St Pie Ier (142 - 154)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
St Pie Ier

Date de naissance inconnue; pape depuis environ 142 jusqu'à environ 154. Selon la plus ancienne liste des papes, donnée par Irénée ("Adv. haer.", II, xxxi; cf. Eusebius, "Hist. eccl.", V, vi), Pie fut le neuvième successeur de Saint Pierre. Les dates données par le catalogue Libérien pour son pontificat (146-61) reposent sur une erreur de calcul des chroniqueurs antérieurs, et ne peuvent être acceptées. La seule donnée chronologique dont nous disposons est fournie par l'année de la mort de Saint Polycarpe de Smyrne, que l'on peut considérer avec une grande certitude comme 155-156. Durant sa visite à Rome l'année précédant sa mort, Polycarpe y trouva Anicet, le successeur de Pie, en tant qu'évêque; en conséquence, le décès de Pie doit avoir eu lieu environ en 154. Le "Liber Pontifcalis" (ed.Duchesne,I,132) dit que le père de Pie était Rufinus, et en fait un natif d'Aquileia; c'est toutefois probablement une conjecture de l'auteur, qui avait entendu parler de Rufinus d'Aquileia (à la fin du quatrième siècle). Dans une note du "Catalogue Libérien" (in Duchesne, "Liber Pontificalis", I, 5), qui est confirmé par le Fragment Muratorien (ed. Preuschen, "Analecta", I, Tübingen, 1910), nous apprenons qu'un frère de ce pape, nommé Hermas, publia "Le Berger". Si l'information que donne l'auteur concernant sa condition personnelle (d'abord esclave, puis affranchi) était historique, nous en saurions plus sur l'origine du pape, son frère. Il est très possible que l'histoire qu'Hermas relate sur lui-même soit une fiction.

 

Durant le pontificat de Pie, l'Eglise Romaine fut hantée par divers hérétiques, qui cherchaient à propager leurs fausses doctrines parmi les croyants de la capitale. Le Gnostique Valentin, qui avait fait son apparition sous le pape Hygin, continua à semer son hérésie, apparemment non sans quelque succès. le gnostique Cerdon était aussi actif dans Rome à cette époque, durant laquelle Marcion arriva dans la capitale. Exclu de la communion par Pie, il fonda son église hérétique (Irenaeus, "Adv. haer.", III, iii). Mais les enseignants catholiques visitèrent aussi l'Eglise de Rome, le plus important étant Saint Justin, qui exposa les enseignements chrétiens durant le pontificat de Pie et celui de son successeur. Une grande activité marque ainsi la communauté chrétienne de Rome, qui constitue clairement le centre de l'Eglise. Le Liber Pontificalis parle d'une décision de ce pape stipulant que les Juifs convertis au christianisme devraient être admis et baptisés. Nous ne savons pas ce que cela signifie, sans doute l'auteur du Liber Pontifcalis, ici comme souvent, applique au pape un décret valide à son époque. Une légende ultérieure fait état de la fondation de deux églises, la titulus Pudentis (ecclesia Pudentiana) et la titulus Praxedis au temps de ce pape, qui est aussi supposé avoir construit un baptistère près de la première et y avoir exercé la fonction épiscopale (Acta SS., IV Mai 299 sqq.; cf. de Rossi, "Musaici delle chiese di Roma: S. Pudenziana, S. Prassede"). Cette affirmation, cependant, ne peut prétendre à aucune légitimité historique. Ces deux églises ne virent le jour qu'au quatrième siècle, bien qu'il ne soit pas impossible qu'elles aient remplacé des demeures chrétiennes, dans lesquels les fidèles de Rome s'assemblaient pour le service divin avant le temps de Constantin; la légende, cependant, ne devrait pas être alléguée comme preuve de ce fait. Dans bien des écrits plus tardifs, le "Pasteur" ou le "Berger" de l'ouvrage d'Hermas est présenté par erreur comme le nom de l'auteur, et, puisqu'un prêtre romain du nom de Pastor a joué un rôle important dans la construction de ces églises, il est très possible que l'écrivain de la légende fût pareillement induit en erreur, et par conséquent n'ait impliqué le pape Pie dans son récit légendaire. Deux lettres écrites à l'adresse de l'Evêque Justus de Vienne (P.L., V, 1125 sq.; Jaffé, "Regesta", I, 2nd ed., pp. 7 sq.), attribuées à Pie, sont en fait apocryphes. La fête de Saint Pie Ier est célébrée le 11 juillet.


Liber Pontif., I, ed. DUCHESNE, 132 sq.; LANGEN, Gesch. der rom. Kirche, I (Bonn, 1881), 111 sq.; DUCHESNE, Hist. ancienne de l'eglise, I (Paris, 1906), 236 sqq. On chronological questions cf. LIGHTFOOT, The Apostolic Fathers, I, i (2nd e ed., London, 1890), 201 sqq.; HARNACK, Gesch. der altchristl. Lit., II (Leipzig, 1897), i, 133 sqq.; MEYRICK, Lives of the Early Popes (London, 1880).

J.P. KIRSCH
Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, Février 2000.