Pélage Ier (555 - 561)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
Pélage Ier

Date de naissance inconnue; décédé le 3 mars 561. C'était un Romain de noble famille; son père, Jean, semble avoir été vicaire de l'un des deux "diocèses" civils, ou districts, en lesquels l'Italie était divisée. Nous le rencontrons tout d'abord à Constantinople, en compagnie d'Agapet Ier qui, juste avant sa mort dans cette ville, nomma Pélage apocrisarius, ou nonce, de l'Eglise Romaine (536). Quand, à cause des intrigues de l'impératrice Théodora, qui travaillait toujours pour l'avancement de l'hérésie monophysite, Silvère, successeur d'Agapet au Siège de Rome, se trouva déposé de force et banni d'Italie par le général grec Belisarius, l'empereur Justinien ordonna fermement que Silvère fût ramené à Rome et décréta que, si son innocence était prouvée, il devait être réhabilité sur son Siège. Si nous devons croire Liberatus, historien opposé au cinquième Concile Général, et de là les papes Vigile et Pélage, ce dernier fut missionné en grande hâte par l'impératrice afin d'empêcher si possible le retour de Silvère en Italie. Dans cette mission, cependant, il échoua. Néanmoins, l'impératrice parvint à ses fins par la mort de Silvère et l'accesssion de Vigile, qu'elle espérait manipuler à sa guise. Pélage, pendant ce temps, acquit une grande influence auprès de Justinien. Il choisit l'orthodoxe Paul pour le Siège d'Alexandrie (540) et dut le déposer et lui choisir un successeur deux ans plus tard (542).

L'année suivante, après avoir obtenu la condamnation d'Origène, il retourna à Rome. Après que Justinien eut publié (544) son décret sur les Trois Chapitres (il s'agit de la publication d'anathèmes contre Théodore de Mopsueste et ses écrits, sur Théodoret de Cyrus et ses écrits contre St Cyril d'Alexandrie et le concile d'Ephèse, et sur la lettre écrite par Ibas d'Edesse à Maris, évêque de Hardaschir en Perse), nous trouvons Pélage écrivant à Fernandus pour avoir son opinion sur le sujet, et quand Vigile se rendit à Constantinople (Novembre 545) en exécution d'un ordre de l'empereur, il demeura son représentant à Rome. Les temps étaient durs, car Totila, Roi des Goths, avait commencé le siège de la ville. Le diacre mit sa fortune personnelle au profit des pauvres qui souffraient de la famine, et tenta d'obtenir une trêve auprès du roi gothique. Bien qu'il échouât, il obtint plus tard de Totila, lorsque celui-ci prit possession de Rome en décembre 546, qu'il épargne la vie du peuple. Ce prince conçut une si grande admiration pour le diacre romain qu'il l'envoya à Constantinople en vue de négocier la paix avec Justinien, mais l'empereur le renvoya dire que son général Belisarius faisait fonction de gouverneur en Italie, et qu'il déciderait donc de toutes les questions de guerre ou de paix.

Une fois de plus, l'énergique diacre retourna à Constantinople, cete fois pour soutenir Vigile, qui avait était honteusement traité par l'empereur dans le but de le soumettre à sa volonté sur la question des Trois Chapitres. Encouragé par Pélage, Vigile commença d'opposer une ferme résistance à Justinien (551) et publia son premier "Constitutum" (mai 553). Mais en juin, après que le Cinquième Concile Général de Constantinople, qui avait condamné les Trois Chapitres, fut terminé et que Pélage et d'autres partisans du pape furent jetés en prison, le malheureux Vigile céda, et dans son second "Constitutum" (février 554) il confirma les décrets du Concile. Pélage ne se soumit pas aussitôt, mais écrivit encore contre les opposants aux Trois Chapitres et blâma la servilité de son supérieur. A la longue, pourtant, il se rallia aux vues du pape, soit parce qu'il vit que l'opposition mettait en danger l'unité de l'Eglise, soit parce que, comme le dirent ses adversaires, il souhaitait regagner la faveur de Justinien, et par suite succéder à Vigile comme pape. Il est certain qu'il rentra dans les faveurs de l'empereur, peu après avoir quitté Constantinople avec le pape, vers le début de 555. Vigile mourut à Syracuse durant son voyage de retour (le 7 juin 555) mais ce n'est que l'année suivante que Pélage fut élu pour lui succéder, et consacré (16 avril 556).

Il eut de grandes difficultés à amener les évêques à le consacrer, car il y avait contre lui une forte opposition en raison de son changement de position concernant la condamnation des Trois Chapitres. Plusieurs de ses ennemis l'accusèrent même d'être responsable de la mort de son prédécesseur. Dans le but d'atténuer le ressentiment à son égard, il se rendit à Saint-Pierre avec le "patricien" Narsès et, tenant les Evangiles et "La Croix du Christ" au-dessus de sa tête, il jura solennellement qu'il n'avait fait aucun mal à Vigile. Puis, pour affirmer indirectement la pureté de sa conduite en référence à son accession à la papauté, il entreprit de dénoncer la simonie. Ses buts principaux durant son pontificat de cinq ans furent de vaincre l'opposition, plus tellement envers lui-même, tout au moins au Cinquième Concile Général, en Occident, et de réparer les dommages matériels causés à l'Eglise en Italie par les campagnes des Grecs et des Goths. Les Romains furent bientôt de nouveau convaincus de sa valeur personnelle quand ils le virent employer sa fortune à leur profit, de la même manière généreuse qu'il l'avait fait quand le siège de Totila les avait réduits aux dernières extrémités, comme par exemple quand ils le virent réparer et remeubler les églises, et réorganiser au bénéfice des pauvres les possessions et les revenus de l'Eglise que la guerre des Goths et la longue absence des papes de Rome avaient jetée dans une grande confusion.

Mais Pélage n'eut pas autant de succès pour extirper d'Italie le schisme provoqué en Occident par la condamnation des Trois Chapitres qu'il en eut à gagner la confiance des Romains. Les tergiversations de Vigile, et sa soumisison à la volonté de Justinien, la persécution à laquelle il s'était exposé, et l'adhésion finale de Pélage lui-même au décret de son prédécesseur confirmant le Concile de Constantinople, jetèrent l'amertume dans l'esprit de nombreux occidentaux envers l'Orient. Ils en voulaient trop à la conduite de l'empereur pour réaliser qu'avec Vigile et Pélage toute la question était plus une question politique et contingente qu'une question de religion. Pélage fit tout ce qu'il put pour convaincre les évêques d'Italie du Nord, où le schisme était le plus profond, qu'il avait accepté les quatre premiers conciles généraux sans plus de réserve qu'ils l'avaient fait eux-mêmes, et que les décrets du récent Concile de Constantinople n'étaient en réalité pas en véritable opposition avec ceux de Chalcédoine. Il leur montra clairement que les différences entre les deux conciles étaient tout superficielles, et non réelles, et que même s'il n'était pas conseillé, en la circonstance, de condamner les écrits de Théodore, Théodoret et Ibas puisqu'ils étaient hérétiques de facto, il ne pouvait y avoir de mal à déclarer officiellement qu'ils l'étaient. Mais les sentiments de beaucoup s'étaient échauffés au point qu'il était impossible de leur faire entendre raison. Le pape s'impatienta, particulièrement quand Paulinus, évêque d'Aquileia, en vint, dans un synode, à renoncer à la communion avec Rome, et excommunia le grand général Narsès, espoir de l'Italie. Dans plusieurs lettres il exhorta le "patricien" à user de son pouvoir militaire pour supprimer le schisme et se saisir de Paulinus. Narsès, cependant, probablement en raison des difficultés politiques auxquelles il était confronté, ne bougea pas, et ce n'est qu'au septième siècle que le schisme causé en Italie par la condamnation des Trois Chapitres fut finalement résolu.

Pélage, cependant, sur la question du Concile de Constantinople, eut plus de succès en Gaule qu'en Italie. En réponse à une requête du Roi Franc Childebert, il lui envoya une profession de foi, dans laquelle il proclamait son accord complet avec les doctrines de Léon Ier, et se déclarait confiant que nul mensonge sur lui-même ne pourrait causer un schisme en Gaule. Plus loin, en réponse à une requête du même roi, et de Sapaudus, évêque d'Arles, il octroya à ce dernier le pallium, et le constitua son vicaire sur toutes les églises de Gaule, suivant ainsi l'habitude de ses prédécesseurs en honorant le siège d'Arles. De cette manière il empêcha tout schisme de s'élever en Gaule.

Faisant usage de la "Pragmatique Sanction", que Justinien publia en août 554 pour réguler les affaires de l'Italie qui avait été jetée dans un désordre désespéré par la guerre gothique, Pélage fut à même de remédier à beaucoup des maux qu'elle avait causés. Des fragments d'un certain nombre de ses lettres, qui furent mis en lumière assez récemment par E.Bishop, nous donnent une vision intérieure de son extraordinaire activité dans cette direction. Ils le montrent organisant les tribunaux ecclésiastiques, supprimant parmi les clercs les abus auxquels les désordres des temps avaient donné cours, remettant le patrimoine de l'Eglise sur une nouvelle base et, dans le même temps, rassemblant de l'argent et des vêtements pour les pauvres de Gaule et des « îles et contrées lointaines ». Avant sa mort, sa réglementation pour la gestion des états ecclésiastiques avait commencé à porter ses fruits, et nous pouvons voir des revenus commençant à rentrer de différents quartiers. Ce Père des pauvres et de son pays fut enterré à St-Pierre le lendemain de sa mort, en face de la sacristie.


Liber Pontificalis, ed. DUCHESNE, I (Paris, 1886), Vit. Vigilii et Pelagii; LIBERATUS, Breviarium, c. xxii etc. in P. L., LXVIII; VICTOR TUNNENSIS, Chronicon, ibid.; PROCOPIUS, De bello Gothico, ed. DINDORF (Bonn, 1833); ou en Latin, MURATORI, Rerum Italicarum Scriptores, I, pt. I; FACUNDUS, De defens. trium capit. in P. L., LXVII; les lettres de Pélage in P. L., LXIX; Mon. Germ. Hist.: Epistolæ, iii (Berlin, 1892); JAFFÉ, Regesta, I (2nd ed., Leipzig, 1888). Travaux modernes: voir en particulier DIEHL, Justinien (Paris, 1901), 340 etc.; GRISAR, Hist. de Rome et des Papes (Paris, 1906), I, pt. II, passim; HODGKIN, Italy and her Invaders, IV, V (Londres, 1895). On pourra trouver un rapport des découvertes d'E. BISHOP dans MANN, Lives of the Popes in the early Middle Ages, III, 233.

HORACE K.MANN
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Mars 2000.