Paul V (1605 - 1621)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Paul V

(CAMILLO BORGHESE)

Né à Rome le 17 septembre 1550; élu le 16 mai 1605; décédé le 28 janvier 1621. Bien que revendiquant fièrement ses origines romaines, comme on peut le lire sur la façade de Saint-Pierre et sur son épitaphe, Borghese descendait d'une noble famille de Sienne qui occupait des postes importants dans cette ville, et se réclamait d'une parenté avec Sainte Catherine. Leur migration vers Rome fut causée par des troubles incessants qui rendaient la vie à Sienne insupportable. Camille fut soigneusement formé à la jurisprudence à Pérouse et Padoue, et devint un canoniste d'une habileté remarquée. Il s'éleva avec assurance, sinon rapidement, dans la carrière ecclésiastique; en 1596 il fut créé Cardinal par Clément VIII et devint Cardinal-Vicaire de Rome. Il se tint à part de tous les partis et factions, consacrant tous ses loisirs à ses livres de droit. En conséquence, à la mort de Léon XI, tous les yeux se tournèrent vers lui, et il monta sur le trône papal sans aucun engagement ni obligation d'aucune sorte. Sa pratique de juriste se remarqua bien vite dans toutes ses paroles et actions. Il ne connaissait nul compromis, et entreprit de gouverner l'Eglise non d'un point de vue diplomatique mais sur un plan légaliste. Il considéra de son devoir de soutenir indéfectiblement chacun des droits et revendications avancés par ses prédécesseurs. Cela donna parfois à son caractère un aspect très rigide et sévère. Son premier acte public fut de renvoyer chez eux les prélats et même les cardinaux qui séjournaient à Rome sous des prétextes plus ou moins valables. Le Concile de Trente avait déclaré que l'absentéisme était un péché grave pour un évêque: Qu'il fût engagé à Rome dans des affaires concernant le Saint-Siège ne faisait aucune différence. Paul se trouva bientôt en controverse avec différentes villes d'Italie sur des questions de juridiction ecclésiastique et de relations entre l'Eglise et l'Etat. La querelle la plus amère fut celle qui l'opposa à la fière République de Venise, qui refusa de reconnaître l'exemption du clergé de la juridiction de ses cours civiles et promulga deux lois inacceptables pour la Curie Romaine, la première interdisant l'aliénation de la propriété foncière en faveur du clergé, la seconde exigeant l'autorisation du pouvoir civil pour l'érection de nouvelles églises. Paul exigea l'abrogation de ces ordonnances anti-cléricales, et insista pour que deux clercs, qui avaient été emprisonnés, soient jugés par une cour ecclésiastique. La dispute devint plus amère jour près jour et dériva graduellement vers une large discussion sur les rapports de l'Eglise et de l'Etat. Ce qui donna à la querelle une importance européenne était l'habileté des champions qui étaient entrés en lice de part et d'autre. Pour les revendications de l'Eglise, les cardinaux Baronius et Bellarmine; la cause de Venise était défendue par le Servite Paolo Sarpi, un homme d'un immense talent littéraire et un ennemi juré de la cour Romaine. Le 17 avril 1600, le pape prononça la sentence d'excommunication contre le doge, le Sénat et le Gouvernement collectivement. Il autorisa un cour espace de soumission, après lequel il imposait un interdit sur la cité. Le clergé devait maintenant prendre parti pour ou contre le pape. A l'exception des Jésuites, des Théatins et des Capucins, qui furent immédiatement chassés, tout le clergé régulier et séculier se rangea aux côtés du gouvernement et continua à tenir son service, malgré l'interdit. Les festivités de Corpus Christi furent célébrées dans une splendeur sans pareille, et Sarpi dit la messe pour la première fois depuis des années. Le schisme dura à peu près un an, et la paix fut obtenue par la médiation de la France et de l'Espagne. La République refusa d'abroger ouvertement les lois incriminées, mais promit de se conduire selon sa piété accoutumée. Le pape dut se contenter de ces paroles obscures, et il annula les interdits le 22 mars 1607. Les Théatins et les Capucins eurent la permission de retourner à Venise; mais une exception demeura contre les Jésuites.

Le pape veilla avec vigilance sur les intérêts de l'Eglise dans chaque nation. Le 9 juillet 1606, il écrivit une lettre amicale à Jacques Ier d'Angleterre pour le féliciter de son accession au trône, et mentionna avec réprobation le complot dirigé contre la vie du monarque. Mais il le pria de ne pas faire souffrir les Catholiques inncocents pour le crime d'une poignée. Il promit d'exhorter tous les Catholiques du Royaume à se soumettre loyalement à leur souverain en toutes choses qui ne s'opposent pas à l'honneur de Dieu. Malheureusement le serment d'allégeance que Jacques exigea de ses sujets contenait des choses auxquelles nul Catholique n'aurait pu souscrire en conscience. Il fut solennellement condamné par deux brèves, le 22 septembre 1606 et le 23 août 1607. Cette condamnation entraîna une amère dissension entre le parti de l'archiprêtre George Blackwell et les Catholiques qui s'étaient soumis à la décision du Saint-Siège. En Autriche, les efforts du pape furent concentrés sur l'apaisement des disputes entre Catholiques et sur l'assistance morale et matérielle à l'Union Catholique. Il survécut à la bataille de Prague, qui mit fin au court règne du « roi-hiver » Calviniste.

Paul V ne fut pas moins népotiste que les autres pontifes de son siècle. Mais s'il semblait accorder trop de faveur à ses parents, il faut préciser cependant qu'ils étaient des hommes capables et de vie irréprochable, et qu'ils employèrent leur larges revenus à l'embellissement de Rome. Paul eut l'honneur d'achever la basilique Saint-Pierre, qui était en construction depuis un siècle. Il enrichit la bibliothèque du Vatican, aima beaucoup les arts, et encouragea Guido Reni. Il canonisa Saint Charles Borromée et Sainte Françoise de Rome. Il béatifia Ignace de Loyola, François Xavier, Philippe Neri, Thérèse la Carmélite, Louis Bertrand, Thomas de Villanova et Isidore de Madrid. Durant son pontificat, un grand nombre d'institutions d'éducation et de charité ajoutèrent un nouveau lustre à la religion. Ses cendres furent placées dans la magnifique chapelle Borghese à Sainte-Marie Majeure, où son monument est universellement admiré.


Vita, en Latin, by BZOVIO, tr.it. de PLATINA, Vite dei Pontefici (Venise, 1730); voir aussi VON RANKE, History of the Popes in the Sixteenth, etc., Centuries; VON REUMONT, Gesch. der Stadt Rom; ARTAUD DE MONTOR, History of the Popes (New-York, 1867).

JAMES F. LOUGHLIN
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, 1999.