Paul IV (1555 - 1559)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Paul IV

(GIOVANNI PIETRO CARAFFA)

Né près de Bénévent le 28 juin 1476; élu le 23 mai 1555; mort le 18 août 1559. Les Caraffa étaient une des plus nobles et illustres familles de Naples, et avaient donné à l'Eglise et à l'Etat plusieurs serviteurs distingués. Le nom du Cardinal Oliviero Caraffa revient fréquemment dans l'histoire de la papauté durant les jours de la Renaissance. L'un des grands mérites du Cardinal fut d'avoir supervisé la formation de son jeune parent, Giovanni Pietro, qu'il introduisit à la cour papale en 1494, et en faveur de qui il démissionna du siège de Chieti (en Latin: Theate, mot d'après lequel elle était donc connue en ce temps sous le nom de Theatinus). Léon X l'envoya comme ambassadeur en Angleterre et le maintint quelques années comme nonce en Espagne. Son séjour en Espagne eut pour effet d'accentuer cette exécration des manières espagnoles dans son pays natal, qui caractérisa sa politique publique durant son pontificat. Depuis sa petite enfance, il mena une vie sans tache; et cette aspiration à l'ascétisme, qui l'avait poussé à demander son admission parmi les Ordres Dominicains et Camaldules s'affirma en 1524 quand il persuada Clément VII, quoique difficilement, d'accepter la démission de ses bénéfices et de lui permettre d'entrer dans la congrégation de clercs réguliers fondée par Saint Cajétan, mais nommée populairement les Théatins d'après Caraffa, leur premier général. La jeune congrégation souffrit plus que son lot pendant le sac de Rome en 1527, et le petit nombre de ses membres se retira à Venise. Mais l'intellect pointu de Paul III avait perçu l'importance de l'institution pour son projet de réforme du clergé, et il somma les Théatins de revenir à Rome. Caraffa fut désigné par le pontife dans la commission qu'il avait nommée pour projeter la réforme de la cour papale; et le 22 décembre 1536 il fut créé cardinal avec le titre de Saint Pancrace. Plus tard il fut fait archevêque de Naples; mais, en raison de la méfiance et de la crainte qu'il inspirait à l'empereur, ce n'est qu'avec difficulté qu'il pût maintenir ses droits épiscopaux. Bien que Caraffa fût hautement éduqué et surpassât la plupart de ses contemporains dans la connaissance du Grec et de l'Hébreu, il restait cependant, par la pensée et le mode de vie, un homme médiéval. Son auteur favori était Saint Thomas d'Aquin. Les quelques opuscules qu'il trouva le temps d'écrire relevaient de la scolastique. Pour le parti de Pole, Contarini et Morone il avait la plus vive inimitié, et son élévation fut loin de les remplir de joie. Caraffa était la tête et le front de tous les efforts accomplis par Paul III dans l'intérêt de la réforme. Il organisa l'inquisition en Italie sur les directives du pape et pendant une génération il fut la terreur des mécréants. Comment une personne aussi austère avait pu être choisie comme pape, c'était pour tout le monde un mystère, et particulièrement pour lui-même. « Je n'ai jamais accordé une faveur à un être humain », dit-il. Il est très probable que cet octogénaire aurait refusé la dignité, si ce n'était que l'agent impérial, le Cardinal Mendoza, avait annoncé avec véhémence que Charles ne permettrait pas à Caraffa d'être pape. Cela eut pour effet de confirmer tous les principes que le vieux cardinal avait suivis durant sa longue carrière. Il fut élu malgré l'empereur, et pendant quatre ans il tint bien haut la bannière de l'indépendance de l'Italie. Les historiens semblent injustes envers Paul IV. Cet incorruptible patriote Italien, né pendant que l'Italie était « une lyre à quatre cordes », Naples, Rome, Florence et Venise, eut certainement raison d'utiliser le prestige de la papauté pour préserver quelques reliques de liberté à son pays natal. Les Habsbourg Espagnols et Autrichiens traitèrent Paul IV avec un mépris affecté, le forçant ainsi à entrer en alliance avec la France. Ni en matière de succession impériale, ni dans la conclusion de la paix religieuse, les intérêts du Saint Siège ne furent jamais pris en considération.

Paul IV éleva au cardinalat son neveu Carlo Caraffa, un homme sans aucune valeur ni expérience ecclésiastique, et enrichit d'autres parents avec des bénéfices et des charges pris à ceux qui étaient proches des Espagnols. A la fin de la guerre malheureuse contre Philippe II, le vieux pape perdit toute confiance en ses neveux et les bannit de la Cour. Encore plus désastreuses furent ses relations avec l'Angleterre, qui avait été réconcilée à Rome par Mary et le Cardinal Pole. Paul IV refusa de sanctionner l'accord de Pole en raison des biens confisqués à l'Eglise, et exigea la restitution. Pole lui-même fut relevé de sa charge de légat par le pontife et reçut l'ordre de rentrer à Rome pour s'expliquer devant l'Inquisition. A la mort de Mary et de Pole, il rejeta les prétentions d'Elizabeth à la couronne, au motif qu'elle était de naissance illégitime. Son activité fut plus fructueuse dans les questions spirituelles de l'Eglise. Il pouvait se vanter de ce qu'aucun jour ne passait sans voir un nouveau décret de réforme. Il fit de l'Inquisition un puissant moyen de gouvernement, et ne faisait pas acception des personnes. Le grand Cardinal Morone fut conduit devant le tribunal au motif de suspicion d'hérésie et condamné à la prison. Paul établit la hiérarchie aux Pays-Bas et en Orient.

Le pontificat de Paul IV fut une grande déception. Lui qui, au début, avait été honoré d'une statue publique, vécut pour la voir renversée et mutilée par le peuple en colère. Enterré à Saint Pierre le 19 Août 1559, il fut plus tard transféré à S. Maria sopra Minerva.


Vies par CAROCCIOLI and BROMATO; VON RANKE, Hist. of the Popes in the XVI- XVIII Centuries; REUMONT, Gesch. der Stadt Rom; ARTAUD DE MONTOR, History of the Popes (New York, 1867).

Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, 1999.