.


GAY, Les Registres de Nicolas III (Paris, 1898-1904); POTTHAST, Regesta Pontif. Roman., II (Berlin, 1875), 1719-56; SAVIO, Niccolò III in Civiltà Cattolica, ser. XV-XVI (Rome, 1894-5); DEMSKI, Papst Nikolaus III (Münster, 1903); STERNFELD, Der Kardinal Johann Gaetan Orsini (1244-77) (Berlin, 1905); MIRBP in The New Schaff-Herzog Encyclopedia, s. v.

N.A. WEBER.
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, 1999.