St Pie V (1566 - 1572)

Tirée du Catholic Encyclopedia, Londres, 1913
St Pie V

(MICHEL GHISLERI)

Né à Bosco, près d'Alexandrie en Lombardie, le 17 janvier 1504, élu le 7 janvier 1566; décédé le 1er Mai 1572. Né dans une famille pauvre bien que noble, son destin aurait dû être d'apprendre un métier, mais il fut intégré par les Dominicains de Voghera, chez qui il reçut une bonne éducation et fut entraîné aux moeurs d'une piété solide et austère. Il entra dans l'ordre, fut ordonné en 1528 et enseigna la théologie et la philosophie pendant seize ans. Pendant ce même temps, il fut le maître des novices et en plusieurs occasions fut élu prieur de différentes maisons de son ordre, où il s'efforça de développer la pratique des vertus monastiques et de répandre l'esprit du saint fondateur. Il fut lui même un exemple pour tous. Il jeûnait, faisait pénitence, passait de longues heures la nuit en méditations et en prière, voyageait à pied sans manteau dans un profond silence, ou en ne parlant à ses compagnons que des choses de Dieu. En 1556 il fut nommé évêque de Sutri par Paul IV. Son zèle contre l'hérésie lui valut d'être choisi comme inquisiteur de la foi pour Milan et la Lombardie, et en 1557 Paul IV le fit cardinal et le nomma inquisiteur général pour toute la Chrétienté. En 1559 il fut transféré à Mondovi, où il restaura la pureté de la foi et de la discipline gravement oblitérée par la guerre du Piémont. Fréquemment appelé à Rome, il déployait son infatigable zèle dans toutes les affaires sur lesquelles il était consulté. Ainsi, il offrit une insurmontable opposition à Pie IV quand celui-ci souhaita admettre Ferdinand de Médicis, âgé alors seulement de treize ans, dans le Sacré Collège. Ce fut encore lui qui défit le projet de Maximilien II, empereur Germanique, d'abolir le célibat des prêtres. A la mort de Pie IV, il fut, en dépit de ses larmes et de ses supplications, élu pape à la grande joie de toute l'Eglise.

Il commença son pontificat en donnant de larges aumônes aux pauvres, au lieu de distribuer ses largesses au petit bonheur comme le firent ses prédécesseurs. En tant que pontife, il continua de pratiquer les vertus qui l'avaient animé comme moine et comme évêque. Sa piété ne faiblit pas, et, malgré son dur labeur et les soucis de sa charge, il faisait au moins deux méditations chaque jour, agenouillé en présence du Saint Sacrement. Dans sa charité , il visitait les hôpitaux et s'asseyait au chevet des malades, les consolant et les préparant à la mort. Il lavait les pieds des pauvres, et embrassait les lépreux. On rapporte qu'un noble anglais se convertit en le voyant embrasser les pieds d'un mendiant couvert d'ulcères. Il était très austère et bannit tout luxe de sa cour, éleva le niveau de moralité, travailla avec son ami intime, Charles Borromée, à la réforme du clergé, obligea ses évêques à résider dans leurs diocèses, et les cardinaux à vivre dans la simplicité et dans la piété. Il diminua les scandales publics en reléguant les prostituées dans des quartiers périphériques, et interdit les combats de taureaux. Il renforça l'observance de la discipline du Concile de Trente, réforma les Cisterciens, et supporta les missions vers le Nouveau Monde. Dans la bulle In Coena Domini, il proclama les principes traditionnels de l'Eglise Romaine et la suprématie du Saint Siège sur les puissances civiles.

Mais la grande pensée et la grande préoccupation de son pontificat semble avoir été la lutte contre les Protestants et les Turcs. En Allemagne, il supporta les Catholiques oppressés par les princes hérétiques. En France il encouragea la Ligue par ses conseils et son aide pécuniaire. Aux Pays-Bas il soutint l'Espagne. En Angleterre, finalement, il excommunia Elizabeth, embrassa la cause de Mary Stuart et lui écrivit dans sa prison pour la consoler. Dans l'ardeur de sa foi il n'hésita pas à manifester de la sévérité contre les dissidents quand c'était nécessaire, et à donner une nouvelle impulsion à l'activité de l'Inquisition, pour laquelle il a été blâmé par certains historiens qui ont exagéré sa conduite. En dépit de tous les soutiens manifestés à Baius, il condamna ses écrits, et celui-ci finit par se soumettre.

Il travailla inlassablement à unir les princes chrétiens contre leurs ennemis héréditaires, les Turcs. Dans la première année de son pontificat il avait organisé un jubilé solennel, exhortant les croyants à la pénitence et à faire des dons pour obtenir de Dieu la victoire. Il soutint les chevaliers de Malte, envoya de l'argent pour la fortification des villes franches d'Italie, fournissait une contribution mensuelle aux Chrétiens de Hongrie, et tenta en particulier d'unir ensemble Maximilien, Philippe II et Charles Ier pour la défense de la Chrétienté. En 1567, dans le même but, il préleva sur tous les couvents le dixième de leurs revenus. En 1570 quand Soliman attaqua Chypre, menaçant toute la Chrétienté Occidentale, il n'eut de cesse d'unir les forces de Venise, de l'Espagne et du Saint Siège. Il envoya sa bénédiction à Don Juan d'Autriche, le commandeur en chef de l'expédition, lui recommandant de laisser tous les soldats de mauvaise vie, et lui promettant la victoire s'il agissait ainsi. Il ordonna les prières publiques, et renforça ses propres supplications aux cieux. Le jour de la bataille de Lépante, le 7 octobre 1571, il travaillait avec les cardinaux quand soudain, interrompant son travail, il ouvrit la fenêtre et regardant le ciel, il cria « Trêve dans notre travail: notre grande tâche à présent est de remercier Dieu pour la victoire qu'il vient de donner à l'armée chrétienne. » Il éclata en sanglots quand il apprit la nouvelle de la victoire, qui infligeait à la puissance turque un coup dont elle ne se remit jamais. En mémoire de ce triomphe il institua pour le premier dimanche d'octobre la fête du Rosaire, et ajouta à la litanie de Lorette la supplication Secours des Chrétiens. Il espérait mettre un terme à la puissance de l'Islam en formant une alliance générale des cités Italiennes, de la Pologne, de la France et de toute l'Europe Chrétienne, et avait commencé des négociations dans ce but quand il mourut de la gravelle, répétant "O Seigneur, augmente mes souffrances et ma patience!" Il laissa le souvenir d'une rare vertu et d'une intégrité infaillible et inflexible. Il fut béatifé par Clément X en 1672 et canonisé par Clément XI en 1712.


MENDHAM, Life and Pontificate of St. Pius V (Londres, 1832 and 1835); Acta SS., I May; TOURON, Hommes illustres de l'ordre de St.-Dominique, IV; FALLOUX, Histoire de S. Pie V (Paris, 1853); PASTOR, Gesch. der Päpste, ARTAUD DE MONTOR, History of the Popes (New-York, 1867); Pope Pius V, the Father of Christendom in Dublin Review, LIX (Londres, 1866), 273.

Tiré de "Catholic Encyclopedia", copyright © 1913 by the Encyclopedia Press, Inc. Traduction française : Bertrand Blochet, 1999.