Pascal II (1099 - 1118)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Pascal II

(RAINERIUS)

Succéda à Urbain II et régna du 13 août 1099, jusqu'à sa mort à Rome le 21 janvier 1118. Né en Italie centrale, il fut admis très jeune comme moine à Cluny. Dans sa vingtième année il fut envoyé pour s'occuper du monastère de Rome, et fut retenu à la cour pontificale par Grégoire VII, et fait cardinal-prêtre de l'église Saint-Clément. C'est dans cette église que le conclave se réunit après la mort du pape Urbain, et le cardinal Rainerius fut le choix unanime du Sacré Collège. Il protesta vigoureusement contre son élection, soutenant avec quelque justice que sa formation monacale ne l'avait pas préparé à s'attaquer aux problèmes délicats qui étaient ceux de la papauté en cette époque troublée. Ses protestations furent ignorées par ses collègues, et il fut consacré à Saint-Pierre le jour suivant. Une fois pape, il ne montra plus aucune hésitation et tint son sceptre d'une main ferme et prudente. Les principales lignes de sa politique avaient été tracées par ces esprits magistraux que furent Grégoire et Urbain, dont il suivit étroitement les pas, tandis que la durée inhabituelle de son pontificat, jointe à la grande amabilité de son caractère, firent de son règne un important facteur dans l'extension du territoire pontifical. Urbain II avait vécu pour voir le succès complet de son merveilleux mouvement pour la libération de la Terre Sainte et la défense de la chrétienté. Il mourut quinze jours après la prise de Jérusalem par les croisés. Pousuivre le travail inauguré par Urbain resta la politique constante du Saint-Siège pendant plusieurs générations. Pascal travailla vigoureusement par des synodes et des voyages à travers l'Italie et la France pour maintenir l'esprit de la croisade. D'une importance plus vitale fut le conflit d'investiture. C'est une heureuse chance que l'antipape Guibert ( Clément III) mourut quelques mois après l'élévation de Pascal. Trois autres antipapes, Théodoric (1100), Aleric (1102) et Maginulf, qui prit le nom de Sylvestre IV (1105), furent avancés par la faction impérialiste; mais le schisme était pratiquement terminé. Deux de ces prétendants furent envoyés par Pascal en pénitence dans des monastères, le troisième eut très peu de partisans. Henry IV, brisé par ses précédents conflits, ne désira nullement renouveler le combat. Il refusa obstinément d'abjurer sa revendication au droit impérial d'investiture et, en conséquence, fut de nouveau excommunié, et mourut à Liège le 7 août 1106.

Sa mort et l'accession de son fils furent d'un avantage douteux pour la cause papale; car bien qu'il se posât en champion de l'église, il se montra bien vite aussi peu désireux que son père de renoncer aux moindres prétentions de la couronne. Puisque le pape continuait à dénoncer et anathémiser les investitures de laïcs dans les synodes qu'il présidait, dont les principaux furent ceux de Guastalla (1106) et Troyes (1107), et puisque Henry persistait à distribuer des bénéfices selon son bon plaisir, les relations entre les deux pouvoirs devinrent tendues. Pascal décida de renoncer à son voyage prévu en Allemagne pour se rendre en France, où il fut reçu avec enthousiasme par le roi Philippe (qui fit pénitence pour son adultère et se réconcilia avec l'Eglise) et par le peuple de France. Henry lui tint grief de discuter d'une question allemande sur un sol étranger, bien que la question des investitures fût en réalité d'intérêt universel, et il menaça de trancher ce différend par la force, dès que les circonstances lui permettraient de se rendre à Rome pour recevoir la couronne impériale. En août 1110, il traversa les Alpes à la tête d'une armée bien organisée et, chose qui marquait l'entrée d'un nouveau facteur dans la politique médiévale, accompagné d'une bande de juristes impériaux, dont l'un d'eux, David, était d'origine celtique. Ecrasant toute opposition sur son chemin à travers la péninsule, Henry envoya une ambassade pour arranger avec le pontife les préliminaires de son couronnement. L'issue de ces entretiens prit corps dans le Concordat de Sutri. Avant de recevoir la couronne impériale, Henry dut abjurer toutes ses revendications d'investiture, tandis que le pape entreprit de contraindre les prélats et les abbés de l'empire de restituer tous les droits temporels et les privilèges qu'ils tenaient de la couronne.

Quand le contrat fut rendu public à Saint-Pierre, au jour assigné pour le couronnement, le 12 février 1111, il s'éleva un tumulte féroce, mené par les prélats qui, d'un simple trait de plume, avaient perdu leur statut de princes temporels pour se trouver à l'état de mendicité. L'indignation fut d'autant plus intense que les droits du Siège de Rome se voyaient préservés des mêmes amputations. Après d'improductives négociations et trois jours d'émeutes, Henry emmena le pape et ses cardinaux en captivité. Abandonné de tous, Pascal, après deux mois d'emprisonnement, concéda au roi ce droit d'investiture contre lequel tant de héros avaient tenu bon. La violence d'Henry se retourna contre lui. Toute la chrétienté s'unissait pour l'anathémiser. Les voix qui s'élevèrent contre la faiblesse de Pascal furent étouffées par la dénonciation universelle de son oppresseur. Pascal reconnut humblement sa faiblesse, mais refusa de briser la promesse qu'il avait qu'il avait faite de ne pas infliger de censure à Henry pour sa violence. Il est malencontreux pour la mémoire de Pascal que cela ait du être associé d'aussi près avec l'épisode de Sutri. Comme tête de l'Eglise, il déploya une activité débordante. Il maintint la discipline dans chaque recoin de l'Europe. Les plus grands champions de la religion, des hommes comme saint Anselme de Canterbury, le considéraient avec respect. Il donna son approbation aux nouveaux ordres de Citeaux et de Fontevrauld. Au cours de ses nombreux voyages, il mit la papauté au contact direct des gens du peuple, et il dédicaça un grand nombre d'églises. S'il ne lui fut pas donné de résoudre le problème des investitures, il ouvrit la voie à son successeur, plus chanceux que lui sur ce sujet.


DUCHESNE, Lib. Pont, II, 296 sqq.; GREGOROVIUS, The Historians of the City of Rome; HEFELE, Concilieng., V, ed. VON REUMONT; HERGENRÖTHER, Kircheng., II, 378; ARTAND DE MONTOR, Hist. of the Popes (New York, 1867).

JAMES F. LOUGHLIN
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Janvier 2004.